Archives pour la catégorie “Hiver”
Publié par Vette dans Hiver

Il y a depuis peu quelque chose dans l’air,
Bien plus d’animation et de vie. La lumière
Dégouline partout en torrent dans les rues :
Des maisons, des sapins, des vitrines, des nues …
Le ciel bleu provençal joue le jeu lui aussi :
Ca fait presque huit jours qu’il fait dans le Midi
Un bon froid sec et rude. Et le mistral perclus
Sent intuitivement qu’il serait malvenu
De souffler pour gâcher l’enthousiasme et la fête.
Un groupe de chanteurs s’époumone à tue-tête :
C’est l’Armée du Salut qui sait se souvenir
Que ce remue-ménage et ces cris et ces rires,
C’est le joyeux rappel qu’un tout petit-enfant
S’en vint en notre monde il y a deux mille ans.
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Publié par Vette dans Hiver

Poème illustré par :
Lilia Dutoit
http://dutoitvillemer.free.fr
Cette année l’hiver est minable :
Il a vraiment pété les câbles,
Si mollasson que le soleil
Le nargue de ses rais vermeils
Et que le mistral tout léger
Est comme une brise de mai !
Cette année l’hiver est sans forces,
Et lui dont le maigre torse
Est souvent paré de glaçons,
Se sent tout nu et un peu con
D’être aussi mièvre et délicat.
Mais attention ! Ne croyez pas
Qu’il nous ait dit son dernier mot !
Il n’est pas tout à fait idiot
Et peut encor nous mitonner
Ce gel dont il a le secret !
Lors profitons de sa paresse !
Il se pourrait que sa faiblesse
Ne soit qu’un magnifique leurre,
Que le fourbe attende son heure …
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Publié par Vette dans Hiver

Poème illustré par :
Paul Cézanne
Un vent furieux s’enroule autour de la maison,
Un mistral rude et noir aux volutes glacées
Qui courbent jusqu’au sol la cime des cyprès,
Un mistral insensé jusqu’à la déraison.
La maison isolée au coeur de la garrigue
Semble s’être tassée sous les coups de boutoir ;
Le ciel immense et bleu, si bleu qu’il en est noir,
Enserre les vieux murs tout en dansant la gigue.
L’air tournoie, si violent qu’il ébranle le toit.
Les pavés du chemin partent en ricochets
Et s’en viennent frapper le seuil clos et usé
Comme des aiglons blancs s’acharnant sur leur proie.
Mais sous les coups déments la maison se resserre,
Se referme encor plus autour de l’âtre tiède
Où ronfle un bon gros feu – Ce n’est qu’un intermède,
Elle doit se soumettre au seul gré de l’hiver.
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Publié par Vette dans Hiver

Poème illustré par :
Raguz
www.france-art-realisation.com
Pluie d’hiver, longue pluie, pluie de désespérance
Qui tombe au long du temps sur toute la Provence
Depuis bien trop de jours, depuis bien trop de nuits :
Nous ne savions pas trop ce qu’est vraiment la pluie !
Des averses brutales, énormes mais brèves,
Des murs d’eau, des torrents, oui ! Mais pas ce temps mièvre,
Pas ces molles journées, humides, brumasseuses
Où ne flashent jamais ces ondes lumineuses
Qui s’en viennent parfois éclairer nos nuages.
Tout est gris, sans couleur et ignore l’orage …
Mais voici qu’il fait froid, la bruine devient beige,
Ses gouttes imprécises se transforment en neige.
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Après l’avoir longtemps cherchée en tâtonnant,
L’hiver a enfin pu retrouver la Provence ;
Et il a rameuté le gel, le froid, le vent
Qui l’aide autant qu’il peut en hurlant, comme en transes.
Mais peu nous chaut, à nous, dans un bain bien brûlant
Qu’il fasse froid dehors, que le mistral chahute
La porte et les volets, frappant et tapageant,
Et nous sommes polis si nous lui disons : « Zut » !
De l’eau tiède ou bien chaude, et des bulles, des bulles,
Frémissant doucement en chatouillant la peau ;
De l’eau bleuie qui mousse et qui tintinnabule
En montant lentement le long de notre dos.
Mollement allongés, écoutant la Radio
Qui parle du soleil, des oiseaux, des Tropiques,
Nous nous laissons flotter en remettant de l’eau
Dès que le niveau baisse. Et cette heure est magique …
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Publié par Vette dans Hiver

