Archives de catégorie : Marseille

La lune élimée

moonlight

Point d’étoiles ce soir. Le ciel
N’est éclairé que par la Lune
Dont les rayons comme du miel
Ruissellent au long des rues brunes.

Toute nimbée d’un orbe d’or,
Mais point intégralement ronde,
Elle est élimée sur un bord !
Inclinant sa figure blonde

Sur Marseille tout alangui,
Elle luit anémiée et terne,
Et ses rais lapis-lazuli
Baignent la ville qui hiberne.

La nuit est ponctuée de chats
Posés sur les toits roux qui penchent,
Et leur silhouette incarnat
Rompt le flot de lumière blanche

Qui coule de l’astre amputé.
La Lune usée est bien moins belle
Qu’en sa rondeur! Sa vénusté
Ne tient donc qu’à une lamelle ?

Toujours est-il que tristement
Elle s’est penché sur Marseille
D’où la contemplent deux amants
Que l’heure tardive ensommeille,

Mais qui s’émerveillent, radieux :
N’est-elle point cette planète
Qui encense du haut des cieux
Leur si délicieuse fleurette ?

En les voyant main dans la main,
Doigts enlacés, levant la tête,
La Lune se dit que demain,
Sa symétrie sera parfaite

Et qu’elle leur plaira vraiment.
Mais peu leur chaut ! Entichés d’elle,
Ils n’entendent point son tourment,
En amis fervents et fidèles ;

Car la Lune est belle pour eux ;
Elle est le témoin de leur flamme,
De leurs doux ébats amoureux,
Et elle enlumine leur âme…

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Le printemps à Marseille

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Poème illustré par un tableau de :

Josette Esnard
www.curiositel.com/gallery/kalliste/02P2-JosetteESNARD/

Marseille est au printemps comme revigoré :
Son ciel revivifié d’un tendre bleu pervenche
Semble désencrassé et tout repeint de frais
Par la brise d’avril. La mer calme qui penche

Clapote à petit bruit en oubliant l’hiver
Cabossant trop souvent ses lignes et ses vagues ;
La pimpante saison met des pointes de vert
Sur les arbres à nu où des oiseaux divaguent,

Comme affolés soudain par le soleil nouveau…
Tout au moins rénové pour la saison nouvelle !
Le printemps enjôleur a de tendres appeaux :
De jolis bataillons de fraîches jouvencelles

Aux fines jambes nues, résolues à bronzer
Expéditivement pour être encor plus belles,
Enchanter à tout-va et mieux hypnotiser
Les pauvres Marseillais prêts à la bagatelle.

Manches raccourcissant, genoux apparaissant,
Petits minois dorés qu’un rayon ensoleille :
Eros suit pas à pas le printemps renaissant.
Marseille rajeuni sourit et s’émerveille

D’être malgré son âge encor si passionné.
Tout le monde est dehors, et la ville est heureuse
De savoir profiter du beau temps qui renaît,
D’oublier pour un temps son âme bagarreuse.

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Trois perles de cristal…

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Il y a sur son front trois perles de cristal
Qui roulent lentement. Commence-t-elle à fondre ?
Ne va-t-on retrouver de la belle Chantal
Qu’une flaque dorée qui s’en va se confondre

Avec les vagues bleues s’abattant sur la plage ?
Il fait tellement lourd que même au bord de l’eau
Elle espère ardemment le gigantesque orage
Rafraîchissant soudain un temps beaucoup trop chaud.

Car Chantal n’en peut plus et vit dans le Midi,
Depuis la mi-juillet, un été effroyable.
Tout huilé de sueur, son épiderme luit :
Il n’est plus une peau satinée, désirable,

Préparée pour l’amour, faite pour les caresses,
Semblable à un velours aux chauds reflets ambrés,
Mais un étui suant qu’agresse avec rudesse
Ce soleil carnassier indûment adoré.

