Archives pour la catégorie “Printemps”

Sonnet illustré par un tableau de :

Alfred Sisley
(1839-1899)

Ce matin, il fait frais… et certains diraient : « froid »
Car sept ou huit degrés, c’est rude par ici !
Mais le vieil amandier non loin du petit bois
Tel un nuage rose et léger a fleuri.

Comment peut-on savoir qu’on est bien au printemps ?
Un petit quelque chose, un parfum délicat
Qui flotte au fil de l’air ? Ou les trilles d’argent
D’un oiseau amoureux au cours de ses ébats ?

Nous avons devant nous six longs mois de bonheur !
C’en est fini du gel et de ce temps si dur
Qui nous paralysait. Avril en sa douceur

Va vêtir les jardins de fleurs et de verdure.
Bleus seront les longs jours, longues seront les heures
Des soirs passés dehors sous le ciel clair-obscur.

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En l’an mil sept cent vingt, au coeur noir de l’automne,
La peste ravageait Cucuron qui savait
Malgré tous ses efforts qu’il était condamné.
Aussi fit-il un voeu à sa sainte patronne :

Si le fléau cessait, un grand pélerinage
Marquerait chaque année le retour du beau temps
Et l’on élèverait un arbre surpassant
Le faîte de l’églis(e). Sainte Tulle la sage

Pria notre Seigneur… et le mal s’arrêta.
On n’a pas oublié ; tous les vingt et un mai,
Toujours reconnaissants on dresse un peuplier
Juste devant l’église. Et ce sont des vivats,

De grands cris de bonheur ! Certains Cucuronnais
Ne savent plus pourquoi l’on fait ainsi la fête,
Mais tant pis, après tout ! Et ils seraient bien bêtes
De rater l’occasion d’ainsi chanter l’été…

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Une mésange zinzinule
A la folie, éperdument,
Et son chant rebondit en bulles
Sur les eaux vives de l’Argens.

Recherche-t-elle un mésangeau ?
Nous sommes au temps des amours
Du mois d’avril ! Mais les oiseaux
Savent-ils bien compter les jours ?

Guère plus que nous il me semble…
Le jardin est enjolivé
Par le doux gazouillis qui tremble ;
Et ces notes tout embaumées

Par les fleurs du nouveau printemps
Virevoltent dans les allées :
Le chant frais du nouveau printemps
Qui va nous forcer à danser !

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Poème illustré par un tableau de :

Jacobs Dieudonné
(1887-1967)

www.artvalue.com

Voici donc le printemps ! Nous allons tous jeter
Nos habits superflus par-dessus les moulins !
Revivent le beau temps, le tendre mois de mai
Qui nous chauffe le coeur et nous rend tous zinzins !

Le mistral éparpill(e) les pétales des fleurs
Sur le jardin repeint de tendres reflets blonds,
Et le ciel rajeuni arbore les couleurs
D’un camaïeu pastel qui floute l’horizon,

Car le printemps est miel : il est toute douceur,
Sans outrances jamais et sans rodomontades.
Il est tendre et moelleux, bien éloigné des heurts
De l’été explosant en moult fanfaronnades.

Il s’avance paré des voiles délicats
D’une brume légère au lever du soleil.
Revoici le printemps ! Oui, le printemps est là
Qui s’en vient nous chanter mille et mille merveilles…

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Il flotte au fond de l’air un petit quelque chose
Qui titille Marseille : un doux frisson léger,
Un soupçon de printemps. L’hiver marque une pause,
Oubliant pour un temps qu’on n’est qu’en février.

La Méditerranée est frangée de vermeil
Et l’eau qui dodeline étincelle et scintille.
Sur le sable d’argent des flaques de soleil
Bientôt évaporées crépitent et pétillent.

Le ciel est immobile, il n’y a pas de vent,
Il fait tellement bon qu’on dirait le printemps…
Les Marseillais ravis sont sortis en goguette

Pour jouir du soleil dont ils ont tant besoin.
Il flotte au fond de l’air un petit air de fête :
Ils en oublieraient tous qu’avril est encor loin.

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Poème illustré par un tableau de :

Alfred Sisley
(1839-1899)

La brise de printemps a un très joli rire
Qui cascade en tintant comme grelots d’argent.
Quand on l’entend dès mars on a le coeur content
Car on sait que l’hiver agonise et expire

Au fin-fond des buissons au coeur de la garrigue.
Son joli carillon va signer son trépas ;
Elle en est tout heureuse et ne s’en prive pas :
Tintinnant en valsant, elle danse la gigue

Sur les arbres bercés par son souffle rythmé.
La brise de printemps roule et tangue, un peu saoule,
Rendant chacun heureux et même un peu maboul
A l’idée des beaux jours commençant à germer.

