Archives pour la catégorie “Les gens”

Content de rien, lassé de tout,
Il en a assez de l’été ;
Il se sent faible et harassé
Par ce climat qui le rend fou

Et aspire à un peu de brume
Qui estomperait l’horizon ;
De la fraîcheur dans la maison,
Surtout au moment où s’allument

Les premières lueurs du soir !
Il en a assez du soleil
Et de sa faconde vermeille ;
Besoin de froid, besoin de noir,

Besoin d’un ciel un peu plus gris !
Etre un peu moins dépaysé
Et apprendre à mieux supporter
D’être aussi loin de son Nancy !

Il regrette les forêts sombres
Que l’automne s’en vient dorer
Dès les derniers jours de l’été.
Leur feuillage épais, leur pénombre…

Il voudrait bien rentrer chez lui
Avec la pluie et son ciel bas…
Oh ! Il était si bien là-bas…
Non ! il n’aime pas le Midi.

Comments Pas de commentaire »

Félix Valotton
(1865-1925)

Elle est sculpturale et gainée
Dans un superbe maillot blanc :
Une statue tout embrasée
Par l’éclat du soleil couchant

Et qui se baigne chaque soir
A la même heure au Roucas Blanc.
Chacun se réjouit de voir
Plonger son corps souple et puissant

Qui s’enfonce au fil bleu de l’eau,
Parmi les algues qui ondoient
Et frôlent doucement sa peau
Couleur de miel, trame de soie.

Quand elle sort, elle ruisselle
De nacre blonde et d’eau cuivrée
Qui roule, scintille et emperle
Son corps potelé, mais parfait.

Même si elle est un fantasme
Pour d’innombrables Marseillais,
Elle n’essuie aucun sarcasme
Et nul n’ose aucun quolibet

Envers cette naïade blonde,
Toute harmonie et vénusté,
Sortant illuminée de l’onde.
Car on respecte la Beauté…

Comments Pas de commentaire »

Aldo Villa
www.celiabguedj.com

Elle était si jolie, ma grand’mère d’antan !
Mais s’est enfuie sa vie , effacée par le Temps
Qui détruit toute chose en passant d’un coup d’aile.
Ma grand’mère n’est plus et ne reste plus d’elle

Qu’un portrait triomphant sur le mur du salon.
Elle était si jolie ! Son doux visage oblong
A la peau transparente était celui d’un ange
Egaré parmi nous ! Et combien est étrange

Qu’il n’en subsiste plus que quelques ossements
Mêlés au souvenir de ses quelques amants.
Délicate et menue, rongée par la poussière,
Délitée au soleil d’un très vieux cimetière…

Peut-être est-elle ailleurs ? Autre réalité,
Accueillie pour toujours dans une Eternité
Où la beauté humaine est vraiment accessoire ?
Joliesse et fraîcheur, tellement dérisoires…

Comments Pas de commentaire »

Colette Lamarque
www.encadreurdart.com/colette_lamarque.htm

Il a du soleil dans les doigts,
De la lumière qui ravaude,
Qui réchauffe et qui raccommode
Tous les perclus, les « de guingois ».

Réparateur des gens cassés,
Des ratés et des mal-aimés
Qui sont éclopés par la vie,
Il malaxe, il masse et pétrit

Les dos cassés, les coeurs tout gris,
Du petit matin à la nuit.
Un grand vieillard – ange peut-être ?
Et dispensateur de bien-être

Qui vit non loin de La Brillanne
Dans un coin perdu de montagne
Où galopent ses quelques chèvres.
Il soigne les maux et les fièvres

Avec des herbes frais cueillies
Tôt le matin au saut du lit.
Le soleil fait briller ses yeux
Chauds et pétillants, et si bleus

Qu’ils rafistolent corps et coeurs.
Un distributeur de bonheur,
Que ce vieillard tout rayonnant
Aux mains d’or et aux doigts d’argent !

