Archives pour la catégorie “Marseille”

Poème illustré par un tableau de :
Vincent Honnoré
www.honnore-peintre.com
Quand souffle sur la ville un petit vent mauvais,
Un vent malodorant empreint de racontars,
De on-dit stupéfiants qui semblent canulars
Tant ils sont immoraux, on se sent écoeuré :
Comment pourra-t-on dire qu’on est Marseillais ?
Et c’est encore pis quand les cancans s’avèrent
Absolument réels ! Indignation sévère
Pour qui aime Marseille et ses nombreux attraits !
Le flux n’arrête pas : nouveaux scandales, grèves,
Chantages menaçants et combinaisons louches…
On peut vous en conter, des milliers, à la louche,
Qui éclaboussent tout, resurgissant sans trêve…
Impression de dégoût ! C’est sûr : on va partir…
Et puis le printemps vient ; le soleil peint en bleu
Les petits ports dorés par un ciel lumineux.
L’on est de nouveau pris… et l’on va réfléchir !
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Publié par Vette dans Marseille

Village vertical construit sur pilotis,
« La maison du Fada » a d’abord fait sourire
Marseille goguenard : que de moues, de soupirs !
Mais les rieurs d’hier aujourd’hui déconfits
Admettent désormais que leur Cité Radieuse
Est rien moins qu’un chef-d’oeuvre ! Une pure merveille
De béton et d’acier poussée sous leur soleil
Par la grâce d’un homme. Une cité heureuse :
Appartements-duplex sur des rues intérieures,
Commerces et écol(e) pour tout petits minots,
Piscine sur le toit… Oui, beaucoup de bobos
Y vivraient volontiers, lassés par un ailleurs
Trop urbain à leur goût ! Et dans son ciel là-haut,
Le Corbusier ravi se sent enfin compris :
Sa maison du Fada serait un paradis !
Un concept idéal mais né un peu trop tôt ?
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Poème illustré par un tableau de :
A.B Gertz
www.expressions.over-blog.fr
Le Port en perdition est mornement figé
Dans une longue attente, et depuis des semaines
Les quais inoccupés s’ennuient à perdre haleine :
Le virus de la grèv(e) vient encor de frapper !
A Marseille on sait bien qu’une poignée de gens
En sclérosant le Port assassinent la ville.
Ils ne font pas de bruit et semblent bien tranquilles,
Mais peu à peu la tuent insidieusement.
Marseille est aux abois et le monde ironique
La voit se déliter et se décomposer
Sous son ciel toujours bleu. Un port n’est-il pas fait
Pour travailler encor et toujours ? Les cyniques
Cruels et amusés le voient gémir en vain,
Entraînant dans sa chute la ville angoissée.
Marseille ne sait plus comment se redresser :
Son grand Port désoeuvré la mène à son déclin.
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Le soleil est énorme et il fond goutte à goutte
Sur la surface acier de la mer immobile.
La Méditerranée, lisse comme de l’huile,
Oscille lentement. Des traces de mazout
L’irisent joliment. Il y a mille oiseaux
Qui plongent vers les flots en hurlant à grands cris,
Rayant le ciel foncé de leurs maigres corps gris.
Mais comment font-il donc pour n’avoir jamais chaud
Quand ils mènent ainsi leur incessant manège ?
Sur l’horizon crayeux Marseilleveyre est beige
Et ses pentes pelées brûlent infiniment.
Ce mois d’août est très dur. Il est comme un fléau
Qui consume Marseille. Il n’y a pas de vent,
Si ce n’est par moments un coup de sirocco.
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Il flotte au fond de l’air un petit quelque chose
Qui titille Marseille : un doux frisson léger,
Un soupçon de printemps. L’hiver marque une pause,
Oubliant pour un temps qu’on n’est qu’en février.
La Méditerranée est frangée de vermeil
Et l’eau qui dodeline étincelle et scintille.