Mais attention, la belle, à ne pas te laisser
Gagner par la folie ! Tu deviendrais mistral
Bouffi par son pouvoir ! Tu peux virer au mal
Et ranimer l’hiver au fond de son terrier…

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Poème illustré par un tableau de :

Yvette Moyenne
www.galerie-com.com

Incroyable douceur d’un matin de printemps
Et tendre renouveau attendu si longtemps
Qu’on croyait le soleil massacré par l’hiver !
Comment avons-nous fait pour vivre cet enfer ?

On croyait le printemps proscrit à tout jamais !
Dieu ! Qu’avoir froid fut rude ! Etions-nous condamnés
A nous encoquiller dans la brume et la pluie ?
La Provence était grise et sombrait dans l’ennui

Tant était terne et mou son ciel bas nuageux.
Un hiver vraiment triste, humide et cafardeux !
Rien n’y refleurissait, pas même l’amandier…
Aujourd’hui tout est clair, et l’air est si léger

Qu’on se sent tous renaître. Et cette renaissance
Est pour les Provençaux une nouvelle chance
D’apprécier plus encor le ciel de leur Midi.
Le printemps revenu vient de rentrer au nid.

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Délicieuse surprise ! C’en est presque brutal !
Le printemps renaissant réveille la Provence ;
La vie ressuscitée exacerbant nos sens
Chasse à coups de fouet la dormance hivernale.

Le nez est titillé par mille et mille odeurs :
Senteur d’herbe écrasée et de terre mouillée
Fumant dans le matin ; fragrances épicées
Des bourgeons qui accouchent de nouvelles fleurs…

Le ciel semble lavé et le mistral s’emploie
A le rendre plus bleu. Ses ailes se déploient
Au-dessus de Lambesc ; il est ensoleillé,

Point trop mésavenant car encor raisonnable.
Il chante la chanson du printemps qui renaît,
Ritournelle en douceur qui ne peut qu’être aimable.

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Dans le jardin tout neuf rajeuni par Avril
Piaillent à qui mieux mieux de bien curieux oiseaux :
Une bande d’enfants gais comme des moineaux
S’y ébattent en rond, et leur joyeux babil

Est comme un carillon fait de chants et de cris ;
Car Clément a quatre ans : on va faire la fête,
Danser, hurler, tourner à en perdre la tête
Et tant se déchaîner qu’on aura le tournis.

Le sol un peu spongieux sous les pieds des enfants
Est tout gorgé de sève et de graines nouvelles
Qui vont germer demain. Gamins et jouvencelles
Sans souci des dégats les piétinent gaiement.

C’est la fête aujourd’hui, la fête du printemps,
La fête des petits, celle du renouveau.
Quatre jolies bougies brûlent sur le gâteau,
Le gâteau savoureux des quatre ans de Clément.

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Le temps est vraiment doux ce matin à Salon.
Des martinets pointus plongent vers l’Empéri
Tels des missiles noirs qui trillent à grands cris.
Le mois d’avril tout neuf vient de naître et sent bon.

Le Val de Cuech est vert et ses immenses pins
Crachotent tant et plus un pollen impalpable :
La terrasse en est jaune, et le banc, et la table…
C’est ainsi chaque année ! Sur le bord du chemin,

Déjà des mousserons, des orchis, des pervenches ;
La vie grouille partout. Dans le sein de la terre
Les cigales larvées mûrissent : un mystère
Qui n’éclora qu’en juin, quand le grand soleil penche

Au-dessus du Midi. Mais pour bien peu de temps…
Allons ! Foin des idées et des images sombres !
Pensons à la lumière ; oublions vite l’ombre
Qui s’enfuit emportée par l’hiver. Le printemps

A posé sur la ville un voile lumineux.
Le soleil revenu retrouve ses rondeurs,
Aiguise ses rayons, plein de fougue et d’ardeur,
Flottant comme un ballon dans le clair ciel tout bleu.

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Poème illustré par un tableau de :

Suzanne Michel
www.peintresdelestaque.org

Au jardin ce matin l’air a été lavé
Par la première nuit d’un tout nouveau printemps,
Et il y flotte encor un halo odorant :
Celui des crocus blancs que je viens de couper.

