Archives de catégorie : Les gens

Un honnête homme-2

C’était un gars très bien. On lui aurait donné,
Comme on le dit chez nous, l’bon Dieu sans confession.
Il ne mentait jamais, même par omission…
Un brave homme, vraiment, intègre, si ce n’est

Qu’il paraissait manquer de cran et d’assurance.
Mais il était honnête et semblait vraiment fait
Pour un destin public ; tous ses amis comptaient
Qu’il deviendrait bientôt… un bon maire en Provence*

L’homme avait des atouts. Il paraissait costaud,
Bien campé tous les jours au plus haut des sondages.
Admiré, adulé. L’on voyait son visage
Sur toutes les télés et dans tous les journaux…

Il prônait la vertu, était même un modèle
D’énergie, de courage et de ténacité.
L’on vantait sa morale et son honnêteté,
Tous les gens de son clan se juraient ses fidèles

Car il allait gagner, c’était sûr, c’était clair.
Il semblait maintenant avoir plus de hardiesse,
Entraînait avec lui moult coeurs tout en liesse…
Quand s’abattit sur lui un improbable éclair :

Un beau jour, patatras, ce fut la catastrophe !
Un journal dévoila qu’il n »était qu’un voleur,
Qu’il avait usurpé et morale et valeurs,
Que d’un honnête élu il n’avait pas l’étoffe.

Mais l’homme était pugnace. Il fit donc ressortir
Que ses malversations n’était point illicites
Et que l’Opposition jouirait par la suite
De sa répudiation. Mieux valait donc mentir !

On réfléchit… un peu ! Puis l’on conclut très vite
Que la moralité est un but essentiel
Pour la Démocratie ! Un tollé torrentiel
Renvoya donc chez lui le Roi des Hypocrites.

*Disons que j’ai « localisé » l’affaire !

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La maison du bonheur

On l’appelle à Lançon : «  La maison du bonheur ».
Surplombant le village, elle est ensoleillée
A longueur de journée, et, à peine éveillée,
Papillote au soleil. Pour tous les promeneurs,

C’est vraiment merveilleux de voir sur la colline
Cette jolie bastide aux volets grand ouverts
Comme de larges yeux sur un jardin tout vert,
Où des cyprès pointus doucement dodelinent

Dès que bruisse le vent quand il souffle plus fort.
Son crépi est ocré, comme on l’aime en Provence.
Une affable maison, sans excès ni outrance,
Où l’on aimerait vivre et encor et encor…

Sur un vieux rocking-chair, il y a le grand-père
Qui marmonne sans cesse en prenant le soleil.
Il a le teint rougeaud et un gros nez vermeil
Car c’est un vieil ivrogne.Et la famille espère

Qu’il s’en ira bientôt… sans laisser son magot
A son fils préféré en lésant tous les autres !
La grand’mère confite en moultes patenôtres
Aime mieux son cadet, qui est un vrai nigaud !

La jolie maison bruit d’innombrables disputes.
Tout le monde se hait, même les deux vieux chiens…
Bagarres inouïes entre le vieux Lucien
Et sa bru dont il dit qu’elle est une vraie pute ;

Sans compter les enfants, trois horribles marmots…
La jolie maison ocre héberge un triste monde,
Mais cache son secret à des lieues à la ronde,
Soupirant sous son toit, ne disant jamais mot,

Car c’est vrai que les mas en Provence ont une âme !
La maison du bonheur ressent avec chagrin
La hideur et l’horreur de ce qu’elle contient ;
Et son ressentiment engendrera un drame

Quand un jour, excédée, elle s’écroulera
Sur ces piètres humains dont l’abjecte bassesse,
Les cris et les jurons la perturbent sans cesse.
Dans les infos du jour alors on parlera

D’un affreux accident dû à la vétusté…
La maison du bonheur n’est plus qu’un tas de ruines
Où poussent trèfle et thym, là-haut sur la colline.
Seuls les chiens survivants se sont carapatés…

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Meeting


Poème inspiré il y a cinq minutes par le meeting de Jean-Luc Mélenchon. Un simple tableau, pas forcément prosélyte !!!

La Méditerranée dodeline et soupire
Car la plage est bien vide : où sont-ils tous partis ?
Il fait pourtant bien chaud et le soleil rôtit
Le sable incandescent où le soleil se mire…

Du côté du Vieux Port, on entend de grands cris,
Des hourra ! des chansons. Marseille semble en fête,
Et la ville excitée vocifère à tue-tête
Sous le vaste ciel bleu qui scintille et qui rit.

