Archives de catégorie : Les gens

La lune élimée

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Point d’étoiles ce soir. Le ciel
N’est éclairé que par la Lune
Dont les rayons comme du miel
Ruissellent au long des rues brunes.

Toute nimbée d’un orbe d’or,
Mais point intégralement ronde,
Elle est élimée sur un bord !
Inclinant sa figure blonde

Sur Marseille tout alangui,
Elle luit anémiée et terne,
Et ses rais lapis-lazuli
Baignent la ville qui hiberne.

La nuit est ponctuée de chats
Posés sur les toits roux qui penchent,
Et leur silhouette incarnat
Rompt le flot de lumière blanche

Qui coule de l’astre amputé.
La Lune usée est bien moins belle
Qu’en sa rondeur! Sa vénusté
Ne tient donc qu’à une lamelle ?

Toujours est-il que tristement
Elle s’est penché sur Marseille
D’où la contemplent deux amants
Que l’heure tardive ensommeille,

Mais qui s’émerveillent, radieux :
N’est-elle point cette planète
Qui encense du haut des cieux
Leur si délicieuse fleurette ?

En les voyant main dans la main,
Doigts enlacés, levant la tête,
La Lune se dit que demain,
Sa symétrie sera parfaite

Et qu’elle leur plaira vraiment.
Mais peu leur chaut ! Entichés d’elle,
Ils n’entendent point son tourment,
En amis fervents et fidèles ;

Car la Lune est belle pour eux ;
Elle est le témoin de leur flamme,
De leurs doux ébats amoureux,
Et elle enlumine leur âme…

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Trois perles de cristal…

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Il y a sur son front trois perles de cristal
Qui roulent lentement. Commence-t-elle à fondre ?
Ne va-t-on retrouver de la belle Chantal
Qu’une flaque dorée qui s’en va se confondre

Avec les vagues bleues s’abattant sur la plage ?
Il fait tellement lourd que même au bord de l’eau
Elle espère ardemment le gigantesque orage
Rafraîchissant soudain un temps beaucoup trop chaud.

Car Chantal n’en peut plus et vit dans le Midi,
Depuis la mi-juillet, un été effroyable.
Tout huilé de sueur, son épiderme luit :
Il n’est plus une peau satinée, désirable,

Préparée pour l’amour, faite pour les caresses,
Semblable à un velours aux chauds reflets ambrés,
Mais un étui suant qu’agresse avec rudesse
Ce soleil carnassier indûment adoré.

Il fait vraiment trop chaud ! Nul n’y résiste plus,
Même les abonnés des plages de Marseille,
Qui y passent leur temps et qui y vivent nus
A longueur de journée ! Cet été les effraye ;

Il est trop agressif depuis quelques années…
Il faut partir ailleurs. Chantal se lève enfin
Pour fuir le bord de mer, rouge et congestionnée.
Le sable de la plage est divinement fin…

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Double visage

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Comme Eva, le Cousson a un double visage :
Un versant est doré, abreuvé de soleil
Dès le petit matin. Des mélèzes fort sages
S’y accrochent tout droit sous les rayons vermeils,

Alignés au cordeau en un ordre sévère,
Leur cime bien pointue saupoudrée à l’or fin.
Ruisselant de clarté, scintillant de lumière,
La montagne est dorée ; son adret est enfin

Délivré des frimas, de leur pénombre brune
Et tout éclaboussé par le ciel bleu de mai.
Il est encor plus beau quand un croissant de lune
S’accroche par sa corne au surplomb du sommet.

L’ubac est ténébreux. Comme Eva qui s’éveille,
Déjà désenchantée malgré le grand beau temps !
Tout aussi morne qu’elle, l’ombre qui l’ensommeille
Et qui le refroidit y freine le printemps…

Elle est souvent ainsi ; mais peut être joyeuse
Quand son rire en cascade anime la maison :
D’humeur gaie, enjouée, si drôle et lumineuse,
Puis soudain déprimée sans aucune raison.

