Archives pour la catégorie “La Haute Provence”

Mais comment ai-je osé monter dans ce coucou !
Maintenant c’est trop tard : nous roulons sur la piste !
Ô Seigneur ! J’ignorais que j’étais sur la liste
De ceux que vous vouliez ramener près de vous…

Le moteur tourne à plein ; l’avion est balloté
Sur l’herbe qui s’agite. Il semble trop petit
Pour décoller tout seul ! Que fais-je donc ici ?
Pourquoi ai-je accepté ce périple insensé ?

On dirait maintenant que la terre s’enfonce
Et tout en-bas Tallard* ressemble à un jouet :
Une ville en Lego ! Je reste stupéfait
D’être accroché au ciel. Et puis la peur renonce

A titiller mon coeur : ce spectacle est trop beau !
Ces montagnes tout près plaquées sur le ciel bleu
Comme une broderie cousue en camaïeu !
Est-ce donc le bonheur qu’éprouvent les oiseaux,

Ce que je ressens là, juste au-dessus des champs
Appliqués en patchwork de toutes les nuances ?
Le monde est tout petit, sans beaucoup d’importance
Tandis que nous voguons sur les ailes du vent…

* L’aéroport de Tallard (04) a été fondé en 1930

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C’est un joli sentier qui zigzague en flânant
Du Sauze au Super-Sauze. Une sente plutôt,
Que seuls connaissent bien les derniers habitants
Accrochés au Massif par le coeur et les os !

Dès l’aube du printemps, il sent tellement bon
Qu’on a le nez qui frise en respirant l’odeur
Aigrelette et boisée de la végétation
Qui vient juste d’éclore. Des myriades de fleurs

En tapissent les bords pour quelques jours à peine.
Il grimpe allègrement, et c’est un raidillon
A emballer le coeur et faire perdre haleine
Si l’on marche trop vite en quittant le vallon.

Il passe par ici dans un bois de mélèzes
Où l’on a soudain froid tant l’ombre est absolue ;
Et là c’est un pré vert où paissent quelques chèvres ;
Puis l’espiègle chemin saute au-dessus d’un ru ;

Il côtoie quelquefois d’improbables ravins
En tournicotant dur, et l’on a l’impression
De faire des détours qui ne servent à rien.
C’est un petit sentier sans rimes ni raison…

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Poème illustré par un tableau de :

Annie B.
www.annieb.over-blog.com

Oh mon dieu, qu’il fait froid ! Tellement que le souffle
Se transforme en vapeur à chaque expiration !
Nos mains sont si crispées tout au fond de nos moufles
Que nos vingt doigts sont morts ! Pitoyable Manon

Qui viens de Cavalaire, il faut t’habituer
A supporter ce temps ! Et l’immense plaisir
De dévaler les pist(es), il te faut le payer,
- Bien que ça n’ait duré que le temps d’un soupir -

Au prix d’un nez qui coule et d’oreilles gelées !
Passer de plus dix-neuf à moins douze degrés,
C’est assez difficile, il faut bien l’avouer…
Après cette journée, tu es si épuisée

Que tu ne songes plus qu’à rentrer, bien au chaud !
Il faut nous arrêter. Faisons donc une halte
Au bar de « L’Eterlou » pour boire un cacao…
Là-haut le ciel flamboie sur les monts bleu cobalt.

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L’âne Batifolo était vraiment très vieux :
Il n’y voyait plus bien et trébuchait souvent,
Tant et si bien qu’un jour le pauvre clopinant
Tomba au fond d’un puits au mazet Donnadieu.

Il se mit à hennir, à vous rendre fadas !
Son maître, l’Antonin, ne sachant plus que faire,
S’en fut sitôt quérir ses amis et son frère
Pour l’aider à sortir le vieil âne de là.

On réfléchit beaucoup, on se cassa la tête…
Jusqu’à ce qu’on en vienne à un raisonnement :
Enterrer tout vivant l’âne bien trop bruyant,
Alléguant qu’après tout ce n’était qu’une bête !

