Archives pour la catégorie “Marseille”

Un gros soleil tout rond darde partout en France
Ses longs rayons d’argent. Ils sont un peu usés
Mais encor très ardents ; et même la Provence
N’en revient toujours pas de cet ultime été.

On est le six octobre : il fait trente degrés ;
Tout aussi chaud, vraiment, qu’en plein coeur du mois d’août !
Les gens en sont ravis, et les plages bondées
Comme lors des beaux jours ! Il ne fait aucun doute

Que ce n’est qu’un sursis ; alors profitons-en…
Même si les marchands d’habits font grise mine
Car ils n’ont pas prévu que ces maudites gens
Se croiraient en été. Ils râlent et fulminent

Devant bottes, bonnets, manteaux matelassés
Très inutilement présents à l’étalage.
Ils les vendront plus tard ! Et nous, les Marseillais,
Nous nous délectons tous, avec force, avec rage,

De la chance inouïe qu’est pour nous ce miracle :
L’été au mois d’octobre et la plage en automne !
Le Prophète assailli, le soleil au pinacle !
Il paraît qu’au Prado un platane bourgeonne…

 

 

 

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Une si jolie ville, avec tous les atouts
D’un bien-être parfait : ciel bleu presqu’immuable,
Panorama unique à se mettre à genoux
Et Méditerranée le plus souvent aimable…

Mais pourquoi faut-il donc qu’un cartel de voyous
S’en vienne tout gâcher avec ses exactions ?
Des vols à l’arraché au racket, ils font tout
Pour dégoûter les gens ! Un tas de petits cons

Qui vous donnent parfois envie de repartir
Et de quitter Marseille où vous seriez si bien
Sans ces foutus loubards qui vous le font haïr !
Si cela continue, ils vont rompre le lien

Qui unit la grand’ville avec les Marseillais…
Elle est pourtant si belle au coucher du soleil
Plongeant au creux de l’eau par un beau soir d’été !
Vermeille au crépuscule et ville des merveilles

Qui pourrait sur la Terre être un vrai paradis !
Il faudrait la laver à grande eau et au jet
Pour emporter en mer ces bougres de bandits !
Marseille immaculé, honnête et bien propret ?

P’têt ben koui, p’têt ben knon ! On peut toujours rêver…

 

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C’est un vaisseau de pierre ; un édifice immense
Si grave et solennel qu’il en est presque triste ;
La Major, la si belle ; une nef où subsistent
L’écho des oraisons, des effluves d’encens.

Chaque pierre a une âme, et elle est imprégnée
Par la sérénité qui sanctifie les lieux
En vous serrant la gorge, en humectant vos yeux
Tant vous êtes émus par cette étrangeté :

Il n’y a aucun bruit. Dehors Marseille bout,
Fébrile et agitée par une frénésie
Qui paraît insensée aux fidèles qui prient,
Engloutis tout au fond de leur quête où se joue

Leur avenir au Ciel. Le silence est total.
Il est comme habité, généré par la Foi
De tous ces gens unis par une seule loi :
Celle offerte autrefois par un Dieu amical.

De la voûte et des murs sourd comme un grand mystère,
Celui de l’amour fou qui a fait se dresser
Sur le ciel de Marseille un prodige insensé,
Mais où vit pour toujours l’espoir de la lumière…

 

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Oh mon Dieu ! Que c’est lourd ! Oh mon pauvre vieux dos…
Mes épaules aussi ! A force de porter
Ce satané balcon, je ne sens plus mes os…
On dit que c’est Portal, élève de Puget,

Qui nous a fait sculpter, moi et mon compagnon.
Nos deux amis les Sphinx ont beaucoup plus de chance ;
Car mollement couchés au-dessus du fronton,
Ils y sont allongés avec grand’nonchalance.