Un côté rayonnant et une face sombre…
Comme Eva la montagne est double, infiniment.
Une part de lumière et une zone d’ombre :
Aimer les deux versants ? Le sort de son amant…

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Comme un coeur en octobre…

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Parfois mon coeur est triste : on dirait que l’automne
Y grave obstinément l’empreinte monotone
D’un sinistre refrain, tout aussi cafardeux
Que ce lourd ciel d’octobre épais et orageux

Pesamment affalé sur toute la Provence.
Il murmure tout doux sa plaintive romance
Toute en mélancolie. Sans trop savoir pourquoi,
Il craint de s’exposer à un je-ne-sais-quoi

Qui pourrait l’émouvoir, et la morne saison
L’émeut obscurément sans aucune raison.
Pourquoi ce désarroi, cette impression morbide
Qu’il faudrait quelquefois être un peu plus lucide ?

Ma vie est pourtant douce et je me sens aimée ;
Mais mon âme insatiable est parfois affamée,
Comme folle au logis, de trop grandes passions,
De folie et d’écarts, d’un désir d’évasion…

Cette triste chanson ressemble à un fado,
Lugubre mélopée pesant telle un fardeau
Sur celui qui vieillit et qui porte sa vie
Comme un faix bien trop lourd et sans plus trop d’envies.

C’est la triste chanson des étés qui se meurent.
Oh, je sais que le Temps bien après nous demeure,
Que nous ne sommes rien au long fil des saisons,
Que mon esprit parfois frôle la déraison

S’il pense voir un jour renaître sa jouvence.
Il pleut à petits flocs sur toute la Provence…

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Le long cours d’une vie

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A Denis

Derrière lui sinue un long fleuve agité,
Le torrent d’une vie aux multiples méandres :
Au début ru stagnant, étouffant – à se pendre !
A fuir absolument pour vivre ; et résister

En décampant ailleurs… Puis un cours déchaîné
Qui se calma parfois, de pacifiques îles
Où le flot de sa vie coulait calme et tranquille
L’alentissant soudain pour un peu l’ordonner…

Et un nouveau départ, la violence de l’eau
Le remportant bien loin de ces ports si paisibles
Dans de frêles esquifs toujours indestructibles
L’emmenant autre part, et parfois à vau-l’eau…

Il lui faut maintenant peindre les tourbillons
De ce flux bouillonnant hérissé d’aventures !
Il doit nous les conter, sous peine de rupture
Avec tout ce qu’il fut, bien que tous nous craignions

Qu’il n’éprouve soudain un amour-propre vain
En n’osant mettre à nu les remous de sa vie !
Il faudra l’obliger à en avoir envie
Si nous ne voulons point perdre un grand écrivain…

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Lucidité

Un bourgeois

Poème illustré par un dessin de :

Honoré Daumier
(1808-1879)

Après l’avoir aimé, je l’avais oublié,
Bien qu’un probable amour nous ait un jour liés ;
Mais quelle déception dès que je l’ai revu :
Cette grosse bedaine et cet énorme cul

Bridés par des habits à la dégaine informe ;
Ce teint couperosé, le débit uniforme
D’une voix de pédant qui n’avait rien à dire !
Je n’aurais jamais pu me représenter pire…

Comment imaginer que ce pauvre pantin
Ait pu me laisser croire en un autre destin ?
Pourquoi donc autrefois m’être mise à penser
Qu’on pourrait ébaucher des projets insensés

Et même aventureux avec ce mec minable,
Tellement sûr de lui, se croyant désirable
Malgré le peu d’attraits qu’il représenterait ?
Concentré en un homme, oui, tout ce que je hais…

Cela m’a bien fait rire ! Comment avais-je pu
Voir un Prince Charmant en ce type repu
Empli de fatuité ? J’ai remercié le Ciel
De m’avoir ramenée vers un monde réel

Et de m’avoir montré son exacte nature.
Pour bien vite oublier cette déconfiture,
J’ai vite fui très loin, me moquant de moi-même :
Il faut faire attention si l’on vous dit :  » Je t’aime » !

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Souhaits

mains

Si nous pouvions enfin mieux écouter les autres,
Porter plus d’attention à leurs maux, leurs ennuis,
En nous souciant bien plus de ce qu’ils nous ont dit…
Sans paraître endosser l’habit du bon apôtre,

Leur montrer qu’on les aime et qu’on les apprécie ?
Si nous nous efforcions de laisser notre cœur
Se tourner vers autrui – indicible douceur !
Pour montrer qu’on est là, et qu’est enfin finie

L’énorme solitude où s’abîme sa vie ?
Si nous faisions un geste : un câlin, un baiser,
En prenant dans nos bras cet intrus étranger
Seul au bord du chemin, et dont la seule envie

Est de pouvoir enfin s’arrêter et se dire
Qu’il est malgré ses maux vraiment un être humain
Qu’aiment d’autres Humains ? Si lui tendre la main
Pouvait le rassurer, lui éviter le pire ?

