La feuille volage

Feuille

Il y a sur le toit une feuille volage,
Tout juste détachée du grand micocoulier.
Coincée sous une tuile lors du dernier orage,
Posée là par le vent, elle veut oublier

Son désir de partir au loin vers l’horizon.
Elle va rester là, redevenue bien sage,
Décorant joliment le toit de la maison,
Renonçant pour l’instant à tout vagabondage.

Elle est bien à l’abri, doucement caressée
Par le soleil d’automne aux rayons attiédis.
Même si elle sait qu’elle y est menacée
Par le temps incertain, la nuit qui refroidit

Les tuiles du vieux mas de plus en plus souvent,
Elle s’accroche bien à la pente glissante,
Protégée malgré tout de la pluie et du vent…
Mais depuis quelques jours, trouvant sa vie lassante,

Elle rêve souvent que l’errance est tentante,
Qu’un autre ailleurs l’appelle et qu’au loin le soleil
Est bien plus chaud qu’ici… Un beau soir, inconsciente,
Et dans son désir fou de l’horizon vermeil,

Elle a lâché le toit, pauvrette en plein déni.
Bien mal lui en a pris ! A peine détachée,
Elle a été happée et arrachée du nid ;
Et le mistral furieux tout menu l’a hachée…

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits « classiques », pratiquement tous voués à la Provence.

Ce contenu a été publié dans A la maison, Automne, Contes. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire