La vieille jeune fille

Dessinée sur sa peau, il y a maintenant
Une fine résille en toile d’araignée.
Elle est toujours coquette et toujours bien peignée,
Mais se trouve trop maigre ; et bien peu avenant

Est son regard  terni, délavé par le temps.
Elle marche tout doux, appuyée sur sa canne.
Lente, un peu nonchalante, on dirait qu’elle flâne,
Mais elle fait semblant, et c’est en prétextant

Une bonne santé qu’elle berne les gens.
Car elle veut cacher qu’elle est devenue vieille,
Que ses jambes, ses yeux, ses dents et ses oreilles
Laissent à désirer, amoindris par les ans.

Sur son visage pâle, il subsiste pourtant
Des zestes de beauté, comme sur une rose
En train de se flétrir. Une rose déclose,
Déjà un peu fanée par la mort qui l’attend…

Même si elle en rit, parfois elle se sent
Légère et résolue comme une jeune fille.
Elle est toujours la même, et son corps en guenilles
N’est en rien le miroir de ce qu’elle ressent,

Car l’âge n’y peut rien, qui l’use en omettant
D’effacer en son cœur son amour pour la vie.
Même si elle est vieille, elle a toujours envie,
Malgré tant d’avaries, d’aller tambour battant.

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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Une réponse à La vieille jeune fille

  1. Lu sur Facebook
    de Jacques Bec
     » Beau poème. .Presque douloureux et qui parle du temps qui passe…pour tous.
    Bravo. »

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