Archives pour la catégorie “Les gens”

Poème illustré par un tableau de :

Aero Järnefelt
(1863-1937)

Dans les Alpes du Sud, au fin-fond des montagnes,
On souffrait autrefois d’une grande misère :
Terre infertile et nue, travail pire qu’au bagne,
Les gens n’en pouvaient plus de leur vie plus qu’austère.

Quand ils désespéraient, ils choisissaient l’exil :
Pour trouver du travail, ils partaient par milliers
Vers Marseille, Avignon, ou toute autre grand’ville,
Même s’ils s’y sentaient simplement tolérés.

Pour ces gens enivrés d’espace et de grand air,
C’était un choix très dur. Et comme ils acceptaient
Comme un vrai don du ciel de tout petits salaires,
Les autres ouvriers souvent les haïssaient,

En les considérant comme des concurrents.
Détestant leur patois, leur soif de réussir,
Leur détresse et leur foi, leurs pauvres vêtements,
Ils leur enviaient aussi le fait de savoir… lire !

Les gavots s’en moquaient et ils travaillaient dur,
Car pour eux tout était mieux que leur vie d’antan.
Même si l’avenir leur paraissait peu sûr,
Ils s’acharnaient toujours, infatigablement.

 

 

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Poème illustré par un tableau de :

Berthe Morisot
(1841-1895)

Dans un coin du salon, un très joli berceau.
Ce n’est pas bien sa place, Ariane le concède ;
C’est même un peu idiot, mais tant pis ! Elle cède
Au bonheur de le voir, qui clame fort et haut

Qu’un bébé tout nouveau va éclore bientôt.
C’est un meuble d’antan qui vient de sa famille ;
Comme rien n’est trop beau pour sa petite fille,
Elle l’a surchargé de jolis affutiaux :

Edredon bien dodu fait d’un précieux boutis
Assemblé par sa mère ; oreiller de dentelle
Offert fort gentiment par sa tante Muriel ;
Couverture en cashmere, et tutti, et quanti…

Ariane qui sourit balance la nacelle.
Chantant entre ses dents une vieille romance,
Elle rêve à l’enfant qu’elle berce en cadence.
Enorme et déformée, elle est pourtant si belle !

Et puis Bébé remue ; Ariane sent son ventre
Qui s’agite soudain en formant comme une onde.
Elle ne bouge plus, et le centre du monde
Est non loin de son coeur. La vie qui s’y concentre

Y bat tout doucement, toute prête à  jaillir.
Demain, après-demain ? Nul ne saurait le dire…

 

 

 

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Poème illustré par un dessin de :

Raymond Peynet
(1908-1999)

C’est un coeur d’artichaut, si chaud et si sensible
Qu’il se sent tout benêt dès que passe une belle ;
Les mélodies d’amour, les tendres ritournelles
L’émeuvent malgré lui ; c’en est presque risible !

C’est depuis le printemps qu’il ne résiste pas
A l’invincible attrait d’un trop joli visage.
Les filles le perturb(ent), il ne peut rester sage
Tant elles ont pour lui de délicieux appâts.

Aujourd’hui, c’est Manon : il la trouve adorable,
Songe même à mourir pour lui prouver sa flamme
En lui sacrifiant tout : son coeur, sa vie, son âme…
Mais qu’au moins une fois elle le trouve aimable

Et le remarque enfin ! Puis s’en vient Magali…
Il oublie la blondeur de son autre promise
Et ne voit plus soudain que la bouche en cerise
De la brune Arlésienne. Oh, qu’elle est donc jolie

Avec ses longs yeux noirs et ses boucles d’ébène !
Il a le coeur qui fond… Mais voici Marion
Qui pousse son vélo, ahanant tout au long
De la rue Bénezet. Sitôt il se démène

Pour l’aider de son mieux. De longs cheveux d’argent,
Des yeux couleur de mer, un derrière dodu :
Le voici de nouveau tous sens dessous dessus…
Il faut dire qu’Axel a tout juste quinze ans !