Il fait vraiment trop chaud ! Nul n’y résiste plus,
Même les abonnés des plages de Marseille,
Qui y passent leur temps et qui y vivent nus
A longueur de journée ! Cet été les effraye ;

Il est trop agressif depuis quelques années…
Il faut partir ailleurs. Chantal se lève enfin
Pour fuir le bord de mer, rouge et congestionnée.
Le sable de la plage est divinement fin…

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Abandon

Maison

La maison se sent vaine, elle a perdu son âme :
Les gens qui l’habitaient sont partis vivre au loin,
Des gens qu’elle aimait bien. Des gens sans grand tintouin,
Mais un chouïa cinglés. Des gens tout feu-tout flamme

Et qui déambulaient de la cave au grenier
A longueur de journée… Bruyantes cavalcades
Dévalant l’escalier ; fous-rires en cascades,
Pleurs enfantins, grands cris… Des toiles d’araignées

Pendouillaient sur ses murs ? C’était sans importance,
Et si son carrelage était un peu douteux,
La maison s’en fichait, comme des trucs boiteux
Servant de mobilier ! Mauvais goût et outrance

De la décoration qui ferait frissonner
Le moindre designer ? Elle n’en avait cure,
Préférant au bon goût cette joie que procure
L’insouciance de gens si peu disciplinés

Qu’ils laissaient leurs enfants, leurs chiens, leurs chats, leurs bêtes
Piétiner sans souci son ravissant jardin ;
Lui aussi tristounet, qui se demande bien
Qui viendra y jouer pour prolonger la fête…

Aujourd’hui le mistral agite les volets.
La maison s’en contente : un peu d’agitation
N’est pas pour lui déplaire, et sa rumination
Va s’en trouver distraite… Ils s’en sont tous allés

Pas bien loin du vieux Port, au centre de Marseille.
Il cherchait du travail et il en a trouvé…
La maison est bien vide et triste à en crever.
La garrigue alentour n’est plus du tout pareille…

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Des bribes de printemps…

Printemps précoce

Il y a dans le ciel comme un je ne sais quoi
Qui l’a décoloré ; un voile de brumasse
De teinte indéfinie. Il gèle et il fait froid,
Il neige même un brin, et du fuel en rosaces

Pollue l’eau du Vieux Port de cercles irisés…
Nous avons pourtant eu des bouffées printanières
Depuis quelque huit jours, où le ciel courtisait
Les boutons décatis de nos roses trémières,

S’imaginant peut-être en soutirer encor
Quelques bribes de vie. Les boutons de nos roses
Pourtant tout desséchés semblaient un peu moins morts.
Mais l’hiver revenu nous a rendus moroses ;

L’on s’était sûrement fait bien trop d’illusions
Pour Marseille tout gris sous les nues délavées ;
Et pour tout le Midi, jusqu’aux plus hauts bastions
De ses Alpes, là-haut. L’hiver inachevé

Ne pouvait vraiment pas capituler ainsi !
Mais voici que soudain un faisceau de lumière
Ensoleille le ciel d’un arc fort réussi
Illuminant de feu et la mer et la terre !

L’hiver redéguerpit avec son attirail
De gel, de pluie, de vent, de froidure et de givre…
Le soleil a posé un somptueux vitrail
Sur l’eau enturquoisée, et l’on se sent revivre…

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La collectionneuse

Sirène

Poème illustré par un tableau de :

Cédric Gomes
http://www.galerie-creation.com/cedricgomes

Elle émerge de l’eau quand la ville sommeille ;
Elle en sort sans un bruit, puis enlève sa queue
Qu’elle cache avec soin. Pour rejoindre Marseille,
Elle use maintenant de longues jambes bleues

Qu’elle a dissimulées sous un collant opaque.
Tout comme d’habitude, elle a mis un habit
Cher à certains Humains, et qui la travestit
En cagole d’ici, légèrement foutraque,

S’en allant retrouver les fêtards de la ville…
Sirène pudibonde, elle observe leurs mœurs,
Condamnant leur folie, leur rire, leurs clameurs
Quand l’un d’eux accomplit un exploit imbécile.

Pour elle ils sont issus de l’immorale secte
Des Humains libertins qu’elle trouve indécents.
Certains d’entre eux très laids, courtauds et bedonnants,
Lui donnent la nausée, comme de gros insectes.

