Archives pour la catégorie “Printemps”

C’est un joli sentier qui zigzague en flânant
Du Sauze au Super-Sauze. Une sente plutôt,
Que seuls connaissent bien les derniers habitants
Accrochés au Massif par le coeur et les os !

Dès l’aube du printemps, il sent tellement bon
Qu’on a le nez qui frise en respirant l’odeur
Aigrelette et boisée de la végétation
Qui vient juste d’éclore. Des myriades de fleurs

En tapissent les bords pour quelques jours à peine.
Il grimpe allègrement, et c’est un raidillon
A emballer le coeur et faire perdre haleine
Si l’on marche trop vite en quittant le vallon.

Il passe par ici dans un bois de mélèzes
Où l’on a soudain froid tant l’ombre est absolue ;
Et là c’est un pré vert où paissent quelques chèvres ;
Puis l’espiègle chemin saute au-dessus d’un ru ;

Il côtoie quelquefois d’improbables ravins
En tournicotant dur, et l’on a l’impression
De faire des détours qui ne servent à rien.
C’est un petit sentier sans rimes ni raison…

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Sonnet illustré par un tableau de :

Annie Rivière
www.atelieriviere.com

Il fait tout aussi chaud qu’en plein mois de juillet
Et l’on a même atteint les trente-trois degrés !
Dame Nature est folle et nous crée des soucis
Même en notre Midi ; c’est vrai que par ici

On n’a pas l’habitude ! On n’est qu’au mois de mai ?
On se croirait déjà au milieu de l’été !
Le printemps délicat, la saison qui sourit,
S’est fait blaquebouler par son frère-ennemi !

Mais où sont donc passés sa douceur si aimable,
Ses matins un peu frais, ce temps inoubliable
Passant du bleu au gris le temps d’un seul soupir ?

L’été tonitruant, vainqueur, s’est installé ;
Et le pâle printemps ne peut plus que gémir
D’être ainsi détrôné sans avoir pu régner.

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Poème illustré par un tableau de :

Gilbert Abric
www.gilbert-abric.com

Le soleil clignant sur le carrelage
Y pose un reflet soutaché d’argent.
La maison rutile du grand ménage
Des tout premiers jours du nouveau printemps.

Ca fleure le frais et les plantes vertes,
La cire, le propre et le soleil blond
Entrant à grands flots par les baies ouvertes
Sur le jardin bleu. Oh ! Il sent si bon,

Ce monde tout neuf et débarrassé
De ses vieux remugles, de sa poussière !
On a astiqué et bien lessivé
Le moindre recoin. Des rais de lumière

S’immiscent partout pour en débusquer
Les dernières traces du vieil hiver.
On a récuré et tout nettoyé,
Même les nuages sur le ciel clair…

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Délicieuse journée d’un printemps irisé
Par le soleil tout neuf d’un nouveau mois de mai !
C’est la douce saison et la plus agréable
Ici dans le Midi ! Sentiment indéniable

D’être privilégié ! Les colombes roucoulent
Sans jamais se lasser, et la brise qui coule
Sur la garrigue en fleurs sent bon le romarin,
Le lilas frais éclos, le jasmin et le thym.

Les cloches du muguet sonnent à la volée
Car n’est-on pas ici dans le pays des fées ?
Il me semble d’ailleurs avoir vu la plus belle

Se baignant dans l’étang où les crapauds coassent
Tout éperdus d’amour. Leur fade ritournelle
Ricoche sur l’eau bleue que des plis d’argent froissent.

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Poème illustré par un tableau de :

Vincent Van Gogh
(1853-1890)

Petits bouts de soleil fleurissant en troupeaux,
De jolis boutons d’or tapissent les talus,
Les prairies, les jardins,… Et nous n’en pouvons plus
De lutter en Ubaye contre leurs affutiaux.

Corolles jaune vif, feuillage dentelé,
C’est comme du chiendent tant c’est indestructible ;
Renoncules dorées nullement comestibles,
Et même empoisonnées pour qui va les brouter !

