Ophélie

 

Sur la chaise près du scriban
Une poupée laissée en plan,
Jetée par la petite Emma,
Bras par ici, jambes par là.

L’enfant dort car il est très tard.
Ophélie lancée au hasard
A d’immenses yeux presqu’humains
Ouverts sur un vide sans fin.

Il est minuit passé, tout dort
Dans la maison. Un rayon d’or
S’est faufilé par la fenêtre
Jusqu’au jouet qui s’enchevêtre,

Gisant en vrac, comme brisé …
Et soudain un éclair glacé
S’allume au fond des grands yeux bleus.
Ophélie se soulève un peu

Pour contempler l’enfant qui dort
Et qui étreint en corps à corps
Son gros ours en peluche, Eugène.
La poupée frissonne de haine,

Elle tend ses deux poings fermés
Vers les amis tout enlacés
Et se relève encor un peu,
Regard violent, sourire hideux.

Ses mains cireuses vont frapper …
Mais son souffle est bien trop léger
Pour maintenir longtemps sa vie :
Elle retombe et c’est fini.

Ses deux bras ont repris leur place,
Ophélie a perdu  sa grâce
De poupée autrefois aimée :
C’est redevenu un objet.

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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