Sur le sable d’argent des flaques de soleil
Bientôt évaporées crépitent et pétillent.
Le ciel est immobile, il n’y a pas de vent,
Il fait tellement bon qu’on dirait le printemps…
Les Marseillais ravis sont sortis en goguette
Pour jouir du soleil dont ils ont tant besoin.
Il flotte au fond de l’air un petit air de fête :
Ils en oublieraient tous qu’avril est encor loin.
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Publié par Vette dans Hiver, Marseille

On en reste pantois : il pleut de la lumière !
Des étoiles d’argent voletant en douceur
Pointillent en flânant le cristal bleu de l’air.
Myriades de flocons, microscopiques fleurs !
Quelle sérénité ! Les bruits sont ouatés ;
Marseille enfin en paix est pour l’instant tranquille
Sous son lourd édredon d’un blanc un peu bleuté
Qui arrondit les angles aigus de la ville.
On n’a pas l’habitude, et l’on est tout content
De voir cette pluie blanche à l’étrange lumière.
La vie en est changée pendant un court moment
Et l’on oublie un peu l’âpreté de l’hiver
Qui s’avère bien long depuis quelques années.
Les rives du Jarret ont une étrange allure
Sous leur blanc capuchon. C’est bizarre : on croirait
Un ruisseau de montagne ! Au lointain les voitures
Chuintent bizarrement en roulant sur la neige.
Que la ville est bizarre ! Elle a baissé d’un ton
Son immense clameur, et son ciel parpalège
De millions de clins d’oeil, de milliards de flocons.
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Sur la mer irisée, flamboyant, un trois-mâts
Navigue triomphant, rutilant au soleil.
Dans son ventre pansu il y a des merveilles :
Tissus de soie brodée, étoffes d’apparat…
Claquant au vent ses voiles gonflées de lumière
En font un grand oiseau qui bondit sur les flots.
Il s’en vient de Syrie et il porte très haut
La fierté de son nom florissant et prospère.
Cependant un souci gêne son capitaine !
Oh ! Un tout petit rien : l’un des marins est mort
Ce matin brusquement ; et il revoit encor
Sa mâchoire crispée hurlant à perdre haleine…
La vigie crie : « Marseille » ! On va y débarquer
Toute la cargaison pour des milliers d’écus !
Allons, plus de tracas ! Foin des sous-entendus…
Profits mirobolants et fortune assurée !
Mais au fond de la cale un bacille tueur,
La peste aux crocs d’acier, se tient prêt à tuer.
Année mil sept cent vingt : on est le vingt-cinq mai !
Le vaisseau couve en lui un Alien ravageur*…
*Cette épidémie de peste fit près de 200000 victimes en Provence
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Publié par Vette dans Hiver, Marseille

Le ciel est pâle et froid. La torche du soleil
N’est plus qu’une bougie toute prête à s’éteindre,
La Nature glacée n’ayant plus pour la peindre
Que des tons pâlichons qu’aucun rayon n’égaye.
Le Midi grisailleux s’est recroquevillé
Sous la brume compacte où son cercle s’efface.
Plus de roux rutilants et plus aucune trace
De lumière et de feu dans les nues délavées !
Le ciel est clair et bas, reposant sur les toits
De Marseille affadie sous l’astre-roi trop doux,
Presque décoloré, et qui semble si mou
Qu’on le dirait usé par le carcan étroit
D’un hiver qui se traîne et ne veut pas finir !
Les Marseillais lassés n’ont plus aucun ressort
Car leur soleil malade a perdu ses rais d’or,
Flammèche vacillante et se laissant mourir…
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Un petit ange blond assis sur ses genoux,
Un vieil homme grimace un sourire ambigu.
Trônant sur le Vieux-Port, il n’en peut vraiment plus
De ces enfants chouineurs lui bavant dans le cou.
Marseille est embrasée : des lumières cliquètent,
Des ampoules partout, par millions, par milliards !
