Archives pour la catégorie “Les gens”

La maison de Manu est sur un belvédère.
On dirait qu’elle flotte, accrochée dans les airs
Par un fil invisible, en surplomb du village ;
Certains disent parfois qu’il n’est vraiment pas sage
De vivre ainsi perché comme un étrange oiseau.
Mais Manu est ainsi ! Il rit, et peut lui chaut
De passer quelquefois pour un original
Qui aurait squatté l’aire d’un aigle royal.
Son chalet est ancré sur un roc en trapèze
Et nul autre que lui n’y serait à son aise.
Mais quand le crépuscule éteint sur La Blachère
Les derniers feux du soir ; quand la douce lumière
Décroît tout doucement en la teintant de roux,
Manu est bienheureux ! Il n’est pas aussi fou
Qu’on pourrait le penser ! Son mas vertigineux
Fait de lui un surhomme et l’émule des dieux…
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Publié par Vette dans Les gens

Dieu ! Quelle déchéance et qu’il est dramatique
De le voir chaque soir ainsi se déhancher :
Il semble qu’on entend tous ses vieux os craquer !
Pourquoi continue-t-il ? Et n’est-ce pas tragique
De voir cette vedette adulée du public
Continuer ainsi sans souci de son âge ?
Il a certainement un énorme courage
Mais il devrait comprendre qu’il est pathétique !
Ce soir il chante à Trets et quelques fans sont là,
Vieux gamins comme lui refusant de vieillir.
Ils sont une poignée venus pour l’accueillir
A l’arrêt de son car. Après quelques « hourrah »,
On le mène en chantant à la Salle des Fêtes.
Ils l’adorent, vraiment ! Et le chanteur accepte
D’être encor leur idole… Une chanson inepte :
Il se veut immortel mais sa gloire est surfaite.
Il pourrait s’arrêter, accepter son déclin
Et profiter enfin de ses derniers beaux jours.
Mais il croit être jeune et il courra toujours
Derrière ce qu’il pense être son seul destin.
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Pitchounets qui braillez, je vais donc vous quitter
Tout au long de l’été ! Et vive les vacances
Tout autant pour le prof que pour les marmousets !
Ah ! Pouvoir profiter de ma chère Provence
Sans avoir tout le temps à vous crier dessus !
Ne plus penser à vous pendant ces deux longs mois !
Ne plus devoir parler en élevant la voix !
Je vais enfin pouvoir recharger mes accus…
Petits monstres haïs, adieu jusqu’en septembre !
Finis tous ces cahiers corrigés chaque soir
Avec rage, stupeur et même désespoir !
Vos fautes d’orthographe peuvent bien attendre…
Ce dernier jour d’école est l’un des plus jolis
D’une année où j’essaie d’avoir l’air attentive
A vos petits malheurs. Allez ! Partez ! Et vive
Ces jours bien mérités : mes vacances chéries !
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Poème illustré par un tableau de :
Martine Tron-Marchal
www.saudade.unblog.fr
Sur le visage clair du bébé blond qui dort
Est posé un sourire. Un rayon de soleil
Joue sur son front bien lisse en le tachetant d’or ;
Ses cheveux si légers ont des reflets vermeils.
Le sourire frémit comme un gai papillon
Sur la bouche entr’ouverte où quatre dents de lait
Viennent juste de poindre. Un sourire-ludion
Qui s’envole soudain pour aller se poser
Un peu plus loin, là-bas, sur un nounours obèse ;
Sourire baladeur ne songeant qu’à jouer !
Un sourire-dessert, un sourire à la fraise
Parfumé au yaourt que Lou vient de manger.
Le sourire repart, voltigeant dans la chambre
Comme un spot lumineux égayant chaque chose.