Comme elle est très jolie, souvent l’un d’eux la drague.
Elle l’entraîne alors sans lui dire un seul mot
Et le mène tout droit vers l’anse des Ormeaux
Où l’homme est emporté, submergé par des vagues

Accourues aussitôt sur l’ordre de la belle.
Sans aucune pitié, elle l’entend hurler,
Et le voit sans émoi cracher et avaler
L’eau noire qui l’étouffe. Atroce heure cruelle…

Elle l’entraîne alors en son antre effroyable
Tapissé d’ossements. Monstre jamais repu,
Elle allonge avec soin sa prise sur le sable
Aux côtés d’autres corps tout aussi corrompus.

Puis elle va chercher un autre échantillon
Pour pouvoir l’ajouter à sa collection…

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Un bel été

a-Soleil levant

C’était un bel été, aux jours si lumineux
Que je n’en garde au cœur que souvenirs heureux ;
Assurés et joyeux, portant en bandoulière
Notre amour triomphant tout comme une bannière,

Nous allions de l’avant, prêts à tout bousculer.
Torride était le temps. Le soleil roucoulait
Tout au long de journées vraiment interminables.
Je t’aimais, tu m’aimais.Tout nous semblait aimable,

Même si la chaleur nous faisait suffoquer.
Tous les gens de Marseille étaient estomaqués
Par ce fol étouffoir ! Mais nous n’en avions cure,
Seulement occupés à oeuvrer pour que dure

Notre histoire d’amour. Le temps était si beau
Que nous passions nos jours à barboter dans l’eau
Tant la mer était chaude : une soupe tiédasse !
Nous aurions nous aussi dû ressentir l’angoisse

De ce curieux prodige, y prêter attention ;
Mais nous étions brûlés par l’énorme passion
D’un été trop brûlant à la chaleur intense,
Où la normalité tirait sa révérence

En toute indifférence au monde tempéré.
Nous nous moquions de tout ; seule pour nous comptait
Cette folie vécue comme extraordinaire
Par un mois de juillet vraiment caniculaire.

Il faisait bien trop chaud et il y eut des morts.
Marseille se terrait. Peut nous challait son sort !
Il n’est rien de plus froid ni de plus égoïste
Que le bonheur à deux. L’amour n’est point altruiste…

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Rebond

Jean Vallon-foule

Poème illustré par un tableau de :

Jean Vallon
www.jeanvallon-painting.com/peintures/

Mon ange, cher amour, je t’en prie, prends ma main
Car je ne sais plus trop ce que sera demain !
A Paris, tout est fou ; la mitraille éclabousse
Le pavé maculé d’horribles giclées rousses
Et le ciel retentit de grands cris de douleur.
Serre-moi contre toi : ce monde me fait peur.

Notre joie d’y bien vivre est sans doute indécente,
Et notre douce entente est peut-être offensante
Pour qui ne voit en tout qu’un mal perpétuel.
Le pays tout entier, soudain sombre et cruel,
Vient d’être corrompu par le doute et la crainte,
Et des fous enragés y ont gravé l’empreinte

De leur fureur aveugle en y semant l’effroi.
Serre-moi dans tes bras, mon coeur, rassure-moi…

Mais tu m’as convaincue : ne nous laissons pas faire !
Allons nous balader, vaquons à nos affaires ;
Vivons avec fureur, malgré ces forcenés
Qui salissent la France. Il n’est pas encor né,
Celui qui nous dira quelle voie l’on doit suivre !
Et nous allons montrer comme il est doux de vivre

A ces dingues obtus en nous aimant très fort.
Il y a ce matin foule sur le Vieux Port
Où des gens comme nous ont décidé de rire.
Nous allons tous chanter, et nous irons inscrire
Sur le ciel marseillais ce grand mot : Liberté.
Nul ne saurait briser notre immense fierté…

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Sonnet d’un soir d’été

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Poème illustré par un tableau de :

Claude Gellée, dit « Le Lorrain »
(1600-1682)

La Méditerranée est mouchetée de sang
Par le soleil couchant ; son ultime lumière
Embrase l’onde sombre, et son image altière
S’efface lentement aux confins du Ponant.

La mer s’est embrunie, hormis ces taches rousses
Qui ensanglantent l’eau. Marseille s’adoucit.
En se laissant aller sous le ciel obscurci,
La ville s’assoupit sous la nue calme et douce

Où s’arrondit la lune embrumée d’un halo.
Son image floutée se reflète dans l’eau,
Oscillant sur les flots où tanguent des mouettes.

