Archives de catégorie : Le début de l’été

Le soleil insensé

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Juste au milieu du ciel, l’énorme disque blond
Du soleil qui rugit, qui bouillonne et palpite
Tel un cœur flamboyant. Gigantesque pépite
D’or fondu par le Temps, posé juste à l’aplomb

De la mer immobile aux noires eaux brûlantes,
Il va tout dévorer s’il continue ainsi
Car il est trop intense ! On dirait qu’il grossit
Chaque jour un peu plus ; que se fait plus ardente

Cette folle fournaise accablant le Midi
Bien plus fort chaque année. Août et juillet défaillent
Sous ce délire blanc. Et les gens d’ici raillent
Les touristes du Nord qui n’y ont rien compris,

Ne voyant du fléau qu’une figure aimable
En cet ogre enragé qui les mange vivants.
Nous, nous nous protégeons, et bénissons le vent
Qui s’en vient par moments rendre l’été vivable.

Peut-être l’astre fou va-t-il mettre le feu ?
L’on a tous l’impression qu’il croît et se dilate.
A l’horizon, là-bas, la large face plate
De la lune bleutée s’étale peu à peu…

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Un orage au mois d’août

Orage

Le ciel tout enfiévré s’est drapé d’un orage
Le striant d’éclairs blancs. Un énorme nuage
L’assombrit peu à peu, et d’ici quelques heures
Ils n’y verront plus rien. Juste avant que ne meure

La lumière infinie de ce beau jour d’été,
Ils vont dans le jardin cueillir des roses-thé
Pour en faire un bouquet tellement odorant
Que son parfum poivré, étrange et entêtant

Embaumera l’entour.. Il fait vraiment très sombre ;
L’orage se précise, il tonitrue, et l’ombre
Submerge peu à peu les contours de leur chambre…
Ce jour d’août est semblable à un soir de septembre,

Quand on va vers l’hiver… Comme elle a un peu peur,
Il la prend dans ses bras, et sa main sur son cœur
Va tenter d’en calmer l’énorme battement.
Mais peut-être après tout, peut-être qu’elle ment ?

Qu’elle feint seulement d’être vraiment inquiète ?
L’air est électrisé et lui tourne la tête…
Il va la rassurer ! Ses mains si caressantes
La serrent contre lui, de plus en plus pressantes…

Tempête déchaînée… L’orage est monstrueux
De violence et de bruit, mais lui importe peu
Tant elle est bien ainsi. Le ciel peut s’écrouler,
Rien ne peut désunir leurs corps entremêlés…

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Les saisons de la mer

mistral

Printemps
Oh, Méditerranée ! Si bleue sous le ciel bleu,
Tu bats en palpitant telle un énorme cœur
Quand la lumière peint de fluctuantes fleurs
Sur ta houle ondulante où la lumière pleut.

Eté
Méditerranée plate, insensible au soleil
Qui te fait clignoter sous ses longs rayons noirs
Depuis le matin clair jusqu’au terme du soir,
Tu es tout hachurée de lents rouleaux vermeils.

Automne
Méditerranée grise et âpre sous le vent,
Tu deviens vraiment folle et bouscules tes flots
Jusqu’à ton horizon, où le roulis de l’eau
Brise ton harmonie de ses spasmes mouvants.

Hiver
Méditerranée sombre hurlant sous le mistral
Et parfois fustigée de flocons étoilés,
Tu oscilles giflée par un ciel bas voilé
Où stagnent les nuées d’un morne hiver austral.