Debout sur un podium au milieu de la foule,
Un homme tonitrue en agitant les bras
Face à la Canebière. Et, du haut jusqu’en bas,
Oscillant en tanguant comme une grande houle,

Le public applaudit le tribun en hurlant.
L’homme, dos à la mer, salue les drapeaux rouges ;
Et, agitant les bras, sa grande ombre qui bouge
Se détach(e) sur le bleu où moutonne du blanc…

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Renoncer ?

Pourquoi donc s’acharner et lutter ? Impossible…
Peut-on rivaliser avec des souvenirs
Bien trop enjolivés? Comment un avenir
Pourrait-il s’ébaucher de manière crédible

Avec tout ce passé continûment présent ?
Car l’Autre est toujours là, sans arrêt, et son ombre
Fait partie de leur vie. Il est là, Il encombre
Leur commune existence ; Il pèse en écrasant

Celui qui n’en peut mais, et ne peut se défendre ;
Car comment affronter l’idéale chimère
Que l’absence embellit, qui n’est plus que lumière ?
Dont les imperfections ne font que se distendre

Au fil du temps qui passe ? Illusoire pari…
L’Absent qui est parti vers l’Indéfinissable
Est toujours bien réel, en homme ineffaçable
Qui ne saurait jamais basculer dans l’oubli.

Pourquoi se cramponner, espérer l’impossible ?
Jean pourrait se résoudre au rôle de second,
Et n’être qu’un ersatz, face à la perfection !
Statut trop douloureux pour un être sensible…

Il faudrait renoncer, admettre que le Mort
Fut l’homme de sa vie et pour Eve l’unique.
Mais son attachement tellement pathétique
Le pousse à s’accrocher, et encor, et encor…

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Un honnête homme

Poème illustré par un dessin de :
Honoré Daumier ( 1808-1879)

C’était un gars gentil. On lui aurait donné
Comme on le dit chez nous, l’bon Dieu sans confession.
Il ne mentait jamais, même par omission…
Un brave homme, vraiment, intègre, si ce n’est

Qu’il paraissait manquer de cran et d’assurance.
Mais il était honnête et semblait vraiment fait
Pour un destin public ; tous ses amis comptaient
Qu’il deviendrait bientôt… un bon maire en Provence.

L’homme avait des atouts. Il paraissait costaud,
Bien campé tous les jours au plus haut des sondages.
Admiré, adulé. L’on voyait son visage
Sur toutes les télés et dans tous les journaux…

Il prônait la vertu, était même un modèle
D’énergie, de courage et de ténacité.
L’on vantait sa morale et son honnêteté,
Tous les gens de son clan se juraient ses fidèles

Car il allait gagner, c’était sûr, c’était clair.
Il semblait maintenant avoir plus de hardiesse,
Entraînait avec lui moult coeurs tout en liesse…
Quand s’abattit sur lui un improbable éclair :

Un beau  jour, patatras, ce fut la catastrophe !
Un journal dévoila qu’il n’était qu’un voleur,
Qu’il avait usurpé et morale et valeurs,
Et que d’un honnête homme il n’avait pas l’étoffe.

Mais il était pugnace. Il fit donc ressortir
Que ses malversations n’était point illicites
Et que l’Opposition jouirait par la suite
De sa répudiation. Mieux valait donc mentir !

On réfléchit… un peu ! Puis l’on conclut très vite
Que la moralité n’était pas l’essentiel
Au plus haut de l’Etat ! Juste digne du Ciel…
C’est ainsi qu’on élut le Roi des Hypocrites.

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Un coup de vent d’automne…

Un coup de vent d’automne a emporté son cœur
Au-delà de la mer, au-delà de Marseille.
Coup de tabac dément, bourrasque sans pareille
Venue d’on ne sait où pour répandre la peur !

Il l’avait rencontrée depuis trois jours à peine
Quand ce mistral cinglé a soudain déboulé.
Elle s’est affolée : il fallait s’en aller
Pour fuir cette région à la louche dégaine,

Où le vent tempêtait tout comme un ouragan.
Elle y était venue en pleine confiance,
Avec des rêves fous de soleil en Provence ;
Et sans ce coup de vent vraiment extravagant,

Elle y serait restée, déjà presque amoureuse.
Marseille lui plaisait, et le jeune homme aussi.
Sans ce foutu mistral, il aurait réussi
A garder près de lui la jolie visiteuse !

