Archives pour la catégorie “Les gens”

Ralentie par le poids de sa pauvre carcasse
Si lasse et engourdie par la fin de sa vie,
Une dame trottine, et ses pas tout petits
Laissent sur le chemin la dérisoire trace
D’un destin minuscule. Elle n’est plus grand’chose ;
Elle est seule, elle est vieille, et semble n’avoir plus
Aucune identité. Comme vivent les roses,
Elle fut éphémère ; elle n’a rien vécu.
Appuyée sur sa canne, elle va lentement
Et la foule l’évite en respectant son âge.
Le temps a dilué les traits de son visage,
Sa joliesse d’antan a fui avec les ans.
Un destin anodin, pas grand’chose à conter !
Une petite vie sans beaucoup d’importance
Qui ne laissera rien. Ni excès ni outrances,
Et des jours tous pareils au long de tant d’années…
C’est pourtant une étoile issue du vaste ciel ;
Un lumignon léger tout aussi important
Pour le Destin humain que d’immenses talents ;
Une existence rare et portée par les ailes
De la vie qui palpite au sein de l’Univers…
La vieille dame va, suivant comme elle doit
Le reste du chemin. Elle n’a pas le choix,
Mais sent qu’elle est menée vers l’ultime lumière.
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Il fait encore nuit quand Magali s’éveille.
Elle n’allume pas pour protéger ses yeux
De l’éblouissement. Au dehors le soleil
Affûte avec ardeur ses premiers rayons bleus
Avant de se lever, car il a décidé
Que pour lui aujourd’hui serait un jour de gloire.
Mais c’est encor trop tôt. Cinq heure(s) à vue de nez !
Il n’est pas encor temps de fêter sa victoire.
Il fait même un peu frais et Magali remet
Sur ses épaules nues sa couette de coton.
Elle a dû s’agiter : son drap est chiffonné,
Froissé par le chagrin. Des rêves à la con ?
Elle a tout oublié; elle veut oublier ;
Oublier qu’elle est seule au milieu de son lit.
Mais son grand regard bleu se met à larmoyer :
Est-il vrai qu’il existe un mot nommé « oubli » ?
Les pleurs ne sont pas loin quand Magali tressaille :
Un petit corps bien chaud vient de se faufiler
Entre jambes et drap. C’est son chat qui l’assaille
Avec moults câlins pour la réconforter.
Il s’est glissé tout doux jusqu’au creux de l’épaule ;
Son petit crâne rond posé contre sa joue,
Il la lèche en ronflant. Adorable bestiole
Qui n’a que son amour pour effacer sa moue !
Sourire revenu, émue par sa tendresse,
Elle le pousse un peu tant sa langue est râpeuse ;
Lové contre le coeur si chaud de sa maîtresse,
Il ronronne si fort que peu à peu son stress
Se fait moins angoissant. Et bientôt elle rit
Quand sa moustache aiguë en vibrant la chatouille.
Lors, passant son index sur le pelage gris
De son ventre soyeux, Magali le grattouille.
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Marius était heureux. A toute heure du jour,
Notre homme souriait ; et satisfait, toujours,
Il ne laissait jamais les soucis le ronger :
Il savait où dormir, il avait à manger !
C’était un vieux pêcheur avec sur son épaule
Un bien curieux oiseau qu’il appelait Popaul,
Fait de bric et de broc. Peut-être un perroquet ?
Ca portait un plumage et ça ne lui parlait
Qu’une fois chaque jour, et toujours le matin ;
Mais après son discours, le vieux était serein…
Un beau jour de juillet, Marius s’était assis
Sur le pas de sa porte, au coeur du vieux Cassis,
Quand son meilleur ami s’en vint lui demander
Quel était son secret, ce que Popaul disait,
Sans manquer un seul jour, au creux de son oreille ;
Quel était la recette à nulle autre pareille
Qui le rendait heureux . Le vieux se mit à rire
Et fit cette réponse à son cher Honorat :
« Les villageois t’envoient ? Tu vas pouvoir leur dire
Que Popaul me répète : « A minuit, tu mourras ! »
Dès que je me réveille ! Il me prévient ainsi
Que bien courts sont les jours, que fugace est la vie.
