Archives de catégorie : Les gens

Les deux vieux

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Poème illustré par :

Daniel Sannier
http://www.danielsannier.com/

Il était une fois, planté dans la garrigue,
Un mas tout de guingois sous les assauts du vent.
Un vieux mas si chenu, là depuis si longtemps,
Que ses murs, tels des gens courbés par la fatigue,

S’étaient pas mal voûtés, semblant pleurer misère.
Y vivaient deux bons vieux, deux bonnes vieilles gens
Qui semblaient oubliés par la fuite du Temps
Et qui devaient tous deux être au moins centenaires.

Deux vieux aussi ténus qu’une fine dentelle,
Usés par les années, petits êtres menus
Qui ne pesaient plus rien et qu’on ne voyait plus…
Etaient-ils détenteurs d’une vie immortelle ?

Tout le monde y croyait. Mais un beau jour d’automne,
Le vent passant par là les vit dans le jardin,
Frêles et délicats! Comme il était taquin,
Il les fit s’envoler d’une aile polissonne

Pour leur fair(e) faire un tour au-dessus de la Terre !
Mais tout à l’opposé de ce qu’il aurait cru,
Ils en furent ravis, et ne voulurent plus
S’en retourner chez eux. Au fond fort débonnaire,

Le vent les porta donc au Royaume céleste.
Le vieux mas resta seul. Peu à peu le maquis
Envahit plus encor ses vieux murs décatis ;
Et longtemps à Alleins l’on se conta la geste

Des deux vieux arrachés à leur vie amoindrie.
Le vieux mas disparut sous la végétation
Jusqu’à ce que se pose une étrange question :
Pourquoi la lande ici était-elle fleurie ?

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Feu d’enfer

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L’on vient de rallumer dans l’âtre un feu d’enfer :
Il faut bien accepter le retour de l’hiver,
Ses soucis saisonniers et leurs inconvénients !
Cependant si novembre est pas mal contrariant,

Pour mieux le survoler nous avons malgré tout
Moultes petites joies : après-midis très doux
Au creux d’un bon fauteuil à regarder les flammes,
Laisser aller complet bien loin de tous ces drames

Qui rugissent dehors. Le ciel y est si noir
Qu’à midi l’on dirait qu’est survenu le soir.
Et pour imaginer que l’existence est belle,
Nous tentons de ne plus écouter les Nouvelles !

L’horloge tique et taque en dépeçant le Temps.
Il fait tiède, il fait bon. Oh, presque tout autant
Qu’il y a quelques mois ! Le bonheur qui ronronne
S’est installé chez nous. La bouilloire chantonne…

On est bien, il fait chaud. Le malheur est bien loin…
Mais quel est donc ce bruit dehors sur le chemin ?
Des gens dépenaillés et à l’allure étrange
Dont l’allure accablée nous stresse et nous dérange

Viennent de s’arrêter juste devant la porte.
Que nous veulent-ils donc ? Le diable les emporte,
Les remmène chez eux ! Qu’ils restent en enfer
Et subissent ailleurs les tourments de l’hiver…

Tiens, l’on n’entend plus rien… Alors on se regarde…
Sais-tu que d’ici peu, si l’on n’y prend point garde,
Notre cœur endurci s’en va se dessécher ?
Il faut les rappeler et aller les chercher…

Mais ils sont repartis, rivés à leur misère,
Pour divaguer sans fin tout autour de la Terre.
Nous, nous n’avons rien fait… Désormais peu nous chaud
Qu’il fasse bon chez nous et qu’on y soit au chaud !

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De lui à elle

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Il aime modeler son corps entre ses mains
Et sculpter sous ses doigts ses formes généreuses ;
Sentir s’épanouir la plénitude heureuse
De son désir ardent! Et jusqu’au lendemain

Se lover tout contre elle ; hérisser de caresses
Et de baisers fiévreux la douceur de sa peau ;
Ne pouvoir résister à ses brûlants appeaux
Et transmettre à son corps son trop plein de tendresse.

