Archives pour la catégorie “Questions ?”

Poème iullustré par :
Leonid Afremov
www.afremov.com
Sous la lumière rousse du vieux réverbère,
Ils se sont embrassés sans craindre la lumière
Tant ils voulaient qu’on sache à quel point ils s’aimaient.
Les arbres rougeoyaient et l’automne flambait.
Blottis l’un contre l’autre et tout auréolés
Des derniers rayons blonds d’un soleil délavé,
Ils semblaient scintiller ; puis les tout derniers feux
Qui les auréolaient moururent peu à peu.
Bientôt la nuit s’en vint, mais ils restèrent là,
Encor étincelants. Et dénouant leurs bras
Restèrent face à face, un peu gênés peut-être.
C’était un soir d’automne irradié de couleurs
Où un très grand amour venait juste de naître ;
Et ce qu’ils ressentaient leur faisait un peu peur…
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Poème illustré par un tableau de :
peinture par Christian Guinet
www.peintre-couleur.com
Ca fera mille fois, ma si belle Provence,
Que je te chante ainsi, et ce fut une chance
S’il y a fort longtemps je suis venue ici
Poussée par ces hasards qui parsèment la vie.
Ce fut un coup de foudre, et tombée en amour
Je ne t’ai plus quittée. Pas un mois, pas un jour,
Où je ne sois ravie d’être au creux de ton coeur.
Savais-tu que « Provence » rime avec « Bonheur » ?
Ce n’est pas évident, mais je jure que si !
Poussée par la passion, je dis et je redis
A qui veut bien l’ouïr ma flamme provençale
Et mon attachement qui se veut sans égal.
Et si tu m’adoptais comme une de tes filles ?
Je fais depuis longtemps partie de ta famille,
Je te loue tellement que tu me dois bien ça …
Disons que je suis née non loin de Carpentras ?
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Poème illustré par :
Dubois-Gérard
www.dubois-gerard.com
Je suis exaspéré : je ne peux les jeter !
Ils gagnent peu à peu du terrain et avancent
Très insidieusement; et même la crédence
Va être recouverte avant même l’été !
Car le moindre polar, le plus mauvais bouquin,
Je ne peux l’ignorer ni m’en débarrasser !
Sale virus chronique, autrefois contracté
Quand j’étais encor prof en des temps fort anciens !
Ils sont un peu partout, à peu près alignés,
Serrés à s’étouffer sur la moindre étagère,
Même dans le garage où ils vont de concert
Avec de vieux outils et des chiffons souillés !
Les meubles sont couverts de romans et d’essais,
De traités sentencieux ou bien de dictionnaires…
Ils envahissent tout, il y en a par terre !
Ils vont me rendre fou et je suis submergé !
J’en suis désespéré : je ne devrais plus lire
Et ne plus les traiter avec autant de soin ;
Ne plus en acheter, les broyer, les maudire.
Oui ! Mais ils sont partout… et même au petit coin !
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Poème inspiré par :
Jack Vettriano
Mon Dieu, quelle douleur ! Mais quel bonheur aussi
D’ainsi se souvenir de ces amours anciennes
Embuées de regrets qui vont et puis qui viennent
Et que le temps qui passe a un peu adoucis !
C’était au temps précieux des premières amours
Au bord bleu de la mer. A Sanary peut-être ?
En cet âge si tendre où l’été semblait être
Eternellement lent, fait pour durer toujours.
Nous dansions chaque soir et nous étions si beaux
Que tout autour de nous les autres se taisaient
Tant était magnifique ce couple parfait
Que nous formions alors : immuable duo !
Mais la mort était là qui nous a séparés…
Mon Dieu, quelle douleur et que la vie est longue !
La mer n’a pas changé ; l’horizon est oblongue
Où plonge lentement le soleil orangé…
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Il y a quinze jours une amie m’a offert
Un gros bouquet de fleurs ; ce sont des anémones
De toutes les couleurs qui teintent l’air atone :
Une explosion de joie à la fin de l’hiver !
Je n’y ai pas touché et reste stupéfaite ;
Il y a quinze jours ? Elles sont toujours là
Avec cette fraîcheur qui ne se dément pas ;
C’est un petit miracle et une grande fête
Pour l’esprit esbaubi qui n’y comprend plus rien :
Car comment cette gerbe est-elle encore en vie ?
Quelle force la garde du Temps qui jaunit
Toute fleur tôt coupée ? Quel génie la maintient ?
Pas un pétale à terre, et les fleurs qui rutilent
Semblent cueillies d’hier ! Qui les a donc gardées
De la décrépitude ? Est-ce notre amitié
Qui les soutient ainsi ? Mais mon coeur qui jubile
Décide tout à coup de ne plus y penser.
Les fleurs sont là, jolies, et elles sentent bon
En ce début d’avril qui brille sur Aurons.