C’est un riche banquier, de surcroît italien,
Qui fit édifier l’Hôtel des Cariatides.
Ce nom nous a vexés – d’ailleurs on le voit bien !
Nous sommes des Atlante(s) ! Quel est donc le stupide

Qui nous priva ainsi de notre identité ?
Moi, je suis le costaud qui protège ses yeux
De l’ardeur du soleil avec son bras plié.
Mais vraiment je commence à me faire bien vieux ;

Et mon copain aussi, qui se tient le côté
Avec un grand rictus car il a une crampe.
Nous sommes fatigués. On en a plus qu’assez
De tenir ce balcon ! Il faudrait qu’on décampe…

* 1 Rue Nationale dans le 1° Arrondissement

 

 

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Poème illustré par un tableau de :

Emile Bouvier
www.inter-coproprietes.com/jeditoo/france/Paca

Quelle drôle de ville ! Et quel étrange endroit
Que ce Marseille triste et rieur à la fois
Qui peut souvent le mieux, mais peut aussi le pire !
Une cité légère et faite pour le rire,

Mais qui parfois surjoue, en arrivant au drame.
La ville du soleil, portant en oriflamme
Une intense lumière et parfois pas mal d’ombre :
Un monde lumineux, mais dont les tréfonds sombres

Recèlent des secrets qu’il vaut mieux ignorer.
La mer y est très claire et semble la bercer,
Ondoyant lentement tout autour de la rade.
Mais sous les eaux très bleues les hauts fonds se dégradent,

Rongés par la gangrène et par la pollution…
Quelle drôle de ville, et dont la séduction
Ne peut jamais laisser quiconque indifférent.
Mais gare au malheureux qui devient son amant !

 

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Il fait encore nuit, il est presque cinq heures
Et à l’Est, vers Allauch, s’allume la lueur
Qui va embraser l’aube. Antonin entre en danse
Pour ce fichu moment où son travail commence.

Le camion-benne est prêt et les copains aussi,
Pour bosser tous en choeur jusqu’à midi et d(e)mi ;
Enfin… normalement ! Mais en se dépêchant,
On peut avoir fini et partir bien avant !

C’est à qui videra les boîtes le plus vite :
Une corvée bâclée où les hommes évitent
De jeter un regard sérieux sur les côtés
Pour devoir ramasser ne fût-ce qu’un papier.

Parce que trop rapide, un boulot salopé !
On ne se baisse pas, on laisse des déchets
Sur les trottoirs crasseux de la pauvre grand’ville.
Et l’on se moque bien de l’avis des édiles

Courroucés et furax qui fulminent sans trêve ;
Il suffit vite fait de promettre une grève…
Et puis il est dix heur(es) ! Antonin part en douce…
Une douche, un morceau à manger sur le pouce,

Une petite sieste et il est reparti
Pour un boulot au noir. Bien, le fini-parti…
Marseille est dégueulasse ? Il n’en a rien à faire
Car mieux vaut s’occuper de ses propres affaires !

 

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Poème illustré par un tableau de :

Pascal Giroud

www.pgiroud.com

Cher Peter, je t’envoie cette carte postale
Du Midi de la France : le Vieux Port de Marseille ;
Un endroit merveilleux tout baigné de soleil
En Méditerranée. La mer y est étale

Et bleue comme tes yeux, avec des reflets gris.
Marseille – hélas ! est sale, et c’est vraiment dommage
Sous ce ciel flamboyant et toujours sans nuages.
Tu crois que j’y vais fort ? C’est ce qu’on  dit ici…

La ville est surplombée par une Bonne Mère
Qui porte sur son bras un immense bébé.
C’est étrange, vraiment, car comment ces Français
Tellement cartésiens peuvent-ils donc s’y faire ?

Tu aurais dû venir ! Ces gens si volubiles,
Criards et agités, cette foule brouillonne
Dans ces rues colorées où tant de vie bouillonne…
On en a le tournis ! Mais comment une ville

Peut-elle être aussi folle et aussi attachante ?
Je ne m’en lasse pas et j’en suis amoureux.
Allons, je dois penser à tes charmants yeux bleus,
A Boston qui m’attend : c’est demain que je rentre…

 

 

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Poème illustré par un tableau de :

Claude Théberge
(1934-2008)

www.claudethéberge.com

La ville est secouée par d’énormes rafales :
Gigantesque, dément, c’est un coup de mistral
Comme jamais personne n’en vit à Marseille.
Pas même en son ciel bleu cet immense soleil

Qui s’étale immobile au-dessus du Midi !
C’est presqu’un ouragan, tellement inouï
Que les vieux Provençaux en sont tout effrayés.
Ils n’ont jamais encor dû devoir essuyer

Une telle tempête. Elle balaie les rues,
Et la mer démontée qui grimpe jusqu’aux nues
Va sans doute noyer toute la ville basse.
Les arbres torturés se déploient et se cassent,