Dehors, c’est la froideur du jardin de novembre
Où le mistral impie tue les dernières roses…
Mais le joli sourire en a vraiment assez
Car il est fatigué par sa folle balade :
Réintégrant la bouche il revient l’éclairer
De son joli mystère en forme d’escapade…
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Poème illustré par un tableau de :
Edgar Degas
(1834-1917)
Mon Dieu, quelle douleur ! Qu’elle est dure la vie
De cette pauvre femme assise sur un banc
Du square Borély ; seuls quatre garnements
Y jouent malgré le froid en poussant de grands cris.
Son regard creux est vide et ses traits sont rongés
Par tous ces jours passés à errer dans les rues.
Elle est vieille, elle est seule ; elle n’est guère plus
Qu’un corps mou ballotté au gré de la pitié.
Marseille est fort morose en cet hiver précoce
Qui la rend toute grise et inhospitalière ;
Le mistral accentue le froid et ses misères.
La femme n’en peut plus de cette vie atroce !
Un peu plus loin la plage et la mer qui oscille…
Elle se lève enfin, avec autour du cou
Un vieux sac en faux cuir qu’elle traîne partout.
Elle est un peu courbée et son pas lourd vacille.
Elle est entrée dans l’eau qui clapotait. Touchée,
La Méditerranée l’a bercée un moment
Avant de l’emporter au loin vers le Couchant.
Sur la plage un soulier et un sac effrangé…
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Dans le jardin tout neuf rajeuni par Avril
Piaillent à qui mieux mieux de bien curieux oiseaux :
Une bande d’enfants gais comme des moineaux
S’y ébattent en rond, et leur joyeux babil
Est comme un carillon fait de chants et de cris ;
Car Clément a quatre ans : on va faire la fête,
Danser, hurler, tourner à en perdre la tête
Et tant se déchaîner qu’on aura le tournis.
Le sol un peu spongieux sous les pieds des enfants
Est tout gorgé de sève et de graines nouvelles
Qui vont germer demain. Gamins et jouvencelles
Sans souci des dégats les piétinent gaiement.
C’est la fête aujourd’hui, la fête du printemps,
La fête des petits, celle du renouveau.
Quatre jolies bougies brûlent sur le gâteau,
Le gâteau savoureux des quatre ans de Clément.
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Poème illustré par un tableau de :
Chardin
(1699-1779)
Tu t’ennuies, Marie-Laure, et il faut t’occuper !
Veux-tu que nous fassions des bulles de savon ?
Prends donc ce gobelet : nous allons préparer
Un ingrédient magique et qui sent vraiment bon
Le propre et le bébé. Il va falloir touiller
La poudre et l’eau tiédie… As-tu bientôt fini ?
Maintenant une paille où tu devras souffler
En pinçant joliment tes lèvres arrondies !
Vois comme il est gracieux, cet essaim irisé
Qui flotte au gré du vent ! Les bulles sont légères
Comme un peu de ciel bleu, comme gouttes de lait
Ou nuages bien ronds descendus sur la Terre !
La plus grosse est partie vers l’Ouest, à Salon :
Pourvu qu’elle ne se fasse pas bousculer
Sur la Base aérienn(e) par l’un de ces avions
Y vrombissant sans cesse, à longueur de journée !
Celle-ci va vers Aix ! Cette autre à Cavaillon !
Si tu souffles plus fort, elle va s’envoler
Jusqu’aux rives du Rhône et le pont d’Avignon,
Emportant au lointain l’âme de tes baisers.
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Il a enfin osé ! Ses trois duvets follets
Sont encor bien trop fins pour qu’il les escagasse,
Mais il n’attend que ça : qu’ils soient assez vivaces
Pour ressembler enfin à des poils avérés.
Il a tergiversé pour faire le grand saut
Et caché le rasoir au fond de son tiroir ;
Il est un peu honteux, mais nul ne doit savoir
Qu’il désire être un homme ! Il se sent un peu sot
Car, depuis, sa peau cuit et lui fait vraiment mal :
Elle est encor trop tendre ! Si Aude le savait,
Elle rirait de lui… Il voudrait lui prouver
Qu’il est bien devenu un authentique mâle
Et n’est plus un minot ! Mais elle lui fait peur,
Comme ces m’as-tu-vu de filles dans sa classe…
Il ouvre le frigo et met un peu de glace
Sur ses joues irritées, pour calmer ses rougeurs.