Je gonfle mes poumons d’un grand bol de fraîcheur
Et me sens nettoyée soudain de fond en comble.
Une incroyable joie me submerge et me comble,
Et la fraîche goulée coule jusqu’à mon coeur,

M’enivrant tout autant qu’un bandol de Saint Cyr.
Un air pur et tout neuf, imprégné de l’aigreur
De l’âcre odeur acide des nouvelles fleurs,
Qui m’étourdit soudain, me grise et me chavire.

Le mistral apaisé s’est mis à l’unisson,
Se transformant en brise au souffle du soleil.
Il courbe doucement les tulipes vermeilles,
Courtisant le printemps en chantant sa chanson.

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Poème illustré par un tableau de :

Elsabeth Fourcade
www.elisabeth-fourcade.net

Le printemps revenu submerge le village
De l’infinie douceur d’un matin sans nuages ;
Il fait si bon soudain qu’on en est étonné :
Finie la fourberie de l’hiver en allé !

C’est ce qu’on doit se dire et bien se rappeler
Puisqu’ici rien ne dure et ne saurait durer,
Tel ce froid qui nous a tellement fait souffrir,
Mais qui s’est délité pour mieux s’évanouir

Au fin-fond du passé et s’y désagréger.
Le printemps revenu ressemble aux fleurs d’été
Ou au cours argenté de la jolie Cadière
Gazouillant à l’envi, piquetée de lumière

Par les premiers rayons d’un nouveau vrai soleil.
L’air bleu est translucide et le ciel est vermeil
Dans l’aube qui rougeoie, excitant les oiseaux.
L’Est est rose dragée : il va faire très beau…

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Poème illustré par un tableau de :

Eric Espigares
www.eric-espigares.com

Mourir au mois d’avril, n’est-ce pas incongru
Alors qu’autour de soi tout explose de vie
Et que la sève monte au coeur des arbres nus,
Alors que le soleil ressuscite à l’envi ?

Mourir à quarante ans au mitan de son temps,
Laisser anéantis tous les vivants qui restent,
Ouvrir au creux des coeurs l’énorme trou béant
D’un chagrin impossible à combler par les gestes

Tendres et impromptus de la tendresse humaine,
N’est-ce pas malséant et même inconcevable ?
Laisser au coeur des gens cette éternelle peine,
Pour toi qui es parti est-ce même acceptable ?

Tous les avrils sont doux en Provence, et le vent
Redevient peu à peu tout bleu et tout léger ;
Mais toi tu es parti. Te souviens-tu d’antan
Quand tu vivais encor ? Ô comme je t’aimais…

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Poème illustré par un tableau de :

Eugène Bugarat
http://galerie-marc.faugeras.pagesperso-orange.fr/

Elle a mis aujourd’hui sa robe de printemps
Nouvellement cousue ! Celle qu’elle aime tant
Et qu’on dirait coupée dans un bout de nuage.
Ténue, arachnéenne, et vraiment pas très sage,

Faite de rien du tout, mais qui lui va si bien !
Taillée dans un tissu léger et aérien,
Une robe brodée des fleurs du mois de mai,
Une robe irréelle, une robe de fée !

Elle a pris pour la coudre une soie d’araignée,
Tout en l’agrémentant de perles de rosée,
De brins de romarin et de feuilles ouvertes
Dès le petit matin ; puis de larmes offertes

Par la pluie effarée de la voir si jolie !
Le soleil lui aussi s’est mis de la partie
En lui offrant sitôt trois rayons torsadés
De lumière et de feu pour en faire un collier.

C’est l’innocence même ; elle est fraîche et si belle
Que tous sont amoureux de notre jouvencelle.
Mais Eva l’insouciante ne veut que rêver.
Elle a le temps d’aimer et préfère danser…

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Poème illustré par un tableau de :

Annick Couillaud
www.expo.artactif.com/couillaud

Emma du mois d’avril, c’est ta fête aujourd’hui.
Même si le chagrin chiffonne ta frimousse,
Essaie de nous sourire et d’être épanouie
Car tout autour de toi est plaisant et t’y pousse.

Regarde le jardin ! Il a fleuri pour toi :
Narcisses et tulipes , crocus et jacinthes…
Quel cadeau, ma si douce ! Une offrande de roi
Pour sa reine jolie ! Malgré toutes tes plaintes,

Tes soupirs lancinants, tente de l’oublier !
Ris avec tes amis et chante le printemps ;
Arrête de gémir, de crier et pleurer…
Mais il faut avouer que tu n’as que quatre ans,

Tu ne sais pas encor cacher tes sentiments
Et ton doudou perdu, c’est un tourment affreux
Qui te brise le coeur ! Car tu l’aimais, vraiment…
Oh ! Que faire pour toi ? Si j’en rachetais deux ?

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