Mais elle est repartie, emportée par le vent.
Il est resté tout seul, et le spleen de septembre
Rend encor bien plus dur le vide de sa chambre.
Depuis ce coup de chien, plus rien n’est comme avant…

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Le nez dans le guidon

Poème illustré par un dessin de :
Honoré Daumier
(1808-1879)

Il existe chez nous des hommes politiques
Ne voyant pas plus loin que le bout de leur nez !
Et ce n’est point du tout pour notre République
Qu’ils recherchent nos voix, mais pour nous amener

Là où ça les arrange, eux seuls, en tout premier !
Dans leur propre intérêt ! Dénués d’expérience,
La vie publique étant leur unique métier,
Ils savent malgré tout déjouer la méfiance

De leurs chers électeurs – ces benêts à berner –
Bien qu’ils soient maintes fois en parfait décalage
Avec nous, les Français, sots embobelinés
Jugés bien trop obtus pour voir les fricotages

Dont ils usent toujours fort astucieusement.
Ils n’ont vraiment en vue que le tout prochain vote,
La prochaine échéance, et malhonnêtement,
Nous font ingurgiter mille faux antidotes

Dont nous pensons à tort qu’ils pourraient nous guérir.
Si trop souvent, pour nous, leurs faits sont illicites,
Leurs abus, leurs excès ne sauraient les noircir
Puisqu’ils votent les lois ! Et ils se félicitent

De notre ingénuité : nous les réélisons !
Si nous sommes cocus, c’est vraiment notre faute !
Ces malfrats patentés ont tout à fait raison
De couillonner ainsi leurs chers compatriotes

Qui pourraient les virer s’ils le voulaient vraiment !
Sommes-nous des sujets quasiment invisibles
Pour ces individus? Bien sûr, évidemment !
Mais c’est notre confiance en eux qui est risible…

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L’été des vieux amants

couple-chemins

Quand l’été fanera, ils partiront ensemble
Vers ce pays d’Ailleurs où l’on ne connaît pas
De temps calamiteux, si ce n’est quelquefois
Une ondée bienvenue, une pluie fraîche où tremble

L’ombre d’un grand soleil déclinant peu à peu.
Ils cueilleront des fruits et des fleurs, par brassées,
Et leur parfum sourdra de leurs mains embrassées
Jointes sur des bouquets émaillés de lys bleus.

Quand l’été reviendra ? Mais ils y sont déjà,
Dans ce pays d’ici où les fontaines chantent
La saison bienvenue et chaude dont s’enchantent
Leurs corps souvent frileux et courbés sous le poids

De nombreuses années, de multiples saisons.
Jouissant pleinement de la chaleur ambiante
Qui bien souvent paraît aux autres trop prégnante,
Ils en tirent profit contre toute raison :

Ils ont souvent si froid ! Ils aiment le soleil,
Son feu si éloigné de tout ce qui est mièvre,
Suggérant une vie brûlée d’ultimes fièvres,
Pas encor résignés à l’éternel sommeil !

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Les deux vieux

daniel-sannier-cabanon-en-provence1

Poème illustré par :

Daniel Sannier
http://www.danielsannier.com/

Il était une fois, planté dans la garrigue,
Un mas tout de guingois sous les assauts du vent.
Un vieux mas si chenu, là depuis si longtemps,
Que ses murs, tels des gens courbés par la fatigue,

S’étaient pas mal voûtés, semblant pleurer misère.
Y vivaient deux bons vieux, deux bonnes vieilles gens
Qui semblaient oubliés par la fuite du Temps
Et qui devaient tous deux être au moins centenaires.

Deux vieux aussi ténus qu’une fine dentelle,
Usés par les années, petits êtres menus
Qui ne pesaient plus rien et qu’on ne voyait plus…
Etaient-ils détenteurs d’une vie immortelle ?

Tout le monde y croyait. Mais un beau jour d’automne,
Le vent passant par là les vit dans le jardin,
Frêles et délicats! Comme il était taquin,
Il les fit s’envoler d’une aile polissonne

Pour leur fair(e) faire un tour au-dessus de la Terre !
Mais tout à l’opposé de ce qu’il aurait cru,
Ils en furent ravis, et ne voulurent plus
S’en retourner chez eux. Au fond fort débonnaire,

Le vent les porta donc au Royaume céleste.
Le vieux mas resta seul. Peu à peu le maquis
Envahit plus encor ses vieux murs décatis ;
Et longtemps à Alleins l’on se conta la geste

Des deux vieux arrachés à leur vie amoindrie.
Le vieux mas disparut sous la végétation
Jusqu’à ce que se pose une étrange question :
Pourquoi la lande ici était-elle fleurie ?