Et chacun pelleta bientôt de tout son coeur
Sans oser regarder le fruit de son travail.
L’animal s’était tu. Et tous, vaille que vaille,
Bossaient comme des fous pour oublier l’horreur

De ce qui se passait quand soudain, – oh ! mystère !
La tête de la bêt(e) surgit du trou comblé…
Et l’on comprit alors qu’à chaque pelletée,
L’âne se secouait pour enlever la terre

Qui était sur son dos et montait par dessus !
Il snoba les tueurs en passant devant eux,
La lippe méprisante et le port dédaigneux,
Ignorant les « Hourrah » de tous ces malotrus

Qui voulaient l’enterrer avant qu’il ne fût mort.
Et il vécut tout seul non loin de Lourmarin,
Heureux d’avoir quitté le cruel Antonin
Et d’avoir échappé à un coquin de sort …

Vous avez des ennuis ? Alors secouez-vous :
C’est la seule façon de se sortir du trou !

« Güther Martine a ecrit :
J’ ai beaucoup aimé le poème : la tactique de l’ âne…Bravo… »

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Poème illustré par un tableau de :

Vincent Van Gogh
(1853-1890)

Petits bouts de soleil fleurissant en troupeaux,
De jolis boutons d’or tapissent les talus,
Les prairies, les jardins,… Et nous n’en pouvons plus
De lutter en Ubaye contre leurs affutiaux.

Corolles jaune vif, feuillage dentelé,
C’est comme du chiendent tant c’est indestructible ;
Renoncules dorées nullement comestibles,
Et même empoisonnées pour qui va les brouter !

Gourmand impénitent qui s’y est essayé,
Barnabé l’éterlou s’en souviendra toujours :
Effroyables douleurs, gorge en feu, ventre lourd…
Les petits boutons d’or depuis lui ont laissé

Un  souvenir amer. Modestes et toxiques,
Tendant leur jolie coupe aux cabris imprudents,
Ils s’offrent au regard… surtout pas à la dent !
Les jolis boutons d’or ? Des pièges maléfiques…

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Poème illustré par un tableau de :

Marie-Claire Houmeau
www.artpeint.com

Au fin-fond de Tallard une petite rue
Où dorment des maisons aux recoins biscornus.
Des maisons rose et ocre aux angles adoucis
Et que désavoueraient les maçons d’aujourd’hui.

Devant quelques maisons un tout petit jardin
Qui croule sous les fleurs dès que l’été revient ;
Ici c’est une cour grande comme un patio
Où roucoule le soir le chant d’un tourtereau.

Une fontaine y coule à longueur de journée,
De journée et de nuit… Tout au long de l’année !
Et le bruit de la rue c’est le soupir de l’eau
Qui chuinte dans la vasque où boivent des oiseaux.

Nul n’y passe jamais. Silencieuse et autiste,
Elle a su échapper aux hordes de touristes
Déferlant en été sur la Haute-Provence.
Une rue d’autrefois, taiseuse et en dormance

Où vivent peu de gens. Ils sont vieux et fanés
Et leur vie sans douceur les a pas mal usés,
Les oubliant pourtant au fond de leur impasse.
Ils ne font pas de bruit, attendant qu’elle passe…

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Poème illustré par un tableau de :

Caspar Friedrich
(1774-1840)

Tapie dans un fourré, la Mort en embuscade
Attend deux vieux chasseurs partis tôt ce matin
Leur fusil sous le bras. Une belle balade
Pour Martial Garoubet et Gabriel Martin

Dans les bois d’Enchastrayes ! L’automne est somptueux
Car la montagne est rousse au pied du col de Four.
Bien qu’il fasse frisquet, ils se sentent heureux
D’être ainsi tous les deux. Là-haut plane un vautour

Qui tournoie inlassable au-dessus de la plaine…
Cependant ils sont las d’ainsi marcher en rond
Depuis pas mal de temps ; ils ont froid, leur haleine
Forme un halo d’argent autour de leur menton.

Puis l’un fait un faux pas car son talon s’est pris
Dans une souche d’arbre. Un tir incontrôlé,
Et Gabriel s’écroule en poussant un grand cri
Que l’écho répercute au loin jusqu’au Lauzet…

L’homme ne bouge plus dans les fougères brunes.
Martial tout hébété s’est assis en pleurant.
Au bord du chemin creux ; le croissant de la lune
Accroche un peu d’argent dans ses beaux cheveux blancs.

