Archives pour la catégorie “Les gens”

Poème illustré par un tableau de :

Marie Godest
www.mariegodest.com

Elles sont trois amies aimant se rencontrer
Plusieurs fois par semaine, où elles se racontent
Tout un tas de ragots, futiles, mais qui comptent
Dans leur petite vie monotone, étriquée

Et pas mal solitaire. En été, c’est au Parc ;
En hiver au Café ou chez l’une d’entre elles.
Patati patata ! Volent à tire-d’ailes
Des discours filandreux parsemés de remarques

Très souvent inventées sur des gens du village ;
Parfois des faits divers récents, de beaux scandales
Les mettent en émoi car c’est un vrai régal
De parler savamment d’esclandres et d’orages

Dont on ignore tout mais où l’on peut broder.
Méchantes ? Pas vraiment… C’est à coup sûr l’ennui
Qui les pousse à gloser. Patata patati …
Que de temps gaspillé à toujours jacasser !

C’est vrai que leurs jours creux sont peu intéressants :
Les enfants sont partis et leur vieux mari dort
Quand il ne grogne pas, et encore, et encore…
Barjaquer et causer, c’est leur seul passe-temps.

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La maison de César pleut à la moindre pluie :
C’est une vraie passoire ! Encore heureux qu’ici,
Pas bien loin de Marseille, il pleuve peu souvent !
Mais le mas est aussi une passoire à vent,

Et le vent, on connaît, au coeur de la Provence !
Ce sacré vieux mistral… Quelquefois César pense
Qu’il pourrait sûrement consolider son toit.
Mais le seul mot : « travail » lui cause de l’émoi…

Quand l’automne s’en vient, il sort ses trois bassines :
Une pour le salon, l’autre pour la cuisine ;
Pour la troisième enfin, il doit pousser son lit
Car c’est en plein milieu que s’écoule la pluie.

Dans un coin de la cour il y a moultes tuiles.
Il faudrait que César se rende un peu utile
Et monte sur le toit pour le rafistoler;
Mais rien que d’y songer le voici épuisé !

On verra ça plus tard… Il est déjà une heure :
C’est l’heure de la sieste, un instant de bonheur !
Mais il a plu hier et son lit est mouillé !
César se traîne alors sous un vieil olivier…

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Il y a bien longtemps un certain monsieur France
Vivait à Coursegoul(es) : un vieux célibataire
Qui menait au village une vie solitaire,
Une petite vie sans chance ni malchance.

Un jour qu’il contemplait les pentes du Cheiron,
Il se mit à songer… puis il eut une idée :
Faisant fi du bon sens, fou-furieux, il allait
Sur la montagne incult(e) construire une maison !

Il choisit son terrain. Et lors pendant vingt ans,
On le vit qui montait, descendait sans relâche,
Ployant sous son fardeau, attelé à sa tâche
Comme un bourrin têtu. Un travail de Titan !

La maison terminée, il bâtit des restanques
Comme un fou qu’il était. Et quand tout fut fini,
Il demeura pensif et il fut envahi
Par la curieuse idée qu’il allait être en manque !

Tout cela était vain, il fallait redescendre
Au niveau des humains qui ne rêvaient jamais.
Alors l’homme fourbu, las et désabusé,
Rentra à Coursegoul(es) et il alla s’y pendre.

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Poème illustré par un tableau de :

Jean-Baptiste Greuze
(1725-1805)

Ma belle Magali, apprécie donc la chance
De vivre dans le Sud, d’habiter en Provence
Et d’y goûter ainsi trois cents jours de soleil
Qui piquètent de roux ton joli teint vermeil.

Trois cents jours de soleil tout au long de l’année,
Depuis ce jour de mai fleuri où tu es née
Dans un mas odorant qui sent bon la lavande,
Planté dans la garrigue au milieu de la lande !

Mais tu t’y sens trop loin des plaisirs de la ville.
Des larmes de dépit perlent de tes longs cils
Quand tu songes parfois que là-haut, à Paris,
Tu pourrais savourer une tout autre vie.

