Archives pour la catégorie “Printemps”

Poème illustré par un tableau de :

Pierre Bonnard
(1867-1947)

Tout au fond du jardin il est un amandier
Las et désabusé qui ne veut plus fleurir !
Il est vrai qu’il est vieux, que le moindre soupir
De la brise d’hiver semble le fatiguer.

Mais il n’a plus envie de se donner du mal
A recréer des fleurs ! L’air est trop pollué,
L’atmosphère alentour lui paraît trop viciée
Et le ciel de Provence est de plus en plus sale.

L’amandier tout tordu a vraiment le cafard.
Peut-être a-t-il besoin d’un bon litre d’engrais
Ou de quelques baisers sur son vieux tronc rapé ?
On a besoin de lui, et il n’est pas trop tard

Pour le voir s’éveiller en sa belle livrée !
Le soleil s’y est mis : bombardant à foison
Notre récalcitrant de millions de rayons,
Il l’a encouragé et l’a réconforté.

Aujourd’hui le vieil arbre est le roi du jardin !
Une pure merveille, une boule de fleurs
Délicates et drues qui nous chauffent le coeur.
Voilé de blanc rosé, éclairant le matin,

Il a caché à tous ses branches dénudées
En les dissimulant sous ses légers pétales.
Il semble rajeuni au soleil qui s’étale
Et croît de jour en jour dans le ciel délavé.

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Poème illustré par un tableau de :

Yvette Moyenne
www.galerie-com.com

Incroyable douceur d’un matin de printemps
Et tendre renouveau attendu si longtemps
Qu’on croyait le soleil massacré par l’hiver !
Comment avons-nous fait pour vivre cet enfer ?

On croyait le printemps proscrit à tout jamais !
Dieu ! Qu’avoir froid fut rude ! Etions-nous condamnés
A nous encoquiller dans la brume et la pluie ?
La Provence était grise et sombrait dans l’ennui

Tant était terne et mou son ciel bas nuageux.
Un hiver vraiment triste, humide et cafardeux !
Rien n’y refleurissait, pas même l’amandier…
Aujourd’hui tout est clair, et l’air est si léger

Qu’on se sent tous renaître. Et cette renaissance
Est pour les Provençaux une nouvelle chance
D’apprécier plus encor le ciel de leur Midi.
Le printemps revenu vient de rentrer au nid.

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Délicieuse surprise ! C’en est presque brutal !
Le printemps renaissant réveille la Provence ;
La vie ressuscitée exacerbant nos sens
Chasse à coups de fouet la dormance hivernale.

Le nez est titillé par mille et mille odeurs :
Senteur d’herbe écrasée et de terre mouillée
Fumant dans le matin ; fragrances épicées
Des bourgeons qui accouchent de nouvelles fleurs…

Le ciel semble lavé et le mistral s’emploie
A le rendre plus bleu. Ses ailes se déploient
Au-dessus de Lambesc ; il est ensoleillé,

Point trop mésavenant car encor raisonnable.
Il chante la chanson du printemps qui renaît,
Ritournelle en douceur qui ne peut qu’être aimable.

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Dans le jardin tout neuf rajeuni par Avril
Piaillent à qui mieux mieux de bien curieux oiseaux :
Une bande d’enfants gais comme des moineaux
S’y ébattent en rond, et leur joyeux babil

Est comme un carillon fait de chants et de cris ;
Car Clément a quatre ans : on va faire la fête,
Danser, hurler, tourner à en perdre la tête
Et tant se déchaîner qu’on aura le tournis.

Le sol un peu spongieux sous les pieds des enfants
Est tout gorgé de sève et de graines nouvelles
Qui vont germer demain. Gamins et jouvencelles
Sans souci des dégats les piétinent gaiement.

C’est la fête aujourd’hui, la fête du printemps,
La fête des petits, celle du renouveau.
Quatre jolies bougies brûlent sur le gâteau,
Le gâteau savoureux des quatre ans de Clément.

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Le temps est vraiment doux ce matin à Salon.
Des martinets pointus plongent vers l’Empéri
Tels des missiles noirs qui trillent à grands cris.
Le mois d’avril tout neuf vient de naître et sent bon.

Le Val de Cuech est vert et ses immenses pins
Crachotent tant et plus un pollen impalpable :
La terrasse en est jaune, et le banc, et la table…
C’est ainsi chaque année ! Sur le bord du chemin,

Déjà des mousserons, des orchis, des pervenches ;
La vie grouille partout. Dans le sein de la terre
Les cigales larvées mûrissent : un mystère
Qui n’éclora qu’en juin, quand le grand soleil penche

Au-dessus du Midi. Mais pour bien peu de temps…
Allons ! Foin des idées et des images sombres !
Pensons à la lumière ; oublions vite l’ombre
Qui s’enfuit emportée par l’hiver. Le printemps

A posé sur la ville un voile lumineux.
Le soleil revenu retrouve ses rondeurs,
Aiguise ses rayons, plein de fougue et d’ardeur,
Flottant comme un ballon dans le clair ciel tout bleu.

