Archives pour la catégorie “Le début de l'été”

David Hockney
www.artiste.com/david-hockney/

A l’issue du printemps le soleil semble encore
Raisonnable et bénin. Et ses tendres rayons
Nous frôlant doucement de leurs jolis doigts d’or
Tièdes et délicats, c’est sans hésitation

Qu’on se laisse charmer. On s’allonge tout nus
Au bord de la piscine où la pleine lumière
Du nouveau mois de juin va nous manger tout crus.
On ne s’en rend pas compte et l’on n’en a que faire :

On est bien, l’on a chaud et le jardin ronronne.
Ca sent si bon le vert, la brise est parfumée !
La fontaine roucoule, un gros frelon bourdonne,
Mais on ne peut bouger. Et pourquoi le chasser ?

Le soir, on est très las ; on n’a pourtant rien fait
Que de passer son temps à bader au soleil !
Et ce n’est qu’au moment où il faut se coucher
Qu’on admet notre erreur, l’épiderme vermeil !

Car l’immonde gredin nous a encor trompés !
Nous sommes des crétins ; tous les ans il jubile
Et se fait une joie de nous avoir grillés !
Il a encor gagné et notre peau rutile.

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Dubois-Gérard
www.dubois-gerard.com

La voici donc enfin, la première cigale !
Un gros insecte gris… ou marron ? Marron-gris ?
Presqu’invisible sur l’écorce du platane,
Vraiment très mal fichue et pas du tout jolie !

Il faut s’exorbiter les yeux à la chercher
Tant elle est terne, éteinte. Une grosse brindille
Qui se fond sur le tronc du pin tout craquelé
Par ces étés déments, et qui tant s’égosille

Qu’elle nous mène à elle à force de chanter.
Tu cesses sur le champ quand tu sens notre approche,
Mais l’on t’a déjà vu, petit chantre enchanté !
Grisailleux homoptère émouvant et si moche,

Comment peux-tu donc croire qu’on pourrait te tuer ?
Car tu es le symbole et l’éternel retour
De l’été brasillant que tu fais grésiller.
Vilain insecte gris, tu nous reviens toujours…

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Jean Rosaire
www.jean.ca

Deux chaises sur la grève, étiques, avachies,
Papotent, doucement pour que nul ne devine
Qu’elles peuvent parler. Elles sont si flapies
Par les trop nombreux jours passés à l’Everine

Que leur tissu rayé est blanchi par le sel.
Mais elles ne sont pas snobinardes, et telles
Qu’elles sont maintenant, elles s’en moquent bien :
Leur petit bout de plage est ce qui leur convient !

Un bateau les y mène au début de juillet.
La calanque est tranquille et presque désertée
Car c’est très hasardeux d’y venir par la terre.
Rien que pour soi, qu’à soi, l’incomparable mer

Lèche leurs pieds de bois et les fait frissonner.
Parfois un gros derrière se laisse tomber
Sur leur tissu fragile et mangé par l’usure,
Mais encore costaud ! Et là elles assurent…

En hiver, raplaplas et dormant au garage,
Attendant patiemment, ces accessoires sages
Prient le Dieu des Transats qu’on ne les jette pas !
Mais nous sommes en juin et ils sont toujours là…

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La langueur du temps chaud en ce début d’été
Nous rend très paresseux. Nous sommes fatigués
Par les premiers excès du soleil qui s’affole
En crachant ses rayons. Et juin qui batifole

Nous rend si indolents sur notre méridienne
Que l’idée de bouger nous paraît kafkaïenne !
Dis ! Aurais-tu le cran d’aller nous préparer
Ce jus de fruits si frais qui me fait saliver ?

Il y a trente pas d’ici à la cuisine,
Mais l’ombre sous les pins est si fraîche et si fine
Que la quitter déjà demande un grand courage.
Nous irons tout à l’heure : il ne serait pas sage

De faire un mouvement alors qu’il fait si chaud !
Voudrais-tu, s’il te plaît, me passer mon chapeau ?
J’irai boire plus tard : il fera bien plus doux
Quand le soleil choira derrière le Ventoux !

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Ralph Blakelock

Autour de la lampe allumée
Sur la terrasse, hypnotisés
Par la lumière ensorcelante,
Les papillons de nuit qui hantent

La nuit bleue du nouvel été
Valsent silencieusement.
C’est un bal fantôme et léger
Qui flotte et danse au gré du vent

Dans le soir tiède. Et la lumière
Allumée dès le crépuscule
Est tachetée par l’ombre claire
De ces brèves vies minuscules :

De tout petits lépidoptères
Voltigeant d’un vol éphémère
Et saccadé dans le halo
Illuminant l’air sombre et chaud.