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Poème illustré par un pastel de :

Mathurin Janssaud
(1857-1940)

www.concarneau-peintres.fr

En l’an 1516, le roi François I°
Fit savoir à Manosq(ue) qu’il y devait passer.
Branle-bas de combat ! Tout bourdonne, on s’agite
Pour la cérémonie, et l’on recherche vite

Quelle est la plus jolie des filles de la ville
Pour présenter ses clés. Qui pourrait…? Les édiles
Pensent à l’unisson à Anne de Voland,
La fille du consul… Le roi en la voyant

La jaugea prestement, la trouvant si gentille
Qu’il pensa pour la nuit la mettre… dans son lit !
Mais la fille était pure, et son intégrité
Poussa son jugement à très vite trouver

Le tour le plus subtil pour échapper au pire :
Au souper, s’excusant avec moults soupirs,
Elle se retira pour aller barbouiller
Son ravissant visage de soufre enflammé ;

Puis elle s’en revint en cachant sa hideur
Sous un long voile noir. Le roi saisi d’horreur
Fit amende honorable et demanda pardon
A Anne devenue un affreux laideron

Par excès de vertu… Voici ce que l’on conte
A Manosque depuis… Histoire prise en compte
Par tous les troubadours. Pas par les historiens !
Car aux contes trop beaux ils ne connaissent rien…

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Là-haut dans la montagne, accroché à la pente
Ainsi qu’un escargot qui gravirait un mur,
Un petit train avance à son allure : lente !
Un petit train vaillant dont le parcours est sûr

Malgré l’itinéraire entre les hauts sommets.
Il franchit des viaducs, fait des bonds dans les côtes,
Et fraîchement repeint, ressemble à un jouet :
Un petit train de bois dont les essieux tressautent.

Mais qui a donc osé lui faire escalader
Des rampes si pentues ? Quel ingénieur a pu
Faire de tels calculs et même imaginer
Qu’il pourrait un beau jour monter si près des nues ?

Peu importe après tout ! Il monte et redescend,
Tournicote et s’enroule autour de la montagne,
Passe sous des tunnels, chuinte, court en chantant
Tout au fond des vallées à travers la campagne…

C’est un vrai tortillard. Et bien qu’anachronique,
Il est si renommé que personn(e) n’oserait
Envisager sa mort. Sa charmante musique
Est trop aimée de tous pour être supprimée !

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Il y a bien longtemps, un manant labourait
Près des ruines brûlées d’une ancienne chapelle
Quand ses boeufs s’arrêtèrent non loin d’un roncier
Auquel il mit le feu… Il battit le rappel,

Mais ses boeufs refusèrent de partir plus loin,
Se mettant à genoux tous deux au même endroit.
Excédé et outré par ce fichu tintouin,
Le vilain les poussa sans qu’ils bougent d’un doigt !

L’homme s’agenouilla et se mit à creuser :
Il trouva un cercueil contenant la statue
D’une Dame grossière aux couleurs délavées…
On lui fit une église, mais presque à son insu

Tant on la trouvait laide ! On la mit dans un coin,
La remplaçant alors par une autre effigie
Enjolivée, sculptée avec beaucoup de soin :
On ne lésina point et l’on y mit le prix !

La vraie statue vexée s’offusqua et revint
Sur l’autel, d’elle-même, une fois… et puis deux.
On la cacha partout, on l’isola : en vain !
Rien à faire ! Il fallait obéir à ses voeux !

On la boutait par l’huis ? Rentrait par la fenêtre !
Comme elle avait gagné, on ne la chassa plus
Et elle est encor là où elle voulait être,
Antique Vierge Noire et son enfant Jésus.

*Notre-Dame de Romigier à Manosque

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Poème illustré par un tableau de :

Joseph Anton Koch
(1768-1839)

Nous sommes partis d’Aix vraiment tôt ce matin
Pour échapper au flot pressé des Marseillais
Attirés par la neige fraîchement tombée
Depuis vendredi soir. Echappés du tintouin

Du fameux grand départ ! Nous prenons l’autoroute :
Elle est bien dégagée. Quel bonheur nous avons
De traverser ainsi cette belle région
Qu’est la Haute-Provence ! Allez, en avant toute !

Le temps est somptueux, l’horizon découpé
Par les contours aigus de hauts sommets tout blancs.
Il ne nous reste plus qu’à avoir du beau temps
Vers le Sauze, là-bas. Il serait enneigé

Juste comme il le faut d’après la Météo !
Mais voici le barrage de Serre-Ponçon,
Un tunnel pas bien long et le dernier tronçon
Qui va nous amener en une heure là-haut.