Ce n’est pourtant pas dur de former une chaîne
En nous tenant les mains pour mieux nous apprécier !
Et si nous l’écoutions, l’autre, le Charpentier ?
Si à force d’amour nous détruisions la haine ?

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Délivrance

ashraf-20fayyaAshraf Fayad

Ratatiné au fond d’une petite boîte,
Il y a un poète. On l’y a enfermé
Car il était gênant ; ces poèmes germés
Dans son cerveau subtil, une doctrine étroite

N’a pu les accepter : trop libres pour des cons…
Lui, c’est un insoumis qui persiste à penser
Qu’on ne peut l’asservir, qu’on ne peut le tancer
Pour le changer enfin en un être infécond !

Tout recroquevillé dans sa cage étriquée,
Il n’en souffre pas trop, empli de tous ces mots
Qui lui font oublier la douleur et les maux
Infligés par des fous à l’âme intoxiquée

Par un credo obtus… Ils devraient se méfier :
Du cerveau du poète, toute une arborescence
De sublimes pensées à l’énorme puissance
Jaillit comme un buisson, qui va faire craquer

Les barreaux de sa cage… Et bientôt c’est sa geôle,
Puis la ville alentour, enfin tout le pays
Que son message en vers abat à l’infini…
Le poète est vainqueur malgré la camisole

Dont on l’a affublé. Et même s’il en meurt,
C’est lui qui a gagné du fond de sa prison.
Petit homme fragile, il avait donc raison ;
La force de ses mots l’a couronné de fleurs…

*Dédié à Ashraf Fayad, poète, condamné à mort par l’Arabie saoudite pour « apostasie »

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L’attente

Attente

Il y a bien longtemps qu’Adrienne a appris
Qu’était enfin fini l’effroyable conflit
Qui lui a pris son fils ? Terminée, cette guerre,
Après ces quatre années de ruine et de misère !

Depuis combien de temps l’attend-elle ? Où est-il ?
Pourquoi parfois ce doute agaçant et subtil
Qui effleure son cœur pour y semer la crainte ?
Eventualité rapidement éteinte

Et qu’il lui paraît vain de même envisager !
Elle doit être forte et ne peut déroger
A son bel optimisme. Il faut rester sereine…
Ou du moins essayer. Ne pas montrer sa peine,

S’accrocher à l’espoir, penser que Gaëtan
Est vivant quelque part, et que dans peu de temps,
Il reviendra chez lui pour retrouver sa mère.
En voir d’autres rentrer ne la rend pas amère

Tant elle est assurée qu’il est sur le chemin.
Elle attend… puis se dit que sans doute demain
Elle verra là-bas poindre sa silhouette…
Patiente et obstinée, Adrienne s’entête

A aller tous les jours guetter le train du soir.
Esseulée dans la gare aux lugubres quais noirs,
Elle attend qu’il n’y ait strictement plus personne,
Et puis elle repart, au moment où résonne

La cloche signalant qu’on va bientôt fermer.
Elle attend son petit, ne se lassant jamais
D’espérer et de croire. Où qu’il se trouve encore,
Elle sent qu’est vivant cet être qu’elle adore,

En est persuadée. Confiante dans son sort,
Elle ne peut songer un instant qu’il est mort :
C’est chose inacceptable. Quelle idée impossible
Pour la mère qu’elle est, et incompréhensible !

Un espoir aberrant, bêtement triomphant ?
Comment donc pourrait-on survivre à son enfant ?

