Archives pour la catégorie “La Haute Provence”

Poème illustré par un tableau de :
Marjo
www.creabook.com
Il est au bouquetin ce qu’est un vrai pur-sang
A un vieux percheron : délicat, délié
Et tout empli de grâce ! On le dirait ailé
Quand il vole au-dessus des ravins du Chiran.
Il est bien plus petit que son frère d’alpage
Et il paît comme lui des herbes parfumées ;
Mais il est bien plus vif, il est bien plus sauvage,
Sautant par petits bonds de rocher en rocher…
L’été tout neuf mûrit des herbes délectables.
Un petit éterlou qui a perdu sa mère
Chevrote faiblement sur un ton lamentable,
Bondissant gauchement, pataud, de pierre en pierre.
Une bréhaigne âgée conduit ses congénères
Vers le plateau herbu juste sous le glacier.
Ses cornes noir ébène infléchies en arrière
Forment un angle aigu, gracieux et incurvé.
Elle les mène tous dans la montagne en fête,
Broutant l’herbe fleurie du début de juillet
Et cherchant une pierre salée à lécher.
La harde dominée l’escorte dans sa quête.
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Sonnet illustré par un tableau de :
R.Vincent
www.fr.artquid.com
Celui qui n’a pas peur que lui manque le pied
Doit grimper tout là-haut, au monde des bergers :
Montagne aux eaux perdues plongeant au fond des gouffres,
Non loin d’un enfer noir à l’âcre odeur de soufre.
C’est un royaume nu où par d’étroits sentiers
Ils mènent leurs troupeaux en ces lieux oubliés
Du bruit vain des Humains entassés tout en bas ;
Un univers pelé et loin de tout fracas,
Hormis l’énorme bruit des torrents qui dévalent
En arrachant au roc de leurs ondes brutales
Des pierres aiguisées par le temps et l’hiver.
Les bergers sont assis, observant les monts noirs
De leur yeux d’obsidienne et largement ouverts
Sur un monde infini qu’ils sont les seuls à voir.
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Juché sur un rocher vraiment très escarpé,
- Et l’on ne sait comment il a pu y grimper !
Un bouquetin géant se frictionne à la pierre
Pour se débarrasser de son manteau d’hiver.
Il est vraiment très vieux : peut-être vingt-cinq ans ?
Mais la mue le démange : il se gratte les flancs
De ses cornes courbées comme des cimeterres ;
Son épais poil hiémal se détache en lanières.
Plus loin la harde dort : des mâles désoeuvrés,
La panse rebondie pleine des graminées
Toutes neuves et tendres du nouveau printemps.
Là-bas un éterlou bégète en chevrotant.
L’ancien secoue la tête, et sa barbiche beige
Où se sont accrochées quelques bribes de neige
Lui donne l’air matois d’un vieux faune lubrique.
Puis absolument sûr de son pas, hiératique,
Car malgré son grand âge il est encor agile,
Il redescend au coeur de la harde tranquille
Sautant de bloc en bloc comme un équilibriste.
Puis il s’en va brouter un exquis pied de cistes…
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C’est un coin de fraîcheur au coeur de la montagne,
Un monde fluide et vert presque froid en été,
Où jase la chanson d’un royaume enchanté
Par les Esprits de l’eau et leurs belles compagnes
Hantant les pentes drues de prairies oubliées.
Quand la chaleur partout est vraiment trop pesante
Et que le soleil-lion à l’ardeur arrogante
Brûle tout alentour de son souffle enflammé,
Les fées viennent ici se doucher sous l’eau claire
Qui les fouette dru. Elles poussent des cris
Aigus et affolés qu’on entend jusqu’à Cruis,
Jouant à s’asperger et feignant la colère.
La cascade bondit ; elle est presque glacée,
Ceignant les beaux corps nus de ses méandres bleus ;
Et la chaleur qui sourd de la montagne en feu
Est tempérée par l’eau qui jaillit des rochers.
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C’est une ville morte, une cité fantôme
Dont la guerre abattit un si grand nombre d’hommes
Qu’elle fut dépeuplée. Les femmes la quittèrent,
Sans plus oser jeter un regard en arrière…
Depuis longtemps déjà Châteauneuf végétait :
Le manque de chemins, des gens qui s’en allaient
Pour trouver du travail ailleurs. Et la Grand Guerre
L’acheva pour de bon comme un coup de tonnerre
Foudroyant à jamais un arbre bien trop vieux.
Oubliant son antique gloire et leurs aïeux,
Les gens sont donc partis et le village est mort,
Ses ruines s’écroulant dans la bise du Nord
Qui y sonne le glas de son renom d’antan ;
Et l’on n’y entend plus que les plaintes du vent.
Une ville fantôme hantée par le Passé,
Des ruines désolées pour toujours désertées…
N’y a-t-il donc rien qui résiste sur Terre
A l’usure du Temps ? N’y a-t-il rien à faire ?