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Poème illustré par un tableau de :

Suzanne Michel
www.peintresdelestaque.org

Au jardin ce matin l’air a été lavé
Par la première nuit d’un tout nouveau printemps,
Et il y flotte encor un halo odorant :
Celui des crocus blancs que je viens de couper.

Je gonfle mes poumons d’un grand bol de fraîcheur
Et me sens nettoyée soudain de fond en comble.
Une incroyable joie me submerge et me comble,
Et la fraîche goulée coule jusqu’à mon coeur,

M’enivrant tout autant qu’un bandol de Saint Cyr.
Un air pur et tout neuf, imprégné de l’aigreur
De l’âcre odeur acide des nouvelles fleurs,
Qui m’étourdit soudain, me grise et me chavire.

Le mistral apaisé s’est mis à l’unisson,
Se transformant en brise au souffle du soleil.
Il courbe doucement les tulipes vermeilles,
Courtisant le printemps en chantant sa chanson.

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Poème illustré par un tableau de :

Elsabeth Fourcade
www.elisabeth-fourcade.net

Le printemps revenu submerge le village
De l’infinie douceur d’un matin sans nuages ;
Il fait si bon soudain qu’on en est étonné :
Finie la fourberie de l’hiver en allé !

C’est ce qu’on doit se dire et bien se rappeler
Puisqu’ici rien ne dure et ne saurait durer,
Tel ce froid qui nous a tellement fait souffrir,
Mais qui s’est délité pour mieux s’évanouir

Au fin-fond du passé et s’y désagréger.
Le printemps revenu ressemble aux fleurs d’été
Ou au cours argenté de la jolie Cadière
Gazouillant à l’envi, piquetée de lumière

Par les premiers rayons d’un nouveau vrai soleil.
L’air bleu est translucide et le ciel est vermeil
Dans l’aube qui rougeoie, excitant les oiseaux.
L’Est est rose dragée : il va faire très beau…

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Poème illustré par un tableau de :

Eric Espigares
www.eric-espigares.com

Mourir au mois d’avril, n’est-ce pas incongru
Alors qu’autour de soi tout explose de vie
Et que la sève monte au coeur des arbres nus,
Alors que le soleil ressuscite à l’envi ?

Mourir à quarante ans au mitan de son temps,
Laisser anéantis tous les vivants qui restent,
Ouvrir au creux des coeurs l’énorme trou béant
D’un chagrin impossible à combler par les gestes

Tendres et impromptus de la tendresse humaine,
N’est-ce pas malséant et même inconcevable ?
Laisser au coeur des gens cette éternelle peine,
Pour toi qui es parti est-ce même acceptable ?

Tous les avrils sont doux en Provence, et le vent
Redevient peu à peu tout bleu et tout léger ;
Mais toi tu es parti. Te souviens-tu d’antan
Quand tu vivais encor ? Ô comme je t’aimais…

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Poème illustré par un tableau de :

Eugène Bugarat
http://galerie-marc.faugeras.pagesperso-orange.fr/

Elle a mis aujourd’hui sa robe de printemps
Nouvellement cousue ! Celle qu’elle aime tant
Et qu’on dirait coupée dans un bout de nuage.
Ténue, arachnéenne, et vraiment pas très sage,

Faite de rien du tout, mais qui lui va si bien !
Taillée dans un tissu léger et aérien,
Une robe brodée des fleurs du mois de mai,
Une robe irréelle, une robe de fée !

Elle a pris pour la coudre une soie d’araignée,
Tout en l’agrémentant de perles de rosée,
De brins de romarin et de feuilles ouvertes
Dès le petit matin ; puis de larmes offertes

Par la pluie effarée de la voir si jolie !
Le soleil lui aussi s’est mis de la partie
En lui offrant sitôt trois rayons torsadés
De lumière et de feu pour en faire un collier.

C’est l’innocence même ; elle est fraîche et si belle
Que tous sont amoureux de notre jouvencelle.
Mais Eva l’insouciante ne veut que rêver.
Elle a le temps d’aimer et préfère danser…

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Poème illustré par un tableau de :

Annick Couillaud
www.expo.artactif.com/couillaud

Emma du mois d’avril, c’est ta fête aujourd’hui.
Même si le chagrin chiffonne ta frimousse,
Essaie de nous sourire et d’être épanouie
Car tout autour de toi est plaisant et t’y pousse.

Regarde le jardin ! Il a fleuri pour toi :
Narcisses et tulipes , crocus et jacinthes…
Quel cadeau, ma si douce ! Une offrande de roi
Pour sa reine jolie ! Malgré toutes tes plaintes,

Tes soupirs lancinants, tente de l’oublier !
Ris avec tes amis et chante le printemps ;
Arrête de gémir, de crier et pleurer…
Mais il faut avouer que tu n’as que quatre ans,

Tu ne sais pas encor cacher tes sentiments
Et ton doudou perdu, c’est un tourment affreux
Qui te brise le coeur ! Car tu l’aimais, vraiment…
Oh ! Que faire pour toi ? Si j’en rachetais deux ?