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Assis au bord du ciel…

Infini

 

Leur nombre est infini, l’Univers l’est aussi…
Assis au bord du ciel et contemplant la Terre,
Heureux d’avoir quitté un monde sans merci
Qui leur est maintenant un abyssal mystère,

Les En-Allés inquiets regardent ces Humains
S’agitant tout en-bas, et tout aussi futiles
Qu’ils le furent jadis : croyant en leur destin,
Imbus de leur personne et se croyant utiles…

Assis au bord du ciel, un peu dubitatifs
Face à l’entêtement de ces malheureux frères
Qui se disent vivants, les En-Allés pensifs
Voudraient les décharger de toute leur misère,

Mais ne le peuvent pas. Ce n’est pas leur mission
Car ils sont au-delà des affaires terriennes !
Et bien que délivrés des absurdes passions
Ne leur ayant valu que déboires et peines,

Ils sont apitoyés par cet aveuglement
Dû à trop d’ignorance. Quelquefois ils s’en viennent
Hanter nos cauchemars, silencieusement !
Ils aiment se glisser au creux des nuits humaines,

Rallumer la lueur des anciens souvenirs…
Encor un peu humains, les En-Allés se penchent
Au-dessus de la Terre et du monde à venir,
Un monde grisailleux et devenu étanche

A toutes ces vertus prônées par les aïeux.
Un monde qui sans nous irait sûrement mieux…

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Les dormeurs

Vue sous marine

Six dormeurs, six gisants. Six êtres que la mer
Caresse aimablement ; et ses baisers amers
Effleurent en douceur leurs lèvres refermées
Depuis peu, bien trop tôt. Elle est accoutumée

A devoir héberger ces hôtes incongrus
Qui gisent par le fond ; ces humains presque nus
Au destin émouvant, qu’un naufrage effroyable
A tués récemment et coulés jusqu’au sable

Doux et dur à la fois du monde aux mille écueils,
Ce monde sous-marin devenu leur cercueil !
Sans vergogne, les eaux curieuses se faufilent
Dans les méandres noirs des poumons si fragiles

Des dormeurs apaisés – sans doute une illusion !
Ores* indifférents à l’odieuse intrusion.
Allongés côte à côte, une femme et cinq hommes
Liés par le malheur. Rassemblés là tout comme

Une famille unie pour un calme sommeil.
La femme porte encor un long voile vermeil ;
La mer chaude en ceignant son torse d’algues vertes
L’a vêtue d’émeraude ; et l’ayant recouverte,

Pallie en la berçant l’inconfort de son lit.
Mais peu chaut à son corps, dont le temps aboli
Est maintenant serein… La Méditerranée
Va dissoudre tout doux la belle profanée.

*Maintenant

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Pompette

Ivresse

Poème illustré par un tableau de :

Catouche Garcia
www.artactif.com/garcia-catouche/galerie

Pourquoi dis-je ce mot au lieu de celui-ci ?
Ma langue fait des noeuds, profère des bêtises
Sans que j’y puisse rien ! Mon cerveau sous l’emprise
D’un excès de gaieté me donne du souci…

Ma voix est devenue un embrouillamini
De termes décousus… Branlement de la tête,
Mouvements flageolants, regard indéfini…
Bravo pour le spectacle ! Elle est belle, la Vette…

Pourtant que c’était bon, ces deux doigt de champagne !
Quoi, seulement deux doigts ? Oh, peut-être bien trois…
Plus aucun souvenir : je cherche avec effroi
En mon esprit peu clair et qui bat la campagne

Un parcours cohérent : n’aurais-je point failli ?
Le sol tangue et s’affaisse… Oh là là, que ça tourne !
J’ai le crâne qui bat, l’estomac assailli
Par d’énormes nausées. Que le Ciel me détourne

A jamais des excès, de toute intempérance !
Je vais aller dormir : je ne tiens plus debout
Et je pars en morceaux, fracassée, bout par bout.
Vraiment, je ne suis pas faite pour la licence

Ni pour l’ivrognerie ! Non, plus jamais quelqu’un
Ne me suggérera de boire un petit verre…
Mais sais-tu, mon très cher, que tu es bien coquin
De m’embrasser ainsi ? Oh, surtout… persévère !