 

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Un bel été

a-Soleil levant

C’était un bel été, aux jours si lumineux
Que je n’en garde au cœur que souvenirs heureux ;
Assurés et joyeux, portant en bandoulière
Notre amour triomphant tout comme une bannière,

Nous allions de l’avant, prêts à tout bousculer.
Torride était le temps. Le soleil roucoulait
Tout au long de journées vraiment interminables.
Je t’aimais, tu m’aimais.Tout nous semblait aimable,

Même si la chaleur nous faisait suffoquer.
Tous les gens de Marseille étaient estomaqués
Par ce fol étouffoir ! Mais nous n’en avions cure,
Seulement occupés à oeuvrer pour que dure

Notre histoire d’amour. Le temps était si beau
Que nous passions nos jours à barboter dans l’eau
Tant la mer était chaude : une soupe tiédasse !
Nous aurions nous aussi dû ressentir l’angoisse

De ce curieux prodige, y prêter attention ;
Mais nous étions brûlés par l’énorme passion
D’un été trop brûlant à la chaleur intense,
Où la normalité tirait sa révérence

En toute indifférence au monde tempéré.
Nous nous moquions de tout ; seule pour nous comptait
Cette folie vécue comme extraordinaire
Par un mois de juillet vraiment caniculaire.

Il faisait bien trop chaud et il y eut des morts.
Marseille se terrait. Peut nous challait son sort !
Il n’est rien de plus froid ni de plus égoïste
Que le bonheur à deux. L’amour n’est point altruiste…

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Sonnet d’un soir d’été

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Poème illustré par un tableau de :

Claude Gellée, dit « Le Lorrain »
(1600-1682)

La Méditerranée est mouchetée de sang
Par le soleil couchant ; son ultime lumière
Embrase l’onde sombre, et son image altière
S’efface lentement aux confins du Ponant.

La mer s’est embrunie, hormis ces taches rousses
Qui ensanglantent l’eau. Marseille s’adoucit.
En se laissant aller sous le ciel obscurci,
La ville s’assoupit sous la nue calme et douce

Où s’arrondit la lune embrumée d’un halo.
Son image floutée se reflète dans l’eau,
Oscillant sur les flots où tanguent des mouettes.

Un vent paisible et doux souffle sur le Vieux Port,
Le faisant frissonner. Et les pointus* cliquettent
En se cognant l’un l’autre, amarrés bord à bord.

* Barques caractéristiques du Midi

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Un beau mois de juillet

1Alberto Gioia

Poème illustré par un tableau de :

Alberto Gioia

Tu es si rassurant. Ton corps est si solide
Que je me sens bien, là, allongée près de toi.
La pluie en cliquetant tambourine le toit…
Nous sommes apaisés, loin du monde turbide

Qui s’agite dehors. Ce fut un gros orage,
Mais il faisait si chaud qu’il devait éclater
Pour adoucir un peu les excès de l’été…
Nous allons maintenant redevenir bien sages,

Sages comme le temps, sages comme la pluie
Tranquille et mesurée qui s’est enfin calmée :
Bonace après tempête et passion consumée…
Je suis bien dans tes bras et, toute ardeur enfuie,

Je vais m’y endormir. La pluie tombe si drue
Qu’elle frappe aux carreaux un petit air rythmé
Qui tapote gaiement. Soudain réanimé,
Notre jardin renaît d’une averse incongrue

Au mitan de juillet. Sur la vitre mouillée
Coulent en zigzaguant de minuscules rus.
Je me laisse glisser vers un monde inconnu
Et je m’endors enfin… quand je suis réveillée

Par un baiser fougueux ravivant la tempête.
C’est de nouveau l’orage, et ses grands soubresauts
Illuminent le ciel. La pluie retombe à seaux…
L’été de cette année ? Rien que des jours de fête !

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Le nuage importun

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Il y a tout là-haut un nuage dansant
Dans le ciel de l’été ; un nuage passant
Au-dessus du Midi sans trop savoir pourquoi ;
Un nuage importun, vraiment sans foi ni loi !

Car a-t-on jamais vu, en juillet, en Provence,
Se donnant indûment une telle importance,
Un nuage passer, un nimbus en goguette ?
Et le Septième Mois a-t-il perdu la tête

A laisser un nuage ainsi batifoler,
La bride sur le cou, au cœur du grand été ?
Mais où se croit-il  donc ? A-t-il perdu le Nord
A se laisser porter en douceur jusqu’aux bords

De notre mer à nous, la Méditerranée ?
C’est un coup du mistral : depuis quelques années
Il néglige la Loi, et, oubliant l’usage,
Montre qu’il est en fait un vent vraiment peu sage !

