Archives pour la catégorie “Marseille”

Poème illustré par un tableau de :

Claude Théberge
(1934-2008)

www.claudethéberge.com

La ville est secouée par d’énormes rafales :
Gigantesque, dément, c’est un coup de mistral
Comme jamais personne n’en vit à Marseille.
Pas même en son ciel bleu cet immense soleil

Qui s’étale immobile au-dessus du Midi !
C’est presqu’un ouragan, tellement inouï
Que les vieux Provençaux en sont tout effrayés.
Ils n’ont jamais encor dû devoir essuyer

Une telle tempête. Elle balaie les rues,
Et la mer démontée qui grimpe jusqu’aux nues
Va sans doute noyer toute la ville basse.
Les arbres torturés se déploient et se cassent,

Pulvérisant des toits. Des voitures tournoient,
Jetées sur les trottoirs qui plient et qui ondoient.
Les gens terrorisés se cachent où il peuvent,
N’importe quel abri – de crainte que ne pleuve

Sur leur corps si chétif une pluie de débris.
Le bruit est terrifiant, mais parfois un grand cri
Parvient à surmonter l’incroyable vacarme.
La grand’ville est vaincue et a rendu les armes…

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Poème illustré par un tableau de :

Johannes Vermeer
(1632-1675)

La belle Magali tenait de sa grand’mère
Un collier torsadé fait de l’or le plus fin :
Joli cercle posant sur son cou de satin
Un délicat réseau de grâce et de lumière.

On lui avait bien dit de ne plus le porter
Car à Marseille – hélas ! vadrouillent des voyous
En quête de forfaits. Et le moindre bijou,
Chaîne, boucle, collier… risque d’être arraché.

Elle n’écouta pas ce conseil avisé !
Alors qu’elle croisait un gamin à scooter,
Il vola son collier en la flanquant par terre,
La laissant sur le cul, furieuse et humiliée.

Le bijou ancestral se retrouva alors
Dans une poche usée, parmi moultes rognures,
Avec de vieux mouchoirs et d’immondes pelures :
La descente aux Enfers pour un joyau en or !

Or c’était un objet aux pouvoirs étonnants,
Un collier féérique, un collier enchanté
Toujours prêt à châtier tout fauteur de méfaits ;
Le gamin malfaisant en fut vite au courant !

Quand il mit dans son jean ses cinq doigts tâtonnants,
Il se mit à hurler, à baver, à trembler
En sentant dans sa poche un machin qui grouillait :
Le joyau fabuleux devenu un serpent !

Il fit une syncope… et le serpent-collier
Retourna aussitôt chez sa belle maîtresse
Qui l’accueillit ravie et avec allégresse
Car s’il était magiq(ue), c’était elle la fée…

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Une foule de gens qui vont sans se frôler,
Une masse innombrable, un moderne ballet
Dont les participants ne se connaissent pas
Et dont le seul hasard s’en vient rythmer le pas.

Jour d’été à Marseille : un bel après-midi
Où l’on va nez au vent car c’est un samedi.
On bade et l’on regarde ; on entre et l’on ressort
De moults magasins sans savoir que la Mort

Est tapie dans un coin, accrochée à un homme
Dont la taille est gonflée par un objet informe,
Un épais ceinturon qu’il veut faire exploser…
Mais sa main d’assassin vient de se pétrifier :

Un tout petit garçon aux noirs cheveux bouclés
Et qui rit aux éclats lui envoie un baiser :
C’est l’un de ses voisins, un pitchoun adorable
Qui bade sur le Cours et ne sait qu’être aimable ;

Un minuscule enfant qui lui tend un morceau
De son goûter à lui, petit bout de gâteau
Juste un peu mâchouillé mais offert de bon coeur.
Le front du meurtrier se couvre de sueur…

La foule va et vient, grouillant d’individus
Menant chacun leur danse et pourtant inconnus :
Le grand bal des vivants au sein de la grand’ville
Palpitant sous le ciel. Des êtres inutiles

Dont un quidam en noir va rayer l’existence…
Mais non ! L’on vient d’apprendre en lisant «  La Provence »
Qu’au fin-fond du maquis, dans un coin isolé,
Un homme maladroit hier s’est fait sauter !

