Archives de catégorie : Printemps

Eh bien, oui, c’est l’hiver…

Poème illustré par un tableau de :
Yves Lallemand

Eh bien, oui, c’est l’hiver en ce jour de printemps !
La neige, le verglas et le froid s’y invitent
Bien qu’on soit le vingt mars ! Puisse le Temps très vite
Remettre un peu plus d’ordre dans ce dérèglement !

Les fleurs qui peaufinaient leur jolie collerette
Devraient se résigner, ou elle paieront cher
Leur manque de soupçons vis à vis de l’hiver
Qui, tapi dans un coin, n’a qu’une idée en tête :

Détruire toute vie qui a décidé d’être
Et de s’ouvrir au jour. Quant à vous, les bourgeons,
Bien recroquevillés et lovés tout au fond
De votre chaud cocon, mieux vaudrait ne point naître

Ou du moins, pas encor : la menace est énorme
Et le risque trop grand ; attendez un moment,
Le printemps reviendra ! Même si le Temps ment,
Il devra malgré tout se conformer aux normes…

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La bagarre

Un jour froid, l’autre chaud : c’est la grande bagarre
Entre un Printemps tout neuf et un trop vieil Hiver.
Choc des générations ? Une lutte bizarre
A grands coups de flocons, de bourgeons déjà verts,

De brise ou de mistral ! Une guerre éternelle…
On croyait pourtant bien que c’en était fini
De ce sinistre temps, quand ce vieux malappris
Est revenu chez nous pour y chercher querelle

Au printemps affairé à réchauffer la terre,
Défroisser les boutons, reverdir les scions
Et booster les épis dans le creux des sillons…
Ayant à la fin mars vraiment bien trop à faire

Pour le laisser ainsi saligoter sa tâche,
Le Printemps s’exaspère et ne supporte plus
Les procédés douteux de ce vieux malotru.
Aussi arrive-t-il que parfois il se fâche

Et déflagre soudain en un énorme orage :
Il hurle, il tonitrue, se déverse du ciel
En un rideau de pluie. Puis un grand arc-en-ciel
Reliant les coteaux fait qu’il oublie sa rage.

Il reprend son boulot, fier que son adversaire
Faiblisse toujours plus, très vite, chaque jour,
Car il sait qu’il ne peut, non plus, durer toujours !
Il lui reste deux mois, et le Temps est sévère…

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Métamorphose

Poème illustré par un tableau de :
Jacques Peyrelevade

Marseille frissonnant sous une pluie glacée
S’est recroquevillé, grelottant tant et plus.
Mais l’on en est content car il n’y a pas plu
Depuis quelque trois mois ! Les rues sont vernissées,

Comme cirées par l’eau. Cependant, s’il fait froid,
L’on se dit que la pluie est une bonne chose,
Et l’on est fort nombreux à défendre sa cause,
Même si  le soleil à Marseille est un roi !

Comment imaginer pourtant ce qui s’y passe ?
De cette énorme pluie, certains avaient pensé
Qu’elle pourrait fort bien se métamorphoser,
Bien qu’on soit au printemps, en averse de glace !

Or, ils se sont trompés, car – oui ! c’est de la neige
Qui tombe à gros flocons sur Marseille effaré !
La neige ? Au mois de mai ? Incroyable ! Il paraît
Qu’on n’a jamais vu ça… Pourtant elle s’agrège

Dans les rues, sur les quais et le toit des maisons :
Marseille est devenu une station alpestre !
Etre un jour envahi par des extraterrestres
Semblerait tout autant dénué de raison !

Mais tout est si joli ! La couette immaculée
A tout emmitouflé d’un manteau duveteux.
Les pointus* recouverts d’un édredon laiteux
Dodelinent tout doux sur l’eau coagulée.

Et comme il reste en nous un coeur de vieil enfant,
Nous sommes tout heureux d’applaudir ce miracle,
Tout prêts, dans notre émoi, à porter au pinacle
Ce prodige inouï, rarissime et… bluffant !

*Barques de pêche marseillaises

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Bleu-mistral

Ah ! S’il n’y avait pas cet assommant mistral,
Nous mènerions ici une vie idyllique !
Déferlant de là-haut jusques au littoral,
Il déboule chez nous en tyran colérique

Et nous excède tous avec sa véhémence !
Décrit par les Anciens – presque mis à l’index !
Comme un des trois fléaux ravageant la Provence :
Le mistral, la Durance et le Parlement d’Aix,

Il nous casse les pieds hier comme aujourd’hui !
Ses saisons préférées ? Le printemps et l’automne,
Et puis l’hiver, bien sûr… Et les beaux jours aussi !
Car sachez, bonnes gens, que ce fichu béjaune

Peut se manifester dès qu’il en a l’envie.
C’est un caractériel, il souffle quand il veut…
Il préfère pourtant, plus souvent, prendre vie
Quand il fait froid au Nord. Rarement quand il pleut :

Le bougre n’aime pas bosser les pieds mouillés,
Il aime son confort, une terre très sèche.
Mais félicitons-le quand le ciel barbouillé
Retrouve sous son souffle une nuance fraîche,

Un bleu tonitruant déclamant à tue-tête
Sa joie d’être en Provence. Il possède au moins ça :
Le pouvoir d’expulser à grands coups d’époussette
Tout nuage perdu qui vogue ci et là !