Peut-être bien qu’un jour la maison où l’on vit
Ne sera plus aussi qu’un amas de débris !
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Poème illustré par un tableau de :
Grolejac
www.7aprem.canalblog.com
Au-dessus de la neige blanche,
La lune bleue. Une avalanche
Vient de rouler : vague d’argent
Et haut halo tourbillonnant
Qui flotte encor, poudre légère
De glace et de fine lumière.
La montagne en ombres chinoises,
Appliquée sur le ciel ardoise,
S’y découpe en angles aigus.
Des sapins sombres et barbus
Sont penchés au-dessus du val
Où un ruisseau moussu dévale
La pente jonchée de rochers
Phosphorescents et verglacés
Par la pluie froide de la nuit ;
La bruine incessante et sans bruit
Qui va se transformer en glace.
Un renard a laissé sa trace
Sur le chemin de velours blanc
Se cristallisant lentement …
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Il y avait jadis au fond du vieux Lauzet
Une fort jolie fille aux immenses yeux noirs.
Un peu mystérieuse, et qui sortait le soir
Sans qu’on sache jamais où elle se rendait.
Elle était blanchisseuse, et travaillait si bien
Qu’elle ne se couchait que sa tâche accomplie ;
Mais elle désirait que nul ne la vît
Quand elle se rendait au lavoir le matin…
Si bien que Léon Viau, dont c’était l’amoureuse,
En perdit un beau jour tout bon sens et la tête :
Décidant brusquement d’en avoir le coeur net,
Il se leva très tôt et suivit la laveuse
Jusqu’au bord du ruisseau. Sans que nul ne le sache !
La belle blanchisseuse y plongea un grand drap
Qu’elle brossa, tordit, étrilla et lava
De ses solides mains qui frottaient sans relâche…
Quand elle les sortit du bassin plein d’eau grise,
Sèches comme le vent, luisantes de lumière,
Le garçon comprit tout : c’était une sorcière,
Sur laquelle aucune eau ne pouvait prendre prise !
Las ! Il n’eut pas le temps d’aller la dénoncer
Car l’autre l’avait vu et le changea presto
En un bloc de savon ! Puis l’horrible masco*
Retourna au logis afin d’y repasser…
*En Provençal : une sorcière ( dont les mains ne se mouillaient jamais ! )
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Sur la route de Gap dont il était l’évêque,
Alors qu’il revenait d’un long voyage à Rome,
Saint Erige badait, grignotant du pain sec ;
Car une grande faim poignait lors le brave homme
Qui avait prodigué tout au long du chemin
Ses provisions aux gueux. Il était fatigué,
Sa jument se traînait sur le bord d’un ravin
Très fortement pentu : ils en avaient assez !
Il y avait alors dans ces rudes montagnes
Une bande affamée de bandits sans pitié.
En voyant le bon Saint sur sa fière compagne,
Ils s’élancèrent tous pour le dévaliser
En bloquant la jument. Sans écouter son maître,
La bête renacla… et soudain s’élança
Au dessus du ravin, planant sur cinq cents mètres…
Elle atteignit Auron* et enfin s’y posa !
L’évêque était sauvé, les truands déconfits !
La jument du miracle eut droit à tant de blé
Qu’elle crut en crever ! Et Erige ravi
Fit construire une église pour mieux remercier…
*Poème offert au village d’Auron
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C’est un chasseur ailé à l’immense envergure,
Qui tournoie en planant dans le creux des vallées.
Son regard est perçant ; il est cruel et dur,
Qui cherche sans ciller une proie condamnée
Et sans aucun espoir de pouvoir s’échapper
Quand, éclair emplumé, il va fondre des cieux.
C’est un oiseau géant aux serres acérées
Comme griffes d’acier. C’est le héraut des dieux.
Dans son nid tout tressé de branchages cornus,
Un aiglon blanc l’attend ; et son corps presque nu
Attend avidement une chair douce et tendre :
Celle d’une marmotte obèse et hasardeuse
Dont l’énorme oisillon qui n’en peut plus d’attendre
Va goûter goulûment la chair délicieuse.
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Poème illustré par un tableau de :
Denis Gingras
www.dgingrass-artist.com
Là-haut dans les alpages le temps redevient
Un vrai temps du bon Dieu. L’air est bien moins glacé,
Et l’on respire mieux ; l’on se sent presque bien
Sur les pentes lustrées beaucoup moins verglacées.
Puis c’est un vrai bonheur car voici qu’apparaissent,
Trouant la neige ultime, de jolis pétales
Pointus et violacés*. Lentement ils redressent
Leur lance minuscule. Le gel leur est égal
Car s’ils sont les premiers messagers du printemps,
Un froid un peu cinglant vraiment les indiffère.