Le tout petit nuage est vraiment isolé
Au milieu du grand ciel. Mais tout environné
De bleu, de bleu, de bleu jusqu’à l’horizon bleu,
Il se recroqueville et devient grumeleux

Comme du lait caillé… Un tout petit nuage
Qui ne peut résister ! Se croyant un orage,
Il pensait devenir une nue tropicale ;
Mais c’était ignorer l’inertie provençale

Forte et déterminée qui ne veut point changer
Et se méfie toujours des troubles étrangers.
Le petit nimbus blanc a vite disparu,
Absorbé par le bleu qui l’a mangé tout cru…

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Regrets d’été

Mer

Qu’est-il donc devenu, ce grand ciel immuable,
Inlassablement bleu, invariablement clair,
Parfois un peu griffé par le très bref éclair
Du vol gris d’un oiseau tellement vulnérable ?

Où sont ces reflets roux qu’avait peints le soleil
Sur ta peau orangée telle une nectarine,
Lui octroyant alors une si bonne mine
Que je la mordillais comme un beau fruit vermeil ?

Et ce petit maillot, léger et minuscule,
Ne cachant de ton corps qu’un petit presque rien,
Devenu rien du tout sous mes mains de vaurien ?
Oh, cet amour léger et qui soudain bascule…

Où sont-ils donc passés, ces souvenirs d’été
Si proches, si lointains, maintenant en goguette
A l’autre bout du Temps ? La petite guinguette
Où nous allions danser ? Et nos corps enchantés

De s’être découverts, d’être complémentaires
Dans la chaleur torride embrasant tout le ciel ?
Tes immenses yeux gris, ta peau couleur de miel
Où la sueur perlait ? Et cette odeur de terre,

Chauffée par un soleil incroyablement blanc,
A-t-elle disparu ? S’est-elle évanouie
Tout comme la senteur des fleurs épanouies !
Il fait sombre aujourd’hui. Finis, les faux-semblants

D’un amour merveilleux mais vraiment éphémère.
C’était un été bleu, lumineux et doré
Sur une plage ocrée. De lancinants regrets
Viennent mordre mon cœur de leurs traits délétères…

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La belle cantinière

diner-en-terrasse frédéric baqué

Poème illustré par un tableau de :

Frédéric Baqué
www.fredericbaque.com

Te souviens-tu du soir où nous avons dîné
Dans ce petit resto sur la route d’Aureille ?
C’était au mois de juin. Bistro moche et bondé,
Impropre à conforter un amour qui s’éveille,

Empli de gens braillards qui nous cassaient la tête !
Et cette viande dure à nous briser les dents ?
Tu trouvas même un poil au cœur de ta paupiette…
Mais nous étions si bien : bonheur outrecuidant !

Ce qui nous arriva, nul ne peut l’inventer :
Un teckel turbulent lâché sur la terrasse
S’en vint pisser gaîment sur l’un de mes souliers…
Mais tu n’étais, Julie, que joliesse et grâce,

Tellement éloignée de cette clientèle
Bruyante et affamée… Le serveur énervé
Renversa du coulis sur ta gorge, si belle
Qu’elle l’avait sans doute un peu trop excité ;

Mais nous nous en fichions ! Et cet affreux troquet,
Nous l’aurions sur le champ doté de Trois Etoiles
Tant nous étions heureux en ce premier été
Semblable à un voilier, qui déployait ses voiles

Pour nous mener tous deux vers le pays des rêves…
C’était une gargote au frichti filandreux,
Dont l’addition salée s’abattit comme un glaive
Sur mon maigre budget de jeune homme amoureux,

Mais où je me perdis dans le bleu de tes yeux…
Tes cheveux scintillaient et captaient la lumière
Qui tombait du ciel noir. Quel endroit merveilleux !
Il s’appelait, mais oui ! « La belle cantinière »…

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Senteurs d’été

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Il flotte en mon jardin un parfum délicieux,
Mélange de jasmin, de rose et de lavande.
Un peu plus loin, là-bas, volettent sur la lande
Des effluves grisants, frais cocktail harmonieux

De thym, de romarin et de sauge sauvage
Qui excite le nez ; ça pique et ça sent bon.
On tète l’air fleuré comme un goûteux bonbon :
Les odeurs de juillet enivrent le village.

