La porte

Depuis une semaine elle était épuisée ;
Elle n’en pouvait plus de son corps ravagé
Quand après une sieste, ayant ouvert les yeux,
Elle se retrouva en un étrange lieu :

C’était un corridor tout lambrissé de gris
Filant à l’infini, dont Ariane comprit
Qu’il lui faudrait le suivre en dépit de sa peur…
C’est ce qu’elle faisait depuis de longues heures

Sans savoir ni saisir où cela la menait,
Quand elle eut l’impression que son pas s’allégeait,
Qu’elle se sentait mieux qu’au début du chemin :
Son dos se redressait, et la peau de ses mains

Recouvrait peu à peu sa blancheur juvénile.
Son vieux corps oubliait ce long hiver sénile
Où il se morfondait depuis bien trop longtemps ;
L’air qu’elle respirait avait goût de printemps…

Elle allait d’un bon pas, vigoureuse et accorte,
Quand elle entr’aperçut enfin une grand’porte
Tout au fond du couloir : auréolée d’argent,
Peinte comme un nuage et d’un blanc éclatant.

Quand elle la poussa, elle fut aveuglée
Pendant un court instant. Puis ses yeux désillés
Entrevirent plus loin un merveilleux jardin
Et une allée fleurie où s’avançaient les Siens,

Ses Invisibles, là, enfin réincarnés
Dans cet Ailleurs parfait dont elle avait rêvé !
Elle comprit alors qu’elle était vraiment morte
Et poussant un soupir, referma bien la Porte…

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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