Archives de catégorie : Le début de l’été

Mauvaise foi

Le vieux chat se sent seul. Autour de lui Marseille
Dodeline tout doux en crevant de chaleur.
Le jardin est exsangue, et trois ultimes fleurs
Essaient de résister à l’anhydrie vermeille

D’un été enfiévré qui surchauffe la ville.
Ses maîtres sont partis chercher de la fraîcheur
Tout là-haut, en Ubaye. Deux immondes lâcheurs
Sachant pourtant qu’un chat n’est pas bête servile…

Mais Tom a le cœur gros. Tout près de lui la caisse
Dont il s’est échappé pour ne point voyager.
Il y a son pot d’eau et de quoi bien manger…
Pourquoi donc ressent-il cette infâme faiblesse

Qui le fait défaillir quand il pense à ses maîtres ?
C’est vrai qu’ils l’ont cherché jusque sur le Prado,
Sans oublier plus tard nourriture et plein d’eau…
Mais croyaient-ils vraiment qu’il allait se soumettre ?

Un chat n’obéit pas. Ce n’est point sa nature
De changer sans arrêt ainsi de domicile.
Les deux autres, là-haut ? Ce sont deux imbéciles.
Laisser seul son matou, n’est-ce point immature ?

Le vieux Tom se sent seul ; il part à la dérive,
Il est tout angoissé. Il ne comprend pas trop
Ce qui le gêne ainsi. Le fait qu’il fasse chaud ?
Et pourquoi attend-il qu’une voiture arrive

Dans la rue, au-dessous ? Pourquoi a-t-il envie
D’entendre leur deux voix clamer soudain son nom ?
Il n’a pas besoin d’eux ! Pas du tout ! Non non non…
Il est chat, il est libre, il veut vivre sa vie

Sans câlins, sans chichis, sans leur sollicitude…
Mais il faut constater qu’ils lui sont dévoués !
Et Tom exaspéré doit enfin s’avouer
Qu’il n’aime vraiment pas, oh non ! la solitude…

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L’été des vieux amants

couple-chemins

Quand l’été fanera, ils partiront ensemble
Vers ce pays d’Ailleurs où l’on ne connaît pas
De temps calamiteux, si ce n’est quelquefois
Une ondée bienvenue, une pluie fraîche où tremble

L’ombre d’un grand soleil déclinant peu à peu.
Ils cueilleront des fruits et des fleurs, par brassées,
Et leur parfum sourdra de leurs mains embrassées
Jointes sur des bouquets émaillés de lys bleus.

Quand l’été reviendra ? Mais ils y sont déjà,
Dans ce pays d’ici où les fontaines chantent
La saison bienvenue et chaude dont s’enchantent
Leurs corps souvent frileux et courbés sous le poids

De nombreuses années, de multiples saisons.
Jouissant pleinement de la chaleur ambiante
Qui bien souvent paraît aux autres trop prégnante,
Ils en tirent profit contre toute raison :

Ils ont souvent si froid ! Ils aiment le soleil,
Son feu si éloigné de tout ce qui est mièvre,
Suggérant une vie brûlée d’ultimes fièvres,
Pas encor résignés à l’éternel sommeil !

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Le soleil à midi

soleil-en-montagne

La montagne est pointue. Posé sur son sommet,
Le soleil vocifère, et des torrents de feu
Dévalent en grondant les pentes du Cimet.
Mais le ciel de l’été est sereinement bleu,

Calme et imperméable aux frasques de l’étoile
Gigantesque et furieuse incluse dans son sein ;
Car à midi passé elle mettra les voiles
Pour tenter d’embraser d’autres pitons lointains.

Pour l’instant la montagne est gorgée de lumière.
Elle est blanche, elle est bleue, et un feston ocré
Ourle son haut sommet dont la pointe de verre
Dessine sur l’azur un triangle doré.