Te souviens-tu, dis-moi, de ces Grecs lotophages
Débarquant sur une île au parfum envoûtant
Et qui les tint captifs, les saoulant tant et tant
Qu’ils ne désiraient plus en quitter le rivage ?

C’est une étrange fleur qui les avait charmés.
Peut-être est-ce pareil par chez nous en Provence,
Où l’on sent en été d’insolites fragrances ?
Mais la fleur du lotus faisait tout oublier,

Ce qui n’est pas le fait des plantes provençales.
Ca sent très bon, c’est tout – et c’est déjà très bien –
Des rives de la mer et jusques aux confins
Des Alpes tout là-haut… La chaleur estivale

Exacerbe avec feu les sublimes odeurs
Du Midi enfiévré où même la lumière
Fleure bon les senteurs de notre belle terre,
Ces arômes exquis d’une fraîche verdeur.

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Bleus d’été

Eté

Au fond de mon jardin, le bleu des plumbagos
Explose cet été en un fouillis sauvage.
Un autre bleu bien net sous le ciel sans nuages ?
C’est au loin, lumineux, l’horizon indigo…

Se mélangeant à l’eau dont les flots en partance
S’en vont rejoindre au Sud des rivages de miel,
Tous les tons de l’azur et l’azur clair du ciel
Embaument le Midi de subtiles fragrances

Car le bleu a l’odeur de la chaude saison :
Le bleu dur de la mer qui vibre et qui sent fort
Quand l’été est brûlant, l’haleine de ses ports…
Le jardin azurin, le soir ; l’exhalaison

Bleutée et faisandée de ses fleurs échauffées
Par la lumière crue d’un soleil délirant ;
Le ciel vertigineux dont le bleu odorant
Voltige jusqu’au sol sur la lande assoiffée.

Bleu profond de la mer, du ciel clair et des fleurs…
L’été méridional génère en permanence
Tous les bleus potentiels des terres de Provence
Cernées par la lumière et l’énorme chaleur.

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Amours adolescentes

Ados

Ce sont les premiers jours du début de l’été.
La mer est apaisée et peine à clapoter
Sur le sable encor frais de la plage encor vide.
Sur Marseille sereine, une brise languide

Virevolte tout doux : petit matin heureux
D’une journée dorée déjà ensoleillée !
Lou vient d’ouvrir les yeux, et, tout juste éveillée,
Ne songe qu’au moment tellement délicieux

Où elle va revoir son tout nouvel ami.
La ville est assoupie ; le Prado dort encore
Dans ce calme anormal du matin qu’elle adore…
Il faut sortir en douce et ne faire aucun bruit

Pour s’en aller rejoindre Andréa sur la plage.
Dans la maison, tout dort, et Lou sort par l’arrière,
Après avoir enjoint fermement à son frère
De ne pas dévoiler sa sortie… pas très sage !

Assise sur le sable, elle attend Andréa,
Son coeur tendre d’ado battant fort la chamade.
Elle a beau simuler un dédain de façade,
Sa crainte inavouée, c’est qu’il ne vienne pas !

Tiens ! Voici qu’apparaît sa haute silhouette…
Mais Lou est sidérée : le garçon n’est pas seul,
Il est accompagné ! Et un sombre linceul
Tombe sinistre et froid sur la pauvre nymphette

Qui se sent défaillir : accrochée à son bras
Comme un poulpe à un roc, c’est Léa, son amie…
Devenue sur le champ sa meilleure ennemie !
Lou, ne leur fais rien voir, surtout ne pleure pas ;

Retourne-t’en chez toi, en redressant la tête,
Pour y rafistoler ton cœur tout en morceaux ;
Va retrouver les tiens avenue du Prado…
Tu auras dans ta vie bien d’autres amourettes !