Comments Pas de commentaire »

Martine Tron
www.mm-saudade.com

C’est en plein coeur de la montagne
Qu’elle vit, là-haut, au fronton
De grands rochers ; et Sisteron
N’est pas bien loin de sa campagne.

Au bout de ses doigts ? Des pinceaux !
De l’or en coule, et des couleurs
A vous faire battre le coeur
Tant en palpitent ses tableaux !

Vie et beauté, talent, amour !
Elle aime les gens, la nature
Qu’elle sillonne à l’aventure
Avec ses ânes de velours

Et ses chiens aux abois rieurs.
Elle recherche l’Absolu.
Et s’est enfin résolue
A le trouver, de tout son coeur !

Au fin-fond de Haute Provence,
Elle peint, et ses doigts de fée
Créent paysages et portraits
Avec une aptitude immense.

Mais pas seulement ! Car son âme
Profonde et si fraîche apparaît
Sur ses toiles où transparaît
Un peu d’ombre cernée de flammes…

Comments Un commentaire »

www.shalyka.skynetblogs.be

Assis sur un muret, un petit monsieur rêve :
Immobile et plongé dans un songe éveillé,
Il est un peu bizarre. Le regard hébété,
Il rumine son mal ; sa souffrance est sans trêve.

Il a tourné le dos à sa vieille maison.
A quoi bon maintenant ? Et à quoi faire face
Puisqu’il a tout perdu ? Il pense et il ressasse
Depuis hier au soir à perdre la raison.

Des hommes sont venus et ils ont emporté
Sa femme Adélaïde. Elle était près de lui
Quand le flot gigantesque et furieux de la pluie
A forcé le garage où elle s’est noyée.

Et il n’a rien pu faire ! Et il ne reste rien
De sa modeste vie de petit retraité,
De tous les souvenirs de son si long passé !
Il souhaite la mort, le néant, leur soutien !

Depuis cent cinquante ans on n’avait jamais vu
Pareille inondation. Il y eut le barrage
Qui craqua autrefois… Mais cet énorme orage ?
Maintenant il fait calme ; il bruine sur Fréjus

Et le petit monsieur frissonne tout trempé,
Quand un ami navré pose sur ses épaules
Un plaid épais et chaud. En pleurant le vieux Paul
A saisi la main tiède et s’y est accroché.

Comments Pas de commentaire »

Jean Rajaud
http://lepeintre71.e-monsite.com 

Adossé à la pente, un chalet au toit gris
Est enfoui parmi de hautes herbes folles
Qui y ont accroché comme des girandoles.
C’est un endroit désert niché dans les taillis,

Où nul ne vient jamais et où l’on n’entend rien
Que la musique bleue de la brise d’été.
Une combe enchantée ! N’y vivent que les fées
Auxquelles croient encor quelques vieux de Peipin.

Seul un très vieux chemin raboteux, cahoteux,
Y amène parfois un berger du village.
C’est un homme chenu, cabossé et sans âge,
Et sans doute le seul qui n’est pas oublieux

De cet endroit magique non loin de la forêt.
Ce qu’il vient y chercher ? La paix et le silence,
Qu’il ne sait plus trouver en-bas et dont il pense
Que c’est ici qu’ils sont, au creux du vieux chalet.

Il s’asseoit sur le seuil et face aux grands monts bleus,
Il oublie lentement qu’il existe un ailleurs.
L’air qu’il boit goulûment sent le bois et les fleurs,
Et la sérénité l’envahit peu à peu.

Comments Pas de commentaire »

Malcolm S.Tucker

Il adore les chiens qui le lui rendent bien.
Ils ont pourtant le droit de lui tenir rigueur
Des ciseaux, du sent-bon, du souffleur, du shampoing…
Même un corniaud bâtard y perdrait son honneur !