Jolie écervelée, tu n’es pas raisonnable !
Comment peut-on rêver d’un pays plus aimable
Que celui où tu vis ? Regarde autour de toi !
Et sais-tu qu’aujourd’hui dans le Nord il fait froid

Bien qu’on soit au printemps ? Tu y dépérirais
Comme une fleur des champs négligemment jetée
Sur le bitume gris. Reviens à la raison,
Magali du soleil, et reste à Cavaillon !

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Une foule de gens qui vont sans se frôler,
Une masse innombrable, un moderne ballet
Dont les participants ne se connaissent pas
Et dont le seul hasard s’en vient rythmer le pas.

Jour d’été à Marseille : un bel après-midi
Où l’on va nez au vent car c’est un samedi.
On bade et l’on regarde ; on entre et l’on ressort
De moults magasins sans savoir que la Mort

Est tapie dans un coin, accrochée à un homme
Dont la taille est gonflée par un objet informe,
Un épais ceinturon qu’il veut faire exploser…
Mais sa main d’assassin vient de se pétrifier :

Un tout petit garçon aux noirs cheveux bouclés
Et qui rit aux éclats lui envoie un baiser :
C’est l’un de ses voisins, un pitchoun adorable
Qui bade sur le Cours et ne sait qu’être aimable ;

Un minuscule enfant qui lui tend un morceau
De son goûter à lui, petit bout de gâteau
Juste un peu mâchouillé mais offert de bon coeur.
Le front du meurtrier se couvre de sueur…

La foule va et vient, grouillant d’individus
Menant chacun leur danse et pourtant inconnus :
Le grand bal des vivants au sein de la grand’ville
Palpitant sous le ciel. Des êtres inutiles

Dont un quidam en noir va rayer l’existence…
Mais non ! L’on vient d’apprendre en lisant «  La Provence »
Qu’au fin-fond du maquis, dans un coin isolé,
Un homme maladroit hier s’est fait sauter !

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Je t’aime, Magali décoiffée par le vent,
Une bise d’hiver qui s’emmêle en hurlant
Dans tes longs cheveux roux de vénus provençale.
Car tu es un démon et même le mistral

Ne peut pas résister à ta beauté sauvage.
Nous sommes en décembre, et pourtant un orage
Rugit dans le ciel lourd à la lumière grise.
Ta beauté et ce temps m’affolent et me grisent

Comme un vin trop épais qui m’empâte la bouche.
Je suis désespéré, mais jamais rien ne touche
Ton petit coeur si froid obstinément fermé.
Pourquoi m’as-tu suivi ? La lande est désolée,

Perdue infiniment au fin-fond de l’hiver.
Tragique promenade ! Et ce monde de pierre
Tout alentour de nous ressemble à mon amour…
Mais il est déjà tard. Ce rocher est très lourd,

Que je dois déplacer pour mieux cacher ton corps.
J’ai chaud malgré le froid. Et de tes longs yeux morts
Tu contemples le ciel que tu ne verras plus.
La foudre se déchaîne et fait craquer les nues…

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Ils se sont rencontrés un matin sur la plage ;
Ils se sont regardés, ont souri, se sont plu ;
Et la mer en battant a scandé le début
D’une histoire impossible et d’un très beau voyage…

Elle habite au Prado et lui près des Borels.
Un HLM coquet mais sis… dans le Quinzième !
Il est noir, elle est blonde; ils sont fous et ils s’aiment
D’un amour insensé qui leur donne des ailes

Et leur fait dédaigner toutes les conventions.
On leur a pourtant dit qu’ils auraient des ennuis :
« Voyez donc vos prénoms ! Vraiment pas assortis ! »
Mais ils ont passé outre et paisibles ils vont

Leur si joli chemin de jeunes amoureux.
Il la trouve craquante avec sa peau si claire ;
Elle aime infiniment son sourire solaire
Et ses longs yeux marron. Quant aux siens, ils sont bleus

Comme la mer, là-bas, pas bien loin de chez elle…
Ils sont très différents, mais ils sauront narguer
Les autres, enragés à les voir séparés.
Ils ont même regard pour voir le même ciel.