Un vent paisible et doux souffle sur le Vieux Port,
Le faisant frissonner. Et les pointus* cliquettent
En se cognant l’un l’autre, amarrés bord à bord.

* Barques caractéristiques du Midi

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Antinomie

Résille de béton sur fond de ciel bleu Rudy Ricciotti MuCEM

Le MuCEM par grand ciel bleu

L’on devrait être heureux sous ce ciel ingénu :
Son bleu céruléen enveloppe la ville
D’une coque en cristal. Mais il est trop tranquille,
Et un souffle de vent serait le bienvenu,

Qui éliminerait cette sphère invisible
Délétère et pourrie qui stagne dans les cieux
En nous empoisonnant de son flux pernicieux :
Marseille est pollué ; le constat est terrible

Et vraiment sans appel. Comment est-ce possible ?
Ce grand soleil si clair ne servirait à rien
Qu’à nous donner le change ? Et l’infâme vaurien
Avec tout son éclat ne serait plus crédible ?

Quel beau temps, mes amis ! Un beau temps indicible,
Mais aussi dangereux qu’un parfum vénéneux
Qui nous asphyxierait lentement, peu à peu,
De son haleine impure aux effluves nuisibles.

Il fait tellement beau : l’on devrait être heureux,
Aspirer le temps clair, le boire à pleine gorge,
Se gaver de ce bleu dont le Midi regorge,
D’autant que dans le Nord, le printemps est affreux…

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Marseille ennuagé

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Poème illustré par un poème de :

Albert Marquet
(1875-1947)

Au-dessus de Marseille, un ciel lourd de nuages
Et ça ne lui va pas, mais alors pas du tout !
On ne les peut compter : il y en a partout !
Ce gris donne à la ville une bien triste image,
Une apparence austère, un air glauque, et surtout

Un aspect trop banal, trop peu méridional.
Bien sales sont les rues ! La ville est grisounette,
Sans ce soleil radieux, rieur et qui trompette
Presque à longueur d’année qu’ici, il est banal !
Oh, puissions-nous l’entendre entonner à tue-tête

Le chant bleu du beau temps, la chanson printanière
Tout emplie de gaieté qu’il gouale dès avril !
Mais voici que soudain une ondée de grésil
Crachouille du ciel bas, soulignant la misère
De certains murs lépreux du centre de la ville.

Marseille a l’air minable : il lui faut son soleil
Car la pluie amplifie toutes ses déficiences ;
L’astre-roi est vraiment sa plus grande opulence
Et sans son flamboiement, non, plus rien n’est pareil.
Mais n’est-ce point ainsi par toute la Provence ?

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La complainte du Marseillais muté

Esnard flanerie au panier

Poème illustré par un tableau de :

Josette Esnard

Une affreuse nouvelle, une journée maussade…
Je vais m’évanouir, mon cœur bat la chamade :
Encor abasourdi, je suis tout hébété
Et j’accuse le coup. Je viens d’être muté !

Je dois déménager : je vais quitter ma ville
Et devoir renoncer au petit coin tranquille
Où je vivais tout doux, loin de tout embarras.
Sûr que d’ici deux jours, mon cœur me lâchera

Tant il martèle fort ! Mais je dois m’atteler
Au déménagement… Vieux trucs amoncelés
Depuis des décennies… Mon Dieu, que j’étais bien
Sous mon ciel toujours bleu, avec mon chat, mon chien !

Comment leur expliquer que nous allons partir ?
Notre petit Eden, c’était notre avenir…
Comment envisager une autre perspective ?
Cette ville qu’on dit souvent hyperactive,

Qui sait qu’elle détient quantité de quartiers
Où l’on peut vivre seul, tout aussi isolé
Qu’au fin-fond du maquis  ? C’est dans un vrai village
Que je menais ici une vie de vieux sage,

Un vrai village inclus au centre de Marseille :
Le quartier du Panier… Oh, toutes ces merveilles
Que je ne verrai plus ! Et notre cher accent,
Je ne l’entendrai plus ? Devrai-je vivre sans ?