Cependant le soleil se déchaîne et tempête,
Bombardant le roc noir d’étincelants rayons.
La lumière mugit, la lumière est en fête,
Qui danse et qui explose en milliards de protons…

Mais le Cimet blasé demeure indifférent
Au mitraillage fou de l’astre déchaîné
Qui doit l’abandonner ! Car poussé par le Temps
L’emportant en roulant, il va être entraîné

Vers l’horizon courbé, encor clair et si nu ;
Vers l’Ouest tout là-bas, un Midi inconnu…

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Le Panier en été

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Poème illustré par une peinture de :

Vincent Honnoré
honnore-peintre.com

Partout des escaliers ! L’on monte et l’on descend.
Les gens du Panier* vont, les gens du Panier viennent
Dans des rues tout en pente où l’ombre est d’obsidienne,
D’un pas vif et alerte – un pas qui va dansant !

Le quartier est abrupt, penché vers le Vieux Port,
Abondamment pourvu d’indénombrables marches.
Attention à la glisse ! Ajustez votre marche,
Faites bien attention à ce coquin de sort

Qui pourrait vous pousser du haut jusques en bas !
Les venelles en biais redescendent, remontent.
Prenez l’air détaché pour effacer la honte
D’être désorienté : dans presque tous les cas,

Vous vous égarerez ! Repartez à l’envers
Par les ruelles bleues où sont posées des jarres
Toutes empanachées. Quand vous en aurez marre
D’errer de-ci de-là, fiez-vous à l’homme en vert

Qui arrose en sifflant ses fleurs sur le trottoir
Et qui vous montrera le bon itinéraire ;
Il a l’air tout heureux, il est à son affaire
Car il peut cultiver selon son bon vouloir

Trois pots devant chez lui ! La Mairie le permet…
Les rues sont désormais des calades fleuries,
Parées comme il le faut de mille poteries
Qui ont accru leur charme… Il a suffi d’un rien

Pour faire du quartier un endroit enchanteur
Tout parfumé d’été, où des pots en goguette
Ont donné à l’asphalte un petit air de fête :
Tout le monde a le droit d’y planter quelques fleurs…

L’on monte et l’on descend en été au Panier ;
Les rues sont tachées d’or, et malgré leur part d’ombre,
Rafraîchies à souhait et divinement sombres…
Un quartier tout en fleurs et tout en escaliers.

* Un vieux quartier pittoresque de Marseille

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Est-ce donc bien l’été ?

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L’on m’a dit aujourd’hui qu’on était en été,
Mais j’ai ri de bon cœur ! Cette pluie permanente,
Cette impression de froid ? La grisaille incessante
Qui plombe notre ciel? L’on pourrait hésiter

A dénommer ainsi cette espèce d’automne
Qui nous fait ressortir doudounes et manteaux !
Et bien que le soleil se lève vraiment tôt,
Il n’arbore penaud qu’un bien pâle éclat jaune

Réchauffant à grand’peine hibiscus et dahlias
Dans leurs pots saturés de pluie sur la terrasse.
Il flotte sur les toits une fine brumasse.
Est-ce le mois de juin ? Nous ne le savons pas…

Encor enveloppées de leurs ailes fripées,
Les cigales sous terre attendent le signal
Pour rallier ce soleil qui leur est un fanal,
Et pour rejoindre enfin la surface trempée

D’une terre insolite aux yeux des Provençaux.
Mais où est donc passée la chaleur estivale
Qui nous pèse parfois ? Dehors la pluie dévale
Du ciel bas et fermé, déversée comme à seaux

Par un dieu goguenard, narquois, et qui rigole
De ce grand désarroi où nous sommes plongés
Depuis bientôt un mois. Viens ! L’on va éponger
La terrasse où serpentent de fines rigoles…

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Le nuage récalcitrant

nuage

L’aube teinte de roux la montagne qui dort,
Encor tout embrumée au-dessus de l’Ubaye.
Nimbant de ses rayons un marmotton qui baille,
Le soleil ranimé l’encapuchonne d’or,

Le métamorphosant en peluche cuivrée…
Tout est encor très calme, hormis le clapotis
Du torrent qui bondit, et un doux chuchotis
Sourdant étonnamment de l’écume nacrée.