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Un silence incongru

Eté

Poème illustré par un tableau de :

Nicole Benoit
http://www.nicole-benoit.com

Pourquoi vous taisez-vous, cigales scélérates ?
On m’a dit que partout ailleurs vous striduliez !
Mes pins sont-ils pour vous trop inhospitaliers,
Comme mes oliviers ? Petites renégates,

Combien de fois pourtant vous ai-je célébrées ?
Pourquoi donc avez-vous délaissé mon jardin ?
Il est pourtant joli ! Du thym, du romarin,
Des fleurs un peu partout, tellement parfumées

Qu’on en est étourdi de senteurs délicieuses
Dès qu’on y met son nez. Pourquoi vous cachez-vous ?
Avez-vous oublié notre grand rendez-vous
Du 20 juin, chaque année ? Entente mystérieuse

Entre moi, la Lorraine, et vous, les Provençales !
Je vous ai rencontrées il y a fort longtemps,
Au temps où je croyais que c’était au printemps
Que vous vous réveilliez, mes charmantes cigales !

Comme tous ceux du Nord ! Mais vous êtes flemmardes,
Qui restez engourdies à mûrir et dormir
Jusqu’au bord de l’été. Et qui allez mourir
Juste trois mois après, quand l’horrible Camarde

S’en vient vous faire taire. Et puis l’été s’en va,
Dont vous êtes pour moi les petits émissaires…
Chantez vite, bon sang : pour mon anniversaire !
Vous êtes du beau temps l’essentiel canevas…

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Alchimie

Lavandes

Poème illustré par un tableau de :

Eric Bruni
www.bruni-gallery.com

A La Fuste, les fleurs font bien triste figure.
Il va falloir penser à bien les arroser,
A les presque noyer ! Le ciel ankylosé
Par l’ardente chaleur, et que ne défigure

Pas l’ombre d’une nue pèse sur le Plateau
Comme un dôme cobalt, figé, hémisphérique.
Premier coup de chaleur sur le sol couleur brique,
Cassé et fendillé. Un tout petit peu tôt

Pour un premier assaut : l’on n’est pourtant qu’en mai !
Mais le printemps est las et l’été s’impatiente ;
Tout comme le soleil, sa puissance asphyxiante
Et son fardeau pesant accablant les sommets.

La lavande éblouie fignole son odeur
Et peaufine ses fleurs. La grand’lumière jaune
Est à son apogée. Le Plateau s’abandonne
Et se laisse asservir par l’indomptable ardeur

De l’astre suspendu à l’aplomb de la Terre.
Les rangées de fleurs bleues se gavent de soleil,
Extorquant leur parfum à ses rayons vermeils :
Partenariat subtil, alchimie et mystère…

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La baigneuse

Baigneuse

Poème illustré par un tableau de :
Jean-Auguste Ingres
(1830-1902)

Il est vraiment très tôt, et la mer est très calme.
Emma vient d’y plonger car tout sommeille encor
Sur la plage endormie, où le chatoiement d’or
Du soleil matinal fait scintiller les palmes

D’un immense phoenix se gavant de lumière.
La belle se sait seule. Elle est si belle ainsi,
Idéalement nue ! Et sans le vil souci
D’un voyeur indécent, la jolie barbotière

Joue en faisant gicler l’eau encor un peu froide.
Sa peau luisante et ferme est comme un lourd satin
Qui luit dans la lueur du tout petit matin
L’auréolant de bleu. Les jambes un peu roides,

La belle saute et court. L’exercice réchauffe,
En l’enfiévrant un peu, son long corps dénudé,
Aussi mince que beau, et aux muscles bandés
Par le jeu et l’effort. Seule une catastrophe

Pourrait à la rigueur la priver de baignade !
D’autant plus que Marseille, et tous les Marseillais,
Sont encor dans leur lit : personne pour épier
La parfaite beauté de la belle naïade

Sportive et lève-tôt… Trempette quotidienne
Et quel que soit le temps ! Ne peut en profiter
Qu’un très léger mistral, que sa malignité
Pousse à frôler de près la jolie Phocéenne

De son souffle coquin. Mais Emma n’en a cure,
Car elle fend les flots qui hérissent sa peau
De leur froide morsure. Et le baiser de l’eau
Eveille dans sa chair un soupçon de luxure…

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