Gourmand impénitent qui s’y est essayé,
Barnabé l’éterlou s’en souviendra toujours :
Effroyables douleurs, gorge en feu, ventre lourd…
Les petits boutons d’or depuis lui ont laissé

Un  souvenir amer. Modestes et toxiques,
Tendant leur jolie coupe aux cabris imprudents,
Ils s’offrent au regard… surtout pas à la dent !
Les jolis boutons d’or ? Des pièges maléfiques…

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Voici donc le printemps ! Un vol de moucherons
Danse dans l’air léger du tout nouvel avril.
Un ballet saccadé fait de cent et de mille
Insectes concordants, d’étranges bestions :

Jamais de collisions malgré l’incohérence
De leur vol en zigzags. Ne tournant qu’au carré,
Ne connaissant que l’angle, ils ne savent voler
Qu’en faisant du surplace ; sans aucune ordonnance,

Sans organisation et sans télescopage,
Ils montent, redescendent, remontent en biais,
En long et en travers, sans jamais se heurter :
C’est vraiment du grand art ! Oui, mais pour quel usage ?

Pourquoi ne savent-ils donc pas danser en rond ?
Et pourquoi ce ballet et ce rassemblement
D’insectes biscornus dans l’air chaud et tremblant ?
Le vol des moucherons pose moultes questions…

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Poème illustré par un tableau de :

Pascal Giroud
www.pgiroud.fr

Des touffes d’or partout, partout disséminées
Dans la campagne grise et le moindre pierrier :
La garrigue en Provence est tout illuminée
Par les feux jaune vif des buissons de genêts.

Fi de la sécheresse et des sols délavés !
Ils n’aiment pas le gras des labours ni les bois,
Et colonisent tout, explosant quelquefois
Sur des sols improbables, des lieux désolés

Barbouillés de soleil. Indomptables, costauds,
Ils sont les tout premiers messagers du printemps ;
Et même quand il pleut ils chantent le beau temps,
Peignant sous le ciel gris de somptueux tableaux.

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Poème illustré par un tableau de :

Roland Ballereau
www.centerblog.net

Chaud lundi, froid mardi, et mercredi pluvieux ;
Jeudi et vendredi ? Gel sous un ciel tout bleu ;
Samedi mollasson avec un goût de cendres ;
Dimanche aussi chagrin qu’un jour gris de novembre :

Comment donc, cher Printemps, te dire qu’on enrage ?
Que ces sautes d’humeur ne sont plus de ton âge,
Qu’il faudrait t’assagir et devenir sérieux ?
Oublie tes coups de tête et tes tours capricieux

Pour devenir serein : tu sais l’être souvent !
Si, des quatre Saisons, c’est toi qui es l’enfant,
Essaie d’être plus sage et de mieux contenir
Cette schizophrénie qui semble t’envahir !

Ne laisse surtout pas un accès de colère
Te dominer soudain ; car ils sont trop amers,
Les fruits de ta folie, cause de tant d’outrances :
Trombes, inondations submergeant la Provence,

Coups de gel impromptus détruisant les vergers,
Tempêtes insensées et jardins ravagés !
O Printemps, trop souvent cul sens dessus-dessous,
Sache garder raison et ne plus être fou !

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Sonnet illustré par un tableau de :

Alfred Sisley
(1839-1899)

Ce matin, il fait frais… et certains diraient : « froid »
Car sept ou huit degrés, c’est rude par ici !
Mais le vieil amandier non loin du petit bois
Tel un nuage rose et léger a fleuri.

Comment peut-on savoir qu’on est bien au printemps ?
Un petit quelque chose, un parfum délicat
Qui flotte au fil de l’air ? Ou les trilles d’argent
D’un oiseau amoureux au cours de ses ébats ?

Nous avons devant nous six longs mois de bonheur !
C’en est fini du gel et de ce temps si dur
Qui nous paralysait. Avril en sa douceur

Va vêtir les jardins de fleurs et de verdure.
Bleus seront les longs jours, longues seront les heures
Des soirs passés dehors sous le ciel clair-obscur.

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En l’an mil sept cent vingt, au coeur noir de l’automne,
La peste ravageait Cucuron qui savait
Malgré tous ses efforts qu’il était condamné.
Aussi fit-il un voeu à sa sainte patronne :

Si le fléau cessait, un grand pélerinage
Marquerait chaque année le retour du beau temps
Et l’on élèverait un arbre surpassant
Le faîte de l’églis(e). Sainte Tulle la sage

Pria notre Seigneur… et le mal s’arrêta.
On n’a pas oublié ; tous les vingt et un mai,
Toujours reconnaissants on dresse un peuplier
Juste devant l’église. Et ce sont des vivats,

De grands cris de bonheur ! Certains Cucuronnais
Ne savent plus pourquoi l’on fait ainsi la fête,
Mais tant pis, après tout ! Et ils seraient bien bêtes
De rater l’occasion d’ainsi chanter l’été…

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Une mésange zinzinule
A la folie, éperdument,
Et son chant rebondit en bulles
Sur les eaux vives de l’Argens.