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Poème* illustré par une sculpture de :
Ron Mueck
www.urbaneus.com
La vieille dame est là, assise dans la cour,
Les mains sur les genoux et le regard flouté,
Patientant sagement ; elle y est tous les jours,
Ne bougeant presque pas dans le soleil d’été
Sans qu’on sache vraiment qui elle peut attendre.
Peut-être son mari parti depuis trente ans ?
Quelquefois on hésite à la laisser descendre
Car il ne fait pas beau. Mais quel que soit le temps,
Elle veut être en bas pour le voir revenir.
Elle a de beaux yeux bleus et de courts cheveux blancs ;
Son ancien grand amour est son seul souvenir :
Au fur et à mesure elle oublie le Présent…
Elle a eu trois garçons, ne les reconnaît plus ;
Accablés de chagrin ils la voient se dissoudre
Dans un monde brumeux qui leur est inconnu.
Ils nient encor les faits, ne peuvent s’y résoudre.
Mais où donc est son âme ? Dans le monde des morts
Ou celui des vivants ? Et pour ses trois enfants
Qui doivent l’accepter, elle n’est plus qu’un corps
Dont l’esprit peu à peu vogue vers l’inconscient…
*Poème offert à l’Association France Alzheimer
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Illustration du poème trouvée sur :
www.sportspeinture.centerblog.net
Ils vont comme des fous sur des chemins cinglés,
Caillouteux, caillasseux – de vraies sentes de chèvres !
Sautillant sur le roc, comme le font les lièvres,
Ils sont sur leur vélo des acrobates nés !
Roulant par tous les temps, qu’il pleuve ou bien qu’il vente,
Ils sautent, font des bonds et ils dansent la gigue
En suant sang et eau. L’allure cahotante,
Ils battent la Provenc(e), ses rochers, sa garrigue,
Ses vallons acérés tout tapissés de yeuses !
Sous leur casque pointu on dirait des insectes.
Vieux ou jeunes mordus aux ruades joyeuses,
Progressant en sautant, c’est une étrange secte
Que ces fans passionnés d’un sport acrobatique.
Ils cherchent le plus dur : un chemin raboteux
Leur faisant emprunter un parcours chaotique.
Les vététistes sont des gens vraiment curieux !
Dédié à mon fils Renaud, vététiste accompli !
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Poème illustré par un tableau de :
Annick Couillaud
www.expo.artactif.com/couillaud
Emma du mois d’avril, c’est ta fête aujourd’hui.
Même si le chagrin chiffonne ta frimousse,
Essaie de nous sourire et d’être épanouie
Car tout autour de toi est plaisant et t’y pousse.
Regarde le jardin ! Il a fleuri pour toi :
Narcisses et tulipes , crocus et jacinthes…
Quel cadeau, ma si douce ! Une offrande de roi
Pour sa reine jolie ! Malgré toutes tes plaintes,
Tes soupirs lancinants, tente de l’oublier !
Ris avec tes amis et chante le printemps ;
Arrête de gémir, de crier et pleurer…
Mais il faut avouer que tu n’as que quatre ans,
Tu ne sais pas encor cacher tes sentiments
Et ton doudou perdu, c’est un tourment affreux
Qui te brise le coeur ! Car tu l’aimais, vraiment…
Oh ! Que faire pour toi ? Si j’en rachetais deux ?
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Ouf ! Elle en a fini et va pouvoir sourire !
Nathalie va quitter cette classe indomptable,
Ces petits monstres froids qui l’ont tant fait souffrir !
Ne plus jamais revoir tous ces maudits cartables,
Ces petits durs cruels et leur fausse frimousse…
N’y surtout plus penser ! Oublier cette année
De tension continue, parfois même de frousse,
Et admettre à la fin qu’elle s’était trompée !
