Echouage

La Méditerranée, bleue jusqu’à l’infini,
Se love sur la côte en caressant le sable ;
Elle murmure et chuinte, apaisée, si aimable
Avec son clapotis. Pas un seul autre bruit

Qui s’en vienne troubler la plage du Prophète
Et les quais désertés ! La grand’ville qui dort
Est lovée comme un chat dans la poussière d’or
Du chaud soleil levant, préparée pour la fête

D’un long jour de juillet au grand ciel indigo
Epuré par la brise. Et sous la voûte immense,
C’est un lent va-et-vient de l’eau rythmée qui danse,
Avançant, reculant comme pour un tango.

Il y a des baigneurs étendus sur le sable,
Quelques lève-très tôt qui désirent la paix,
Insouciants du soleil qui déjà se repaît
De leur peau blanche et nue, pour lui si délectable.

Tout est calme et serein… jusqu’à ce qu’une boule
Apparaisse au lointain, dansant au fil de l’eau.
Une épave ? Un paquet ? Un étrange ballot
Posé sur une vague en berceau qui chamboule

Cette chose incroyable ! On dirait une tête,
Grosse comme deux poings, attachée à un corps
Semblable à un pantin. Est-ce un enfant qui dort ?
Les gens se sont levés. Et toute vie s’arrête

En ce jour si douillet quand ils voient à leurs pieds
Un bébé tout chétif que la mer triomphante
A posé sur la plage heureuse et insouciante.
Alors prenant contre elle le tout petit noyé

Venu de l’horizon où son bateau coulé
S’enfonce peu à peu sous les vastes eaux claires,
Une femme rugit sa peine et sa colère.
Les autres restent cois, le cœur coagulé…

Mais la mer continue son ballet incessant.
Le soleil s’est levé. Un peu plus loin Marseille
Ignorant le malheur tout doucement s’éveille.
Malheur, pour les cœurs secs, de plus en plus lassant…

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
Ce contenu a été publié dans Contes, Le début de l'été, Le soleil-lion, Marseille, Méditerranée, Questions ?. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire