Froidicule

Oh, mon Dieu, quelle horreur ! On a les dents qui pèlent,
Et la bouche, et le nez… Et puis les yeux qui gèlent
Sous leurs cils pétrifiés ! L’on va tomber tout droit,
Le corps rigidifié tellement l’on a froid.

L’on marche précédé par un petit nuage
Auréolant tout doux notre pauvre visage
D’un fort joli halo. Et nos mains dans nos gants
Sont toutes racornies comme de vieux sarments.

Oh là là, qu’il fait froid ! Est-ce la froidicule ?
Déjà qu’en plein mois d’août l’on eut la canicule…
Et voici qu’on nous dit avec force arguments
Que ce sont les effets du grand réchauffement !

J’ai les pieds si glacés qu’il me semble qu’ils sortent
Du réfrigérateur. Ferme vite la porte,
Arrange le rideau que j’ai placé devant
Pour que n’entre chez nous pas un souffle de vent.

L’on a à peu près chaud, la maison est bien close.
Il faut admettre enfin qu’on est bien peu de choses,
De minables fétus face à de tels tracas…
J’ai la peau d’un poulet, hérissée sur les bras,

Et les yeux larmoyants. Je tousse, je frissonne…
Oh, mon Dieu, qu’il fait froid ! Dans ma tête résonne
Inlassable et pleurard un bien funeste glas :
L’impitoyable hiver a gagné le combat.

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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