Mais il les aime tant que les bêtes le savent,
Acceptant tout de lui, la queue entre les pattes :
Il a l’air si heureux d’être ainsi leur esclave
Qu’elles supportent tout ; et leur patience épate

Leur maître époustouflé par tant de savoir-faire…
Un sacré toiletteur, le meilleur du village
Et qui donc devrait fair(e) de meilleures affaires,
Car c’est un type bien, très discret et fort sage !

Mais l’homme a un secret : ce que chacun ignore,
C’est que les nuits d’été Rémy D. se régale
A courir la garrigue alors que chacun dort
Pour s’en aller au bois toiletter les cigales !

Les grenouilles aussi, et puis les papillons ;
Les pies et les corbeaux, les mésanges, les geais…
Parfois un sanglier qui pique un roupillon
Et qui grogne un bon coup d’être ainsi réveillé…

Pour Rémy Dumas,
De la part de Cobalt, Bambou, Nestor et Mimi…

Comments Pas de commentaire »

D.Lebas

Mon Dieu, quelle douleur ! Mais quel bonheur aussi
D’ainsi se souvenir de ces amours anciennes
Embuées de regrets qui vont et puis qui viennent
Et que le temps qui passe a un peu adoucis !

C’était au temps précieux des premières amours
Au bord bleu de la mer. A Sanary peut-être ?
En cet âge si tendre où l’été semblait être
Eternellement lent, fait pour durer toujours.

Nous dansions chaque soir et nous étions si beaux
Que tout autour de nous les autres se taisaient
Tant était magnifique ce couple parfait
Que nous formions alors : immuable duo !

Mais la mort était là qui nous a séparés…
Mon Dieu, quelle douleur et que la vie est longue !
La mer n’a pas changé ; l’horizon est oblongue
Où plonge lentement le soleil orangé…

Comments Pas de commentaire »

Philippe Calabro
www.calabro.canalblog.com

Chaque jour elle fait ses courses
A petits pas précautionneux ;
Son cabas au bras et sa bourse
Bien camouflée, serrée au creux

De son soutien-gorge ; elle a peur
Qu’on lui vole ses quelques sous
Car même à Bandol la terreur
D’être attaqué a fait son trou !

Elle ne se reconnaît plus,
N’a plus de formes ni de taille :
Gris bibendum un peu joufflu
Qui continue vaille que vaille

Et qui ne se souvient plus guère
Du temps lointain de sa jeunesse,
Peut-être pendant l’autre guerre…
Oh ! Mais c’est là que le bât blesse :

Pourquoi fut-elle si jolie
Quand les Temps ne s’y prêtaient pas ?
Et maintenant que c’est fini,
Elle avance à tout petits pas,

Une canne en main, vacillante.
Mais tant qu’elle pourra sortir
Qu’elle se sait encor vaillante,
Elle ne pourra pas mourir…

Comments Pas de commentaire »

Ür
www.thefamousfrenchartist.com

J’ignorais être aussi novice
Mais l’effort est trop gigantesque !
Il se pourrait que je ne puisse
Tenir dans cet enfer dantesque !

Je n’en peux plus, mes muscles tirent
Tétanisés par la douleur…
Comment peut-on autant souffrir ?
Et pour rien, juste pour l’honneur ?

Quel geste fou m’a fait signer ?
Depuis des mois je cours, je cours…
Quand sera-ce enfin terminé ?
Je m’entraînais au fil des jours

Pour être l’un des tout-derniers !
Voici enfin le Quai du Port…
Oh ! Ne surtout pas m’effondrer
Alors qu’en moi un crabe mord

Mon coeur qui va cesser de battre !
Encor un peu… Est-ce fini ?
Oui ! Ne pas me laisser abattre
Par cette douleur infinie !

Plus que quelques mètres d’horreur !
Mes meilleurs amis applaudissent
Mon exploit si dur que j’en pleure.
C’est le terme de mon supplice…

Comments Pas de commentaire »

www.bip-art.blogs.com

O putain ! Quel foutoir ! Un grand embouteillage
Stoppe le flot d’autos coulant du Nord au Sud !
Il fait chaud, l’on se traîne, et c’est vraiment dommage
D’être partis si tard : c’est la faute à Gertrude !

