Le caïeu

J’ai trouvé au jardin un étrange caïeu
Dont j’ignorais le nom et que j’ai mis en terre
Au début de l’automne. Un bulbe solitaire
Que je n’avais encor jamais vu sous nos cieux.

Je ne sais même plus où je l’ai ramassé :
Dans un coin du compost, caché sous une feuille ?
Sous le mur cabossé où la vigne s’effeuille
Rouge comme le sang, près du vieux puits cassé ?

Puis l’hiver a passé, je n’y ai plus songé…
Le printemps revenu, toute à ma fantaisie,
J’errais dans le jardin quand je restai saisie
D’y voir, fort incongru, un chimérique objet :

Une fleur inouïe là où j’avais planté
Ce caïeu ignoré de mes faibles lumières.
Une plante inconnue, si extraordinaire
Que je ne pensais pas qu’elle pût exister !

Un trésor féerique aux multiples couleurs,
Dont les  pétales drus étaient, telles des ailes,
Palpitants et vibrants. Une plante si belle
Qu’elle était sûrement reine parmi les fleurs !

Elle a vécu ainsi à peine quelques heures,
Sublime de beauté. Puis, sans que je comprenne,
A soudain disparu pour ma plus grande peine,
En laissant derrière elle une ineffable odeur…

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
Ce contenu a été publié dans Contes, Printemps, Questions ?. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire