Archives pour la catégorie “Hiver”

Poème illustré par un tableau de :

Pierre Roudier

C’est un torrent fougueux tout hérissé de glace
Dont on a oublié qu’un jour il fut de l’eau.
Raidi et pétrifié sous une carapace
Dure comme l’acier, il chute  de là-haut,

Dégringolant à pic en mille pendeloques
Sur les rochers tordus où il court en été…
Puis un beau jour de mars apparaissent des cloques
Sur l’eau fossilisée complètement gelée ;

Il fait un peu moins froid. Peut-être le printemps,
Se réveillant enfin après des mois d’attente ?
Des gouttelettes sourdent du roc noir et blanc,
Et bientôt un filet d’eau claire et bondissante

Bondit furieusement de rocher en rocher.
C’est d’abord un glouglou, puis le rugissement
De l’eau débarrassée de sa gangue glacée.
Le torrent délivré fait entendre son chant.

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Les jours sont vraiment courts ; le soleil est très bas,
Posé sur l’horizon comme une balle rouge,
Et décembre est très long qui va cahin-caha.
Oh ! Revienne la vie qui flamboie et qui bouge !

Le fond de l’air est gris, et Vernègues qui dort
Se morfond dans le froid un peu mou de l’hiver.
On s’ennuie, on somnole ; il faut attendre encore
Des jours et puis des jours pour que deviennent verts

Les champs tout hérissés de chaumes desséchés.
Le village ruiné posé sur la colline
Egratigne le ciel de ses sinistres traits,
Et les hameaux trop neufs n’ont pas très bonne mine

Sous les nuages bas salissant l’horizon.
Vernègues se calfeutre : on n’a pas l’habitude !
Le temps est infini, les jours tournent en rond,
Et du village sourd une morne hébétude.

Poème dédié au village de Vernègues

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J’aime les arbres bleus sur le ciel roux du soir
Quand le soleil couchant fond en taches dorées,
Quand leurs branches tordues en pattes d’araignée
Egratignent les nues de leurs griffures noires ;

Le treillis des rameaux dessine une résille
Hachurant le jardin que février endeuille.
Tout gonflé et replet quand il avait des feuilles,
Le tilleul amaigri que le vent déshabille

Des derniers oripeaux s’y accrochant encor
Paraît bien desséché dans le fond de la cour.
Un faisceau de traits tors sur un tronc gris et court
Dont l’écorce est fendue par le gel qui le mord !

J’aime les soirs d’hiver et leur gros soleil froid
Englouti bien trop tôt, mangé par l’horizon
Si net et si aigu du côté de Salon.
J’aime les arbres bleus sur le ciel qui flamboie.

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Poème illustré par un tableau de :

Augustin Fleury
(1833-1875)
www.cmo-antiquites.com

Les étoiles gelées par le froid de l’hiver
Sont piquées sur le ciel et ne clignotent plus ;
La nue noire est figée au-dessus de la mer,
La Méditerranée comme éteinte s’est tue.

Tout est inanimé, plus aucun mouvement
Pour agiter les flots ! L’eau livide et caillée
Ne frémit même plus. C’est un immense étang
Dans la nuit immobile et comme pétrifiée.

Pas un souffle de vent ! Décembre s’est posé
Comme un grand oiseau noir sur la côte ; et Marseille,
Attaquée par l’hiver, s’est recroquevillée
Sous le froid qui la mord pendant son long sommeil.

Seul vit le Canoubier dont la tourelle éclaire
Les confins de l’eau sombre où a sombré le vent.
Le port est silencieux : trop paisible ! Et la terre
Dure comme l’acier se meurt tout doucement.

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 Poème illustré par  un tableau de  :

D. Touche
www.galerie-emma.com

Le mistral qui hulule au bois
Secoue les branches des cyprès ;
Comme pétrifiée par le froid,
La lande grise est verglacée ;

Le gel mord les troncs éclatés
De yeuses sèches et transies
A la sève coagulée
Qui ne reprendront jamais vie.