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Feu d’enfer

feu-cheminee

L’on vient de rallumer dans l’âtre un feu d’enfer :
Il faut bien accepter le retour de l’hiver,
Ses soucis saisonniers et leurs inconvénients !
Cependant si novembre est pas mal contrariant,

Pour mieux le survoler nous avons malgré tout
Moultes petites joies : après-midis très doux
Au creux d’un bon fauteuil à regarder les flammes,
Laisser aller complet bien loin de tous ces drames

Qui rugissent dehors. Le ciel y est si noir
Qu’à midi l’on dirait qu’est survenu le soir.
Et pour imaginer que l’existence est belle,
Nous tentons de ne plus écouter les Nouvelles !

L’horloge tique et taque en dépeçant le Temps.
Il fait tiède, il fait bon. Oh, presque tout autant
Qu’il y a quelques mois ! Le bonheur qui ronronne
S’est installé chez nous. La bouilloire chantonne…

On est bien, il fait chaud. Le malheur est bien loin…
Mais quel est donc ce bruit dehors sur le chemin ?
Des gens dépenaillés et à l’allure étrange
Dont l’allure accablée nous stresse et nous dérange

Viennent de s’arrêter juste devant la porte.
Que nous veulent-ils donc ? Le diable les emporte,
Les remmène chez eux ! Qu’ils restent en enfer
Et subissent ailleurs les tourments de l’hiver…

Tiens, l’on n’entend plus rien… Alors on se regarde…
Sais-tu que d’ici peu, si l’on n’y prend point garde,
Notre cœur endurci s’en va se dessécher ?
Il faut les rappeler et aller les chercher…

Mais ils sont repartis, rivés à leur misère,
Pour divaguer sans fin tout autour de la Terre.
Nous, nous n’avons rien fait… Désormais peu nous chaud
Qu’il fasse bon chez nous et qu’on y soit au chaud !

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De lui à elle

ciel-orageux

Il aime modeler son corps entre ses mains
Et sculpter sous ses doigts ses formes généreuses ;
Sentir s’épanouir la plénitude heureuse
De son désir ardent! Et jusqu’au lendemain

Se lover tout contre elle ; hérisser de caresses
Et de baisers fiévreux la douceur de sa peau ;
Ne pouvoir résister à ses brûlants appeaux
Et transmettre à son corps son trop plein de tendresse.

Il aime son ivresse, il aime son ardeur.
Chaleur contre chaleur de leurs peaux si sensibles
Quand elles sont unies ! Joie irrépréhensible
Qui le fait haleter en lui vrillant le cœur…

Il aime sa passion, il aime qu’elle l’aime
En se laissant aller à tous ces gestes fous
Que suscite l’amour. Puis ces instants si doux
Où, revenant à eux et de nouveau eux-mêmes,

Il se retrouvent seuls, corps tout enchevêtrés.
Il aime infiniment ces moments de tendresse
Où, passion oubliée, étreintes et caresses
Ne sont plus qu’harmonie, tout désir apaisé.

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Chant d’amour

couple-chemins

Mon ami , cher amour, oh ! ma tendre aventure
Advenue par hasard quand je n’attendais rien,
Que serais-je sans toi ? Sans le fervent soutien
De ta main me guidant vers d’autres conjonctures
Qu’une vie où stagnait un bien fade destin ?
Mon Hasard, mon ami, oh ! mon ultime chance,
Qui as fait rejaillir la dernière espérance
D’un Futur ranimé, tu t’en vins un matin
Où le ciel était triste et l’aube bien trop grise.
Tu as illuminé tel un rai de soleil
Ces heures qui passaient et ces jours tout pareils
A des plaines frôlées par une morne brise.
En homme impétueux, tu as su réveiller
Le long cours envasé d’un fleuve trop tranquille
Allant beaucoup trop droit au cœur de la grand’ville.
Une vie silencieuse ayant tout oublié…

Tu fus comme un grand vent, un porteur de tempêtes
Ravivant en tornade impatience et passion,
Tendresse exacerbée fourmillant d’émotions
Et d’un tourneboulis qui me vrille la tête.

Mon frère, mon ami, tu es le seul amant
Qui aies jamais marqué d’un sceau inimitable
Ma vie de tout repos et même un peu minable :
Je te suis attachée comme fer à l’aimant.

