La maison éplorée

La maison comme hier est tout à fait la même :
Les meubles sont en place et je n’ai rien changé
A la décoration. Rien n’a vraiment bougé,
Et pourtant ce n’est plus du tout celle que j’aime!

Je ne peux plus rien voir avec les mêmes yeux.
Un écran singulier désormais s’interpose
Entre la vie et moi. Et tu en es la cause,
Toi qui t’en es allé là où tout est bien mieux…

Même chose au jardin, dorénavant si terne
Qu’il semble avoir perdu sa grâce et ses couleurs.
Sentirait-il aussi cette énorme douleur
Epandue alentour ? Il a l’air d’être en berne,

Et ses fleurs tout ensemble ont fané l’autre nuit.
Le printemps revenu est semblable à l’automne,
Le ciel ensoleillé est d’une teinte jaune
Occultant sa lumière, et les oiseaux ont fui.

La maison s’est tassée, muette et silencieuse.
Dans le salon obscur, le piano est fermé ;
Mais y murmure encor le vieil air élimé,
Discordant et vieilli, d’une ancienne berceuse

Que tu jouais sans cesse… Où t’en es-tu allé,
En quel lieu mystérieux ? La maison est si vide
Sans toi qui est parti… Mais la Mort est avide,
Et quoi que nous fassions, nous sommes ses valets.

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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Une réponse à La maison éplorée

  1. Triste mais très beau

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