La foule grouille et crie ; et les petits braillards
Trépignent en hurlant à lui casser la tête…
Enfin le vieux monsieur n’en peut plus : il se dresse
Et pose sur le sol le gamin ébahi.
Il paraît moins minable, il est moins décati…
Et soudain face aux gens qui badent sa prouesse,
Il s’élève en douceur pour monter vers les cieux
Où l’attend son traîneau qui y tournait en rond.
Il ne faut pas pousser ! Il veut bien être bon,
Mais le père Noël est vraiment bien trop vieux
Pour ainsi se plier à ces enfantillages.
Ca fait bien trop longtemps que ça dure ! Aujourd’hui
Il va même partir au soleil. Vers Bali ?
Toujours est-il qu’il va s’offrir un beau voyage…
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Poème illustré par un tableau de :
Eliane Loeffle
www.eliane-loeffler.ch
Au milieu de la rue une énorme poubelle
Empêche les piétons marseillais de passer.
Oh ! mon Dieu, que Marseille pourrait être belle
Sans toutes ces sanies propres à la souiller !
Soulevez le couvercle en vous bouchant le nez :
Sous le tas d’immondices vous verrez que grouillent
La bouillie innommable d’affaires cachées,
Le magma répugnant de vastes carambouilles.
Au fond, couverts de bran, des gnômes truandins
Touillent dans les déchets et en font leur dîner ;
Ils ont de grands crochets au bout d’énormes mains
Pour saisir tous ces sous passant à leur portée.
Mais un Juge est venu, qui a osé shooter
Dans le conteneur vert. Dieu ! Quelle débandade…
Il s’était posté là avec un grand filet
Et y a pris pas mal de cette dégueulade.
O Marseille ma mie, ville de tant d’excès,
Va-t-on débarbouiller ta si jolie figure ?
Vas-tu vraiment enfin être débarrassée
De ces abcès puants et qui te défigurent ?
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Publié par Vette dans Marseille

C’étaient le mois d’avril* et la Révolution.
Des gardes nationaux étaient donc de faction
Couvent des Récollets devenu arsenal.
Tout était calme entour ; ils s’embêtaient pas mal …
L’un d’eux eut une idée : « Si l’on jouait aux boules ?
Il nous faudrait trouver quelque chose qui roule »
Mais il n’y avait là que des boulets en fer :
Le même gars conclut que ça ferait l’affaire.
Malheur à lui, boudiou ! d’avoir eu cette idée !
Car qui dit « arsenal » dit « poudre » et « grand danger »…
L’un des gardes fit donc un carreau fatidique ;
Une étincelle bleue ! Un tir catastrophique
Car la poudre explosa : trente huit hommes morts,
Tout un tas de blessés… On se souvient encor
De l’énorme tuerie et de l’imprévoyance
De ces pauvres conscrits ignorant la patience.
*Le 28 avril 1792
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www.malou-peinture.fr
La fournaise ruisselle du ciel en fusion,
Fusion de la lumière et du soleil ardent.
L’été lourd, accablant, hors de toute raison,
Ecrase de chaleur le paysage blanc
Fané par les abus d’une étuve infernale.
Même Marseille dort, abattue et prostrée
Dans la morne torpeur d’un août exagéré
Où ne vit plus vraiment que le cri des cigales.
Le ciel est immobile, et il semble figé,
Immuablement bleu au-dessus de la ville.
Le Prado est désert, et la mer qui oscille
Est tiède et repoussante : on la dirait caillée.
Des étés aussi chauds sont tout de même rares
Et les vieux Marseillais ne se souviennent pas
D’en avoir jamais vus ! Tel Antonin Riva
Qui raconte pourtant des histoires bizarres…
Rien n’est plus raisonnable et ce temps insensé
Est si démesuré qu’il est presqu’effrayant.