Furieux, le vent houspille le mas.
Au ciel les étoiles gelées
Ne clignotent plus. Et là-bas,
Gordes s’est recroquevillée

Sur son éperon escarpé
Battu par l’air bleu qui mugit
Et le frappe de plein fouet :
Mistral fou qui beugle et rugit,

Secouant portes et fenêtres
Comme s’il désirait entrer…
Un agnelet venant de naître
Se pelotonne tout serré

Contre la panse de sa mère,
Le vent hurlant encor plus fort
Comme il sait le faire en hiver.
Mais rassuré l’agneau s’endort

Dans la chaleur de la brebis
Car la bergerie est bien tiède,
Il y fait doux ; et éconduit,
Enfin vaincu le mistral cède…

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La vallée de l’Ubaye est blanche,
Argentée sous son ciel qui penche
Au-dessus des toits ouatés ;
Elle est feutrée, immaculée,

Etrangement silencieuse.
Les branches biscornues des yeuses
Du jardin sont capitonnées
D’un capulet couleur de lait

Et, sur le chemin, des congères
Ont été sculptées par l’hiver,
Talus bien ronds et potelés
Qui commencent à s’effondrer.

On ne l’attendait pas encor,
Ce tapis blanc, couleur de mort !
On n’a pas vu passer l’été…
Les toits bien encapuchonnés

Font le dos rond sous l’édredon
Trop neuf qui s’affaisse et qui fond :
Pourtant le soleil est bien terne
Puisqu’il vient de se mettre en berne !

La vallée de l’Ubaye est blanche
Et son ciel grisailleux se penche
Sur le village somnolent.
Oh ! Il est bien loin, le printemps…

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Poème illustré par  un tableau de  :

Josette Mercier
www.josettemercier.ch

Dans le combat contre ses frères :
Printemps, Automne, Eté,  l’Hiver
Vient de perdre et s’est retiré
Là-haut dans son Nord verglacé.

Au début l’on était content
Car le beau temps était constant,
Si ce n’est des pluies éphémères.
Le paysage était tout vert,

On n’allumait plus le chauffage,
On avait jeté les lainages…
Le mieux dans le meilleur des mondes
Où rien ne dévie ni ne gronde !

Mais peu à peu s’en vint l’ennui
D’être toujours au Paradis !
Plus de contrastes, plus d’à-coups,
Un temps trop mièvre et un peu flou

Dont l’unique rudesse est celle
De l’été, de ses étincelles
Sèches mais toujours supportables.
Vienne un gros froid, bien redoutable !

On s’est donc tourné vers les terres
Où s’était rencogné l’Hiver ;
Et tout de même un peu vexés,
On s’est tous traînés à ses pieds !

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Poème inspiré par un tableau de  :

Martine Tron
www.mm-saudade.com

L’hiver a façonné dans le fond du jardin,
Avec dix brins de bois et quatre gouttes d’eau,
Une oeuvre raffinée que le petit matin
Découpe en lacis mauve, argenté et bordeaux :

Oeuvre d’art absolue que ne renieraient pas
Les sculpteurs chevronnés en quête de beauté,
Que les larmes de gel en coulant sur le bois
Ont parée d’aiguill(e)s d’or, de lumière domptée !

Le soleil contribue à sauver la merveille
Car dès qu’il s’éteindra, elle redeviendra
Une branche sinistre et en tous points pareille
Aux taillis dénudés par l’hiver et le froid

Et que n’ont pas touchés la lumière qui sourd.
Car il est encor tôt : la sculpture résiste,
D’autant qu’il gèle ainsi depuis plus de huit jours.
Quand il le veut l’hiver peut être un grand artiste !