Il aime son ivresse, il aime son ardeur.
Chaleur contre chaleur de leurs peaux si sensibles
Quand elles sont unies ! Joie irrépréhensible
Qui le fait haleter en lui vrillant le cœur…

Il aime sa passion, il aime qu’elle l’aime
En se laissant aller à tous ces gestes fous
Que suscite l’amour. Puis ces instants si doux
Où, revenant à eux et de nouveau eux-mêmes,

Il se retrouvent seuls, corps tout enchevêtrés.
Il aime infiniment ces moments de tendresse
Où, passion oubliée, étreintes et caresses
Ne sont plus qu’harmonie, tout désir apaisé.

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Chant d’amour

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Mon ami , cher amour, oh ! ma tendre aventure
Advenue par hasard quand je n’attendais rien,
Que serais-je sans toi ? Sans le fervent soutien
De ta main me guidant vers d’autres conjonctures
Qu’une vie où stagnait un bien fade destin ?
Mon Hasard, mon ami, oh ! mon ultime chance,
Qui as fait rejaillir la dernière espérance
D’un Futur ranimé, tu t’en vins un matin
Où le ciel était triste et l’aube bien trop grise.
Tu as illuminé tel un rai de soleil
Ces heures qui passaient et ces jours tout pareils
A des plaines frôlées par une morne brise.
En homme impétueux, tu as su réveiller
Le long cours envasé d’un fleuve trop tranquille
Allant beaucoup trop droit au cœur de la grand’ville.
Une vie silencieuse ayant tout oublié…

Tu fus comme un grand vent, un porteur de tempêtes
Ravivant en tornade impatience et passion,
Tendresse exacerbée fourmillant d’émotions
Et d’un tourneboulis qui me vrille la tête.

Mon frère, mon ami, tu es le seul amant
Qui aies jamais marqué d’un sceau inimitable
Ma vie de tout repos et même un peu minable :
Je te suis attachée comme fer à l’aimant.

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Allégorie

Si parfaite est sa peau qu’une pêche au jardin
S’en est plainte au soleil tant elle est veloutée.
Son charme est une drogue, aimée et redoutée
Des nombreux prétendants à l’esprit libertin

Qui rôdent autour d’elle. Ambrée comme un verger
Fleurant bon les fruits mûrs, sa beauté ensoleille
Ses draps frais repassés, et chacun s’émerveille
De ces yeux indigo sachant si bien piéger

L’amoureux décidé à boire ses baisers.
Son charme est dangereux, mais elle est si aimable
Qu’elle sait à jamais se rendre inoubliable.
Comme un vin dangereux, elle peut vous griser

Et vous rendre insensé ! Peau exquise à goûter,
Moelleuse comme un fruit dont la fraîche saveur
Fond tout doux sous la langue… Incroyable ferveur
Des hommes prêts à tout pour pouvoir affronter

La belle redoutée, dont la beauté altière
Donne à tous ses amants l’impression de tomber
Dans un piège mortel, qu’ils feignent d’ignorer
En croyant la dompter. Mais c’est une sorcière

Dont le cœur est glacé, et aucune raison
Ne pourra résister à son âme rebelle.
Elle sourit toujours, somptueusement belle,
Et son nom est étrange : on l’appelle Passion.

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L’attente

Bien que passe le temps, elle attend qu’il revienne
Et se languit de lui. Le feuillage a jauni
Sur le micocoulier depuis qu’il est parti ;
L’arbre semble anémié… La douloureuse antienne

D’une chanson d’amour lui taraude le cœur :
Celle qu’il lui chantait pour la faire sourire.
Il faudrait l’oublier, mais son âme soupire,
Même si par pudeur elle feint la froideur.

L’arbre est un peu penché, vrillé par la vieillesse.
Novembre le dévêt de son feuillage roux,
Le laissant désarmé face à l’âpre courroux
Du mistral qui s’en fout… Brisée par la détresse,

Elle attend que revienne avant un morne hiver
Celui qui est parti quand était encor belle
La campagne alentour, et dont la ritournelle
Fleurissait le jardin toujours jaspé de vert.