Car c’est ça, le bonheur : profiter de l’instant
Puisque tout doit cesser irrémédiablement… »
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Poème illustré par un tableau de :
Auguste Renoir
(1841-1919)
C’était un homme heureux sans tourments ni soucis,
Qui croyait ordinaire et normale sa vie ;
Il ne profitait pas assez de sa famille,
Son épouse Laura et ses petites filles.
Peut-être son travail avait-il plus d’attraits ?
Tout au moins jusqu’au jour où tout s’est effondré
Dans une horreur sans fond vraiment imprévisible.
De beaux jours fracassés culbutant dans l’horrible…
Il s’en est fallu juste d’un petit moment ;
Quelques mètres de plus, et ce camion dément
N’aurait pas écrasé la petite voiture :
Un grand choc, un fracas, mille déchiquetures…
Le Hasard a soudain baissé l’interrupteur
Qui régit chaque vie. On/off… Et le malheur
A sitôt chamboulé des destins bien réglés ;
En un infime instant son monde a basculé ;
Il s’est retrouvé seul, passant du blanc au noir,
Dévoré du regret de n’avoir pas su bien voir
Que sa simple existence était un paradis.
Il cherche maintenant un vrai but à sa vie…
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Depuis une semaine elle était épuisée ;
Elle n’en pouvait plus de son corps ravagé
Quand après une sieste, ayant ouvert les yeux,
Elle se retrouva en un étrange lieu :
C’était un corridor tout lambrissé de gris
Filant à l’infini, dont Ariane comprit
Qu’il lui faudrait le suivre en dépit de sa peur…
C’est ce qu’elle faisait depuis de longues heures
Sans savoir ni saisir où cela la menait,
Quand elle eut l’impression que son pas s’allégeait,
Qu’elle se sentait mieux qu’au début du chemin :
Son dos se redressait, et la peau de ses mains
Recouvrait peu à peu sa blancheur juvénile.
Son vieux corps oubliait ce long hiver sénile
Où il se morfondait depuis bien trop longtemps ;
L’air qu’elle respirait avait goût de printemps…
Elle allait d’un bon pas, vigoureuse et accorte,
Quand elle entr’aperçut enfin une grand’porte
Tout au fond du couloir : auréolée d’argent,
Peinte comme un nuage et d’un blanc éclatant.
Quand elle la poussa, elle fut aveuglée
Pendant un court instant. Puis ses yeux désillés
Entrevirent plus loin un merveilleux jardin
Et une allée fleurie où s’avançaient les Siens,
Ces gens partis trop tôt qui venaient la chercher,
Avec ses douze chiens, ses six chats, son furet
Qui lui faisaient la fête et dansaient autour d’elle…
Bonheur à l’état pur et joie à tire d’aile !
Ses Invisibles, là, enfin réincarnés
Dans cet Ailleurs parfait dont elle avait rêvé !
Elle comprit alors qu’elle était vraiment morte
Et poussant un soupir, referma bien la Porte…
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Tout neuf, un bébé dort posé sur le divan :
Un nouvel arrivant au sein de la famille,
Un tout petit lutin grand comme une brindille,
Qui fait autant de bruit que tout un régiment
Dès qu’il a un peu faim. Pas plus de trois kilos,
Mais pesant tant d’amour qu’il fait bien une tonne !
Un bonhomme épatant et dont chacun s’étonne
Qu’il soit si bien fini, du bas jusques en haut.
Il a vingt petits doigts, minuscules sculptures,
Ne tenant encor rien mais crispés de douleur
Dès que son ventre est vide. Il clame avec ardeur
Qu’il veut boire la vie : un être de luxure
Ne songeant qu’au plaisir ! Sa peau est de velours,
Couverte de duvet sur son crâne allongé.
Un petit bout de chou, un joli marmouset
Que nous allons gaver d’énormément d’amour..
Pour Arthur – né le 7 février 2012 à 5h30
Gautier a ecrit : Bravo pour ce merveilleux poème ! Et cette photo est vraiment belle !
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Poème illustré par un tableau de :
Aero Järnefelt
(1863-1937)
Dans les Alpes du Sud, au fin-fond des montagnes,
On souffrait autrefois d’une grande misère :
Terre infertile et nue, travail pire qu’au bagne,
Les gens n’en pouvaient plus de leur vie plus qu’austère.