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Poème illustré par un tableau de   :

Enra Laouenan
www.enra-laouenan.com

Bien qu’on soit en juillet, le petit Thomas songe
A son prochain Noël ! Car peut-être ira-t-il
A Marseille, invité par son copain Cyril
Comme l’année dernière ? Et son rêve le plonge

Au sein de la famille où il était si bien.
La maman de Cyril avait fait des gâteaux
Dégoulinant de miel, à la noix de coco…
Il y avait un chat, il y avait un chien

Qui venaient sans arrêt lui faire des câlins
Pendant que la Mamet racontait des histoires ;
Des petits trucs dorés clignotaient dans le noir,
On s’y était tous mis pour orner le sapin !

Le papa de Cyril avait fait un grand feu
Et les bûches craquaient en chuintant et sifflant.
On avait même bu du vin tout pétillant :
Oui, oui ! Du vrai champagne ! Mais pour lui, juste un peu…

Le petit Thomas pense aussi à ces cadeaux
Offerts par tout le monde à chacun des enfants.
Pour lui une voiture et même un éléphant !
Ceux du prochain Noël seront-ils aussi beaux ?

A moins que les parents de Cyril ne se lassent ?
Cela fera quatre ans qu’ils l’invitent ainsi
Et il craint quelquefois que la famille l’oublie.
Tom a le coeur anxieux car il est de la Ddass !

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Poème inspiré par un tableau de :

Wilga Lerat Guy
www.wilga.over-blog.com

De ses très longues ailes noires,
Un grand oiseau a effacé
Le soleil usé par le soir
Et les excès de son été.

Un messager de male mort
Envoyé pour vaincre et tuer ?
Toujours est-il que l’astre d’or
Est aujourd’hui tout estompé :

Gommés sa lumière en tempête
Et ses longs rayons effilés !
Sa monarchie est obsolète,
Sa puissance va s’effondrer

Car l’oiseau noir aux longues ailes
Est l’émissaire de l’hiver.
L’hiver auréolé de gel
Qui va déposer son suaire

Sur la garrigue pétrifiée.
L’oiseau est invincible, immense,
Et son ombre est démesurée
Sur le ciel gris de la Provence.

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Poème illustré par :

Jean-Marc Janiaczyk
http://pagesperso-orange.fr/jean-marc.janiaczyk

Les jours sont riquiquis, les nuits interminables !
Il faut bien l’avouer : décembre est peu aimable ;
Qui pourrait le trouver avenant et mutin ?
Non ! L’hiver n’est pas bon pour nous à Lourmarin !

Nous avons l’impression d’être emmurés vivants
Dans un monde étriqué où le froid et le vent
Mugissent de concert pour mieux nous effrayer,
Non ! L’hiver n’est pas bon pour nous, les Marseillais !

On n’a pas l’habitude, et ces jours raccourcis
Posent sur la région une chape d’ennui ;
Les routes sont glacées et vont tout de guingois !
Non ! L’hiver n’est pas bon pour nous, pauvres Aixois.

Encor heureux pourtant que Noël soit si proche !
Il éclaire les rues et le chant de ses cloches
Va réchauffer nos coeurs à défaut de nos pieds.
L’hiver n’est pas pour nous, pauvres Avignonnais !

Viennent, viennent l’été et son bon gros soleil
Avec ses grands rayons de lumière vermeille !
Oh ! Nous regrettons tant notre jour le plus long !
L’hiver n’est pas pour nous, pauvres gens de Salon…

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Poème illustré par :

Loïc Noël
www.galeriestylart.unblog.com

Les ailes du mistral balaient l’horizon blanc
Car la neige est tombée hier sur la Provence ;
Des giclées verglacées frappent l’huis en cadence
En le faisant vibrer et en le secouant.

De gros paquets de feutre, étoilés de cristaux,
Tombent sur la garrigue ; et les vieux oliviers
Semblent se secouer pour se désencombrer
De la neige amassée en un épais manteau.