Poème illustré par un tableau de :
Raymond Peynet
(1908-1999)
C’est le rouge qui monte aux joues
Et le coeur qui bat la chamade ;
Un étrange jeu qui se joue :
Drame, comédie ou charade ?
La Méditerranée est bleue
Comme les yeux de la donzelle.
On ne sait plus marcher qu’à deux
Sur la plage qui étincelle
Sous le soleil dru de l’hiver.
On n’a pas grand’chose à se dire,
Main dans la main, coeur qui espère,
Tête en feu et tendres soupirs !
Il est aussi beau qu’elle est belle !
Ses pas s’incrustent dans ses pas :
Réciprocité irréelle
Qui hélas ! ne durera pas …
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Publié par Vette dans Hiver

Quand on est sortis du ciné,
On l’a prise en pleine figure :
Une énorme gifle glacée
Et d’une telle démesure
Que le ciel semblait basculer.
Bien accrochés les uns aux autres,
On a essayé d’avancer
Comme une escouade d’apôtres
Faisant front contre le péché.
Mais l’attaque était si violente
Que quelques uns ont trébuché,
Nous entraînant tous dans la pente.
Le mistral était déchaîné
En phénoménale tempête ;
Nous nous battions échevelés
Pour tenter de lui tenir tête !
Un vent effrayant, effréné
Où nous luttions à perdre haleine ;
Folle impression de côtoyer
La quintessence de la haine
Qui s’efforçait de s’engouffrer
Sous nos vêtements distendus,
Soulevés, happés et gonflés !
Et quand nous sommes parvenus
A la voiture abandonnée
Sur le parking en bord de mer,
Nous nous sommes laissé aller
Comme au giron de notre mère.
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Publié par Vette dans Hiver

Poème illustré par :
Didier Léveillé
www.didier-leveille.zevillage.org
Encor un an nouveau. Pour l’ajouter aux autres,
On va faire la fête et se montrer contents
De vieillir un peu plus tout en se rapprochant
De l’inéluctable fin. Faisons les bons apôtres
Et ne montrons pas trop qu’il est dur de faner
Comme une vieille plante. Il faut chanter et rire,
Se moquer de sa fin, ignorer l’avenir
Car chaque année passant nous amène plus près
De la grande Inconnue qui attend son moment ;
On a le corps qui s’use et l’on devient bien laid.
Mais foin de tout ceci : il nous faut l’oublier !
Buvons encor un peu de champagne en chantant,
Accrochons-nous bien fort à ces instants joyeux !
Demain est déjà là, déjà une autre année
Qui ajoute une perle à un bien lourd collier.
Allons ! Il faut sourire et se montrer heureux …
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Publié par Vette dans Hiver

Ce matin le ciel est si bas
Qu’on pourrait presqu’à bout de bras
Le soutenir. Et la lumière
Est corrodée par cet hiver
Oppressant qui n’en finit pas !
Notre Midi se désespère
D’être aussi terne, et l’on est las
De la grisaille délétère
Engendrée par le temps maussade.
L’air cotonneux nous semble fade
Sans ces brusques assauts de vent
Si coutumiers après l’automne.
La Provence dort et attend
Sous un triste couvercle jaune.
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La vigne a froid aux pieds et le vin sera bon :
Il a neigé hier soir du côté de Bandol
Et sur les ceps tordus de jolies girandoles
S’ornent d’un macramé de givre et de flocons.
Mais quand il neige ainsi, n’est-ce que le vin blanc
Qui est bien plus goûteux ? Et pour le vin rosé
Faudrait-il une pluie de neige colorée ?
Une neige orangée à commander au temps ?
Pour le moment Bandol est sage sous son ciel,
Sous son ciel en coupole un peu jaune, un peu gris,
Et les vagues lèchant la plage de Barry
S’étonnent de son goût si peu habituel,
La saveur d’une neige fade et délavée.
Les ceps encor plus noirs sont encor plus tordus
Sur ce tapis tout blanc lissant la terre nue.
Il neige sur Bandol, la vigne a froid aux pieds.
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Publié par Vette dans Chez nous, Hiver

