La sentinelle

Mais quel est donc cet homme assis au bord de l’eau ?
On dirait qu’il attend. Patiemment il regarde
L’horizon embrumé où s’attarde une harde
De grands nuages gris flottant au ras des flots.

Un homme? On ne sait pas ! Non… Plutôt une femme
Qui n’a point de visage et qui tourne le dos !
Le ciel d’orage est noir, la pluie tombe en rideau
Mais ça lui est égal, même quand une flamme

Comme un zigzag bleuté enflamme ses cheveux.
Elle attend patiemment, tenace et immobile,
Semblable à un guetteur. Un oiseau malhabile
Qui tangue non loin d’elle est soudain si nerveux

Qu’il retourne planer là-haut dans les nuées…
L’ombre a dressé la tête : elle a vu tout au loin
Un esquif délabré. Elle lève le poing
Vers le ciel qui mugit, et la barque chargée

D’hommes en perdition chavire sur le champ.
L’être étrange sourit de sa bouche édentée
Qui n’est plus qu’un  trou noir. Et la mer excitée
D’être sollicitée avale goulûment

Ces humains se noyant, épouvantés, qui crient.
Le spectre se rassoit, car il voudrait encor
Quelques souffre-douleur. Il se nomme la Mort,
Qui n’écoute jamais quiconque la supplie…

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À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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