Parfois le vent faiblit, et il lui semble entendre
Le chant de son amant tout au bout du chemin.
Mais c’est une illusion. Pas un seul être humain
Qui songe encor à elle ! Elle ne sait qu’attendre

L’homme au rire sonnant et aux belles chansons
Qui savait oublier combien elle était vieille.
Comme l’arbre tordu, ou la vétuste treille
Fermement agrippée aux murs de sa maison…

Il ne reviendra plus. Il fait froid, c’est l’automne,
Et l’arbre est dépouillé de son feuillage noir.
Elle clôt ses volets pour ne plus l’entrevoir,
Comme le ciel souillé de mouchetures jaunes…

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La résistante

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La mer berce Marseille, et le port affalé
Sous le soleil ardent, fourbu, se laisse aller.
L’air est si suffocant que la ville soupire
Tant elle est harassée. Une fleur qui transpire

Son haleine embaumée au cœur bleu d’un jardin
Penche vers le sol dur son cœur incarnadin,
Soudainement fanée par l’étuve étouffante
Qui engourdit les rues. L’atmosphère pesante

Accablant le Vieux Port l’a quasi endormi.
Les pointus* dodeline(nt) sur le clapotis gris,
Et leurs mâts oscillant à un rythme hypnotique
Griffent le ciel saphir d’un fin réseau graphique.

Marseille est assoupi. Il fait chaud, bien trop chaud,
Quand soudain, branle-bas ! L’avenue du Prado
Se met à résonner d’un surprenant tapage,
Tout aussi inouï que l’est un beau mirage :

Marchant en sautillant, c’est une fille en fleur
Qui va telle une eau vive ignorant la chaleur,
Qui paraît ignorer la touffeur accablante,
Dont le pas fait vibrer la chaussée somnolente.

Son teint si délicat, indemne de sueur,
Est semblable à la soie. Son exquise fraîcheur
N’est absolument pas sensible à cette étuve
Coagulant la mer, dont les moites effluves

Empèguent l’air brûlant. La belle marche au pas,
Au rythme cadencé d’un bon petit soldat
Sur lequel l’ennemi n’aurait aucune prise.
L’on dirait même bien que la chaleur la grise…

Elle avance gaiement, en fille du Midi
Narguant allégrement le soleil qui rugit.
Il fait chaud, bien trop chaud… Mais la belle trottine,
Effrontément nimbée de lumière argentine.

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La lune élimée

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Point d’étoiles ce soir. Le ciel
N’est éclairé que par la Lune
Dont les rayons comme du miel
Ruissellent au long des rues brunes.

Toute nimbée d’un orbe d’or,
Mais point intégralement ronde,
Elle est élimée sur un bord !
Inclinant sa figure blonde

Sur Marseille tout alangui,
Elle luit anémiée et terne,
Et ses rais lapis-lazuli
Baignent la ville qui hiberne.

La nuit est ponctuée de chats
Posés sur les toits roux qui penchent,
Et leur silhouette incarnat
Rompt le flot de lumière blanche

Qui coule de l’astre amputé.
La Lune usée est bien moins belle
Qu’en sa rondeur! Sa vénusté
Ne tient donc qu’à une lamelle ?

Toujours est-il que tristement
Elle s’est penché sur Marseille
D’où la contemplent deux amants
Que l’heure tardive ensommeille,

Mais qui s’émerveillent, radieux :
N’est-elle point cette planète
Qui encense du haut des cieux
Leur si délicieuse fleurette ?

En les voyant main dans la main,
Doigts enlacés, levant la tête,
La Lune se dit que demain,
Sa symétrie sera parfaite

Et qu’elle leur plaira vraiment.
Mais peu leur chaut ! Entichés d’elle,
Ils n’entendent point son tourment,
En amis fervents et fidèles ;

Car la Lune est belle pour eux ;
Elle est le témoin de leur flamme,
De leurs doux ébats amoureux,
Et elle enlumine leur âme…

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Trois perles de cristal…

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Il y a sur son front trois perles de cristal
Qui roulent lentement. Commence-t-elle à fondre ?
Ne va-t-on retrouver de la belle Chantal
Qu’une flaque dorée qui s’en va se confondre

Avec les vagues bleues s’abattant sur la plage ?
Il fait tellement lourd que même au bord de l’eau
Elle espère ardemment le gigantesque orage
Rafraîchissant soudain un temps beaucoup trop chaud.