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Poème illustré par un tableau de :

Orazi
www.painter-in-paris.com

Après les succès de l’année dernière,
En voici un autre, et c’est l’enthousiasme !
Rien de tel, vraiment, pour chasser les miasmes
Qui polluent parfois notre Canebière…

Oui ! merci, les gars, de nous redonner
Un pareil bonheur ! Notre foot est roi !
On ne peut donc que vous féliciter
Et nous esbaudir encor une fois.

C’était la folie sur notre Vieux Port,
Presque l’hystérie ! On a tant hurlé
Qu’on en a parfois craint de s’en étrangler…
Vous la méritez, cette coupe d’or !

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Poème illustré par un tableau de :

Philibert-Léon Couturier
(1823-1901)

Terrés dans les sous-sols, ils grouillent par-dessous ;
Ombres grises, furtives, cachées sous la ville
Et menant une vie silencieuse et tranquille
De squatteurs souterrains, de maîtres des égoûts.

On en a vraiment peur : c’est de la répulsion
Que nous éprouvons tous quand ils ont l’impudence
De sortir de leur trou. Mais nous avons la chance
Qu’ils se montrent discrets : ils sont mille millions

A vivre camouflés aux tréfonds de Marseille !
Car que ferions-nous donc si un jour ils voulaient
Profiter du beau temps, du soleil marseillais ?
Ils en auraient le droit : leur race est aussi vieille

Que notre race à nous. Et l’on oublie aussi
Qu’ils sont nos éboueurs, à nettoyer sans trêve
Nos sanies, notre boue… Mais la prochaine grève
Nous fera souvenir de leur nombre infini…

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Poème illustré par un tableau de :

Gilbert Abric
www.gilbert-abric.com

C’est incroyable : il a neigé !
Et nos pieds collent à la rue
Comme enlisés dans de la glu.
De la neige fin-février,

C’est invraisemblable en Provence !
On n’a vraiment pas l’habitude.
Mon Dieu ! que cet hiver est rude,
Comme d’ailleurs partout en France !

Les trottoirs sont dissimulés
Par une pelisse en argent
Qui chinte sous nos pas prudents.
La lumière est ensommeillée,

D’heure en heure plus tamisée
Par les flocons qui l’obscurcissent ;
Et le tapis rêche qui crisse
Devient de plus en plus épais.

Les rues de Marseille sont blanches,
Et un lourd silence feutré
La musèle, paralysée
Sous son soleil terni qui penche.

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Ils se sont rencontrés un matin sur la plage ;
Ils se sont regardés, ont souri, se sont plu ;
Et la mer en battant a scandé le début
D’une histoire impossible et d’un très beau voyage…

Elle habite au Prado et lui près des Borels.
Un HLM coquet mais sis… dans le Quinzième !
Il est noir, elle est blonde; ils sont fous et ils s’aiment
D’un amour insensé qui leur donne des ailes

Et leur fait dédaigner toutes les conventions.
On leur a pourtant dit qu’ils auraient des ennuis :
« Voyez donc vos prénoms ! Vraiment pas assortis ! »
Mais ils ont passé outre et paisibles ils vont

Leur si joli chemin de jeunes amoureux.
Il la trouve craquante avec sa peau si claire ;
Elle aime infiniment son sourire solaire
Et ses longs yeux marron. Quant aux siens, ils sont bleus

Comme la mer, là-bas, pas bien loin de chez elle…
Ils sont très différents, mais ils sauront narguer
Les autres, enragés à les voir séparés.
Ils ont même regard pour voir le même ciel.