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Claude Feuillet
http://www.claudefeuillet.com

A Aix, et à Marseille, et en bien d’autres villes,
Ils sont des milliers de jeunes angoissés
Qui viennent de subir ce qu’ils croient inutile :
Ce Bac si nécessaire et si dur à passer !

Faisant les fanfarons, ils n’en mènent pas large
Et manient l’ironie, se moquant en riant
Du premier passeport pour monter sur la barge
Qui va les amener sur la rive des Grands.

Ils attendent patients ou perturbés, selon
Leur nature profonde et leur confiance en eux.
Ont-ils bien su répondre ? Etaient-ils nuls ou bons ?
Ont-ils bien expliqué que 1+1 font deux ?

Ils sont là, bras ballants, ayant l’air de bader,
Mais leur coeur défaillant bat très fort la chamade.
Bientôt les résultats qu’il faudra regarder
Sans perdre contenance auprès des camarades !

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On a déjà passé le solstice d’été :
Les jours vont raccourcir ! On a le coeur serré
En pensant que le Temps inexorablement
Va de nouveau pencher vers ses excès : le vent,

Le ciel gris, les nuit longues, le froid de l’hiver…
Mais il faut l’oublier ! Une énorme lumière
Inonde le Midi et voici la Saint-Jean,
La promesse assurée des truculents moments

De ce vingt-quatre juin. On va faire les fous !
La Provence délire d’Allauch à Coudoux
Pour louer le soleil, et la nuit enfiévrée
Par les chants et l’alcool va vite s’embraser

Des grands feux allumés partout dans les villages.
En sautant par-dessus oublions d’être sages
Et jouons aux sorciers, cueillant dans les collines
Les plantes des Anciens dont les bienfaits culminent

Aux entours du solstice : herbes aromatiques
Aux vertus ancestrales et thérapeutiques
Qui embaument la terre au mitan de la nuit.
C’est la folle Saint-Jean empreinte de magie.

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Abbot Fuller Graves

Le jardin étincelle. Il n’a jamais été
Aussi dru, aussi beau qu’en ce doux mois de mai
Où les fleurs sont au top de leur exubérance.
Pas d’excès du soleil et encor moins d’outrance :

Il contient sa fureur, il dompte sa folie
Pour ce mois raisonnable et tellement joli
Qu’on y songe toujours quand on pense au bonheur.
Le bel été nouveau enluminé de fleurs

Fleure bon ! Les oiseaux ont trouvé leur oiselle ;
Ils sont attendrissants, serrés aile contre aile
Tout au long des longs jours qui n’en finissent plus,

Leur chant allant se perdre au creux de la Roubine.
Et si parfois la pluie gicle à eau que veux-tu,
C’est pour laver les fleurs, de plaines en collines.

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Il fait un temps superbe et le ciel est tout bleu ;
Le long tapis flamboie. Les badauds sont curieux
De voir de presque près leurs idoles aimées.
Le temps est merveilleux : pas trop chaud, pas trop frais !

Stars à tête gonflée, vedettes de toujours,
Humains encor normaux, vedettes d’un seul jour,
Montent d’un pas glorieux le grandiose escalier.
Tout est donc pour le mieux, le spectacle est parfait.

Oui ! Mais à l’horizon un tout petit nuage
A des vélléités de jouer à l’orage
Et il s’est mis en tête un coupable projet…
Il enfle peu à peu pour venir se placer

Au-dessus du décor. Et soudain il explose,
Il éructe, il fulmine en une apothéose
De pluie et de grêlons, de hurlements d’effroi,
Et dans leur robe nue les starlettes ont froid !

On fuit de tous côtés, partout c’est la panique !
Un désastre pour l’art cinématographique !
Vas-t-en, odieux nuage, tu peux bien ricaner :
Tu n’es qu’un vil coquin car tu as tout gâché !

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Théo Azambre
www.galerie-creation.com

Encore une semaine et l’école est finie.
Paul a le coeur bien gros : il va déménager
Et adieu les copains, sa rue et Amélie,
Sa plus proche voisine aux yeux tout étirés,

D’un joli jaune ambré comme des yeux de chat.
Il ne la verra plus. Finis les apartés
Le soir sur le muret bien loin du brouhaha
Que faisaient leurs amis  en train de s’amuser !

Il va falloir partir pour rejoindre son père,
Les abandonner tous et laisser la Provence
Où il est né un jour au pays de sa mère.
Tout quitter dès lundi pour le Nord de la France.