Quand ils désespéraient, ils choisissaient l’exil :
Pour trouver du travail, ils partaient par milliers
Vers Marseille, Avignon, ou toute autre grand’ville,
Même s’ils s’y sentaient simplement tolérés.
Pour ces gens enivrés d’espace et de grand air,
C’était un choix très dur. Et comme ils acceptaient
Comme un vrai don du ciel de tout petits salaires,
Les autres ouvriers souvent les haïssaient,
En les considérant comme des concurrents.
Détestant leur patois, leur soif de réussir,
Leur détresse et leur foi, leurs pauvres vêtements,
Ils leur enviaient aussi le fait de savoir… lire !
Les gavots s’en moquaient et ils travaillaient dur,
Car pour eux tout était mieux que leur vie d’antan.
Même si l’avenir leur paraissait peu sûr,
Ils s’acharnaient toujours, infatigablement.
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Poème illustré par un tableau de :
Berthe Morisot
(1841-1895)
Dans un coin du salon, un très joli berceau.
Ce n’est pas bien sa place, Ariane le concède ;
C’est même un peu idiot, mais tant pis ! Elle cède
Au bonheur de le voir, qui clame fort et haut
Qu’un bébé tout nouveau va éclore bientôt.
C’est un meuble d’antan qui vient de sa famille ;
Comme rien n’est trop beau pour sa petite fille,
Elle l’a surchargé de jolis affutiaux :
Edredon bien dodu fait d’un précieux boutis
Assemblé par sa mère ; oreiller de dentelle
Offert fort gentiment par sa tante Muriel ;
Couverture en cashmere, et tutti, et quanti…
Ariane qui sourit balance la nacelle.
Chantant entre ses dents une vieille romance,
Elle rêve à l’enfant qu’elle berce en cadence.
Enorme et déformée, elle est pourtant si belle !
Et puis Bébé remue ; Ariane sent son ventre
Qui s’agite soudain en formant comme une onde.
Elle ne bouge plus, et le centre du monde
Est non loin de son coeur. La vie qui s’y concentre
Y bat tout doucement, toute prête à jaillir.
Demain, après-demain ? Nul ne saurait le dire…
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Poème illustré par un dessin de :
Raymond Peynet
(1908-1999)
C’est un coeur d’artichaut, si chaud et si sensible
Qu’il se sent tout benêt dès que passe une belle ;
Les mélodies d’amour, les tendres ritournelles
L’émeuvent malgré lui ; c’en est presque risible !
C’est depuis ce printemps qu’il ne résiste pas
A l’invincible attrait d’un trop joli visage.
Les filles le perturb(ent), il ne peut rester sage
Tant elles ont pour lui de délicieux appâts.
Aujourd’hui, c’est Manon : il la trouve adorable,
Songe même à mourir pour lui prouver sa flamme
En lui sacrifiant tout : son coeur, sa vie, son âme…
Mais qu’au moins une fois elle le trouve aimable
Et le remarque enfin ! Puis s’en vient Magali…
Il oublie la blondeur de son autre promise
Et ne voit plus soudain que la bouche en cerise
De la brune Arlésienne. Oh, qu’elle est donc jolie
Avec ses longs yeux noirs et ses boucles d’ébène !
Il a le coeur qui fond… Mais voici Marion
Qui pousse son vélo, ahanant tout au long
De la rue Bénezet. Sitôt il se démène
Pour l’aider de son mieux. De longs cheveux d’argent,
Des yeux couleur de mer, un derrière dodu :
Le voici de nouveau tous sens dessous dessus…
Il faut dire qu’Axel a tout juste quinze ans !
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Des valves en plastique ; un morceau de tuyau
Rabouté à l’aorte : et pourtant tout ça bat
Et palpite et frémit et fait même des sauts
Quand l’émotion l’emporte ! Un coeur tout raplapla
Devenu un champion tant il remarche bien !
Un coeur fort mal en point qu’on a raccommodé ;
Un coeur au bout du bout qui ne demandait rien
Qu’a vivre encor un peu et à continuer…
Mais quel drôle d’effet cela peut-il bien faire
De se dire qu’on a, niché dans la poitrine,
Un truc rapetassé ? Quelle curieuse affaire !