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Poème illustré par un pastel de :

Mathurin Janssaud
(1857-1940)

www.concarneau-peintres.fr

En l’an 1516, le roi François I°
Fit savoir à Manosq(ue) qu’il y devait passer.
Branle-bas de combat ! Tout bourdonne, on s’agite
Pour la cérémonie, et l’on recherche vite

Quelle est la plus jolie des filles de la ville
Pour présenter ses clés. Qui pourrait…? Les édiles
Pensent à l’unisson à Anne de Voland,
La fille du consul… Le roi en la voyant

La jaugea prestement, la trouvant si gentille
Qu’il pensa pour la nuit la mettre… dans son lit !
Mais la fille était pure, et son intégrité
Poussa son jugement à très vite trouver

Le tour le plus subtil pour échapper au pire :
Au souper, s’excusant avec moults soupirs,
Elle se retira pour aller barbouiller
Son ravissant visage de soufre enflammé ;

Puis elle s’en revint en cachant sa hideur
Sous un long voile noir. Le roi saisi d’horreur
Fit amende honorable et demanda pardon
A Anne devenue un affreux laideron

Par excès de vertu… Voici ce que l’on conte
A Manosque depuis… Histoire prise en compte
Par tous les troubadours. Pas par les historiens !
Car aux contes trop beaux ils ne connaissent rien…

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Marmaduke O’Reily idolâtrait la France :
Voulant s’y installer non loin d’Aix en Provence
Pour pouvoir profiter du soleil du Midi,
Il fit donc son bagage et quitta son pays

Avec ses poissons rouges, son vieux chihuhua,
Ses serins, son hamster… sans oublier son chat :
Un chat au poil de jais et dont le regard d’or
Luisait étrangement : il n’était pas d’accord

Car il désirait fort rester en Angleterre…
Marmaduke ravi trouva que la lumière,
La mer et le soleil, la garrigue et le vent
Etaient tous « marvelous », de même que les gens.

Mais Puck n’appréciait pas… Puis il eut une idée :
Les yeux demi-fermés, il se mit à passer
Sa patte doucement derrière son oreille.
C’était un chat malin : tout marcha à merveille !

Il se mit à pleuvoir sans discontinuer,
Jour après jour, sans cesse… Et l’Anglais déprimé
Se mit à regretter son déménagement,
Sa terre, ses amis et sa vieille maman…

Il refit sa valise et repartit chez lui
Avec son chien, son chat, ses serins … et tutti !
Et chacun ébahi put dès lors constater
Que Puck, dès qu’il pleuvait, ronronnait sans arrêt…

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Poème illustré par un tableau de :

Mad
www.mmlcf.canalblog.com

On est le deux juillet. Paul vient de se lever
Un petit peu plus tard : premier jour des vacances !
Il n’a pas bien dormi car les nuits en Provence
Sont chaudes et cliquettent de frôlis légers.

L’esprit un peu brumeux, il va juste essayer
De ne pas allumer la radio tout de suite
Comme il se l’est promis : il vaut mieux qu’il évite
De savoir comment va son monde détraqué !

Replié sur lui-même et lové tout au fond
De ce petit village aux confins du Midi,
Il va tout oublier, ses soucis, ses ennuis :
N’y surtout pas penser, ne plus tourner en rond

En quête d’un bonheur qui n’est pas fait pour lui !
Dehors tout est soleil ; les cigales criquettent
Sans jamais s’arrêter : existences simplettes
Vouées au seul été pour y donner la vie !

On est bien, il fait chaud et les pins sentent bon,
Comme le romarin, le thym et la lavande
Qui ponctuent de bleu les bois secs et la lande…
Le temps n’existe plus au creux de ce vallon.

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La maison de Manu est sur un belvédère.
On dirait qu’elle flotte, accrochée dans les airs
Par un fil invisible, en surplomb du village ;
Certains disent parfois qu’il n’est vraiment pas sage

De vivre ainsi perché comme un étrange oiseau.
Mais Manu est ainsi ! Il rit, et peut lui chaut
De passer quelquefois pour un original
Qui aurait squatté l’aire d’un aigle royal.