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Son dossier sous le bras, Guy Leblanc est entré
Dans le Hall, porte E ; puis il demandé
A une dame blonde où était « son » Service.
Comme soudain soumise à un rude supplice :

« C’est au cinquième étage. Au fond ! La porte A ! »
Elle a montré du doigt la cage d’ascenseur.
L’engin était si vieux qu’il ne fonctionnait pas !
Il a pris l’escalier. Tout trempé de sueur

Après avoir grimpé, il a vu un couloir
Sombre et gris de poussière, avec un tas de portes
Et pas d’indications. Il était dans le noir,
A frappé n’importe où. Alors une voix forte

L’a renvoyé plus loin, vers les bureaux impairs…
L’air excédé et las d’une vraie fonctionnaire :
« Vous vous êtes trompé ! » lui dit une brunette.
« C’est à l’étage 3. Porte n° 7 ! »

Porte 7, on lui dit qu’il manquait des factures,
Certificat de ci, certificat de ça !
Qu’il y avait ici un soupçon de rature !
Que c’était interdit et qu’il ne fallait pas…

Il courut, remonta, complètement hagard :
Etage 3, puis 8 ! Porte B… au sous-sol !
Il se retrouva même au fond d’un vieux hangar
Après avoir erré longtemps dans l’entresol.

Il allait et venait. Et tel un punching-ball,
Renvoyé de partout, montant et descendant,
Guy s’est, abasourdi, retrouvé dans le Hall
Et devenu cinglé, s’est enfui en hurlant…

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Poème illustré par un tableau de :

Vincent Honnoré
www.honnore-peintre.com

Quand souffle sur la ville un petit vent mauvais,
Un vent malodorant empreint de racontars,
De on-dit stupéfiants qui semblent canulars
Tant ils sont immoraux, on se sent écoeuré :

Comment pourra-t-on dire qu’on est Marseillais ?
Et c’est encore pis quand les cancans s’avèrent
Absolument réels ! Indignation sévère
Pour qui aime Marseille et ses nombreux attraits !

Le flux n’arrête pas : nouveaux scandales, grèves,
Chantages menaçants et combinaisons louches…
On peut vous en conter, des milliers, à la louche,
Qui éclaboussent tout, resurgissant sans trêve…

Impression de dégoût ! C’est sûr : on va partir…
Et puis le printemps vient ; le soleil peint en bleu
Les petits ports dorés par un ciel lumineux.
L’on est de nouveau pris… et l’on va réfléchir !

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Village vertical construit sur pilotis,
« La maison du Fada » a d’abord fait sourire
Marseille goguenard : que de moues, de soupirs !
Mais les rieurs d’hier aujourd’hui déconfits

Admettent désormais que leur Cité Radieuse
Est rien moins qu’un chef-d’oeuvre ! Une pure merveille
De béton et d’acier poussée sous leur soleil
Par la grâce d’un homme. Une cité heureuse :

Appartements-duplex sur des rues intérieures,
Commerces et écol(e) pour tout petits minots,
Piscine sur le toit… Oui, beaucoup de bobos
Y vivraient volontiers, lassés par un ailleurs

Trop urbain à leur goût ! Et dans son ciel là-haut,
Le Corbusier ravi se sent enfin compris :
Sa maison du Fada serait un paradis !
Un concept idéal mais né un peu trop tôt ?

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Poème illustré par un tableau de :

A.B Gertz
www.expressions.over-blog.fr

Le Port en perdition est mornement figé
Dans une longue attente, et depuis des semaines
Les quais inoccupés s’ennuient à perdre haleine :
Le virus de la grèv(e) vient encor de frapper !

A Marseille on sait bien qu’une poignée de gens
En sclérosant le Port assassinent la ville.
Ils ne font pas de bruit et semblent bien tranquilles,
Mais peu à peu la tuent insidieusement.