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Poème illustré par un tableau de :

Angèle Sperius
www.meluzar.pagesperso-orange.fr

Vêtu d’un pourpoint bleu, le printemps angélique
S’est perché sur un arbre. Et de là il attend
Que frère Hiver s’enfuie et lève enfin le camp
Devant les grands assauts d’un soleil magnifique.

Juché sur son platane il observe la foule
Qui bade lentement sur le cours Mirabeau.
Tout le monde est content : il fait bon, il fait beau !
Il pleut de la langueur sur le flux qui s’écoule

Sous le soleil ami. Quand il sera vainqueur,
Quand la glace et le gel seront éradiqués,
Notre printemps pourra commencer à semer
Par les champs et les prés son infinie douceur.

Mais il est bien ici, il a encor le temps !
On n’est qu’en février et il lui faut attendre
Que ce maudit hiver s’en soit allé se pendre !
Levant le nez les gens le saluent en riant..

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Sonnet-poème inspiré par un tableau de :

Suzanne Bourdet

Ce matin au jardin un oiseau a chanté :
Une mésange bleue, dont les trilles légères
Venaient nous annoncer que la fin de l’hiver,
Ce fichu malotru, est enfin amorcée.

On commence à bouger ; et l’on va ressortir
Tout ce fatras utile à tout bon jardinier.
Jardiniers du dimanche et heureux ouvriers
Du sol sentant si bon qui consent à s’ouvrir

A de frêles bourgeons, on pourra s’attarder
Chaque soir un peu plus à bêcher, à biner
La terre sèche encor mais ouverte à la vie.

Là, semences de fleurs ; ici, fruits et légumes :
La Provence se prête à toutes les envies !
Et si l’on s’essayait à planter des agrumes ?

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Poème illustré par une aquarelle de :

Christine Vossot
www.linternaute.com

Du bout de mon pinceau je vais prendre du rose,
Un rose très léger, et du bleu, et du blanc
Tout aussi clairs et doux. Car la douceur des choses
Est l’impalpable sceau du tout nouveau printemps.

La garrigue ronronne au soleil jaune pâle
Qui n’a pas ressorti ses griffes affûtées.
Tiens ! Et si j’ajoutais une touche d’opale
Aux pétales nacrés de l’antique amandier ?

Le mistral friselant sur la campagne beige
N’ose plus perturber la Provence assagie
Et calme son ardeur. On dirait de la neige
Sur les branches tordues du très vieux cerisier !

Un printemps-aquarell(e) tout en délicatesse,
Où tout n’est qu’harmonie ! Un nuage bien rond
Vogue au plaisir du vent dont le souffle caresse
La tête des épis déjà teintés de blond.

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Poème illustré par un tableau de :

Gustav Klimt
(1862-1918)

Le Printemps éveillé par la douceur du Temps
A pris son grand panier qu’il a empli de graines,
De bourgeons, de semence. Et lors il se promène
Partout dans la garrigue et les bois et les champs.

Il a le geste large et ample d’un semeur
Lançant au gré du vent ses parcelles de vie,
Et sous ses pieds légers la nature ravie
Déploie ses rameaux verts où germinent des fleurs.

C’est un elfe fringant d’allure adolescente
Et seuls peuvent le voir les enfants et les fées.
Il parcourt la Provence à grands pas déliés,
Laissant derrière lui des terres verdoyantes.

Quand le sol est trop sec, il appelle la Pluie
Afin que sa fraîcheur s’en vienne à la rescousse.
La terre craquelée et l’herbe un peu moins rousse
Sous leurs coups conjugués renaissent à l’envi,

Car dès qu’ils sont passés, c’est le vert qui s’installe
Au creux noir des sillons, au fin-fond des fossés.
Le Printemps au teint rose a tout repeint de frais,
Reboostant la nature à grands coups de cymbales.

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Poème illustré par un tableau de :

Lionel Spani
www.lionel-spani.com

Haut les coeurs, mes amis ! Oui, le printemps est là :
Le soleil requinqué s’en vient sonner le glas
De tous ces jours si gris et mornes de l’hiver ;
On a le coeur en liesse et la tête à l’envers !

A Salon* les terrasses sont prises d’assaut :
On veut en profiter ! Cours Gimon, les badauds
Hument à pleins poumons l’air tiède et presque pur
De la rue bourdonnante, oubliant leur voiture

Qui gît abandonnée aux tréfonds de la ville.
On ralentit son pas, on a le coeur futile
Et l’on se sourit tous, l’âme un peu en goguette ;
La cité s’est parée de sa tenue de fête,

Les parterres de fleurs sont tout neufs ; et le vent
Délicat et léger les caresse en valsant,
Tout en faisant ployer avec grâce le stipe
Un peu raide pourtant des premières tulipes.

Place des Centuries l’on bade, l’on paresse
En prenant le soleil : tout va bien, rien ne presse !
Au-dessus, l’Empéri dresse ses murs austères ;
Même le vieux château ruisselle de lumière !

*Poème offert à la ville de Salon

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