O putain ! L’accident… On en a pour des heures…
Et le bébé qui pleure au fond de son couffin !
Et Jean qui veut pisser ! On ira tout à l’heure,
On ne peut s’arrêter… Mais le voici qui geint,

Disant qu’il en a marre et qu’il voudrait rentrer,
Qu’on est mieux à Paris avec tous les copains.
Seigneur, retenez-moi car je vais le tuer !
Quand on voit ce que coûte un séjour aux Grands Pins !

Il fait chaud… et j’ai soif… et il n’y a plus d’eau.
C’est vrai qu’on était bien ce matin à Paris !
Putain, voici les flics : faisons donc le gros dos
Car je n’ai plus de points et c’est moi qui conduis…

Comments Pas de commentaire »

Goyo-Dominguez
www.artnet.fr

Non loin de la Major vivent trois jeunes filles,
Trois soeurs telles des fleurs et qui sont si jolies
Que même le soleil en est fou amoureux.
L’on en dit à Marseille que sera bienheureux

Qui les épousera tant elles sont parfaites.
Rousses toutes les trois et la tête bien faite :
On dirait trois Printemps sages et raisonnables ;
En sus de leur beauté elles sont fort aimables

Et vous laissent pantois dès que vous les voyez.
Nul ne saurait donc dire quelle est sa préférée !
Mais c’est là que le bât blesse et leur fait du tort
Car comment donc choisir ? Il faudrait être fort

Pour ne pas hésiter devant tant de beauté,
De grâce et de douceur par trois multipliées !
Aussi les demoiselles sont-elles solitaires
Et malgré leurs vertus toujours célibataires !

Comments Pas de commentaire »

Claude Feuillet
http://www.claudefeuillet.com

A Aix, et à Marseille, et en bien d’autres villes,
Ils sont des milliers de jeunes angoissés
Qui viennent de subir ce qu’ils croient inutile :
Ce Bac si nécessaire et si dur à passer !

Faisant les fanfarons, ils n’en mènent pas large
Et manient l’ironie, se moquant en riant
Du premier passeport pour monter sur la barge
Qui va les amener sur la rive des Grands.

Ils attendent patients ou perturbés, selon
Leur nature profonde et leur confiance en eux.
Ont-ils bien su répondre ? Etaient-ils nuls ou bons ?
Ont-ils bien expliqué que 1+1 font deux ?

Ils sont là, bras ballants, ayant l’air de bader,
Mais leur coeur défaillant bat très fort la chamade.
Bientôt les résultats qu’il faudra regarder
Sans perdre contenance auprès des camarades !

Comments Pas de commentaire »

Philippe Calabro
www.calabro.canalblog.com

Son grand mas est perché en haut d’une colline
Au coeur de la garrigue où seuls quelques moutons
Donnent signe de vie. Et peu de gens devinent
Qu’il y a un Humain dans la vieille maison.

Il aurait bien aimé trouver une compagne :
Le sort n’a pas voulu, il est vraiment très seul
Dans sa ferme perdue au fond de la campagne.
La vie est rude ici. Il n’a pas une gueule

D’Adonis ni de star : il est même assez laid
Ou tout au moins quelconque, et vit petitement
Avec très peu d’argent. Il n’aime pas parler…
Quelle fille assez folle en ferait son amant ?

Le silence est pesant, surtout pendant l’hiver
Quand même le mistral s’est enfui pour ailleurs.
Il va mourir tout seul, seul comme un pauvre hère,
Quand seront dévidés ses mois, ses jours, ses heures…

Mais il poursuit sa tâche et sans répit travaille,
Sans savoir dans quel but, ni pour quoi, ni pour qui.
Il doit se lever tôt : c’est le temps des semailles !
Travailler dans les champs, ce n’est jamais fini…

Comments Pas de commentaire »