Pulvérisant des toits. Des voitures tournoient,
Jetées sur les trottoirs qui plient et qui ondoient.
Les gens terrorisés se cachent où il peuvent,
N’importe quel abri – de crainte que ne pleuve

Sur leur corps si chétif une pluie de débris.
Le bruit est terrifiant, mais parfois un grand cri
Parvient à surmonter l’incroyable vacarme.
La grand’ville est vaincue et a rendu les armes…

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Poème illustré par un tableau de :

Johannes Vermeer
(1632-1675)

La belle Magali tenait de sa grand’mère
Un collier torsadé fait de l’or le plus fin :
Joli cercle posant sur son cou de satin
Un délicat réseau de grâce et de lumière.

On lui avait bien dit de ne plus le porter
Car à Marseille – hélas ! vadrouillent des voyous
En quête de forfaits. Et le moindre bijou,
Chaîne, boucle, collier… risque d’être arraché.

Elle n’écouta pas ce conseil avisé !
Alors qu’elle croisait un gamin à scooter,
Il vola son collier en la flanquant par terre,
La laissant sur le cul, furieuse et humiliée.

Le bijou ancestral se retrouva alors
Dans une poche usée, parmi moultes rognures,
Avec de vieux mouchoirs et d’immondes pelures :
La descente aux Enfers pour un joyau en or !

Or c’était un objet aux pouvoirs étonnants,
Un collier féérique, un collier enchanté
Toujours prêt à châtier tout fauteur de méfaits ;
Le gamin malfaisant en fut vite au courant !

Quand il mit dans son jean ses cinq doigts tâtonnants,
Il se mit à hurler, à baver, à trembler
En sentant dans sa poche un machin qui grouillait :
Le joyau fabuleux devenu un serpent !

Il fit une syncope… et le serpent-collier
Retourna aussitôt chez sa belle maîtresse
Qui l’accueillit ravie et avec allégresse
Car s’il était magiq(ue), c’était elle la fée…

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Une foule de gens qui vont sans se frôler,
Une masse innombrable, un moderne ballet
Dont les participants ne se connaissent pas
Et dont le seul hasard s’en vient rythmer le pas.

Jour d’été à Marseille : un bel après-midi
Où l’on va nez au vent car c’est un samedi.
On bade et l’on regarde ; on entre et l’on ressort
De moults magasins sans savoir que la Mort

Est tapie dans un coin, accrochée à un homme
Dont la taille est gonflée par un objet informe,
Un épais ceinturon qu’il veut faire exploser…
Mais sa main d’assassin vient de se pétrifier :

Un tout petit garçon aux noirs cheveux bouclés
Et qui rit aux éclats lui envoie un baiser :
C’est l’un de ses voisins, un pitchoun adorable
Qui bade sur le Cours et ne sait qu’être aimable ;

Un minuscule enfant qui lui tend un morceau
De son goûter à lui, petit bout de gâteau
Juste un peu mâchouillé mais offert de bon coeur.
Le front du meurtrier se couvre de sueur…

La foule va et vient, grouillant d’individus
Menant chacun leur danse et pourtant inconnus :
Le grand bal des vivants au sein de la grand’ville
Palpitant sous le ciel. Des êtres inutiles

Dont un quidam en noir va rayer l’existence…
Mais non ! L’on vient d’apprendre en lisant «  La Provence »
Qu’au fin-fond du maquis, dans un coin isolé,
Un homme maladroit hier s’est fait sauter !

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Poème illustré par un tableau de :

Orazi
www.painter-in-paris.com

Après les succès de l’année dernière,
En voici un autre, et c’est l’enthousiasme !
Rien de tel, vraiment, pour chasser les miasmes
Qui polluent parfois notre Canebière…

Oui ! merci, les gars, de nous redonner
Un pareil bonheur ! Notre foot est roi !
On ne peut donc que vous féliciter
Et nous esbaudir encor une fois.

C’était la folie sur notre Vieux Port,
Presque l’hystérie ! On a tant hurlé
Qu’on en a parfois craint de s’en étrangler…
Vous la méritez, cette coupe d’or !

