Imposture

reine et dragon

Il y avait jadis au pays de Provence
Un roi que tous aimaient : charitable, érudit,
Juste envers ses sujets ; en tout, une excellence
Qui lui valait l’amour de tous dans le Midi.

Son règne cependant était fort perturbé
Par un monstre hideux dévastant le royaume :
Un dragon qu’on n’avait jamais pu trucider,
Quels que soient le courage et la ruse des hommes,

Car il se dépêchait de vite disparaître
Tout comme une fumée, dès qu’on le croyait pris !
Un être répugnant qui semblait se repaître
Des ruines et du mal laissés derrière lui.

Le roi se désolait de l’énorme malheur
Subi par ses sujets. Mais il avait la chance
D’avoir auprès de lui, pour son plus grand bonheur,
La femme qu’il aimait, la jolie reine Hortense

Qui l’assistait en tout ; sa constante tendresse
Etait un reconfort pour son noble mari
Et pour tout le pays, éperdu de détresse…
Mais un jour, sans frapper – et bien mal lui en prit !

Elle entra brusquement dans la chambre royale :
Là, saisie de terreur, elle faillit mourir
En voyant devant elle une hydre colossale,
Avatar de l’époux qu’elle aimait tant chérir !

Lors, sans plus réfléchir, elle le transperça
Des ciseaux suspendus à sa fine ceinture.
La Bête disparut, et la reine resta
Seule avec le chagrin de la triste aventure

Qui l’avait attachée à l’âme tourmentée
D’un être géminé dont il ne restait rien.
Une âme ensorcelée et à jamais hantée :
C’était là le bon roi, le Mal avec le Bien.

Mais il cessa de nuire et ne revint jamais…
Elle oublia la Bête et sa férocité,
Ne gardant en son coeur, de l’homme qu’elle aimait,
Que la belle illusion d’une grande bonté.

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits « classiques », pratiquement tous voués à la Provence.

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