Un soleil pâlichon est posé sur l’Estop
Qui penche son sommet au-dessus du village ;
Il n’y a dans le ciel qu’un tout petit nuage
Qui s’y est accroché depuis deux jours, non-stop,

Et n’en veut point partir. Bien jolie broderie
Que la brise rudoie du matin jusqu’au soir,
Mais qui ne bouge pas, ne paraît point vouloir
Se disperser enfin. Une bizarrerie

Du ciel calme de juin refusant d’effacer
Ce plumet cotonneux qui se croit immuable !
Le temps s’est arrêté. Maudit temps détestable
Qui veut tout abolir, transformer en Passé

Toute chose jolie et qui semble immortelle !
Le nuage figé depuis deux jours entiers
Au-dessus de l’Estrop sous le soleil altier
Veut faire croire à tous que n’est pas éternelle

L’inéluctable course implacable du Temps.
Il est blanc, floconneux, tout rond comme une boule
Ou un agneau dodu. Et le torrent qui roule
Fait bouger son reflet sur le flot froufroutant…

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Petit matin d’été

Petit matin

Oh, ce petit matin ! La fragrance des fleurs
Enivre les oiseaux qui pépient à tue-tête  !
Je sens vibrer en moi les frissons du bonheur,
Et j’aspire assoiffée les ondes guillerettes

Sourdant avec vigueur du soleil roux qui clique…
Il est vraiment très tôt ; je n’ai pu résister
Aux tout premiers rayons cuivrés et féeriques
Qui ont frôlé le lit pour mieux m’en arracher,

Après s’être glissés entre les deux volets…
Le monde est rénové, il est comme une épure.
Le ciel d’un bleu terni vient d’être ravalé
Par un pinceau géant. L’atmosphère est si pure

Qu’il se pourrait très bien que soudain elle tinte !
Tous est calme alentour, il fait encor bien frais.
Au-dessus du toit bleu la lune s’est éteinte,
Ne laissant dans le ciel qu’un soupçon de regret.

Je suis seule au jardin ; toi tu es endormi,
La peau tout embuée de moiteur estivale.
Ne peux-tu t’éveiller ? J’aimerais tant, ami,
Que tu sois près de moi… Oh, le soleil avale

Le tout dernier lambeau de la lune mourante !
Encore demi-sphère, il est juste posé
Sur l’horizon à l’Est. Et la mer amarante
Double comme un miroir le ciel vaste et rosé.

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L’aile du papillon

Pyrèthres

L’aile d’un papillon vient de frôler la joue
Satinée comme un lys d’une belle dormeuse
Assoupie au jardin. L’insecte bleu qui joue
Offre à Angelica agitée et fiévreuse

Un fort joli présent, car il l’a libérée,
En l’effleurant tout doux, d’un pénible sommeil
Hanté de cauchemars. Encor tourneboulée,
Elle quitte en baillant son fauteuil au soleil

Et gagne son bureau pour jouer sur l’ordi.
Assommée par sa sieste et les mains hésitantes,
Elle cherche, elle clique, elle erre et elle écrit,
Sans trop savoir comment, un truc en dilettante ;

Elle dicte au clavier du grand n’importe quoi,
N’importe quelle option sur n’importe quel site,
Tapant sans le vouloir l’adresse d’un… Benoît !
C’est donc un papillon né dans les clématites

Qui s’en vient par hasard de tout redessiner
En deux destins humains… De la danse anarchique
D’un insecte linotte un coup de foudre est né !
Une rencontre issue d’étourderies magiques !

Angelica, Benoît : tout de suite l’entente
Pour un fort long amour fait de lait et de miel…
L’insecte est reparti les ailes palpitantes,
Jolie fleur azurée voletant dans le ciel.

Après avoir changé la vie de ces deux êtres,
Il s’en est retourné tout au fond du jardin
Pour aller, le pauvret, errer dans les pyrèthres*,
Enivré du parfum des roses et du thym…

*Pyrèthre : fleur naturellement insecticide.