La lumière est rosée et le ciel bleu foncé,
La neige immaculée : lumineux paysage
Fouetté par le vent grondant comme l’orage,
Le déstabilisant sous ses coups répétés !

Le mas des Malausset est presqu’enseveli :
On ne voit que son toit au bout du chemin creux
Et sa fumée hachée par les rafales bleues
Tremblote dans le vent qui secoue le Midi.

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L’hiver enraciné n’a toujours pas compris
Qu’il doit céder la place et qu’un nouveau printemps
Est tout prêt à régner. Bien qu’il soit tout flapi,
Il ne fait qu’embêter la nature et les gens !

On en a plus qu’assez : on voudrait ressortir
Nos vieilles tongs pourries et nos habits d’été,
Arrêter le chauffage et voir les fleurs sourire
Dans le fond du jardin tout recroquevillé.

La Provence grelotte et n’y comprend plus rien.
On devrait avoir chaud, aller se promener !
Un peu de pluie, d’accord ! On le conçoit fort bien,
Mais pas ce temps si froid complètement cinglé !

C’est la faute à l’hiver qui ne veut pas mourir,
Un hiver à histoire et qui n’a pas compris
Qu’il est un temps pour tout ! Et l’on a beau rugir
Qu’il lui faut dégager, que son temps est fini,

Il n’y a rien à faire : il ne veut pas partir !
Il faut l’ébouillanter, l’engueuler, l’insulter !
Que le soleil flemmard le force à déguerpir !
C’est inimaginable : on est au mois de mai…

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Le dada de Cora, vraiment, c’est la déco !
Son environnement n’est pas toujours bien beau
Mais elle a décidé d’y apporter  remède.
Pour ça, pas de soucis, car une folie l’aide :

La mode des stickers qu’on peut coller partout !
Depuis hier matin le ciel terne est tout mou :
Pour le rendre plus gai Coralie y dépose
Des nuages-moutons frisottés et tout roses

Qu’un soleil mordoré hérisse de rayons.
Au fond de son jardin un tilleul dont le tronc
Est séché par l’hiver geint et se désespère
Tant ses branches sont nues, crispées comme des serres.

Pour Coralie jolie ce n’est pas un problème :
Elle y colle des fleurs : boutons de chrysanthèmes,
Pétales de pommier et feuilles d’oranger…
Un arbre bien étrange au coeur de février !

Elle sticke par-là, elle colle par-ci.
Changeant en gai décor le plus laid des murs gris,
Elle pose sur tout sa touche poétique
Et fait de l’hiver sombre un printemps magnifique.

Pas bien loin de chez elle une usine crasseuse
Découpe l’horizon de ses lignes lépreuses.
Vite, un autre sticker ! La façade irréelle
D’un fort joli château doit la rendre si belle

Que chacun va bader à la voir ainsi faite.
Et pour notre Cora, c’est vraiment une fête
D’ainsi tout décorer et de remettre droit
Un monde triste et gris qui va tout de guingois !

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Poème illustré par :

Cécile Veilhan
www.louisecie.canalblog.com

Parfois j’aime l’hiver, quand le mistral secoue
Les murs et la toiture à grands coups comme un fou ;
Lovée dans un fauteuil j’aime alors hiberner,
Blottie comme un lapin au fond de mon terrier.

Envie de cocooner à perdre la raison !
Surtout ne plus jamais quitter cette maison
Si douillettement gaie, comme doit l’être un nid !
Attendre patiemment que février s’enfuie !

C’est si bon de sentir que ce toit a une âme,
Immuable et constante et semblable à la flamme
Qui jamais ne s’éteint, ne s’éteindra jamais.
Chaud mazet en hiver, fraîche maison d’été !

Et quand le vent tournoie au-dessus des restanques,
Quand il hurle à la mort dans le creux des calanques
En givrant les grands pins de son souffle glacé,
Je cocoone encor plus et ferme les volets.

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