Un coeur rafistolé qui peut tomber en ruines
Si ces bouts de rilsan ont été mal cousus !
Enfin… c’est ça, la vie ! Advienne que pourra !
Est-ce vrai qu’il était vraiment si mal fichu,
Ce coeur à l’agonie? Pour le moment il bat…
Oh ! Regardez dehors ce frelon qui lutine
Une fleur toute neuve ! Il y a des brins verts
Qui piquettent le sol. Et un oiseau tintine
Dans le figuier, là-bas…Voici le grand mystère
De la vie qui renaît. Et le coeur rapiécé
A mis au diapason ses nouveaux battements ;
Reparti pour un tour, il est tout requinqué !
Renouveau au jardin et printemps au dedans…
« Bonjour,
Nous vous remercions
d’une part de l’intérêt que vous portez à la Fédération Française de Cardiologie
et d’autre part pour votre beau poème, qui est un hymne à la
vie.
Bien
cordialement, »
Frédéric
Dubus Duparloir (au nom de toute
l’équipe)
Maison du Coeur
Fédération Française de
Cardiologie
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Poème illustré par :
Malepère
www.galerie-peintures.com
Oui ! S’il n’en reste qu’un, il* sera celui-là :
Le dernier à l’attendre et à la désirer,
Cette garce de neige, ardemment espérée
Par ces skieurs accros complètement fanas
Et dont le coeur palpite au tout premier flocon !
Quand la couche escomptée sera assez épaisse,
Ils vont tous déferler vers leurs chers tire-fesses
Du fin-fond de Marseille et autres lieux abscons !
Ils vont tout lui salir, l’embêter sans arrêt !
« Oh ! monsieur le Concierge, il y a une fuite !
L’ascenseur est en panne ! Pourriez-vous tout de suite
Me montrer dans l’appart où sont les robinets ? »
Enchastrayes est en paix depuis la mi-septembre !
Et l’hiver est si beau qu’il serait épatant
Sans ces foutus raseurs que sont tous ces clients…
Mais ce sera l’horreur dès le mois de décembre
Quand ils vont envahir son immeuble nickel !
Ces saletés partout, ce manque de respect,
Ces folles cavalcades dans les escaliers !
Oh là là ! S’il pouvait s’enfuir à tire-d’aile
Vers ces pays lointains où c’est toujours l’été…
Oublier les skieurs, ce tintouin, le ménage,
Ces gens désobligeants et ce remue-ménage !
Broyant pas mal de noir, il s’est mis à rêver…
*Pour Gérard M.
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Poème illustré par un tableau de :
François Boucher
(1703-1770)
C’est dans une mairie en Drôme provençale
Que naquit le scandale au début de l’été ;
Au moment où s’enclenche le choeur des cigales,
Quand le cours de la vie semble bien plus léger.
La jeune Aminata, qui faisait le ménage,
Supposant que le maire était déjà parti,
Entra dans son bureau. Il hurla à l’outrage :
Etait-ce donc ainsi qu’on pénétrait chez lui ?
Puis il regarda mieux la jeune fille noire
Et se dit qu’elle était tout à fait à son goût.
C’était un vieux, déjà, mais un coureur notoire,
Qui s’offusquait fort peu de l’effroi, du dégoût
Qu’il pouvait susciter chez la gent féminine.
Ce fut comme un réflexe, et, lui sautant dessus,
Sans plus se soucier des cris de la gamine,
Le vieux satyre en rut lui mit la main au cul !
Mais elle était costaude ; elle lui résista
Et lui griffa le ventre d’un ongle acéré
Pour prouver son forfait. Puis elle s’échappa
Et courut dans la rue, pour y mieux raconter
L’attaque du notable. Il était si surpris
Qu’il n’eut pas trop le temps d’inventer un bobard ;
On le confondit donc, d’autant plus qu’au pays
Il était le sujet de tout un tas d’histoires.
D’autres femmes bientôt osèrent raconter
Moults incidents cochons de la part du pourceau,
Jusqu’à ce que, sali, il soit désavoué
Et démissionne enfin comme un fieffé salaud.
