Archives pour la catégorie “La Haute Provence”

Un énorme hoquet vous soulève le coeur,
Vous donnant la nausée ; une indicible peur
Qui tout à coup vous happe et qui vous paralyse
Vous rend tout flageolant : c’est dû à la surprise

De buter sur ce trou qui arrête vos pas,
L’angoisse et la terreur que vous n’attendiez pas !
Tout en bas Le Lauzet aux maisons de poupée
S’étale si petit au creux de la vallée

Qu’il offre à tout regard une image splendide.
Mais vous ne voyez rien. Il n’y a que ce vide,
Ce gouffre hallucinant qui veut vous attirer !
Vous avez le vertige et vous ralentissez

Jusqu’au moment terrible où vous ne pouvez plus
Sans vous évanouir faire un seul pas de plus.
Les autres chantent, rient, et ne comprennent pas
Que vous vous sentiez tel qu’au moment du trépas.

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Le village ne vit que quelques jours par an !
Quelques jours ? J’exagère ! Et à la vérité
C’est plutôt deux-trois mois d’agitation, de tant
De mouvement, de bruit qu’ils sont tous affolés,

Les pauvres montagnards… Bien qu’ils soient tout contents
De la manne apportée par tous ces Marseillais !
Mais c’est trop d’un seul coup ! Il leur faudrait du temps
Pour se faire au raffut et s’y habituer :

Or c’est subitement que les intrus débarquent ;
Equipés de doudounes, de gants et de skis,
A peine sont-ils là qu’il faut qu’on les remarque,
Déboulant sur la neige tombée dans la nuit !

Et la Station trépide et remue et gigote.
On fait les fous, l’on chante, on dévale les pentes :
C’est un déchaînement de sport et de ribote
Du Sauze au Super-Sauze en passant par la Rente.

Ca dure quinze jours… puis c’est déjà fini.
Le silence retombe et il est si profond
Qu’on n’est plus que poussière au fond de l’Infini.
La Station se rendort et reprend son ronron…

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Josette Mercier
www.catherinemercier.ch

Tout est silencieux, sauf quand craque parfois
L’âcre croassement des choucas noirs qui planent.
La neige est toute neuve. Un sapin de guingois
Est penché sur la piste glacée qu’enrubannent

Des branchages brodés d’un cristal argenté.
La bouche ennuagée d’une épaisse vapeur,
Nous avançons tout doux car c’est dur de monter
Encor un peu plus haut pour arriver à l’heure

Au chalet en rondins blotti dans les congères.
La trace de nos skis souille la poudre blanche
Encor immaculée. Le souffle de l’hiver
Risque de déclencher une énorme avalanche

Et nous sommes pressés de quitter la forêt.
Le chalet n’est plus loin. En bas Barcelonnette
Etincelle et clignote au fond de la vallée.
L’Ubaye semble y charrier des milliards de paillettes.

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Les skis en V, le corps penché,
Un grand oiseau a décollé :
Etrange oiseau, oiseau humain
Qui va fendre le ciel serein

Sur plus de deux cent trente mètres.
De l’éther bleu il est le maître,
Tel un aigle immense en plein vol ;
Une ombre frêle qui survole

La forêt si noire et si blanche,
Et son long corps mince qui penche
Plane gracieux et immobile
Au-dessus des gens de la ville

Qui badent en le contemplant.
Venue d’ailleurs, normale gent
Qui ne sait pas ce qu’est : « voler »  :
Foule de la normalité !

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C.B Tarlton
www.pereanselme.over-blog.com

Dans la forêt magique un automne enchanteur
A roussi les grands fûts des cèdres. La douceur
Du jour gris de novembre caresse la ramée
Des arbres qui flamboient. Une odeur de fumée

Flotte dans l’air brumeux, délicieuse et amère.
La forêt fauve et bleue dont l’ombre mortifère
A tué le sous-bois étire sa feuillée
Vers le ciel un peu mauve et déjà étoilé.

C’est un soir automnal dans la forêt magique
Où il fait nuit plus tôt ; un froid âcre qui pique
Se transforme en brouillard, rend l’air un peu plus dense.

Il traîne dans les bois de longs pans de vapeur
Virevoltant partout en une étrange danse.
Dans la plaine plus bas clignotent des lueurs.

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Maxime Bochet
www.mbochet.com

Pas bien loin de Jausiers, il est une vallée
Aux replis onduleux où coule une rivière ;
Plutôt un ruisselet giclant sur la gravière,
Un endroit délicieux où l’on va pour rêver.