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Elle aime…

plage

Elle aime s’allonger sur la plage en été,
A l’endroit imprécis où les vagues caressent
Sa nudité ambrée ; quand les vagues agressent
Pour mieux l’éparpiller le sable délité.

Elle aime bien sentir, sur sa peau surchauffée
Par la lumière crue, les doigts froids de la mer
La comblant de frissons ; le goût âcre et amer
De l’eau éclaboussant ses lèvres assoiffées.

Elle aime avoir trop chaud sous le soleil brûlant,
Subir presque en souffrant la chaleur démentielle
Du temps fou de juillet, fièvre préjudicielle
A ce teint satiné qu’aiment tant ses amants.

Elle aime être dorée comme une nectarine,
Telle une belle pêche à la peau de velours…
Il fait toujours plus chaud. Et le soleil balourd
Mordille tant et plus ses rondeurs enfantines…

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Le soleil insensé

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Juste au milieu du ciel, l’énorme disque blond
Du soleil qui rugit, qui bouillonne et palpite
Tel un cœur flamboyant. Gigantesque pépite
D’or fondu par le Temps, posé juste à l’aplomb

De la mer immobile aux noires eaux brûlantes,
Il va tout dévorer s’il continue ainsi
Car il est trop intense ! On dirait qu’il grossit
Chaque jour un peu plus ; que se fait plus ardente

Cette folle fournaise accablant le Midi
Bien plus fort chaque année. Août et juillet défaillent
Sous ce délire blanc. Et les gens d’ici raillent
Les touristes du Nord qui n’y ont rien compris,

Ne voyant du fléau qu’une figure aimable
En cet ogre enragé qui les mange vivants.
Nous, nous nous protégeons, et bénissons le vent
Qui s’en vient par moments rendre l’été vivable.

Peut-être l’astre fou va-t-il mettre le feu ?
L’on a tous l’impression qu’il croît et se dilate.
A l’horizon, là-bas, la large face plate
De la lune bleutée s’étale peu à peu…

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Un orage au mois d’août

Orage

Le ciel tout enfiévré s’est drapé d’un orage
Le striant d’éclairs blancs. Un énorme nuage
L’assombrit peu à peu, et d’ici quelques heures
Ils n’y verront plus rien. Juste avant que ne meure

La lumière infinie de ce beau jour d’été,
Ils vont dans le jardin cueillir des roses-thé
Pour en faire un bouquet tellement odorant
Que son parfum poivré, étrange et entêtant

Embaumera l’entour.. Il fait vraiment très sombre ;
L’orage se précise, il tonitrue, et l’ombre
Submerge peu à peu les contours de leur chambre…
Ce jour d’août est semblable à un soir de septembre,

Quand on va vers l’hiver… Comme elle a un peu peur,
Il la prend dans ses bras, et sa main sur son cœur
Va tenter d’en calmer l’énorme battement.
Mais peut-être après tout, peut-être qu’elle ment ?

Qu’elle feint seulement d’être vraiment inquiète ?
L’air est électrisé et lui tourne la tête…
Il va la rassurer ! Ses mains si caressantes
La serrent contre lui, de plus en plus pressantes…

Tempête déchaînée… L’orage est monstrueux
De violence et de bruit, mais lui importe peu
Tant elle est bien ainsi. Le ciel peut s’écrouler,
Rien ne peut désunir leurs corps entremêlés…

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Les saisons de la mer

mistral

Printemps
Oh, Méditerranée ! Si bleue sous le ciel bleu,
Tu bats en palpitant telle un énorme cœur
Quand la lumière peint de fluctuantes fleurs
Sur ta houle ondulante où la lumière pleut.

Eté
Méditerranée plate, insensible au soleil
Qui te fait clignoter sous ses longs rayons noirs
Depuis le matin clair jusqu’au terme du soir,
Tu es tout hachurée de lents rouleaux vermeils.

Automne
Méditerranée grise et âpre sous le vent,
Tu deviens vraiment folle et bouscules tes flots
Jusqu’à ton horizon, où le roulis de l’eau
Brise ton harmonie de ses spasmes mouvants.