La route tournicote ; et les mélèzes nus
Strient de leurs troncs gris les pentes en grimpette ;
La route est dégagée ; voici Barcelonnette…
Un tout dernier effort et nous sommes rendus.

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Poème illustré par un tableau de :

Lisa Corbière
www.open-art-galerie.com

Non loin de Forcalquier une route perdue
Bordée d’une garrigue maigre et desséchée ;
Un morne ruban gris d’asphalte délavée
Tournant dans la montagne aux formes biscornues.

Lieu triste à en pleurer, sombre lieu jalonné
Par une litanie d’accidents de voiture !
Ca se passe parfois quand la nuit est tombée
Sur la région noyée au fond du clair-obscur.

Les gens y vont trop vite ; et le vendredi soir
Ce sont surtout des jeunes rentrant d’une fête
Où ils ont bien trop bu… Il est tard, il fait noir :
La vitesse et un sort maudit les déchiquètent

Dans cet affreux tournant de sombre renommée.
On l’appelle « la Route des Quatre Destins ».
Un nom tragique et noir, du nombre des tués
Pour qui ne se leva plus jamais le matin.

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La maison de Manu est sur un belvédère.
On dirait qu’elle flotte, accrochée dans les airs
Par un fil invisible, en surplomb du village ;
Certains disent parfois qu’il n’est vraiment pas sage

De vivre ainsi perché comme un étrange oiseau.
Mais Manu est ainsi ! Il rit, et peut lui chaut
De passer quelquefois pour un original
Qui aurait squatté l’aire d’un aigle royal.

Son chalet est ancré sur un roc en trapèze
Et nul autre que lui n’y serait à son aise.
Mais quand le crépuscule éteint sur La Blachère
Les derniers feux du soir ; quand la douce lumière

Décroît tout doucement en la teintant de roux,
Manu est bienheureux ! Il n’est pas aussi fou
Qu’on pourrait le penser ! Son mas vertigineux
Fait de lui un surhomme et l’émule des dieux…

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A l’aurore des temps, ici, il n’y avait
Qu’une vaste cuvette encombrée par les glaces :
Glacier de la Durance ayant laissé ses traces
Au pied des grands monts noirs, dans tout le Gapençais.

Il est fini cet âge, et Gap* la lumineuse,
Même si ses hivers sont surtout montagnards,
Se prélasse au soleil sans jamais de brouillard.
Peut-on alors parler d’une vallée heureuse ?

C’est une jolie ville où chacun se rappelle
L’Empereur qui passa pour y dormir un soir
Après son retour d’Elbe. Un homme empli d’espoir
Trinquant à ses succès, l’âme toujours rebelle,

Avant de repartir pour un dernier combat.
On sait ce qu’il advint de sa folle équipée !
Route Napoléon… Gap n’a pas oublié
L’homme qui lui laissa un peu de son éclat !

Carrefour bien tranquille des Alpes du Sud,
C’est une jolie ville de Haute Provence ;
Ronronnant doucement, sans excès, sans outrances,
Où le bonheur de vivre est comme une habitude…

*Poème offert à la ville de Gap

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Poème illustré par un tableau de :

Marjo
www.creabook.com

Il est au bouquetin ce qu’est un vrai pur-sang
A un vieux percheron : délicat, délié
Et tout empli de grâce ! On le dirait ailé
Quand il vole au-dessus des ravins du Chiran.

Il est bien plus petit que son frère d’alpage
Et il paît comme lui des herbes parfumées ;
Mais il est bien plus vif, il est bien plus sauvage,
Sautant par petits bonds de rocher en rocher…

L’été tout neuf mûrit des herbes délectables.
Un petit éterlou qui a perdu sa mère
Chevrote faiblement sur un ton lamentable,
Bondissant gauchement, pataud, de pierre en pierre.

Une bréhaigne âgée conduit ses congénères
Vers le plateau herbu juste sous le glacier.
Ses cornes noir ébène infléchies en arrière
Forment un angle aigu, gracieux et incurvé.

Elle les mène tous dans la montagne en fête,
Broutant l’herbe fleurie du début de juillet
Et cherchant une pierre salée à lécher.
La harde dominée l’escorte dans sa quête.

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