La laide

femme vue de dos

Poème illustré par un tableau de :

John Constable
(1776-1837)

Il était une fois une femme très laide :
La fille d’un pêcheur vivant à Sanary,
Qui priait le Bon Dieu de lui venir en aide
En la casant bien vite. A quiconque, à tout prix,

Car il était pourvu de fort nombreux minots ;
Or, en ces temps anciens, cette sorte de fille
N’était qu’un embarras et un réel fléau
Qui mettait du bazar au sein d’une famille !

Et pourtant elle avait une âme ravissante,
De l’humour, de l’esprit ! Mais nul ne le voyait
Ni n’en pouvait priser les beautés évidentes
Car, en plus d’être moche, elle était réservée…

Les années défilant, elle était toujours là,
Timide et effacée, à ne savoir que faire,
Si laide et mal fichue qu’elle en était un cas !
Et son tempérament ne faisait pas l’affaire

D’un père violent qui n’en pouvait plus d’elle.
Un jour, exaspéré, il la prit avec lui,
Soi-disant pour pêcher dorades et girelles.
Mais un bien noir dessein rôdait en son esprit…

Quand ils furent au large, il l’empoigna soudain
Et la fit basculer la tête la première.
La pauvrette hurla, mais il s’enfuit bien loin,
Si content de son coup que c’en était misère !

Encore heureux qu’un dieu se trouvât dans la zone
Et qu’il prît en pitié la pauvre Margoton !
Mais comme ce Triton n’avait qu’un seul neurone,
Il trouva très malin de la changer en… thon !

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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2 réponses à La laide

  1. Eric dit :

    La fin de l’histoire m’a fait rire, j’aime!

  2. C’était prémédité !!!

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