Oublions pour un temps leur excentricité…
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Poème illustré par :
Jeong-Ae Ju
www.artistju.com
Là-bas sur l’autre rive un autre monde attend,
Un monde indéfini où la ronde du Temps
N’est plus ni le Passé, ni l’Avenir. « Toujours »
Y est un mot sacré comme le mot « Amour ».
Des ombres surannées y glissent vers l’oubli,
Des ombres d’autrefois, des ombres d’aujourd’hui
Eloignées désormais des soucis temporels ;
Là-bas sur l’autre bord la lumière éternelle
Eclaire doucement comme un calme mirage
Les âmes bleues glissant vers les verts pâturages
D’un Infini serein où tout n’est que douceur :
N’y coexistent plus ni malheur ni bonheur.
Imaginer ainsi la rive inexorable
- Le monde du meilleur, du beau et de l’aimable -
Où la mort indomptée n’a plus rien de tragique :
Heureux les zélateurs de cette voie mystique !
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Poème illustré par un tableau de :
Jérôme Kirchemann
www.myspace.com/jeromekirchemann
Sur un joli visage une bouche tachée
Par le suc vermillon d’une cerise rouge :
Sur des mots cristallins, des quenottes de lait,
Deux lèvres de velours qui sourient et qui bougent.
La lèvre supérieure a un arc prononcé
Comme il l’est bien souvent sur les bouches d’enfants.
Les commissures rient, légèrement plissées
Par la joie, le printemps et presque dix-huit ans.
Une bouche très jeune, une bouche parfaite
Où les rides des vieux n’ont pas encor brodé
Leurs petits plis rageurs creusés par les défaites,
Les fêtes, le chagrin, la mauvaise santé,
Et surtout par le Temps abîmant toute chose.
Une bouche entr’ouverte et doublée de vermeil !
Toute fraîche et gonflée, elle est telle une rose
Humide de rosée luisant sous le soleil.
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Publié par Vette dans Questions ?

Un oiseau vif et enjoué
Enfermé au creux d’une cage :
Il peut chanter, ne peut voler,
Et ne doit plus qu’être très sage
Entre les barreaux qui l’enserrent.
Et le pire au fil des années,
C’est que cet étau se resserre :
Il va finir par le broyer.
Heureusement son chant est clair,
- C’est tout ce dont il est capable -
Son esprit vif comme naguère ;
Les jeunes le trouvent aimable
Et il ne doit pas trop se plaindre
De ses maux ni de ces outrages
Faits à son corps. Il pourrait craindre
Le sort d’autres vieux de son âge !
Même s’il se heurte aux barreaux,
Son intellect n’est pas touché.
Autour de lui de vieux oiseaux
Ne chantent plus et sont prostrés
Dans une infâme déchéance :
Plus d’âme, plus de corps, plus rien !
Lors il se dit qu’il a la chance
D’être encor quelqu’un de très bien !
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Poème inspiré par :
Marion Warren
http://www.marion-warren.rmc.fr
Le soleil est entré dans la pièce et se tient
Derrière elle au moment où elle se maquille.
Son éclat est très vif et ne lui cache rien
Des atteintes du Temps : elle est partie en vrille,
Cette extrême beauté dont elle était si fière !
Les années ont brouillé l’ovale du visage ;
Sa peau est ravinée par l’excès de lumière
Accentuant ses traits. Et ces rudes ravages,
Stigmates du soleil, du temps et du tabac,
Sont cruels et lui font une piètre figure.
Une existence dure et d’énormes tracas :
C’est fou ce qu’un corps las peut subir et endure !
Mais pourquoi les journées passent-elles si vite ?
Pourquoi devient-on vieux avant d’avoir vécu ?
Pourquoi ne comprend-on quelles sont ses limites
Qu’à l’ultime moment ? Tous ces rêves perdus !
Elle est désabusée et reprend son ouvrage
- Du fond de teint par là et de la crème ici -
Pour tenter d’effacer les énormes outrages
Dont le Temps en passant a maculé sa vie.
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Poème illustré par :
Raymond Peynet
(1908-1999)
Profitez-en, les amoureux,
Car il est bien rare que dure
Le bel amour – amour heureux !
L’amour est tout aussi peu sûr
Que la constance du beau temps
Et il se fane vraiment vite
Comme les bouquets du printemps.
Oh ! ma tendre Juliette, évite
La rouge morsure cruelle
Et les innombrables tourments
D’un premier amour. Jouvencelle,
Fuis l’aubade de ton amant !
Mais c’est trop tard ! Tu es atteinte
Par le doux mal qui point le coeur
Et tes joues arrondies sont teintes
Par une rosée de bonheur…
Profitez-en, les amoureux,
Votre extase va refroidir :
Il ne restera de ce feu
Que les cendres du souvenir !
