La tueuse

Attention, gens du Sud ! Ne pensez surtout pas
Qu’elle est calme et sereine ! Il ne faut pas la croire
Telle qu’elle apparaît : lisse comme l’ivoire,
Simplement friselée. Une mer bien sympa

A l’air tranquille et doux d’un grand lac innocent ?
La Méditerranée est une vraie tueuse
Cherchant à dévorer toute voile hasardeuse
Osant s’aventurer sur ses vagues de sang

Pour fuir d’autres dangers et d’atroces bourreaux.
Elle est plate souvent comme une énorme mare
Oscillant doucement sans autre tintamarre
Que le chant harmonieux, modulé, de ses eaux

Turquoise, or et saphir. Belle incroyablement
Et cachant bien son jeu, comme cette déesse
Ordonnant froidement à de jeunes prêtresses
De l’approvisionner en repas, en amants.

Elle sait se parer d’attraits et de douceur,
Bien que souventefois sa nature profonde
Ressurgisse soudain, que ses immenses ondes
Se muent en gouffres noirs engendrant la terreur

En quiconque y navigue, inconscient, innocent.
Lorsqu’elle hurle sa rage, attaque et se déchaîne
Contre les malheureux poursuivis par sa haine,
Elle les fait baller sur son bouillon dansant

Où ils roulent meurtris par ses assauts furieux.
Car cette mer si douce est une meurtrière
Qui ne sait point dompter ses instincts de guerrière
S’avérant chaque jour toujours plus impérieux.

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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