Ils sont striés de mauve, avec un coeur safran ;
Peut-être les dernières larmes de l’hiver ?
* Ils peuvent aussi être jaunes ou blancs !
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Poème illustré par un tableau de :
Martine Tron
www.mm-saudade.com
A Lurs un crime rôde, et depuis cinquante ans
Il entache les lieux d’une ombre indélébile :
C’est l’aura de la mort brutale et imbécile
D’une petite fille et de ses deux parents…
Mais il faut l’oublier, et ne voir du village
Que son charme vieillot et le bleu de son ciel ;
Où le temps d’aujourd’hui s’enfuit à tire d’aile
A chaque coin de rue et à chaque virage.
Fondé par Charlemagne, il est calme et bien quiet
Malgré tous les arrois qui l’ont un peu usé :
Son beffroi, ses maisons ont été ravaudés,
Mais fort habilement, sans être saccagés.
Une jolie cité dressée vers la lumière
Qu’un drame horrible vint blesser sans prévenir.
Village du Midi pourtant fait pour le rire,
Il panse depuis lors une plaie qui macère.
Poème offert à la ville de Lurs
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Les mélèzes sont roux sur les pentes à pic
Où les hauts résineux enflamment les versants
De leur feuillage rouge. Et le soleil couchant
Accentue leur éclat de sa lumière oblique.
Les arbres exacerbent leur rousseur dorée
Avant que le vent fou bientôt ne les dénude ;
Car l’automne est cruel et la nature est rude
Qui va les dévêtir pour mieux les humilier.
Ils sont vraiment les seuls parmi les résineux
A perdre leurs épines. Mais leur différence
En fait les rois d’octobre. Et toute la Provence
Applaudit leur beauté qui enchante ces lieux
Où serpente l’Ubaye et gronde la Durance.
Les grands mélèzes droits, surplombant les rochers
D’où tombent des torrents aux eaux bleues forcenées,
Recouvrent les monts noirs de leurs forêts garance.
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Poème illustré par un tableau de :
Valérie Girard
www.a-ma-galerie.info
Aujourd’hui le village est encapuchonné
Tant la neige est tombée au cours de la journée ;
Et tel un édredon gonflé et cotonneux,
Elle recouvre tout et tout est silencieux.
Les flocons qui voltigent sont pourtant légers
Comme des papillons ; ils se sont déposés
En couches agrégées dans le moindre des trous
Et les ont colmatés, en molletonnant tout.
Du blanc et puis du noir : où est passé le gris ?
Maisons et paysage en semblent adoucis :
La montagne enneigée est soudain moins aiguë
Et ses crêtes blanchies paraissent moins pointues.
Les toits blancs sont bombés et les murs écrasés
Sous la froide épaisseur qui s’est amoncelée
Depuis tôt ce matin. Où donc est le chemin ?
On est coupés du monde. On verra ça demain
Car on ne peut rien faire ; on est tous isolés
Dans un monde blanchi et comme auréolé
Par la lumière bleue. La neige qui volète
S’illumine parfois d’une lueur violette…
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Poème illustré par un tableau de :
Marie-Line Hallart
www.galerie-creation.com
Comme des dents pointues sur le ciel bleu layette,
Les sommets provençaux se découpent en scie
Vers le Nord, tout là-haut, près de Barcelonnette,
Et Gap, et Briançon ; et le soleil rubis
Accuse le profil des pics noirs sur l’azur.
Il fait pourtant très froid, mais le temps est si clair
Qu’il exagère l’ombre outre toute mesure,
Exacerbant les traits gravés par la lumière :
Magnifique dessin aux obliques aiguës
Tracé par le soleil et le froid, deux alliés
Qui ne sont cependant pas aussi incongrus
Qu’on pourrait en Ubaye parfois l’imaginer
Car il y fait très beau ! Et la Haute Provence
Est partie intégrante de notre Midi.
Aucun doute à avoir sur son appartenance :
Ecoutez son accent qui claironne la vie !
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Poème illustré par un tableau de :
Pierre Roudier
C’est un torrent fougueux tout hérissé de glace
Dont on a oublié qu’un jour il fut de l’eau.
Raidi et pétrifié sous une carapace
Dure comme l’acier, il chute de là-haut,
Dégringolant à pic en mille pendeloques
Sur les rochers tordus où il court en été…
Puis un beau jour de mars apparaissent des cloques
Sur l’eau fossilisée complètement gelée ;
Il fait un peu moins froid. Peut-être le printemps,
Se réveillant enfin après des mois d’attente ?
Des gouttelettes sourdent du roc noir et blanc,
Et bientôt un filet d’eau claire et bondissante
Bondit furieusement de rocher en rocher.
C’est d’abord un glouglou, puis le rugissement
De l’eau débarrassée de sa gangue glacée.
Le torrent délivré fait entendre son chant.
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