Sans la mer, le Vieux Port et sans la Canebière ?
Et comment m’éveiller loin de la bonne Mère ?
Un foutu rond-de-cuir m’a condamné à mort
En m’exilant ainsi à Paris, dans le Nord !

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Retour à Marseille

TGV

Le train est immobile et la campagne file :
Vois le Rhône qui court en roulant à trois cent,
Et ces murs de cyprès, ces troupeaux languissants
Soudain tous transformés en étonnants missiles…

Mais nous ne sentons rien ! Le monstre ferroviaire
Est si respectueux qu’il sait nous ménager !
S’il galope en cinglé pour tenir son horaire,
Il fait tout pour gâter ses très chers passagers

Cocoonés à l’envi, lovés jusqu’aux oreilles
Dans de profonds coussins, un bonbon dans le bec.
Sublime régression ! On lit ou l’on sommeille,
Ballottés quelquefois par des à-coups bien secs

A travers la garrigue et toute la Provence.
Le train fonce tout droit, et comme le mistral
Vole du Nord au Sud en traversant la France…
Cher Midi retrouvé, Midi phénoménal

A la lumière unique enfin récupérée !
Quelques années passées à vivre sans soleil,
Puis cette mutation tellement espérée
Pour enfin regagner notre très cher Marseille

Qui nous a tant manqué… Le ciel est si limpide
Qu’il frôle l’infini.C’en est fini du Nord !
L’idée d’aller là-haut était vraiment stupide,
Ce fut une ineptie dont nous souffrons encor !

Vite, vite, le train : tout d’abord la campagne,
La gare TGV, un assez long trajet
Pour rejoindre à jamais le pays de Cocagne,
Cette ville où pour nous tout semble converger…

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Les amants éternels

Mer.Joseph Bayol

Poème illustré par un tableau de :

Joseph Bayol
www.josephbayol.com

Tous deux sont enlacés. Lovée tout contre lui,
Elle s’impose en force. Il s’insinue en elle,
Offert à ses caresses. Leur passion fusionnelle
Les lie depuis toujours, et il est bien celui

Qu’elle ne peut quitter, même s’il l’exaspère.
Ondulante et agile, elle s’enroule autour
De son grand corps puissant. Un indicible amour
Les unit l’un à l’autre. Elle est forte et légère,

Il est très populaire et parfois cabotin…
Elle le connaît bien, supporte ses faiblesses,
Et peut habilement le mener à l’ivresse,
Parfois aussi rouée qu’une vieille catin.

Elle est une arlequine, et belle infiniment,
Même dans sa fureur. Il l’aime avec ivresse,
Elle est son sémaphore et sa seule maîtresse.
Même s’il est pour elle un bien vétuste amant,

Elle aime son vieux corps qu’elle ondoie de caresses,
Et le frôle partout autant qu’elle le peut :
La Méditerranée, qui mêle à tous ses jeux
Son Marseille éternel ! Pour lui l’enchanteresse…

 

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Marseille est endormi

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Marseille est endormi sous la lune d’argent
Qui l’inonde en douceur de sa pâle lumière.
Certaines rues où luisent de gris lampadaires
Recèlent des coins noirs à l’air peu engageant,

Surtout dans les quartiers du centre de la ville ;
Mais l’on peut y bader comme partout ailleurs,
Nul besoin de gardien ni de quelque veilleur :
Marseille y dort en paix et tout y est tranquille.

L’Amie des Marseillais* déploie sur le ciel clair
Criblé de feux-follets sa haute silhouette ;
Et se détache aussi sur les nuées violettes
L’Enfant bien éveillé, tel un bébé de chair

Toujours aussi fringant dans les bras de sa mère
Malgré l’heure avancée… Il est plus de minuit,
Et l’ombre fait sortir les êtres de la nuit,
Spectres enténébrés, du fond de leur repaire.

La ville est immobile, on n’entend aucun bruit
Si ce n’est par moments des chats pelés qui feulent
Au fond d’un dépotoir, qui crient et qui s’engueulent
Pour défendre leur fief. La mer balance et bruit ;

Les rayons de la lune épandus sur la baie
Illuminent de feu les flots couleur d’étain
Oscillant lourdement comme un sombre satin ;
Leur lueur irradie la Méditerranée.

*Notre-Dame de la Garde

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