La motarde

moto

Toute gainée de cuir, et carapaçonnée
Dans sa combinaison comme un varlet* d’antan,
Elle vient d’enfourcher un énorme mustang :
Une antique moto noire et damasquinée.

Son long corps est sculpté par son lourd vêtement
Que l’on dirait huilé. Silhouette parfaite,
Plus nue qu’une statue ! L’on ne voit pas sa tête
Sous le heaume d’argent la casquant lourdement.

Luisante et cuirassée, telle un curieux insecte
A la tête de verre, est-ce un être vivant ?
Femelle inattendue d’un peuple de mutants
Ou prêtresse improbable adepte d’une secte ?

Amazone moderne, étrange infiniment !
Cabrée sur son engin, solide comme un homme,
Elle démarre enfin, vitesse au maximum,
Sa moto s’envolant dans un rugissement

Vers le col de la Foux couronné par la brume
D’un froid petit matin. Fouettée par le vent,
La motarde enivrée entonne alors un chant
Porté jusqu’aux sommets où le soleil s’allume.

Son coeur bas la chamade : elle se sent soudain
Seule dans l’Univers, irréductible et forte.
Grand monstre à sa merci, la moto qui la porte
Semble être devenue un Nessus** presqu’humain !

Alors tel un vaisseau esclave de ses voiles
Gonflées bien malgré lui, la femme à la moto,
Bondissant vers le ciel plus haut, toujours plus haut,
S’est laissée emporter au pays des étoiles.

*un page, futur chevalier
** Centaure tué par Héraclès

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À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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