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Poème illustré par un tableau de :

Philibert-Léon Couturier
(1823-1901)

Terrés dans les sous-sols, ils grouillent par-dessous ;
Ombres grises, furtives, cachées sous la ville
Et menant une vie silencieuse et tranquille
De squatteurs souterrains, de maîtres des égoûts.

On en a vraiment peur : c’est de la répulsion
Que nous éprouvons tous quand ils ont l’impudence
De sortir de leur trou. Mais nous avons la chance
Qu’ils se montrent discrets : ils sont mille millions

A vivre camouflés aux tréfonds de Marseille !
Car que ferions-nous donc si un jour ils voulaient
Profiter du beau temps, du soleil marseillais ?
Ils en auraient le droit : leur race est aussi vieille

Que notre race à nous. Et l’on oublie aussi
Qu’ils sont nos éboueurs, à nettoyer sans trêve
Nos sanies, notre boue… Mais la prochaine grève
Nous fera souvenir de leur nombre infini…

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Poème illustré par un tableau de :

Gilbert Abric
www.gilbert-abric.com

C’est incroyable : il a neigé !
Et nos pieds collent à la rue
Comme enlisés dans de la glu.
De la neige fin-février,

C’est invraisemblable en Provence !
On n’a vraiment pas l’habitude.
Mon Dieu ! que cet hiver est rude,
Comme d’ailleurs partout en France !

Les trottoirs sont dissimulés
Par une pelisse en argent
Qui chinte sous nos pas prudents.
La lumière est ensommeillée,

D’heure en heure plus tamisée
Par les flocons qui l’obscurcissent ;
Et le tapis rêche qui crisse
Devient de plus en plus épais.

Les rues de Marseille sont blanches,
Et un lourd silence feutré
La musèle, paralysée
Sous son soleil terni qui penche.

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Ils se sont rencontrés un matin sur la plage ;
Ils se sont regardés, ont souri, se sont plu ;
Et la mer en battant a scandé le début
D’une histoire impossible et d’un très beau voyage…

Elle habite au Prado et lui près des Borels.
Un HLM coquet mais sis… dans le Quinzième !
Il est noir, elle est blonde; ils sont fous et ils s’aiment
D’un amour insensé qui leur donne des ailes

Et leur fait dédaigner toutes les conventions.
On leur a pourtant dit qu’ils auraient des ennuis :
« Voyez donc vos prénoms ! Vraiment pas assortis ! »
Mais ils ont passé outre et paisibles ils vont

Leur si joli chemin de jeunes amoureux.
Il la trouve craquante avec sa peau si claire ;
Elle aime infiniment son sourire solaire
Et ses longs yeux marron. Quant aux siens, ils sont bleus

Comme la mer, là-bas, pas bien loin de chez elle…
Ils sont très différents, mais ils sauront narguer
Les autres, enragés à les voir séparés.
Ils ont même regard pour voir le même ciel.

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Son dossier sous le bras, Guy Leblanc est entré
Dans le Hall, porte E ; puis il demandé
A une dame blonde où était « son » Service.
Comme soudain soumise à un rude supplice :

« C’est au cinquième étage. Au fond ! La porte A ! »
Elle a montré du doigt la cage d’ascenseur.
L’engin était si vieux qu’il ne fonctionnait pas !
Il a pris l’escalier. Tout trempé de sueur

Après avoir grimpé, il a vu un couloir
Sombre et gris de poussière, avec un tas de portes
Et pas d’indications. Il était dans le noir,
A frappé n’importe où. Alors une voix forte

L’a renvoyé plus loin, vers les bureaux impairs…
L’air excédé et las d’une vraie fonctionnaire :
« Vous vous êtes trompé ! » lui dit une brunette.
« C’est à l’étage 3. Porte n° 7 ! »

Porte 7, on lui dit qu’il manquait des factures,
Certificat de ci, certificat de ça !
Qu’il y avait ici un soupçon de rature !
Que c’était interdit et qu’il ne fallait pas…

Il courut, remonta, complètement hagard :
Etage 3, puis 8 ! Porte B… au sous-sol !
Il se retrouva même au fond d’un vieux hangar
Après avoir erré longtemps dans l’entresol.

Il allait et venait. Et tel un punching-ball,
Renvoyé de partout, montant et descendant,
Guy s’est, abasourdi, retrouvé dans le Hall
Et devenu cinglé, s’est enfui en hurlant…

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