Son chalet est ancré sur un roc en trapèze
Et nul autre que lui n’y serait à son aise.
Mais quand le crépuscule éteint sur La Blachère
Les derniers feux du soir ; quand la douce lumière

Décroît tout doucement en la teintant de roux,
Manu est bienheureux ! Il n’est pas aussi fou
Qu’on pourrait le penser ! Son mas vertigineux
Fait de lui un surhomme et l’émule des dieux…

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Dieu ! Quelle déchéance et qu’il est dramatique
De le voir chaque soir ainsi se déhancher :
Il semble qu’on entend tous ses vieux os craquer !
Pourquoi continue-t-il ? Et n’est-ce pas tragique

De voir cette vedette adulée du public
Continuer ainsi sans souci de son âge ?
Il a certainement un énorme courage
Mais il devrait comprendre qu’il est pathétique !

Ce soir il chante à Trets et quelques fans sont là,
Vieux gamins comme lui refusant de vieillir.
Ils sont une poignée venus pour l’accueillir
A l’arrêt de son car. Après quelques « hourrah »,

On le mène en chantant à la Salle des Fêtes.
Ils l’adorent, vraiment ! Et le chanteur accepte
D’être encor leur idole… Une chanson inepte :
Il se veut immortel mais sa gloire est surfaite.

Il pourrait s’arrêter, accepter son déclin
Et profiter enfin de ses derniers beaux jours.
Mais il croit être jeune et il courra toujours
Derrière ce qu’il pense être son seul destin.

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Pitchounets qui braillez, je vais donc vous quitter
Tout au long de l’été ! Et vive les vacances
Tout autant pour le prof que pour les marmousets !
Ah ! Pouvoir profiter de ma chère Provence

Sans avoir tout le temps à vous crier dessus !
Ne plus penser à vous pendant ces deux longs mois !
Ne plus devoir parler en élevant la voix !
Je vais enfin pouvoir recharger mes accus…

Petits monstres haïs, adieu jusqu’en septembre !
Finis tous ces cahiers corrigés chaque soir
Avec rage, stupeur et même désespoir !
Vos fautes d’orthographe peuvent bien attendre…

Ce dernier jour d’école est l’un des plus jolis
D’une année où j’essaie d’avoir l’air attentive
A vos petits malheurs. Allez ! Partez ! Et vive
Ces jours bien mérités : mes vacances chéries !

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Poème illustré par un tableau de :

Martine Tron-Marchal
www.saudade.unblog.fr

Sur le visage clair du bébé blond qui dort
Est posé un sourire. Un rayon de soleil
Joue sur son front bien lisse en le tachetant d’or ;
Ses cheveux si légers ont des reflets vermeils.

Le sourire frémit comme un gai papillon
Sur la bouche entr’ouverte où quatre dents de lait
Viennent juste de poindre. Un sourire-ludion
Qui s’envole soudain pour aller se poser

Un peu plus loin, là-bas, sur un nounours obèse ;
Sourire baladeur ne songeant qu’à jouer !
Un sourire-dessert, un sourire à la fraise
Parfumé au yaourt que Lou vient de manger.

Le sourire repart, voltigeant dans la chambre
Comme un spot lumineux égayant chaque chose.
Dehors, c’est la froideur du jardin de novembre
Où le mistral impie tue les dernières roses…

Mais le joli sourire en a vraiment assez
Car il est fatigué par sa folle balade :
Réintégrant la bouche il revient l’éclairer
De son joli mystère en forme d’escapade…

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Poème illustré par un tableau de :

Edgar Degas
(1834-1917)

Mon Dieu, quelle douleur ! Qu’elle est dure la vie
De cette pauvre femme assise sur un banc
Du square Borély ; seuls quatre garnements
Y jouent malgré le froid en poussant de grands cris.

Son regard creux est vide et ses traits sont rongés
Par tous ces jours passés à errer dans les rues.
Elle est vieille, elle est seule ; elle n’est guère plus
Qu’un corps mou ballotté au gré de la pitié.

Marseille est fort morose en cet hiver précoce
Qui la rend toute grise et inhospitalière ;
Le mistral accentue le froid et ses misères.
La femme n’en peut plus de cette vie atroce !

Un peu plus loin la plage et la mer qui oscille…
Elle se lève enfin, avec autour du cou
Un vieux sac en faux cuir qu’elle traîne partout.
Elle est un peu courbée et son pas lourd vacille.

Elle est entrée dans l’eau qui clapotait. Touchée,
La Méditerranée l’a bercée un moment
Avant de l’emporter au loin vers le Couchant.
Sur la plage un soulier et un sac effrangé…

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