Car Chantal n’en peut plus et vit dans le Midi,
Depuis la mi-juillet, un été effroyable.
Tout huilé de sueur, son épiderme luit :
Il n’est plus une peau satinée, désirable,

Préparée pour l’amour, faite pour les caresses,
Semblable à un velours aux chauds reflets ambrés,
Mais un étui suant qu’agresse avec rudesse
Ce soleil carnassier indûment adoré.

Il fait vraiment trop chaud ! Nul n’y résiste plus,
Même les abonnés des plages de Marseille,
Qui y passent leur temps et qui y vivent nus
A longueur de journée ! Cet été les effraye ;

Il est trop agressif depuis quelques années…
Il faut partir ailleurs. Chantal se lève enfin
Pour fuir le bord de mer, rouge et congestionnée.
Le sable de la plage est divinement fin…

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Double visage

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Comme Eva, le Cousson a un double visage :
Un versant est doré, abreuvé de soleil
Dès le petit matin. Des mélèzes fort sages
S’y accrochent tout droit sous les rayons vermeils,

Alignés au cordeau en un ordre sévère,
Leur cime bien pointue saupoudrée à l’or fin.
Ruisselant de clarté, scintillant de lumière,
La montagne est dorée ; son adret est enfin

Délivré des frimas, de leur pénombre brune
Et tout éclaboussé par le ciel bleu de mai.
Il est encor plus beau quand un croissant de lune
S’accroche par sa corne au surplomb du sommet.

L’ubac est ténébreux. Comme Eva qui s’éveille,
Déjà désenchantée malgré le grand beau temps !
Tout aussi morne qu’elle, l’ombre qui l’ensommeille
Et qui le refroidit y freine le printemps…

Elle est souvent ainsi ; mais peut être joyeuse
Quand son rire en cascade anime la maison :
D’humeur gaie, enjouée, si drôle et lumineuse,
Puis soudain déprimée sans aucune raison.

Un côté rayonnant et une face sombre…
Comme Eva la montagne est double, infiniment.
Une part de lumière et une zone d’ombre :
Aimer les deux versants ? Le sort de son amant…

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Comme un coeur en octobre…

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Parfois mon coeur est triste : on dirait que l’automne
Y grave obstinément l’empreinte monotone
D’un sinistre refrain, tout aussi cafardeux
Que ce lourd ciel d’octobre épais et orageux

Pesamment affalé sur toute la Provence.
Il murmure tout doux sa plaintive romance
Toute en mélancolie. Sans trop savoir pourquoi,
Il craint de s’exposer à un je-ne-sais-quoi

Qui pourrait l’émouvoir, et la morne saison
L’émeut obscurément sans aucune raison.
Pourquoi ce désarroi, cette impression morbide
Qu’il faudrait quelquefois être un peu plus lucide ?

Ma vie est pourtant douce et je me sens aimée ;
Mais mon âme insatiable est parfois affamée,
Comme folle au logis, de trop grandes passions,
De folie et d’écarts, d’un désir d’évasion…

Cette triste chanson ressemble à un fado,
Lugubre mélopée pesant telle un fardeau
Sur celui qui vieillit et qui porte sa vie
Comme un faix bien trop lourd et sans plus trop d’envies.

C’est la triste chanson des étés qui se meurent.
Oh, je sais que le Temps bien après nous demeure,
Que nous ne sommes rien au long fil des saisons,
Que mon esprit parfois frôle la déraison

S’il pense voir un jour renaître sa jouvence.
Il pleut à petits flocs sur toute la Provence…

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Le long cours d’une vie

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A Denis

Derrière lui sinue un long fleuve agité,
Le torrent d’une vie aux multiples méandres :
Au début ru stagnant, étouffant – à se pendre !
A fuir absolument pour vivre ; et résister

En décampant ailleurs… Puis un cours déchaîné
Qui se calma parfois, de pacifiques îles
Où le flot de sa vie coulait calme et tranquille
L’alentissant soudain pour un peu l’ordonner…

Et un nouveau départ, la violence de l’eau
Le remportant bien loin de ces ports si paisibles
Dans de frêles esquifs toujours indestructibles
L’emmenant autre part, et parfois à vau-l’eau…

Il lui faut maintenant peindre les tourbillons
De ce flux bouillonnant hérissé d’aventures !
Il doit nous les conter, sous peine de rupture
Avec tout ce qu’il fut, bien que tous nous craignions