 

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Des valves en plastique ; un morceau de tuyau
Rabouté à l’aorte : et pourtant tout ça bat
Et palpite et frémit et fait même des sauts
Quand l’émotion l’emporte ! Un coeur tout raplapla

Devenu un champion tant il remarche bien !
Un coeur fort mal en point qu’on a raccommodé ;
Un coeur au bout du bout qui ne demandait rien
Qu’a vivre encor un peu et à continuer…

Mais quel drôle d’effet cela peut-il bien faire
De se dire qu’on a, niché dans la poitrine,
Un truc rapetassé ? Quelle curieuse affaire !
Un coeur rafistolé qui peut tomber en ruines

Si ces bouts de rilsan ont été mal cousus !
Enfin… c’est ça, la vie ! Advienne que pourra !
Est-ce vrai qu’il était vraiment si mal fichu,
Ce coeur à l’agonie? Pour le moment il bat…

Oh ! Regardez dehors ce frelon qui lutine
Une fleur toute neuve ! Il y a des brins verts
Qui piquettent le sol. Et un oiseau tintine
Dans le figuier, là-bas…Voici le grand mystère

De la vie qui renaît. Et le coeur rapiécé
A mis au diapason ses nouveaux battements ;
Reparti pour un tour, il est tout requinqué !
Renouveau au jardin et printemps au dedans…

« Bonjour,
Nous vous remercions
d’une part de l’intérêt que vous portez à la Fédération Française de Cardiologie
et d’autre part pour votre beau poème, qui est un hymne à la
vie.
Bien
cordialement, »

Frédéric
Dubus Duparloir (au nom de toute
l’équipe)
Maison du Coeur
Fédération Française de
Cardiologie

 

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Poème illustré par :

Malepère
www.galerie-peintures.com

Oui ! S’il n’en reste qu’un, il* sera celui-là :
Le dernier à l’attendre et à la désirer,
Cette garce de neige, ardemment espérée
Par ces skieurs accros complètement fanas

Et dont le coeur palpite au tout premier flocon !
Quand la couche escomptée sera assez épaisse,
Ils vont tous déferler vers leurs chers tire-fesses
Du fin-fond de Marseille et autres lieux abscons !

Ils vont tout lui salir, l’embêter sans arrêt !
« Oh ! monsieur le Concierge, il y a une fuite !
L’ascenseur est en panne ! Pourriez-vous tout de suite
Me montrer dans l’appart où sont les robinets ? »

Enchastrayes est en paix depuis la mi-septembre !
Et l’hiver est si beau qu’il serait épatant
Sans ces foutus raseurs que sont tous ces clients…
Mais ce sera l’horreur dès le mois de décembre

Quand ils vont envahir son immeuble nickel !
Ces saletés partout, ce manque de respect,
Ces folles cavalcades dans les escaliers !
Oh là là ! S’il pouvait s’enfuir à tire-d’aile

Vers ces pays lointains où c’est toujours l’été…
Oublier les skieurs, ce tintouin, le ménage,
Ces gens désobligeants et ce remue-ménage !
Broyant pas mal de noir, il s’est mis à rêver…

*Pour Gérard M.

 

 

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Poème illustré par un tableau de :

François Boucher
(1703-1770)

C’est dans une mairie en Drôme provençale
Que naquit le scandale au début de l’été ;
Au moment où s’enclenche le choeur des cigales,
Quand le cours de la vie semble bien plus léger.

La jeune Aminata, qui faisait le ménage,
Supposant que le maire était déjà parti,
Entra dans son bureau. Il hurla à l’outrage :
Etait-ce donc ainsi qu’on pénétrait chez lui ?

Puis il regarda mieux la jeune fille noire
Et se dit qu’elle était tout à fait à son goût.
C’était un vieux, déjà, mais un coureur notoire,
Qui s’offusquait fort peu de l’effroi, du dégoût

Qu’il pouvait susciter chez la gent féminine.
Ce fut comme un réflexe, et, lui sautant dessus,
Sans plus se soucier des cris de la gamine,
Le vieux satyre en rut lui mit la main au cul !