Car elle n’avait pas la poigne nécessaire
Pour ce fichu métier. Bien trop d’inexpérience :
Finie son empathie face à tant de misère !
En cours, c’était le ouaill(e)*, tout n’y était qu’outrance !
Ils ont bien profité de son excès d’amour ;
En lâchant trop la bride, elle a perdu la main.
Enfin ! Bon… Son supplice est fini pour toujours.
Elle va tout lâcher… Mais que faire demain ?
*Le ouaille : à Marseille, la pagaille (pour rester poli…)
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Les premières chaleurs sont le temps de l’amour…
Oh ! Ma chère et très jeune amie du mois de mai,
T’en souviens-tu encor ? En ce début d’été,
Nous nous étions promis de nous aimer toujours !
Tu portais une robe de frais coton bleu…
Rose… ou jaune… ou … Qu’importe ! Une couleur passée
Comme nos amours mortes dès que commencées.
Oui ! Une robe bleue : la couleur de tes yeux !
Ta robe était fripée comme le sont les miens
Aux paupières plissées de vieux fauve lubrique ;
Et toi, trop jolie fleur aux gestes impudiques,
Tu as bien profité de ma faiblesse. Eh bien !
J’étais trop vieux pour toi. Et cet été tout frais
M’a trompé car j’ai cru que je pourrais te plaire.
Le jour qui allongeait, le soleil, sa lumière
T’ont montré trop crûment du temps tous les méfaits.
Mais j’avais, il est vrai, le double de ton âge ;
Et je ne pensais pas pouvoir un jour souffrir
En évoquant ta grâce, et ta bouche, et ton rire…
Pour les gens comme moi, l’amour est un mirage !
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Poème inspiré par un tableau de :
Auguste Renoir
(1841-1919)
Sur ton peigne de nacre un de tes cheveux roux
Est resté accroché comme un rai de soleil.
Tendre fleur de Provence au visage si doux,
Tu es comme une Alice aux Pays des Merveilles
Tant tu es frêle et fraîche en tes quatorze années !
Ce peigne iridescent te fut un jour légué
Par grand’tante Amélie morte un jour de printemps.
Mais tu as oublié : il y a si longtemps !
Ce peigne fut son bien ; elle s’en est allée…
Elle aussi était rousse. Et elle fut jolie
Avant que son visage ait les traits chiffonnés
Comme les tiens plus tard, ma charmante Ophélie.
Le cheveu s’entortille entre les dents nacrées
Du vieux peigne précieux : un long cheveu bouclé
Qui crépite et se tord, rouge dans la lumière.
Mais tu en as tant d’autres, jolie écolière !
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Poème inspiré par un tableau de :
Jean Potvin
www.jeanpotvin.com
Le vieil homme est pensif et semble fatigué
Par ce long mois d’hiver ; mais s’il est épuisé,
C’est par l’indécision qui pèse sur sa vie.
Il a pourtant à faire : il n’en a plus envie !
Pourquoi tous ces efforts toujours recommencés ?
A quoi donc servent-ils? Rien n’a vraiment changé
Depuis qu’il s’évertue à semer le bonheur !
Le vieil homme est lassé ; il n’est plus que douleurs :
Bien trop vieux, trop perclus et trop désabusé !
Le monde semble sale et, sans s’améliorer,
Les hommes ne sont bons qu’à semer la misère.
Mon Dieu ! Que font-ils donc de toute la lumière
Qui jaillit chaque jour du fond de l’horizon ?
Comprends-Tu ce qu’ils sont et à quoi ils sont bons ?
Le vieil homme accablé s’est penché sur le feu
Qui brûle au creux de l’âtre et il s’essuie les yeux :
Tous les ans c’est pareil ; il souffre tout autant !
Et puis il se redresse, il marmonne et reprend
Le travail qui le pousse à mener ses affaires
Monsieur Noël se lève : il a vraiment à faire…
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