Marseille est aux abois et le monde ironique
La voit se déliter et se décomposer
Sous son ciel toujours bleu. Un port n’est-il pas fait
Pour travailler encor et toujours ? Les cyniques

Cruels et amusés le voient gémir en vain,
Entraînant dans sa chute la ville angoissée.
Marseille ne sait plus comment se redresser :
Son grand Port désoeuvré la mène à son déclin.

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Le soleil est énorme et il fond goutte à goutte
Sur la surface acier de la mer immobile.
La Méditerranée, lisse comme de l’huile,
Oscille lentement. Des traces de mazout

L’irisent joliment. Il y a mille oiseaux
Qui plongent vers les flots en hurlant à grands cris,
Rayant le ciel foncé de leurs maigres corps gris.
Mais comment font-il donc pour n’avoir jamais chaud

Quand ils mènent ainsi leur incessant manège ?
Sur l’horizon crayeux Marseilleveyre est beige
Et ses pentes pelées brûlent infiniment.

Ce mois d’août est très dur. Il est comme un fléau
Qui consume Marseille. Il n’y a pas de vent,
Si ce n’est par moments un coup de sirocco.

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Il flotte au fond de l’air un petit quelque chose
Qui titille Marseille : un doux frisson léger,
Un soupçon de printemps. L’hiver marque une pause,
Oubliant pour un temps qu’on n’est qu’en février.

La Méditerranée est frangée de vermeil
Et l’eau qui dodeline étincelle et scintille.
Sur le sable d’argent des flaques de soleil
Bientôt évaporées crépitent et pétillent.

Le ciel est immobile, il n’y a pas de vent,
Il fait tellement bon qu’on dirait le printemps…
Les Marseillais ravis sont sortis en goguette

Pour jouir du soleil dont ils ont tant besoin.
Il flotte au fond de l’air un petit air de fête :
Ils en oublieraient tous qu’avril est encor loin.

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On en reste pantois : il pleut de la lumière !
Des étoiles d’argent voletant en douceur
Pointillent en flânant le cristal bleu de l’air.
Myriades de flocons, microscopiques fleurs !

Quelle sérénité ! Les bruits sont ouatés ;
Marseille enfin en paix est pour l’instant tranquille
Sous son lourd édredon d’un blanc un peu bleuté
Qui arrondit les angles aigus de la ville.

On n’a pas l’habitude, et l’on est tout content
De voir cette pluie blanche à l’étrange lumière.
La vie en est changée pendant un court moment
Et l’on oublie un peu l’âpreté de l’hiver

Qui s’avère bien long depuis quelques années.
Les rives du Jarret ont une étrange allure
Sous leur blanc capuchon. C’est bizarre : on croirait
Un ruisseau de montagne ! Au lointain les voitures

Chuintent bizarrement en roulant sur la neige.
Que la ville est bizarre ! Elle a baissé d’un ton
Son immense clameur, et son ciel parpalège
De millions de clins d’oeil, de milliards de flocons.

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Sur la mer irisée, flamboyant, un trois-mâts
Navigue triomphant, rutilant au soleil.
Dans son ventre pansu il y a des merveilles :
Tissus de soie brodée, étoffes d’apparat…

Claquant au vent ses voiles gonflées de lumière
En font un grand oiseau qui bondit sur les flots.
Il s’en vient de Syrie et il porte très haut
La fierté de son nom florissant et prospère.

Cependant un souci gêne son capitaine !
Oh ! Un tout petit rien : l’un des marins est mort
Ce matin brusquement ; et il revoit encor
Sa mâchoire crispée hurlant à perdre haleine…

La vigie crie : « Marseille » ! On va y débarquer
Toute la cargaison pour des milliers d’écus !
Allons, plus de tracas ! Foin des sous-entendus…
Profits mirobolants et fortune assurée !

Mais au fond de la cale un bacille tueur,
La peste aux crocs d’acier, se tient prêt à tuer.
Année mil sept cent vingt : on est le vingt-cinq mai !
Le vaisseau couve en lui un Alien ravageur*…

*Cette épidémie de  peste fit près de 200000 victimes en Provence

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