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Poème illustré par :
Raymond Guerrier
www.artactif.com
C’est une grande pièce où la vie ralentie
Semble en presque suspens tant le temps y est gris.
Il y a là des gens à l’air morne et bien sage
Parqués dans ce lieu clos à cause de l’image
D’un petit presque rien qui éclot dans leur corps.
Ils viennent tous les jours et reviendront encore
Car ils vont devoir vaincre un Alien ennemi
Dont ils parlent parfois. Parfois même en sourient
En contant leur parcours de nouveau combattant.
Ils ont une perruque, un chapeau ; leurs doigts pèlent ;
Ils n’ont plus de sourcils… Le temps succède au temps
Jusqu’à ce qu’une femme en blanc les interpelle.
Ils sortent résignés, s’en vont vers le poison
Qui peut-être après tout s’appelle guérison.
Demain ils seront là et attendront leur tour.
Dehors c’est le printemps, et la vie, et l’amour …
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Publié par Vette dans Questions ?

Poème illustré par :
Dubois-Gérard
www.dubois-gerard.com
Les mots sont des joyaux enchâssés dans les livres
Où je viens chaque jour glaner de tels trésors
Que je m’y sens plus riche ; où la vie et la mort
Trament leur comédie, en acteurs un peu ivres
D’existences rêvées tracées sur du papier :
Ecriture-folie, livres de déraison
Où le bon-sens éclate, où l’on perd vite pied ;
Livres clairs et sensés, livres où la raison
S’infiltre dans l’esprit en rendant tout plus sage ;
Livres tout en couleurs ou bien en noir et blanc,
Livres tout en douceur ou zébrés des orages
D’insidieuses idées s’immisçant lentement
Pour façonner un coeur dont on ne voudrait pas ;
Puissance d’un récit, étrangeté parfois
D’une histoire insolite ; patati patata
De bluettes sans goût à l’insipide voix :
Mais lire incessamment, et découvrir des mondes
Où l’on n’ira jamais ! Rêves insoupçonnés
Où le ciel devient plat, la Terre n’est plus ronde !
Vies d’où l’on sort hagard, ébahi et sonné !
Dehors le mistral hurle et secoue la maison.
Blottie dans mon fauteuil je le nargue en lisant,
Immergée aux tréfonds d’une imagination
Tout autre que la mienne. Le silence est de plomb
Et dans la cheminée le feu cliquète et geint.
Mais je ne suis plus là, je ne suis plus sensible
Au bon goût qu’a la vie et plus rien ne m’atteint :
Je suis au coeur d’un livre et presqu’inaccessible.
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Poème illustré par :
Annie Rivière
http://atelieriviere.canalblog.com
Expatrié pour son travail,
Un jour il est tombé malade
D’un fléau noir en embuscade.
Et depuis lors, vaille que vaille,
Quand son coeur est trop amoché,
Quand survivre est vraiment trop dur,
Il se souvient du ciel si pur
Couvrant sa Méditerranée
Comme une cloche de cristal.
Et en évoquant son enfance
Au tout fin-fond de la Provence,
Il en oublie parfois son mal !
Il se rappelle les cyprès
En flèches bleues sur l’horizon,
Le mistral fou, le carillon
Des cigales cliquant l’été ;
Et le soleil tourbillonnant
Aspirant la rosée des fleurs,
L’énorme chape de chaleur
Et l’air brûlant, vibrionnant.
Alors il s’accroche à la vie
Toujours décidé à lutter,
A se battre et se redresser
Malgré sa souffrance infinie
Car il reverra le pays,
Aix la Royale et ses fontaines :
Malgré le Crabe et sa grand’peine
Il ne saurait mourir ici !
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Année belle et année douce,
L’année qui vient de passer
Nouvellement fleuronnée
De fraîches et jeunes pousses ;
Année triste et année dure,
L’année qui vient de passer
Et bien loin a emporté
De très anciennes ramures.
Les années du temps qui passe
Se poussent les unes l’autre :
Inutiles patenôtres !
C’est la vie qui va. Tout casse !
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Poème illustré par :
Jean-Jacques Henner
(1829-1905)
S’il vous plaît, donnez-moi la main
Car je suis tombée dans un trou.
Je m’avançais sur un chemin
Pavé du doré et du roux
De l’automne aux doux reflets blonds
Sans savoir que mon sort déjà
Etait scellé. Je suis au fond !
S’il vous plaît, ne me laissez pas,
J’ai besoin qu’une main amie
Se tende vers moi. La lumière
Est si loin ! Et je suis ici
Entourée d’ombre et de chimères :
La maladie, le froid, la peur
Sont aux aguets, en tapinois.
Tout auréolée de terreur,
La mort germe peut-être en moi.
S’il vous plaît, j’ai besoin de vous,
De votre amitié chaude et douce.
Ne me laissez pas dans mon trou
Et venez vite à ma rescousse …
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