Condamnation

Poème illustré par une aquarelle de :

Marie-Claire Houmeau
www.mch.artprint.com

Cette nuit la tempête a écrêté le pin :
Réduit à une sorte d’informe machin,
Le grand arbre royal est vraiment ridicule
Ainsi découronné. Lui que la canicule

Avait déjà navré* lors de l’été dernier,
Il est maintenant nu de la cime à son pied,
Et le voir mutilé est d’autant plus poignant
Qu’il était dans la cour depuis quelque cent ans.

Il va pourtant falloir se faire une raison,
Et se féliciter aussi que la maison
N’ait pas été touchée par son énorme tête.
Réduit à son seul tronc, dépouillé de son faîte,

Il a l’air résigné à être tronçonné
Comme un vulgaire espar. Car l’on ne peut laisser
Ce danger permanent planté devant la porte !
Mais quel grand crêve-coeur ! Et que le diable emporte

Ce satané mistral qui ne respecte rien !
L’on en a plus qu’assez de l’infâme vaurien
Qui a encor frappé jusque dans notre cour…
Il y a trois corbeaux planant comme vautours

Au-dessus du vieil arbre… Il va bien nous manquer
Quand nous évoquerons au coeur du grand été
Son parasol ombreux découpé sur l’azur.
Devoir abattre un arbre est une grand’blessure…

*Au sens ancien de cruellement blessé

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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