Les méandres de l’eau paressent en jasant
Autour des rochers gris où s’accroche la mousse.
Un brouillard vaporeux, jamais le moindre vent :
On est bien, il fait bleu et la montagne est douce

Car elle n’est ici que molle ondulation ;
Juste des coteaux ronds et des creux verdoyants
Où sautille l’eau bleue. On est bien, il fait bon
Près des rives brodées d’une écume d’argent

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Dans un vallon perdu pas bien loin de Peyroules,
La neige accumulée en couches infinies
Commence à fondre. Et l’eau claire qui coule
Des grands mélèzes bleus chuinte comme la pluie.

Du lourd linceul qui fond émerge un doux visage
Encadré de cheveux que des piques de glace
Constellent de cristaux. Et pas un seul outrage
N’en altère les traits, la blondeur et la grâce :

Elle est belle et très pâle ainsi qu’une sirène,
Une ondine du froid perdue depuis longtemps
Tout au fond du vallon ; et de très fines veines
Strient ses mains bleuies par le froid et le temps.

Tamise tes rayons, Soleil ! Que ta tiédeur
Ne vienne pas corrompre et dissoudre ce corps
Qui tel une statue a évité l’horreur
De la dégradation immonde de la mort.

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Ils dévalent la pente blanche
A fond de train, tête baissée,
Tout en faisant danser leurs hanches
Tels des bailaors déjantés

Et en déboulant de profil
Comme des crabes monstrueux.
Mais leur buste droit, immobile
Leur donne l’allure de dieux :

Dieux de la neige et dieux du vent,
Les snowboarders fous dégringolent
Du haut des hauts sommets tout blancs
Et la vitesse est leur idole.

Pied gauche avant, pied droit arrière,
Le corps projeté de côté,
« Regulars » ou bien le contraire,
Ce sont des casse-cou fieffés !

Ils bondissent de butte en butte
Car ce sont des crabes ailés,
Et si brutalement ils chutent,
En un clin d’oeil ils sont sur pied !

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Ecoutez bien l’histoire étrange et horrifique
Dont on nous a juré qu’elle était véridique :
Du pauvre comte Arnoux que prient les Hauts-Alpins
Un affront fallacieux  fit autrefois un Saint.

Il était amoureux de sa femme, si belle
Qu’à sa pure beauté ne manquaient que des ailes
Pour être le portrait d’un ange du Bon Dieu.
Mais las ! Le pauvre Arnoux était parfois odieux

Tant il était jaloux de chacun sur ses terres …
Il s’en fut un matin fort loin pour ses affaires ;
Sitôt la jeune femme invita ses parents
Pour ne point se sentir trop seule en l’attendant.

Par infini respect  leur offrit donc le lit
Confortable et douillet où elle et son mari
S’endormaient chaque soir. Mais son époux rentra
Bien plus tôt qu’attendu, et il vit dans le noir

Deux silhouettes nues étendues sur sa couche.
Bâillonnant de la main leurs misérables bouches,
A grands coups de rapière il les clouait au lit
Quand sa femme accourut en poussant de hauts cris :

Les prenant pour sa femme et un beau chevalier,
C’est son père et sa mère qu’ils avait trucidés
Et tous deux égorgés comme des animaux !
Il se rua dehors sans proférer un mot

Et depuis lors vécut tout seul dans la montagne,
Suppliant le Seigneur de pardonner sa hargne ;
Dans les gorges du Loup, tout au fond d’une grotte
Qui s’entr’ouvrit à lui et dont il devint l’hôte

Il vécut en reclus tout au long de ses jours
En prodiguant à tous ses soins et son amour.

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Lionel Spani
www.lionel-spani.com

Au fin-fond de Banon il est une maison,
Une presque-masure dont on ne dirait pas
Que c’est un paradis. On en taira le nom :
C’est un secret voulu par la vieille Maria

Qui y a ses clients fidèles et confiants,
Un tout petit noyau de très fins gastronomes.
Elle les aime bien et ne les voit que comme
Des amis qui la paient, passionnément friands

De sa daube goûteuse et ses petits farcis,
De sa soupe au pistou et de sa ratatouille,
De son flan aux courgettes, de ses chichi fregi
Et de sa bouillabaisse ensoleillée de rouille …

Et pourtant s’ils voyaient l’antre où Maria opère !
Un local suranné rongé par les années
Mais qui la satisfait pour bien nous concocter
Les très vieilles recettes héritées de sa mère.