Hiver
Méditerranée sombre hurlant sous le mistral
Et parfois fustigée de flocons étoilés,
Tu oscilles giflée par un ciel bas voilé
Où stagnent les nuées d’un morne hiver austral.

 

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Un bel été

a-Soleil levant

C’était un bel été, aux jours si lumineux
Que je n’en garde au cœur que souvenirs heureux ;
Assurés et joyeux, portant en bandoulière
Notre amour triomphant tout comme une bannière,

Nous allions de l’avant, prêts à tout bousculer.
Torride était le temps. Le soleil roucoulait
Tout au long de journées vraiment interminables.
Je t’aimais, tu m’aimais.Tout nous semblait aimable,

Même si la chaleur nous faisait suffoquer.
Tous les gens de Marseille étaient estomaqués
Par ce fol étouffoir ! Mais nous n’en avions cure,
Seulement occupés à oeuvrer pour que dure

Notre histoire d’amour. Le temps était si beau
Que nous passions nos jours à barboter dans l’eau
Tant la mer était chaude : une soupe tiédasse !
Nous aurions nous aussi dû ressentir l’angoisse

De ce curieux prodige, y prêter attention ;
Mais nous étions brûlés par l’énorme passion
D’un été trop brûlant à la chaleur intense,
Où la normalité tirait sa révérence

En toute indifférence au monde tempéré.
Nous nous moquions de tout ; seule pour nous comptait
Cette folie vécue comme extraordinaire
Par un mois de juillet vraiment caniculaire.

Il faisait bien trop chaud et il y eut des morts.
Marseille se terrait. Peut nous challait son sort !
Il n’est rien de plus froid ni de plus égoïste
Que le bonheur à deux. L’amour n’est point altruiste…

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Sonnet d’un soir d’été

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Poème illustré par un tableau de :

Claude Gellée, dit « Le Lorrain »
(1600-1682)

La Méditerranée est mouchetée de sang
Par le soleil couchant ; son ultime lumière
Embrase l’onde sombre, et son image altière
S’efface lentement aux confins du Ponant.

La mer s’est embrunie, hormis ces taches rousses
Qui ensanglantent l’eau. Marseille s’adoucit.
En se laissant aller sous le ciel obscurci,
La ville s’assoupit sous la nue calme et douce

Où s’arrondit la lune embrumée d’un halo.
Son image floutée se reflète dans l’eau,
Oscillant sur les flots où tanguent des mouettes.

Un vent paisible et doux souffle sur le Vieux Port,
Le faisant frissonner. Et les pointus* cliquettent
En se cognant l’un l’autre, amarrés bord à bord.

* Barques caractéristiques du Midi

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Un beau mois de juillet

1Alberto Gioia

Poème illustré par un tableau de :

Alberto Gioia

Tu es si rassurant. Ton corps est si solide
Que je me sens bien, là, allongée près de toi.
La pluie en cliquetant tambourine le toit…
Nous sommes apaisés, loin du monde turbide

Qui s’agite dehors. Ce fut un gros orage,
Mais il faisait si chaud qu’il devait éclater
Pour adoucir un peu les excès de l’été…
Nous allons maintenant redevenir bien sages,

Sages comme le temps, sages comme la pluie
Tranquille et mesurée qui s’est enfin calmée :
Bonace après tempête et passion consumée…
Je suis bien dans tes bras et, toute ardeur enfuie,

Je vais m’y endormir. La pluie tombe si drue
Qu’elle frappe aux carreaux un petit air rythmé
Qui tapote gaiement. Soudain réanimé,
Notre jardin renaît d’une averse incongrue

Au mitan de juillet. Sur la vitre mouillée
Coulent en zigzaguant de minuscules rus.
Je me laisse glisser vers un monde inconnu
Et je m’endors enfin… quand je suis réveillée

Par un baiser fougueux ravivant la tempête.
C’est de nouveau l’orage, et ses grands soubresauts
Illuminent le ciel. La pluie retombe à seaux…
L’été de cette année ? Rien que des jours de fête !

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