Mais elle était costaude ; elle lui résista
Et lui griffa le ventre d’un ongle acéré
Pour prouver son forfait. Puis elle s’échappa
Et courut dans la rue, pour y mieux raconter

L’attaque du notable. Il était si surpris
Qu’il n’eut pas trop le temps d’inventer un bobard ;
On le confondit donc, d’autant plus qu’au pays
Il était le sujet de tout un tas d’histoires.

D’autres femmes bientôt osèrent raconter
Moults incidents cochons de la part du pourceau,
Jusqu’à ce que, sali, il soit désavoué
Et démissionne enfin comme un fieffé salaud.

Il se retrouva seul ; sa femme le quitta.
Il avait tout perdu à trop perdre la tête !
Déshonoré, flétri, renié ! Et tout ça ?
Pour de bien brefs instants de zizi en goguette…

 

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Poème illustré par un dessin de :

Honoré Daumier
(1808-1879)

Parce qu’il est un mâle, il se croit tout puissant…
Du moins dans sa famille ! Et il n’admettrait pas
Que selon ses critèr(es) tout n’y marche pas droit.
Un tyran domestique et un vrai chef de clan !

Seul compte son avis ! Seule son opinion
A valeur de diktat. Et quand on se permet
D’émettre un autre avis, il se met à gueuler…
Mais seulement chez lui : gare au qu’en dira-t-on !

Car avec les amis, il paraît fort aimable,
Les régalant souvent de délicieux frichtis
Préparés… par sa femme. En leur donnant le prix
Des vins vieux et coûteux qu’il va servir à table !

Les enfants sont partis : ils ne supportaient plus
D’être toujours traités en vieux gamins sans âge ;
Mais sa femme est restée, n’ayant pas le courage
De se reprendre en main, de perdre son statut

D’épouse de notable. Elle acquiesce et supporte,
Engluée jusqu’au cou dans l’irréalité
Du déni, aveuglée ; ne pouvant qu’accepter !
Avec l’âge qui vient, comment prendre la porte

Puisqu’il est bien trop tard ? Elle aurait dû partir
Il y a bien longtemps. Comment même espérer
Pour la fin de sa vie une vie apaisée
Loin du despote froid qui les a fait souffrir,

Elle-même et les siens ? Il va continuer
A lui crier dessus quand elle oublie la tarte
Qui crame dans le four ! Il faudrait qu’elle parte,
Mais n’a plus l’énergie de tout abandonner…

Proverbe d’ci : « gau de carriero, doulour d’oustaou »

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Le vieux mas assoupi dort sous la lune bleue,
Planté comme un bloc roux au milieu de la lande.
Un vieux mas ignoré où la vie peu à peu
S’étiole et se délite. Il faudrait qu’André vende :

Il ne peut s’y résoudre ! Il y vit isolé,
Ermite d’aujourd’hui qui ne parle souvent
Qu’à son chien ou son chat au long d’une journée ;
Et dans la plaine sèche où hulule le vent,

Il est le seul humain à des lieues à la ronde.
Il est tellement seul que pour la nuit il laisse
Une lampe allumée ; et sa lumière blonde
Paradoxalement accentue la tristesse

De la maison perdue au fin-fond d’un pays
Appelé Nulle Part. Est-on bien en Provence,
Dans cette lande grise accablée par la nuit ?
Le silence est pesant, et l’on dirait qu’y dansent

Les âmes disparues des ancêtres d’André,
Surtout les soirs d’hiver quand souffle le mistral.
Il ne partira plus, il est seul à jamais.
Son vieux mas décrépi vibre sous les rafales…

 

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C’est un petit garçon – presqu’encor un bébé -
Qui chemine gaiement à côté de sa mère.
Il sait bien où l’on va et il n’est pas peu fier
Qu’on le mène à l’écol(e) pour la première fois !