Il se retrouva seul ; sa femme le quitta.
Il avait tout perdu à trop perdre la tête !
Déshonoré, flétri, renié ! Et tout ça ?
Pour de bien brefs instants de zizi en goguette…
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Publié par Vette dans Les gens

Poème illustré par un dessin de :
Honoré Daumier
(1808-1879)
Parce qu’il est un mâle, il se croit tout puissant…
Du moins dans sa famille ! Et il n’admettrait pas
Que selon ses critèr(es) tout n’y marche pas droit.
Un tyran domestique et un vrai chef de clan !
Seul compte son avis ! Seule son opinion
A valeur de diktat. Et quand on se permet
D’émettre un autre avis, il se met à gueuler…
Mais seulement chez lui : gare au qu’en dira-t-on !
Car avec les amis, il paraît fort aimable,
Les régalant souvent de délicieux frichtis
Préparés… par sa femme. En leur donnant le prix
Des vins vieux et coûteux qu’il va servir à table !
Les enfants sont partis : ils ne supportaient plus
D’être toujours traités en vieux gamins sans âge ;
Mais sa femme est restée, n’ayant pas le courage
De se reprendre en main, de perdre son statut
D’épouse de notable. Elle acquiesce et supporte,
Engluée jusqu’au cou dans l’irréalité
Du déni, aveuglée ; ne pouvant qu’accepter !
Avec l’âge qui vient, comment prendre la porte
Puisqu’il est bien trop tard ? Elle aurait dû partir
Il y a bien longtemps. Comment même espérer
Pour la fin de sa vie une vie apaisée
Loin du despote froid qui les a fait souffrir,
Elle-même et les siens ? Il va continuer
A lui crier dessus quand elle oublie la tarte
Qui crame dans le four ! Il faudrait qu’elle parte,
Mais n’a plus l’énergie de tout abandonner…
Proverbe d’ci : « gau de carriero, doulour d’oustaou »
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Le vieux mas assoupi dort sous la lune bleue,
Planté comme un bloc roux au milieu de la lande.
Un vieux mas ignoré où la vie peu à peu
S’étiole et se délite. Il faudrait qu’André vende :
Il ne peut s’y résoudre ! Il y vit isolé,
Ermite d’aujourd’hui qui ne parle souvent
Qu’à son chien ou son chat au long d’une journée ;
Et dans la plaine sèche où hulule le vent,
Il est le seul humain à des lieues à la ronde.
Il est tellement seul que pour la nuit il laisse
Une lampe allumée ; et sa lumière blonde
Paradoxalement accentue la tristesse
De la maison perdue au fin-fond d’un pays
Appelé Nulle Part. Est-on bien en Provence,
Dans cette lande grise accablée par la nuit ?
Le silence est pesant, et l’on dirait qu’y dansent
Les âmes disparues des ancêtres d’André,
Surtout les soirs d’hiver quand souffle le mistral.
Il ne partira plus, il est seul à jamais.
Son vieux mas décrépi vibre sous les rafales…
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C’est un petit garçon – presqu’encor un bébé -
Qui chemine gaiement à côté de sa mère.
Il sait bien où l’on va et il n’est pas peu fier
Qu’on le mène à l’écol(e) pour la première fois !
Il est très détendu… jusqu’à ce qu’il s’inquiète :
La main de sa maman est crispée sur la sienne !
Ca, c’est vraiment curieux pour le petit Etienne…
Il serre son doudou et le voici qui tète
Comme un fou sa tétine car soudain il a peur…
Pourquoi donc sa maman est-elle si bizarre
Depuis quelques instants ? Serait-on en retard ?
Ces ondes angoissées qui lui serrent le coeur,
Il les ressent très fort. Quel est donc le tourment
Qui vient la perturber? Serait-ce la Rentrée
De son petit garçon qui la rend si stressée ?
Puis Etienne soudain entend des hurlements ;
C’est un autre garçon qu’on traîne vers l’école
Et qui crie affolé qu’il veut rentrer chez lui.
Là, c’en est vraiment trop ! Il se sent tout petit
Et n’est plus du tout prêt. Son petit coeur s’affole,
Et plus du tout honteux de n’être qu’un bébé,
Etienne fier-à-bras se met à sangloter…
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