Paul a le coeur bien gros. Il pourrait se cacher ?
S’enfuir dans la garrigue en attendant qu’ils partent ?
Il se sent ridicule, a envie de pleurer.
« Mon Chéri ? crie Maman. Voudrais-tu de la tarte ? »

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David Hockney
www.artiste.com/david-hockney/

Ah !  Nous l’avons enfin cette belle piscine
Dont nous avons rêvé des mois et des années :
De faux airs de lagon et une eau azurine
Où nous pourrons sans doute rester immergés

Des heures sans bouger, légers comme des bulles !
Nous sommes des nababs et attendons juillet
Qui peut s’il le désire être une canicule :
Peut nous chaut après tout, nous allons nous baigner,

Et nager et plonger et vivre dans cette eau
Si rare par chez nous et donc d’autant plus chère !
Lors oublions  le chlore et son coût, le fardeau
Du temps qu’il faut donner pour qu’elle reste claire,

Et pensons aux soirées ronronnant de moustiques
Passées au bord de l’eau à manger des merguez,
A flotter dans le bleu bercés par la musique
Des grillons stridulant dans les chênes kermès.

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Régis Sibra
http://pagesperso-orange.fr/regis.sibra

Assis sur le côteau, nous sommes bien serrés
Dans les bras l’un de l’autre, et la lune étalée
Ressemble sur le ciel à un gros jaune d’oeuf ;
L’Ouest est bleu foncé et cet été tout neuf .

A l’Est subsiste encore une large bavure
Mauve tachée de roux. La nuit est presque mûre,
Les criquets forcenés se sont mis à chanter :
Les cigalons sont cois ? Ils prennent le relais.

On est si bien ce soir tout au fond du jardin !
Un crapaud esseulé sous le buisson de thym
Coasse incessamment pour trouver sa crapaude.
Les bulles de son chant volètent en maraude

Jusqu’au fin-fond des bois, rauques et monotones.
Au clocher du village une prière sonne
Pour nous dire combien la vie peut être belle.
La nuit est orangée au-dessus de Venelles.

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Jean-Paul Courchia
www.courchia.com

On a sorti la grande table
A l’ombre du micocoulier.
La chaleur est très tolérable,
L’endroit nous sied pour déjeuner

Même si l’on est en juillet ;
Et c’est tellement agréable,
L’été est si bon à croquer
Quand le soleil insupportable

Fait des efforts et se tient bien !
Aurait-il enfin du maintien ?
Le mistral qui joue à la brise

Soulève la nappe soyeuse
En coton brodé de cerises.
La vie est vraiment très goûteuse …

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Il était vraiment très très tôt.
Nous sommes partis sac au dos
Pour baguenauder nez au vent
Sur les versants du Garlaban.

Le temps était bénin et doux :
Pas la furie du grand mois d’août
Qui vous dévore en quelques heures,
Mais la joliesse et la douceur

D’un encor printemps presqu’été.
Ca sentait bon, on avançait
En faisant craquer sur la pente
Des plantes sèches odorantes.

Ca montait et ça descendait,
L’on se sentait dans les mollets
Une bienheureuse fatigue.
Parfois l’on mangeait quelques figues

Ou une poignée de pruneaux.
On était bien, il faisait beau …
A midi l’on s’est arrêté
Sous un grand pin empanaché

D’ombre et d’épines déjà sèches.
Quelques bouchées de tomme fraîche,
Sur du pain encor tendre et frais
Et quelques fruits couleur d’été,

Puis la sieste au creux d’un sillon.
On était bien, il faisait bon …
Et c’est alors, grande merveille !
Qu’émoustillée par le soleil

Une cigale a entonné
Son tout premier chant de l’été.

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Dubois-Gérard
www.dubois-gerard.com

Dans le ciel marine où flotte un nuage
Passe un grand oiseau pour elle inconnu.
Un ongle pointu inscrit sur la plage
Le nom d’un amant trop tôt disparu ;

Le sable est encor vierge de tout pas
Car on est en juin. Le doigt y dessine
Les lettres sacrées : un E puis un A,
Un B puis un L … La paume assassine

Supprime soudain le mot trop aimé :
Le prénom de l’être parti trop tôt
Qui lui a menti et qui l’a quittée.
Et la mer qui roule efface bientôt

Les derniers vestiges d’un fol amour.
Car tout est mouvant, bientôt effrité
Par le temps qui va, emportant toujours
Au fil de la vie les joies du Passé.

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