Là-haut, sur la montagne

Là-haut sur la montagne, il fait si chaud ce soir
Qu’on se croirait ailleurs. Et l’antique Génie
Qui en est le seigneur n’accepte plus de voir
Se dégrader son fief. Car elle est bien finie

L’époque où le printemps ressemblait au printemps ;
Ces jours encor frisquets où une aura de neige
Scintillait sur les hauts ! Ce n’était point le temps
Du rut prématuré d’un soleil encor beige

S’empressant de mûrir : la nuit, il faisait froid,
Les mélèzes craquaient, le gel était intense…
Le Génie effondré contemple avec effroi
Un printemps trop gaillard menant déjà sa danse :

Les crocus ont sorti leurs fragiles museaux
Beaucoup trop en avance sur l’herbe toute verte
Où roucoule un ruisseau. Oh oui, c’est bien trop tôt !
L’Aiguille de la Fréma n’est déjà plus couverte

De son manteau neigeux. Refrénant un soupir,
Le Génie de l’Ubaye se sent mélancolique,
Il a vu les Humains s’acharner à salir
Sa montagne adorée de leur affreux plastique

Et de leurs déjections ; sa montagne qui meurt
Et, perdant sa beauté, y perd aussi son âme !
Le vieux Génie s’affole et il a vraiment peur…
A l’horizon s’allume une première flamme.

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A propos Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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