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Catherine Herbo
www.catherineherbo.fr

On l’appelle « La pastresso » :
C’est une très vieille bergère
Près de la Tête de l’Estrop.
Issue d’une montagne austère,

Elle vit là depuis toujours
Dans les alpages près du ciel.
Le lent défilement des jours
En  fait une presque rebelle

Car l’antique pastoure usée
Pleure souvent son Autrefois
Si solitaire, en a assez
Des estivants jouant aux rois

Dans le massif  car ils effraient
Son troupeau gris de chèvres folles.
Deux fois chaque jour elle les trait,
Et si la Mélie caracole,

Elle la gronde avec tendresse :
Elle se sait reine du Temps
Et sa vie toute de rudesse
Est pour elle un enchantement.

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Yves Brayer

Il est une Provence oubliée et rebelle ,
Une Provence rude et tout exacerbée ,
Une Provence noire , une terre si belle
Que le Temps en a fait le creuset de l’été .

Nul ne la connaît mieux que le grand soleil-lion
Qui dessine à l’aigu ses monstrueux rochers ,
Ses vieux chemins pierreux , ses villages en rond
Lovés au creux trop chaud de l’implacable été .

C’est un monde inconnu que chacun croit connaître ,
Une terre perdue au coeur d’un vieux pays ,
Un bastion de chaleur où le ciel vient renaître
Chaque matin d’été dans le silence gris .

Sous son rire apparent dorment maintes blessures ,
Un destin bien trop lourd, des drames oubliés
Que le soleil enferme en une lourde armure
Cabossée des malheurs d’un vieux monde oublié .

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Christian Guinet
www.peintre-couleur.com

Le soleil facetté est comme un diamant blanc
Posé sur la montagne, qu’on ne peut regarder
Tant on est ébloui par son halo ardent :
Les yeux soudain blessés se mettent à ciller !

Les sommets ciselés sur le ciel bleu foncé
S’y profilent aigus, angles qu’un peintre fou
Y aurait dessinés en en forçant les traits.
A l’Ouest, tout là-bas, on voit le mont Ventoux

Tant la lumière est pure. Et l’énorme chaleur
A même desséché l’herbe drue des alpages.
On n’a pas l’habitude : une morne torpeur
Depuis une semaine assomme le village

Qui se souvient soudain qu’il est Haut-Provençal :
Climat alpin l’hiver, méridional l’été,
Parfois si agressif qu’il en est anormal
Comme en ce grand mois d’août furieux et déchaîné

Où le soleil explose et argente les crêtes
Découpant le ciel pur de leurs lignes brisées.
La lumière irisée rebondit sur l’arête
De la montagne bleue aux pentes assoiffées.

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Gilbert Thomas
www.gilbthomas.blogspot.com

Ils avaient décidé de gravir la montagne
Car ils étaient en forme et il faisait beau temps !
L’escalade était rude et telles des aragnes
Au bout de leur filin, ils s’accrochaient au flanc

Basaltique et rugueux où le vent les plaquait …
Puis ce fut le sommet. Impression de victoire :
Etre les fils du vent et de la liberté !
L’horizon était rose et les monts étaient noirs,

Et leur coeur épuisé battait de gratitude ;
Etonnement total face à l’immense beauté
D’un monde fait pour l’air et pour la solitude ;
Silence impressionnant montant de la vallée !

Mais on dut redescendre et ce fut bien plus dur :
Partout des éboulis, des pierres effritées,
Des cailloux éclatant comme des fruits trop mûrs
Et d’énormes rochers se mettant à rouler …

Puis l’orage éclata, énorme, hallucinant.
Pris dans ses tourbillons, ne sachant plus que faire,
Ils étaient désarmés tels des petits enfants
Soudain plongés tout vifs au centre de l’enfer.

                                II

L’Humain est ainsi fait : il croît continûment !
Puéril amoureux des robots qu’il invente,
Il croit ne pouvoir vivre et n’être qu’en montant !
A jamais arrogant, il conquiert une pente

Qu’il veut escalader. Il veut tout dévorer !
Mais son intelligence a pourtant des limites
Et le Ciel ne peut plus perdre ni tolérer
D’être indéfiniment acculé à la fuite.

Parvenu bien trop haut, l’Homme va s’écrouler.

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Petite étoile veloutée,
Velours laiteux et argenté,
C’est une fleur qui se mérite :
Il faut tout d’abord qu’on acquitte

Un lourd tribut pour la gagner
Car elle adore se nicher
Dans des endroits inaccessibles,
Et sait être presqu’invisible

A l’oeil imparfait des humains.
En bordure des hauts chemins,
Sur les rochers des grands sommets,
Au bord des torrents, des pierriers,

L’edelweiss ivoire et feutré
Est néanmoins si protégé
Qu’on a juste le droit d’en faire
Cette photo qu’on est si fier

D’exhiber au fond d’un album.
Car il faut protéger des hommes
La petite étoile des neiges :
Sa survie est un sortilège !

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