Il est très détendu… jusqu’à ce qu’il s’inquiète :
La main de sa maman est crispée sur la sienne !
Ca, c’est vraiment curieux pour le petit Etienne…
Il serre son doudou et le voici qui tète

Comme un fou sa tétine car soudain il a peur…
Pourquoi donc sa maman est-elle si bizarre
Depuis quelques instants ? Serait-on en retard ?
Ces ondes angoissées qui lui serrent le coeur,

Il les ressent très fort. Quel est donc le tourment
Qui vient la perturber? Serait-ce la Rentrée
De son petit garçon qui la rend si stressée ?
Puis Etienne soudain entend des hurlements ;

C’est un autre garçon qu’on traîne vers l’école
Et qui crie affolé qu’il veut rentrer chez lui.
Là, c’en est vraiment trop ! Il se sent tout petit
Et n’est plus du tout prêt. Son petit coeur s’affole,

Et plus du tout honteux de n’être qu’un bébé,
Etienne fier-à-bras se met à sangloter…

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« Qu’est-ce qui s’est passé ? » a demandé Julie
En montrant son portrait à Marie, sa grand’mère,
Du temps où celle-ci était fraîche et jolie :
Joli teint de velours irisé de lumière,

Cheveux blonds tout bouclés et sourire éclatant…
Même femme, vraiment ? Comment est-ce possible ?
Où s’est évanouie cette image d’antan ?
Et comment rendre compte de l’irréversible

A un petit enfant ignorant la vieillesse ?
Cette dégradation gagnant de jour en jour,
Ce corps qui se flétrit, ce manque de sveltesse…
Comment lui dire enfin qu’il n’est pas de : « Toujours » !

Ces cheveux grisonnants et secs comme du foin,
Ce visage défait et qui fond en bajoues,
Et cet âge maudit avec tout son tintouin
De petits maux divers ! Là, Marie se l’avoue,

C’est bien trop difficile… Et elle va tenter
D’éluder le sujet… Un manque de courage
Qu’après-demain, demain, elle va regretter…
« Et si nous allions faire un tour dans le village ? »

 

 

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Poème illustré par une photo de :

Serge Pertuis

Il aime la Provence et n’en veut pas partir ;
Ferait n’importe quoi, aimerait mieux mourir
Plutôt que de laisser sa terre bien-aimée !
Ses racines sont là, et c’est là qu’il est né

Il y a vingt-cinq ans dans la grand’rue de Murs.
Ces nappes de soleil inondant les vieux murs
Et ces pavés luisant sous l’intense lumière
De l’été triomphant… Il ne peut pas se faire

A l’idée de quitter son si joli village
Et se sent tout gonflé d’impuissance et de rage…
Et comment pourrait-on faire entendre raison
A un vrai Provençal face à sa mutation ?

Sur la route de Sault, de chez lui, il peut voir
Au loin le Luberon, tout cuivré par le soir
Eteignant sa lumière en extrême douceur.
Oh ! Ces soleils couchants qui étreignent son coeur

A force de beauté ! La falaise de Lioux,
La combe vers Venasque et les grands rochers roux…
Ses longues promenades, le chant des cigales
Dans le concert strident de l’été provençal…

On dit que son ancêtre était le bon Crillon,
Un allié d’Henri IV et son gai compagnon.
Légende exagérée ? Il ne sait, mais il sent
Que c’est ici que bout et sa vie, et son sang…

Il sait que ce serait renier son enfance
Que d’ainsi déserter bien loin de sa Provence.
Il ne partira pas ! Et il s’en va opter
Pour ce que certains nomment la médiocrité…

 

 

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Tout neuf, un bébé dort posé sur le divan :
Un nouvel arrivant au sein de la famille,
Un tout petit lutin grand comme une brindille,
Qui fait autant de bruit que tout un régiment

Dès qu’il a un peu faim. Pas plus de trois kilos,
Mais pesant tant d’amour qu’il fait bien une tonne !
Un bonhomme épatant et dont chacun s’étonne
Qu’il soit si bien fini, du bas jusques en haut.

