Archives de catégorie : Les gens

Les filles de Marseille

A Marseille, au printemps, les filles sont jolies,
Qui vont le nez en l’air et tout en balançant
Leur ravissant derrière. Un soleil caressant
Profite tant et plus d’une heureuse embellie

Pour cuivrer leur teint mat de femmes du Midi
Et leur donner l’aplomb de qui se sent très belle.
Au printemps, elles vont, marchant en ribambelles
Dans les rues de la ville où le temps reverdit

Les murets tristounets et le dessous des pierres,
En en faisant jaillir les minuscules brins
D’une herbe fruste et drue, comme faite d’airain.
A Marseille, au printemps, l’incroyable lumière

Régénère la vie des plantes, des Humains ;
Et les filles qui vont en ondulant des hanches,
Parées pour le soleil comme pour un dimanche,
Ne veulent point savoir ce que sera demain.

Elle marchent, c’est tout ! Elles se sentent belles
Sous les rais d’un soleil enfin réanimé.
Avec souvent l’aplomb de qui se sait aimé,
Elles vont à grands pas ; leur petit air rebelle

Désempare pas mal les cacous désoeuvrés
Qui, le corps chaviré, les sifflent au passage…
Mais sans s’aventurer : ils sont devenus sages !
Ne point importuner, oh non ! juste admirer…

A Marseille, au printemps, elles vont triomphantes,
Connaissant leur pouvoir, sûres de leur beauté ;
Et ne supportant plus la moindre privauté,
Elles sont libérées, plus hardies, moins méfiantes

Envers ces malotrus qui, bouffis de désir,
Crachent leur frustration sous de gros mots obscènes.
Mais les filles qui rient n’éprouvent plus de gêne
Face à ces malappris, vaincus sans coup férir…

Elles vont par les rues, elles vont par la plage
Où le soleil ravi caresse doucement
De ses rayons ambrés leur corps encor tout blanc ;
S’en étant, sans scrupule, accordé l’apanage !

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Le ronchon

Un phénomène étrange – il n’a pas l’habitude !
Et si beau qu’il oublie tous les inconvénients
D’une chute de neige. Or, c’est très contraignant
Et ça va entraîner un tas de servitudes !

Car il faut déblayer le trottoir en vitesse ;
Rentrer les fleurs en pots qui ont eu froid au pied,
Epandre du gros sel par poignées, balayer
Les allées du jardin ; et se frotter les fesses

Puisque la neige… glisse, et qu’il s’ y est vautré !
Il jure tant et plus, jugeant que la Nature
Est parfois casse-pieds ! Pourvu que ça ne dure
Que le temps de râler, peut-être… d’admirer,

Juste un petit moment ! Car il se sait à part :
Il devrait applaudir au décor féérique
Que la neige a brodé, comme toute la clique
De ces gens qui la louent à grands coups d’encensoir…

Mais il n’est pas rêveur, il faut lui pardonner !
C’est un vieux rabat-joie, incapable de voir
Ce qui est vraiment beau. Quand il se fait avoir
Et qu’il se sent ému, ça le fait ronchonner !

Et pourtant, là, c’est vrai… La nature a fait fort !
Tous ces festons de neige enjolivant les arbres,
Ces broderies de gel… Non, il n’est pas de marbre !
En tout homme réside un poète qui dort…

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L’habit d’Arlequin

Un poème inspiré par une idée de mon ami Denis S.

C’est sûr ! L’heure a sonné, il faut aller dormir ;
Retirer pour toujours l’incroyable costume
Qu’on appelle la Vie, cousu de souvenirs,
D’anecdotes, de joie, de peine et d’amertume.

C’est un curieux habit, fait de mille morceaux
Maintenant bien usés – unis, multicolores –
Dont Arnaud s’est lassé. Il va faire le saut.
Peut-être pourrait-il s’en travestir encore,

Mais il a tout vécu. Il est vraiment trop las
Pour y surajouter des pièces bien plus neuves.
Recoudre le costume ? Il n’existe ici-bas
Pas un seul procédé ni une seule épreuve

Qui puissent réparer les multiples erreurs
Faites en assemblant ces pièces disparates.
L’on ne revient jamais sur l’heur et le malheur
Qui composent la vie des pauvres automates

Que nous sommes toujours, vêtus de cet habit.
Et même s’il est fait des pièces innombrables
D’un costume arlequin, ce vêtement nous suit,
Collé à notre peau par un Sort intraitable…

La vie d’Arnaud ressemble à un frac d’Arlequin,
Fait de bouts de tissu, colorés ou très sombres.
Il est triste pour lui que le Destin taquin
Les ai cousus ensemble en les surfilant d’ombre…

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Un poète

On rit quand on le voit passer
Car c’est un curieux personnage
Qui s’est forgé l’aimable image
D’un homme venu du Passé.

