La fille vêtue de feuilles

automne

 

 

 

 

 

 

 

Nous la connaissions tous : la belle Naomi
Etait originale, et sa tête frivole
La poussait bien souvent à se montrer si folle
Qu’on en restait pantois. Mais c’est un vendredi

Qu’elle fit vraiment fort : elle amassa des feuilles
Pour mieux en revêtir son exquise beauté ;
Feuillage coloré et tout prêt à joncher
Le sol gris du jardin, avant que ne le cueille

Un mistral effronté comme il l’est trop souvent…
Il brassait sans pitié toute une ribambelle
De feuilles enflammées lorsque notre donzelle
En fit pour s’amuser parure et vêtements.

Telle Némétona, déesse de l’automne,
Elle se para d’or et de cuivre, et le roux
Du feuillage irradié déposait sur son cou
Un long châle diapré aux ailes papillonnes.

Et puis elle sortit, si ravissante ainsi
Que tout se tut soudain. Un immense silence
Alors qu’elle avançait envahit la Provence
Qui en resta sans voix, sidérée à l’envi

De voir personnifiée l’effigie de l’automne,
Dont un soupçon de peau parfois apparaissait
Dans un trou du feuillage. Un doux éclair nacré
Entre les feuilles d’or qui paraient la luronne !

Quelle abomination ! Mais nul ne l’oublia :
Sous le soleil frisquet, cette fille allant nue
Comme la vérité, de feuilles revêtue…
Si belle et dénudée, qui marchait à grands pas.

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits « classiques », pratiquement tous voués à la Provence.

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