Recherche-t-elle un mésangeau ?
Nous sommes au temps des amours
Du mois d’avril ! Mais les oiseaux
Savent-ils bien compter les jours ?

Guère plus que nous il me semble…
Le jardin est enjolivé
Par le doux gazouillis qui tremble ;
Et ces notes tout embaumées

Par les fleurs du nouveau printemps
Virevoltent dans les allées :
Le chant frais du nouveau printemps
Qui va nous forcer à danser !

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Poème illustré par un tableau de :

Jacobs Dieudonné
(1887-1967)

www.artvalue.com

Voici donc le printemps ! Nous allons tous jeter
Nos habits superflus par-dessus les moulins !
Revivent le beau temps, le tendre mois de mai
Qui nous chauffe le coeur et nous rend tous zinzins !

Le mistral éparpill(e) les pétales des fleurs
Sur le jardin repeint de tendres reflets blonds,
Et le ciel rajeuni arbore les couleurs
D’un camaïeu pastel qui floute l’horizon,

Car le printemps est miel : il est toute douceur,
Sans outrances jamais et sans rodomontades.
Il est tendre et moelleux, bien éloigné des heurts
De l’été explosant en moult fanfaronnades.

Il s’avance paré des voiles délicats
D’une brume légère au lever du soleil.
Revoici le printemps ! Oui, le printemps est là
Qui s’en vient nous chanter mille et mille merveilles…

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Il flotte au fond de l’air un petit quelque chose
Qui titille Marseille : un doux frisson léger,
Un soupçon de printemps. L’hiver marque une pause,
Oubliant pour un temps qu’on n’est qu’en février.

La Méditerranée est frangée de vermeil
Et l’eau qui dodeline étincelle et scintille.
Sur le sable d’argent des flaques de soleil
Bientôt évaporées crépitent et pétillent.

Le ciel est immobile, il n’y a pas de vent,
Il fait tellement bon qu’on dirait le printemps…
Les Marseillais ravis sont sortis en goguette

Pour jouir du soleil dont ils ont tant besoin.
Il flotte au fond de l’air un petit air de fête :
Ils en oublieraient tous qu’avril est encor loin.

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Poème illustré par un tableau de :

Alfred Sisley
(1839-1899)

La brise de printemps a un très joli rire
Qui cascade en tintant comme grelots d’argent.
Quand on l’entend dès mars on a le coeur content
Car on sait que l’hiver agonise et expire

Au fin-fond des buissons au coeur de la garrigue.
Son joli carillon va signer son trépas ;
Elle en est tout heureuse et ne s’en prive pas :
Tintinnant en valsant, elle danse la gigue

Sur les arbres bercés par son souffle rythmé.
La brise de printemps roule et tangue, un peu saoule,
Rendant chacun heureux et même un peu maboul
A l’idée des beaux jours commençant à germer.

Mais attention, la belle, à ne pas te laisser
Gagner par la folie ! Tu deviendrais mistral
Bouffi par son pouvoir ! Tu peux virer au mal
Et ranimer l’hiver au fond de son terrier…

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Poème illustré par un tableau de :

Pierre Bonnard
(1867-1947)

Tout au fond du jardin il est un amandier
Las et désabusé qui ne veut plus fleurir !
Il est vrai qu’il est vieux, que le moindre soupir
De la brise d’hiver semble le fatiguer.

Mais il n’a plus envie de se donner du mal
A recréer des fleurs ! L’air est trop pollué,
L’atmosphère alentour lui paraît trop viciée
Et le ciel de Provence est de plus en plus sale.

L’amandier tout tordu a vraiment le cafard.
Peut-être a-t-il besoin d’un bon litre d’engrais
Ou de quelques baisers sur son vieux tronc rapé ?
On a besoin de lui, et il n’est pas trop tard

Pour le voir s’éveiller en sa belle livrée !
Le soleil s’y est mis : bombardant à foison
Notre récalcitrant de millions de rayons,
Il l’a encouragé et l’a réconforté.

Aujourd’hui le vieil arbre est le roi du jardin !
Une pure merveille, une boule de fleurs
Délicates et drues qui nous chauffent le coeur.
Voilé de blanc rosé, éclairant le matin,

Il a caché à tous ses branches dénudées
En les dissimulant sous ses légers pétales.
Il semble rajeuni au soleil qui s’étale
Et croît de jour en jour dans le ciel délavé.

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