Rimes volant autour de lui
Comme un léger essaim d’abeilles,
Un bouquet de salsepareille
En armoiries, il est celui

Qui poème à longueur de temps.
Il a la tête dans la lune,
Se sert encore d’une plume
Pour écrire tout comme antan.

Ses vers sont des alexandrins
Qui tout en douceur dodelinent ;
Et les gens qu’ils embobelinent
Apprécient tercets et quatrains

Qu’il polit comme des bijoux.
La Nature est la conseillère
Qui l’approvisionne en lumière,
Et il aime qu’on le croit fou.

Les mots pour lui sont des joyaux
Qui enluminent ses poèmes ;
Il les cisèle et il les aime,
Les ajustant avec brio.

Ami des fées, des magiciens,
Il sait parler aux fleurs, aux bêtes.
Il a des rimes plein la tête,
Sans sa poésie, il n’est rien !

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Le photographe

Poème illustré par une photo de :
Marc Lagoutte

A notre ami, le photographe Marc Lagoutte
C’est un vrai magicien, apte à capter le monde,
La nature et les gens au fond d’un appareil
Semblable à un écrin ; où en une seconde
Il fige à tout jamais la vie de ses pareils.

C’est un illusionniste, un peintre de l’instant
Qui fixe pour toujours une scène de rue ;
Un pigeon de Montmartre en immortalisant
Sa démarche pataude et son ombre ventrue ;

Ou de simples quidams, tenant de son talent
Une immortalité facilement acquise ;
Montmartre sous la pluie, et ses pavés luisant
Dans l’ombre en noir et blanc que la nuit électrise…

C’est un très grand poète, un chantre de Paris
Qui louange ses rues et en « copie les rimes »* ;
Un témoin de la vie que son talent décrit
Tel un héraut subtil, sans esbrouffe et sans frime.

* Cette formule si poétique est de Marc

 

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Le jardin de Caline

Le jardin de Caline est un vrai paradis
Où pousse à profusion tout ce que le Midi
Laisse germer et croître à force de lumière !
Où même une orchidée pousserait sur les pierres

A condition qu’elle ait tous les soirs un peu d’eau !
Le jardin de Caline ? Un merveilleux cadeau
Pour qui aime les fleurs en fouillis, la verdure…
Il souffre rarement de l’extrême froidure

Qui peut mordre le Sud juste avant le printemps,
Car une fée y vit depuis très très longtemps
Comme en un nirvana au cœur de la Provence ;
Et pour lui ce choix fut une incroyable chance

Puisqu’elle le soustrait aux caprices du temps…
Comme ces vieux jardins que les curés d’antan
Cultivaient patiemment près de leur presbytère,
Le jardin de Caline est comme un éventaire

De légumes, de fruits de toutes les couleurs,
Tout aussi parfumés que les milliers de fleurs
Y poussant à foison. Caline a la main verte
Tout comme son mari ; et toute découverte

D’un nouveau spécimen méritant d’être aimé
Les rend vraiment heureux. Pour le jardin charmé,
Ce petit plant tout neuf est comme une aventure,
Qu’il devra protéger sous ses vertes ramures

En l’ombrant sans excès. Ensuite le Destin
Prendra sa vie en main dans le petit matin
Que le ciel indigo à l’envi ensoleille.
Le jardin de Caline est une vraie merveille…

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La Fête

Il faudrait qu’un beau jour, à l’orée du printemps,
L’on fasse la fiesta pour oublier le temps
Du ciel bas sur la mer tristement cotonneuse.
Effacer tout souci de l’âme cafardeuse

Que nous donnent le froid et le gris de l’hiver !
L’on devrait tous s’unir pour repeindre la ville
De toutes les couleurs. Même les bidonvilles !
Nous masquerions leurs plaies en forçant sur le vert ;

Du jaune et puis du bleu sur les quartiers lépreux,
Et de l’or en pagaille au fond de tous les yeux.
Nous mettrions au ciel quelques nuages roses
Pour faire plus joli ; ferions pousser des roses

Et des milliers de fleurs dans le moindre recoin.
Plus chouette qu’à Rio, bien plus beau qu’à Venise !
Non, pas un Carnaval : une fête qui grise
Tous les gens de Marseille. Et qu’à brûle-pourpoint

Chacun cherche chez lui de quoi se déguiser
En grand n’importe quoi. Et qu’on danse, et qu’on chante ;
Qu’on soit surtout heureux, tous les sens aiguisés
Par le bonheur de vivre. Et que tous on s’enchante

De ce nouveau printemps s’ouvrant sur tant d’espoir.
Nous irions nous baigner. La Méditerranée
Se ferait toute douce ; et comme chaque année
Au mitan de l’été, du matin jusqu’au soir,

Nous en savourerions l’agréable tiédeur
Bien qu’on ne soit qu’en mars. Gigantesque trempette
De tous les Marseillais chantant avec ardeur
Sous le soleil ravi de se joindre à tue-tête

A l’énorme, homérique et incroyable fête !

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