Car ce vent irritant est un grand inventeur
Qui nous a concocté un bleu incomparable :
Bleu-mistral presque sombre, incroyable couleur
Tellement absolue qu’elle est invraisemblable…

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Un léger souffle de soleil

Un léger souffle de soleil ?
On se sent aussitôt revivre !
Trois rayons de vent ? L’on est ivre,
Face au ciel peint de bleu vermeil

Là-bas, vers l’ouest. Fin février :
Un zeste de printemps peut-être,
Du printemps qui pour mieux renaître
Doit vite nous faire oublier

Qu’il est plus faible que l’hiver
Aux mille voltes détestables.
Attention, s’il paraît aimable,
A ses retournements pervers !

Une fleur siffle un petit air,
Hâtive ritournelle rose
Qui délicatement arrose
Le jardin d’un frais parfum vert.

Un oiseau fleurit au soleil.
Il s’est perché sur une branche
Qu’inonde une lumière blanche
Annonçant le prime réveil

De cet avril prématuré.
Un oiseau, une fleur, la brise :
Le trio printanier courtise
Les nuages peinturlurés.

Dansant au-dessus du Midi,
Le soleil ranimé effleure
Les pompons des arbres qui fleurent
Bon le gai printemps qui revit.

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Les filles de Marseille

A Marseille, au printemps, les filles sont jolies,
Qui vont le nez en l’air et tout en balançant
Leur ravissant derrière. Un soleil caressant
Profite tant et plus d’une heureuse embellie

Pour cuivrer leur teint mat de femmes du Midi
Et leur donner l’aplomb de qui se sent très belle.
Au printemps, elles vont, marchant en ribambelles
Dans les rues de la ville où le temps reverdit

Les murets tristounets et le dessous des pierres,
En en faisant jaillir les minuscules brins
D’une herbe fruste et drue, comme faite d’airain.
A Marseille, au printemps, l’incroyable lumière

Régénère la vie des plantes, des Humains ;
Et les filles qui vont en ondulant des hanches,
Parées pour le soleil comme pour un dimanche,
Ne veulent point savoir ce que sera demain.

Elle marchent, c’est tout ! Elles se sentent belles
Sous les rais d’un soleil enfin réanimé.
Avec souvent l’aplomb de qui se sait aimé,
Elles vont à grands pas ; leur petit air rebelle

Désempare pas mal les cacous désoeuvrés
Qui, le corps chaviré, les sifflent au passage…
Mais sans s’aventurer : ils sont devenus sages !
Ne point importuner, oh non ! juste admirer…

A Marseille, au printemps, elles vont triomphantes,
Connaissant leur pouvoir, sûres de leur beauté ;
Et ne supportant plus la moindre privauté,
Elles sont libérées, plus hardies, moins méfiantes

Envers ces malotrus qui, bouffis de désir,
Crachent leur frustration sous de gros mots obscènes.
Mais les filles qui rient n’éprouvent plus de gêne
Face à ces malappris, vaincus sans coup férir…

Elles vont par les rues, elles vont par la plage
Où le soleil ravi caresse doucement
De ses rayons ambrés leur corps encor tout blanc ;
S’en étant, sans scrupule, accordé l’apanage !

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Les tâches du Printemps

Poème illustré par un tableau de :
Franck Carron

De ses doigts le Printemps amignonne les fleurs
Pour qu’elles s’ouvrent mieux dans la lumière neuve ;
Puis il les colorie de la seule couleur
Qui sied à leur beauté, après la rude épreuve

De ce maudit Hiver qui les a épuisées.
Il a repeint le ciel à grands coups de pinceau
Dégoulinant de bleu. La campagne grisée
Se laisse caresser par ses tendres assauts,

Buvant avidement les rayons du soleil
Qui chauffe le sol noir de ses flammes fourchues.
L’eau du puits étincelle, et un halo vermeil
Couronne l’olivier aux ramures crochues.

Le chat dort sur le dos. Il n’a même pas vu
Le tout petit oiseau ramassant des brindilles
Pour son nid frais bâti, qui doit être pourvu
De mousse bien douillette et de fraîches ramilles !

Le Printemps affairé qui voudrait bien l’aider
N’en a pas trop le temps : il a bien trop à faire :
Décourager le vent qui s’est mis à rôder
Et dont le souffle froid peut refroidir la terre ;

Faire monter la sève au coeur des arbres nus,
Effleurer les bourgeons pour qu’ils s’ouvrent plus vite,
Installer pour longtemps le beau temps revenu,
Ne surtout point bâcler sa tâche à la va-vite…

C’est pas mal de boulot, mais ensuite il aura
Neuf longs mois délicieux pour vivre sa paresse.
Tout doit donc être au point. Il sait qu’il ne peut pas
Commettre comme un sot la moindre maladresse…

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