Même les nuits sont chaudes, tout comme le vent
Apportant du grand Sud une odeur épicée…
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Michelle d’Astier
www.michelledastier.org
Tout est venu du Centre : une banale rue
Du fin-fond de Marseille ! D’un tas de détritus
Comme il y en a tant en ces journées de grève
Où la ville est cloaque, où tout espoir s’achève
De la voir un beau jour reprendre ses esprits !
C’est de ces immondices que tout est parti :
Un grand coup de mistral, un tesson de bouteille
Sur lequel folâtrait un rayon de soleil,
Une flammèche rouge et l’horreur qui commence !
Le tas devient bûcher, le feu mène la danse
Et dévore ardemment la montagne d’ordures ;
Cela ne suffit pas car il a la dent dure,
Il lui en faut bien plus pour assouvir sa faim.
Il se propage vite et il atteint enfin
Une porte de bois qui s’enflamme aussitôt ;
La cage d’escalier, les meubles, les linteaux,
La maison : tout s’embrase ; et le feu se répand
En tornade qui ronfle et qui court et s’étend
De quartier en quartier, du Prado aux Chartreux !
Gigantesque brasier qui monte jusqu’aux cieux…
La ville n’est bientôt qu’un océan de flammes
S’éparpillant partout. Et même Notre-Dame
Rongée par ce démon s’effondre en crépitant ;
Merveille anéantie jusqu’à la fin des temps !
Tout est enfin fini, il a tout est dévoré :
L’incendie s’est éteint, mais il a ravagé
Marseille qui n’est plus que décombres fumants.
La ville suppliciée se tait immensément…
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Publié par Vette dans Marseille

Poème illustré par la photo d’une oeuvre trouvée sur :
www.hehe.org2.free.fr
Des détritus puants qui envahissent tout !
Pourriture et déchets en immondes collines,
Grouillements inquiétants, rats qui courent partout :
Telle est notre Marseille, alors que dégouline
Du ciel une pluie noire inutile, incapable
De laver à grande eau cette saloperie !
Une ville effondrée et qui se sent coupable
A l’idée de montrer ce visage à autrui.
Un touriste effaré badant rue Paradis
Prend photo sur photo. O mon Dieu ! quelle image*
Va-t-il donner de nous en rentrant au pays ?
Marseille en est prostrée, accablée par l’outrage
Qui deux, trois fois par an lui inflige un supplice
La flétrissant toujours chaque fois un peu plus.
Elle va étouffer sous les tas d’immondices
Qui la noient peu à peu. Marseille n’en peut plus !
Ce sont des inconscients qui la dégrad(ent) ainsi :
Une poignée de gens ne se rendant plus compte
Des dégats infligés à leur ville avilie.
Et Marseille n’est plus qu’indignation et honte !
*Poème paru dans « La Provence » du 21 octobre 2010
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Savez-vous qu’autrefois il y eut à Marseille
Le seul téléphérique immergé par le monde ?
Et l’on peut toujours voir, mangée par le soleil,
Abandonnée de tous, inconnue à la ronde,
Sa gare de départ aux quatre roues rouillées
Par la mer et le sel, la lumière et le vent.
En contrebas du vieux sentier des douaniers,
Tout démantibulé, attendant vainement,
L’engin a fait son temps malgré son grand succès
Lors de sa construction. Car pour un simple tour
D’un tout petit quart d’heure, on s’y précipitait :
Quel ébahissement en voyant tout autour
De la cabine jaun(e) le monde sous-marin !
Et les six voyageurs d’alors se rengorger,
Conquérants esquichés* surmontant un ravin
De dix mètres de fond : de vrais aventuriers !
Joie pour les Marseillais, trente mille billets
Vendus en dix huit mois! Incroyable sortie
Où l’on s’émerveillait pour dix francs le trajet :
Le prix du cinéma, celui de deux pastis!
Puis sans savoir pourquoi, il n’a plus fonctionné :
Disparu corps et biens après soixante-huit
Et laissant tous ses fans déçus et dépités.
C’était si rigolo : réparez-le nous vite !
*Trop serrés les uns contre les autres !
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