Feu d’enfer

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Pompier de son état, Jean est le plus actif
De toute la caserne. Il est jeune, il est vif
Et toujours le premier à être volontaire.
Un très charmant garçon, bon mari et bon père.

Ici, c’est le Midi, pas bien loin de Coudoux.
La garrigue est très sèche et craque de partout
Car il n’y a pas plu depuis seize semaines.
Tout le monde a très peur, s’active et se démène

Pour traquer tout danger. L’on craint tant l’incendie
Que chacun se relaie, chaque jour, chaque nuit
Sans épargner son temps : sentinelle attentive
Au plus petit signal. L’inquiétude est très vive

D’autant que maintenant, sans qu’on sache comment,
Le feu gicle en tous lieux ; et c’est le plus souvent
Vraiment à tout instant, malgré la surveillance
De tous les villageois, stressés jusqu’à l’outrance.

On est tous affolés car tout flambe alentour ;
Le ciel est noir de suie, la nuit ressemble au jour ;
Les pompiers épuisés oeuvrent comme des bêtes
Et ne savent plus trop où donner de la tête.

Quant à Jean, toujours là, risquant même sa vie,
Eternel combattant et stoïque vigie,
On se demande tous ce qu’on pourrait bien faire
S’il ne nous protégeait de cet énorme enfer…

Jusqu’à la catastrophe : on ne s’attendait pas
A pareille nouvelle ! Une énorme cata
Qui nous laisse groggy, comme sous narcotique :
Disparu le surhomme et le pompier mythique…

Car on en a fini avec l’homme de fer
Et depuis ce matin tout Coudoux désespère :
On vient de prendre Jean, une torche à la main,
Prêt à bouter le feu dans la forêt de pins.

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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