La foule

Une foule de gens qui vont sans se frôler,
Une masse innombrable, un moderne ballet
Dont les participants ne se connaissent pas
Et dont le seul hasard s’en vient rythmer le pas.

Jour d’été à Marseille : un bel après-midi
Où l’on va nez au vent car c’est un samedi.
On bade et l’on regarde ; on entre et l’on ressort
De moults magasins sans savoir que la Mort

Est tapie dans un coin, accrochée à un homme
Dont la taille est gonflée par un objet informe,
Un épais ceinturon qu’il veut faire exploser…
Mais sa main d’assassin vient de se pétrifier :

Un tout petit garçon aux noirs cheveux bouclés
Et qui rit aux éclats lui envoie un baiser :
C’est l’un de ses voisins, un pitchoun adorable
Qui bade sur le Cours et ne sait qu’être aimable ;

Un minuscule enfant qui lui tend un morceau
De son goûter à lui, petit bout de gâteau
Juste un peu mâchouillé mais offert de bon coeur.
Le front du meurtrier se couvre de sueur…

La foule va et vient, grouillant d’individus
Menant chacun leur danse et pourtant inconnus :
Le grand bal des vivants au sein de la grand’ville
Palpitant sous le ciel. Des êtres inutiles

Dont un quidam en noir va rayer l’existence…
Mais non ! L’on vient d’apprendre en lisant «  La Provence »
Qu’au fin-fond du maquis, dans un coin isolé,
Un homme maladroit hier s’est fait sauter !

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits « classiques », pratiquement tous voués à la Provence.

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