Il a vingt petits doigts, minuscules sculptures,
Ne tenant encor rien mais crispés de douleur
Dès que son ventre est vide. Il clame avec ardeur
Qu’il veut boire la vie : un être de luxure

Ne songeant qu’au plaisir ! Sa peau est de velours,
Couverte de duvet sur son crâne allongé.
Un petit bout de chou, un joli marmouset
Que nous allons gaver d’énormément d’amour…

 

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Le jardin d’Eulalie est tellement fleuri
Qu’elle en est toute fière. Et toutes ses amies
De la féliciter d’avoir la main si verte !
Sa porte hospitalière est d’ailleurs grande ouverte

A tous les villageois voulant le visiter.
Un endroit merveilleux visité par les fées
Dès avril, parfois mars ; où toutes les essences
Explosent en couleurs avec magnificence !

Mercredi Eulalie a reçu la visite
De son amie Anna, avec une petite
Qui l’appelait Mamoune : un tout-petit enfant
Aux cheveux blonds bouclés, aux grands yeux innocents.

Eulalie a offert une tasse de thé
Et les dames se sont mises à papoter
Pendant que la fillette errait dans le jardin…
Puis elle est revenue, un trésor plein les mains :

Une énorme brassée de fleurs, mais les plus belles !
Un bouquet gigantesque et tout aussi grand qu’elle
Qu’elle serrait très fort sur son ventre dodu.
Une razzia totale, un saccage absolu !

Eulalie crut mourir : son jardin ressemblait
Au square communal qui était tout pelé !
Cachant son émotion et sa déconfiture,
Pour se remettre un brin et fair(e) bonne figure,

Elle mit un grand coup de gnôle dans son thé !
Puis la tête à l’envers et le coeur retourné,
Elle fit des bouquets des fruits de la rapine,
Les offrant gentiment à toutes ses voisines…

 

 

 

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Poème illustré par un tableau de :

Nico Le Caruyer

www.nicilcdbpaints.blogspot.com

C’est un petit monsieur qui s’appelle Amédée,
Qui prend tout au sérieux et ne sait pas sourire.
Ne voyant de la vie que ses mauvais côtés,
Il aime à l’infini ne parler que du pire,
Et comme un gros crapaud il ne sait que baver.

N’essayez pas l’humour : il ne comprendrait pas !
Il n’est pas en osmose avec les Marseillais
Plutôt joyeux lurons, car c’est un rabat-joie,
Un sombre trouble-fête. Il n’est vraiment pas fait
Pour le rire et les jeux. Un triste pisse-froid

Qui était déjà vieux quand il était enfant !
Bien trop sage et posé pour avoir des amis,
Il faisait tout trop bien et raisonnablement :
Un enfant solitaire un peu terne, un peu gris
Et toujours accroché au jupon de maman.

Il ne sort pas beaucoup et ne plaît pas aux femmes ;
Elles ne l’aiment pas car il est trop sévère;
Et la seule à laquelle il ait offert sa flamme
A fui épouvantée par son aspect austère
Et son fade discours triste comme son âme.

Un vieux garçon suintant de torpeur et d’ennui,
Avec un morne emploi de petit fonctionnaire
A la vie enlisée dans la monotonie.
Austère casso-joï* que ce célibataire
Qui ne comprend jamais pourquoi les autres rient…

*En Provençal, un casso-joï est un rabat-joie !

 

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En des temps fort anciens, dans Le Muy assiégé
Par le grand Charles Quint, une poignée de braves
Ne pouvaient se résoudre à être enfin domptés!
Ils décidèrent donc, car l’heure était très grave,

De tirer sur le roi pour s’en débarrasser.
Retranchés dans leur tour, les hommes le visèrent,
Mais leur arquebusade étant plutôt ratée,
Ce fut de La Vega que les mutins tuèrent.

Un immense poète et un ami du roi !
Le grand Carcilaso ! Charles Quint ulcéré
Promit en hypocrite, y engageant sa foi,
De ne pas le venger si la tour se rendait ;

On tint bon deux longs jours, et puis l’on accepta :
On avait sa parole et l’on était confiant ;
Car comment ne pas croire au serment d’un grand roi…
Qui, à peine sortis, les pendit sur le champ ?

 

 

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