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La sorcière

femme

Si parfaite est sa peau qu’une pêche au jardin
S’en est plainte au soleil tant elle est veloutée.
Son charme est une drogue, aimée et redoutée
Des nombreux prétendants à l’esprit libertin

Qui rôdent autour d’elle. Ambrée comme un verger
Fleurant bon les fruits mûrs, sa beauté ensoleille
Ses draps frais repassés, et chacun s’émerveille
De ces yeux indigo sachant si bien piéger

L’amoureux décidé à boire ses baisers.
Son charme est dangereux, mais la fille si aimable
Qu’elle sait à jamais se rendre inoubliable.
Comme un vin dangereux, elle peut vous griser

Et vous rendre cinglé ! Peau exquise à goûter,
Moelleuse comme un fruit dont la fraîche saveur
Fond tout doux sous la langue… Incroyable ferveur
Des hommes prêts à tout pour pouvoir affronter

La belle redoutée, dont la beauté altière
Donne à tous ses amants l’impression de tomber
Dans un piège mortel, qu’ils feignent d’ignorer
En croyant la dompter. Mais c’est une sorcière

Dont le cœur est glacé, et nul n’a eu encor
Le pouvoir de régner sur son âme rebelle.
Elle sourit toujours, somptueusement belle,
Et son nom est étrange : on l’appelle la Mort.

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L’attente

Bien que passe le temps, elle attend qu’il revienne
Et se languit de lui. Le feuillage a jauni
Sur le micocoulier depuis qu’il est parti ;
L’arbre semble anémié… La douloureuse antienne

D’une chanson d’amour lui taraude le cœur :
Celle qu’il lui chantait pour la faire sourire.
Il faudrait l’oublier, mais son âme soupire,
Même si par pudeur elle feint la froideur.

L’arbre est un peu penché, vrillé par la vieillesse.
Novembre le dévêt de son feuillage roux,
Le laissant désarmé face à l’âpre courroux
Du mistral qui s’en fout… Brisée par la détresse,

Elle attend que revienne avant un morne hiver
Celui qui est parti quand était encor belle
La campagne alentour, et dont la ritournelle
Fleurissait le jardin toujours jaspé de vert.

Parfois le vent faiblit, et il lui semble entendre
Le chant de son amant tout au bout du chemin.
Mais c’est une illusion. Pas un seul être humain
Qui songe encor à elle ! Elle ne sait qu’attendre

L’homme au rire sonnant et aux belles chansons
Qui savait oublier combien elle était vieille.
Comme l’arbre tordu, ou la vétuste treille
Fermement agrippée aux murs de sa maison…

Il ne reviendra plus. Il fait froid, c’est l’automne,
Et l’arbre est dépouillé de son feuillage noir.
Elle clôt ses volets pour ne plus l’entrevoir,
Comme le ciel souillé de mouchetures jaunes…

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La résistante

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La mer berce Marseille, et le port affalé
Sous le soleil ardent, fourbu, se laisse aller.
L’air est si suffocant que la ville soupire
Tant elle est harassée. Une fleur qui transpire

Son haleine embaumée au cœur bleu d’un jardin
Penche vers le sol dur son cœur incarnadin,
Soudainement fanée par l’étuve étouffante
Qui engourdit les rues. L’atmosphère pesante

Accablant le Vieux Port l’a quasi endormi.
Les pointus* dodeline(nt) sur le clapotis gris,
Et leurs mâts oscillant à un rythme hypnotique
Griffent le ciel saphir d’un fin réseau graphique.

Marseille est assoupi. Il fait chaud, bien trop chaud,
Quand soudain, branle-bas ! L’avenue du Prado
Se met à résonner d’un surprenant tapage,
Tout aussi inouï que l’est un beau mirage :

Marchant en sautillant, c’est une fille en fleur
Qui va telle une eau vive ignorant la chaleur,
Qui paraît ignorer la touffeur accablante,
Dont le pas fait vibrer la chaussée somnolente.

Son teint si délicat, indemne de sueur,
Est semblable à la soie. Son exquise fraîcheur
N’est absolument pas sensible à cette étuve
Coagulant la mer, dont les moites effluves

Empèguent l’air brûlant. La belle marche au pas,
Au rythme cadencé d’un bon petit soldat
Sur lequel l’ennemi n’aurait aucune prise.
L’on dirait même bien que la chaleur la grise…

Elle avance gaiement, en fille du Midi
Narguant allégrement le soleil qui rugit.
Il fait chaud, bien trop chaud… Mais la belle trottine,
Effrontément nimbée de lumière argentine.

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