Double visage

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Comme Eva, le Cousson a un double visage :
Un versant est doré, abreuvé de soleil
Dès le petit matin. Des mélèzes fort sages
S’y accrochent tout droit sous les rayons vermeils,

Alignés au cordeau en un ordre sévère,
Leur cime bien pointue saupoudrée à l’or fin.
Ruisselant de clarté, scintillant de lumière,
La montagne est dorée ; son adret est enfin

Délivré des frimas, de leur pénombre brune
Et tout éclaboussé par le ciel bleu de mai.
Il est encor plus beau quand un croissant de lune
S’accroche par sa corne au surplomb du sommet.

L’ubac est ténébreux. Comme Eva qui s’éveille,
Déjà désenchantée malgré le grand beau temps !
Tout aussi morne qu’elle, l’ombre qui l’ensommeille
Et qui le refroidit y freine le printemps…

Elle est souvent ainsi ; mais peut être joyeuse
Quand son rire en cascade anime la maison :
D’humeur gaie, enjouée, si drôle et lumineuse,
Puis soudain déprimée sans aucune raison.

Un côté rayonnant et une face sombre…
Comme Eva la montagne est double, infiniment.
Une part de lumière et une zone d’ombre :
Aimer les deux versants ? Le sort de son amant…

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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