J’ai l’esprit à l’envers, la tête chamboulée,
Et… je n’avoue pas tout ! Tu es encor vainqueur ;
Rien de tel que tes bras pour soulager mon cœur.
Me voici, comme d’hab, toute tourneboulée…

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Les coeurs lourds

bande-d-humains

Poème illustré par un tableau de :

François-Joseph Durand
www.françois-joseph-durand.perso.neuf.fr

Mais comment – dites-moi ! garder le cœur léger
Face à cette douleur quasiment planétaire ?
Le fléau est trop lourd, et notre pauvre Terre
Va bientôt basculer tant le monde est chargé

D’infortune et de maux toujours plus accablants.
Que de larmes, mon Dieu ! en voyant les épreuves
De ces errants cherchant en vain une voie neuve
Au bout d’un chemin gris ; fuyards brinquebalant

Plus loin, toujours plus loin, pour tout recommencer !
Pauvres frères humains, payant cher la démence
De monstres enragés par leur intolérance :
Qui va donc vous aider à faire repousser

Un tout nouveau destin sur un sol généreux ?
On a le cœur navré, et l’on se sent coupable
Quand on voit sur l’écran vos petits si aimables
Trottiner de pied ferme au fond de chemins creux,

Portant des baluchons quelquefois plus gros qu’eux !
Que faire, dites-moi ! Compatir  et vous plaindre
En ne servant à rien, et s’attendrir, et geindre?
Former des bataillons, tous à la queue leu leu,

Pour aller attaquer l’immonde déraison
Corrodant peu à peu l’équilibre du monde ?
Ou crier alentour et partout à la ronde
Qu’il faut vous assister en ouvrant nos maisons ?

Mais la Terre gémit en ployant sous le faix
Du poids faramineux de nouvelles misères ;
Et la détresse croît, bientôt propriétaire
D’un monde abasourdi qui constate les faits,

Trop vieux et trop blessé pour pouvoir réagir…
En laissant ces enfants errer au gré des routes,
Ne contemplons-nous pas notre propre déroute ?
Quel lion va se dresser et se mettre à rugir ?

Ne sommes-nous, mon Dieu, aptes qu’à des parlottes ?
Envoie-nous, s’il te plaît, ton dernier Don Quichotte…

 

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La fille tombée du ciel

emmanuelgarant

Poème illustré par un tableau de :

Emmanuel Garant
www.emmanuelgarant.com

Irréelle comme un lutin,
Est-ce un être tombé du ciel ?
Aussi lustrée que du satin,
Sa peau a la teinte du miel ;

Ses longs cheveux couleur de lune
Sont tout pointillés de soleil :
Le jour et la nuit y allument
Un étincellement vermeil.

Dans ses yeux luisent les éclats
Des étoiles fusant du ciel
A la Saint-Jean. Il y a là
Les reflets d’un monde irréel…

Peut-être qu’il y a des ailes
Sous sa tunique de lin blanc ?
Une fée ? Une fée trop belle
Et dont le charme ensorcelant

Hypnotise ses amoureux.
Inconsciente de ses seize ans,
Seize ans naïfs, seize ans heureux,
Elle a le pouvoir séduisant

D’une souveraine innocence
Et en joue puérilement,
Avec la totale inconscience
De qui n’a jamais eu d’amant,

Aussi dure qu’un diamant.
Telle un elfe venu d’Ailleurs,
Elle séduit ingénument
Tout le petit monde piailleur

Des mâles de son entourage.
C’est un ange tombé du ciel
Sous la forme d’un doux mirage
Au charme presque immatériel.

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La belle est allongée…

Poème illustré par un tableau de :

Paul Sieffert
La belle est allongée sous le gros soleil roux
Installé depuis peu en plein centre du ciel.
Sa nudité parfaite a la couleur du miel,
Et quiconque l’a vue en est devenu fou !

La belle est allongée sous la lumière claire
Du printemps revenu depuis peu en Provence.
Sa peau a le poli d’une belle faïence,
Le velouté parfait de ces roses trémières

Refleurissant enfin dans le fond du jardin.
Sa rousse nudité est infiniment belle
Sous les rayons d’avril  fusant en étincelles
Sur son corps revêtu d’une peau de satin.

La belle est allongée sous le soleil tout rond,
Pas encor bien costaud dans le ciel printanier,
Mais qui semble vouloir être le tout premier
A effleurer tout doux ce mystère si blond,

Cette peau de brugnon, si compacte et si fine.
Peu à peu la lumière y dépose de l’ambre
Recouvrant d’or cuivré son beau corps et ses membres.
Sous son ventre palpite une frêle églantine.

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