
Un jeune homme dégingandé
Passe le porche du lycée.
Il a de larges yeux très bleus,
De l’or boucle sur ses cheveux.
Dans la cour, les arbres sont nus
Et leur branches sont suraiguës
Sur le ciel un peu délavé.
L’adolescent au teint de lait
De ses doigts a frôlé l’écorce
Pour y injecter une force
Telle qu’elle l’a ranimée :
Trois feuilles se sont mises à pousser,
Et puis dix, et puis vingt, et cent..
Le jeune homme est tout rayonnant
Et nous ne savons plus que dire.
Alors avec un grand sourire
Il nous confie tout en dansant :
«Je suis un fils du père Temps,
Je suis aussi issu du vent
Et l’on m’appelle le « Printemps »…
Pas de commentaire »

Il a de longs cheveux très blancs
Tressés d’acier, étincelants :
C’est le soleil exacerbé
Qui un jour l’en a couronné.
Toujours nu, son corps décharné
Est étonnamment bronzé
Et ses yeux jaunes, son nez fin
Sont ceux d’un improbable Indien :
Un Cheyenne ou un Iroquois.
Il porte d’ailleurs un carquois
De courtes flèches enflammées.
C’est un indomptable guerrier
Tout dégoulinant de sueur,
D’un suint qui empeste la peur.
Aux Provençaux terrorisés
Il dit qu’il s’appelle « l’Eté »
Pas de commentaire »

C’est une jeune femme rousse
Au visage grêlé de son.
Ses cheveux raides et très longs
Sont tressés avec de la mousse.
Elle est tachetée de rousseur,
Et c’est la plus jeune des soeurs
Des héritiers du Père Temps :
La plus jolie de ses enfants.
Elle irradie de la lumière
Puis elle ruisselle de pluie.
Elle danse, elle chante et rit
Pour se changer bientôt en pierre.
Elle est vêtue d’or et de roux
Ou de tristes feuilles marronnes.
Elle dit s’appeler « l’Automne »
Avec un long rire très doux.
Pas de commentaire »

Austère et gris, vieux – vraiment vieux -,
Toujours vêtu de noir et d’eau,
Il est rabougri et ses yeux
Sont enfoncés au fond des os.
Il est très maigre et compassé,
Avançant difficilement
Dans les ruelles verglacées
Qu’il rend dangereuses sciemment.
Il clopine à tout petits pas
Et en marchant sonne le glas
Des dernières plantes vivaces.
Son souffle est tout givré de glace ;
Son teint cireux est presque vert,
Il a l’air malade et mourant ;
Mais quand il dit qu’il est «l’Hiver »,
Personne ne le plaint vraiment.
Pas de commentaire »