Qu’il n’éprouve soudain un amour-propre vain
En n’osant mettre à nu les remous de sa vie !
Il faudra l’obliger à en avoir envie
Si nous ne voulons point perdre un grand écrivain…

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Lucidité

Un bourgeois

Poème illustré par un dessin de :

Honoré Daumier
(1808-1879)

Après l’avoir aimé, je l’avais oublié,
Bien qu’un probable amour nous ait un jour liés ;
Mais quelle déception dès que je l’ai revu :
Cette grosse bedaine et cet énorme cul

Bridés par des habits à la dégaine informe ;
Ce teint couperosé, le débit uniforme
D’une voix de pédant qui n’avait rien à dire !
Je n’aurais jamais pu me représenter pire…

Comment imaginer que ce pauvre pantin
Ait pu me laisser croire en un autre destin ?
Pourquoi donc autrefois m’être mise à penser
Qu’on pourrait ébaucher des projets insensés

Et même aventureux avec ce mec minable,
Tellement sûr de lui, se croyant désirable
Malgré le peu d’attraits qu’il représenterait ?
Concentré en un homme, oui, tout ce que je hais…

Cela m’a bien fait rire ! Comment avais-je pu
Voir un Prince Charmant en ce type repu
Empli de fatuité ? J’ai remercié le Ciel
De m’avoir ramenée vers un monde réel

Et de m’avoir montré son exacte nature.
Pour bien vite oublier cette déconfiture,
J’ai vite fui très loin, me moquant de moi-même :
Il faut faire attention si l’on vous dit :  » Je t’aime » !

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Souhaits

mains

Si nous pouvions enfin mieux écouter les autres,
Porter plus d’attention à leurs maux, leurs ennuis,
En nous souciant bien plus de ce qu’ils nous ont dit…
Sans paraître endosser l’habit du bon apôtre,

Leur montrer qu’on les aime et qu’on les apprécie ?
Si nous nous efforcions de laisser notre cœur
Se tourner vers autrui – indicible douceur !
Pour montrer qu’on est là, et qu’est enfin finie

L’énorme solitude où s’abîme sa vie ?
Si nous faisions un geste : un câlin, un baiser,
En prenant dans nos bras cet intrus étranger
Seul au bord du chemin, et dont la seule envie

Est de pouvoir enfin s’arrêter et se dire
Qu’il est malgré ses maux vraiment un être humain
Qu’aiment d’autres Humains ? Si lui tendre la main
Pouvait le rassurer, lui éviter le pire ?

Ce n’est pourtant pas dur de former une chaîne
En nous tenant les mains pour mieux nous apprécier !
Et si nous l’écoutions, l’autre, le Charpentier ?
Si à force d’amour nous détruisions la haine ?

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Délivrance

ashraf-20fayyaAshraf Fayad

Ratatiné au fond d’une petite boîte,
Il y a un poète. On l’y a enfermé
Car il était gênant ; ces poèmes germés
Dans son cerveau subtil, une doctrine étroite

N’a pu les accepter : trop libres pour des cons…
Lui, c’est un insoumis qui persiste à penser
Qu’on ne peut l’asservir, qu’on ne peut le tancer
Pour le changer enfin en un être infécond !

Tout recroquevillé dans sa cage étriquée,
Il n’en souffre pas trop, empli de tous ces mots
Qui lui font oublier la douleur et les maux
Infligés par des fous à l’âme intoxiquée

Par un credo obtus… Ils devraient se méfier :
Du cerveau du poète, toute une arborescence
De sublimes pensées à l’énorme puissance
Jaillit comme un buisson, qui va faire craquer

Les barreaux de sa cage… Et bientôt c’est sa geôle,
Puis la ville alentour, enfin tout le pays
Que son message en vers abat à l’infini…
Le poète est vainqueur malgré la camisole

Dont on l’a affublé. Et même s’il en meurt,
C’est lui qui a gagné du fond de sa prison.
Petit homme fragile, il avait donc raison ;
La force de ses mots l’a couronné de fleurs…

*Dédié à Ashraf Fayad, poète, condamné à mort par l’Arabie saoudite pour « apostasie »

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