Illustré par un tableau de :
Tiziano Vecellio, dit Le Titien
(1473-1490)
Les enfants excités attendent le dessert.
La famille réunie ne peut faire mystère
De sa joie d’être là car c’est l’Epiphanie,
Mais l’on a bien du mal à calmer les petits.
On a mis sous la table le plus jeune des trois
Car ce soir c’est la Fête : on va tirer les Rois !
A dîner réussi, brioche délectable,
Et pas une bouchée ne cherra pour Aimable
Qui veut faire bamboche aux pieds de Jérémie.
Découpons la brioche : attention, c’est parti !
Jean attribue les parts et on les distribue
Quand soudain le sort fait que c’est Papet Lulu
Que le Destin choisit. Mais comme il est avare,
Il ne veut pas offrir son champagne au Hasard !
Alors il déglutit et avale en secret
Cette fève exécrable et qui l’a transformé
En Roi de l’Assemblée. Mais reste le Sujet,
Minuscule effigie trouvée par tante Aimée.
Alors on l’applaudit et vite on la couronne.
Allongé sur le sol, déçu, Aimable grogne …
On est bien trop heureux pour que le vieux chien souffre,
D’autant que son antique estomac est un gouffre.
Il aura droit aussi à sa part du gâteau.
Tout le monde est content, et dehors il fait beau
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Publié par Vette dans Hiver, Les gens

Comment peut-il être la cible
De tant de gens dans le village
Et si son look est impossible
Pourquoi tant de hargne et de rage
Contre un pauvre type un peu fou ?
Ou est-il simplement un sage,
Une sorte de vieux hibou
Souvent perdu dans les nuages ?
Ses yeux ronds derrière des verres
Epais comme de vrais hublots
Survolent sans voir. Il erre
Dans un monde étrange et très beau.
Soyez donc un peu tolérant
Et n’ayez pas le coeur trop rêche
Envers cet aimable innocent
Car c’est le Ravi de la Crêche.
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Publié par Vette dans Chez nous, Hiver

Dehors le mistral devient fou,
Cogne à la porte et la secoue ;
Mais chez nous l’on est vraiment bien
A perpétrer un rite ancien !
Car l’on est à la Chandeleur,
Jour familial haut en couleurs.
Dans la cuisine il fait très bon …
La crêpe d’Anna fait un bond
Et retombe bien dans la poêle.
Il faut voir le regard des mâles
Déjà prêts à la dévorer !
Mais halte ! Il faut continuer …
A la crêpe du vieil Arthur !
Elle s’aplatit sur le mur ;
Celle de grand-père Raymond
Est restée collée au plafond ;
Quand à celle d’oncle Lucien,
Elle est retombée sur le chien :
Stupéfait il reste coiffé
D’un chaud et odorant bonnet …
Tout le monde est tordu de rire.
Le bon vieux chien pousse un soupir,
Puis fataliste et résigné
Se laisse aller à le manger !
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Publié par Vette dans Chez nous, Hiver

Puisqu’en notre Provence existe
Cette tradition séculaire,
Nous allons préparer la liste
Nécessaire aux treize desserts :
La pompe à l’huile et à l’anis
( Brioche ambrée poudrée de blanc )
Et les fruits secs les plus exquis
Prévus pour les Ordres mendiants :
Noisettes, noix aux Augustins,
Et des amandes pour les Carmes ;
Figues sèches aux Franciscains,
Et pour mieux leur faire du charme,
Raisins secs aux Dominicains !
Pommes, poires et melon vert,
Des sorbets et puis du raisin …
Je n’ai rien oublié, j’espère ?
Si ! Nougat noir et nougat blanc.
C’est bien ! Nous avons notre compte.
Tout ça vous paraît étouffant ?
Mais non, voyons, ce n’est qu’un conte :
Une bribe de ça, de ci,
Quelques bouchées bien raisonnables :
Vous verrez que cela suffit
Pour vous rendre gais et aimables,
D’autant qu’on raconte en Provence
Qu’il suffira d’en grignoter
Pour bien apprivoiser sa chance :
Bonne fortune toute l’année !
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Poème illustré par :
Elisabeth Fourcade
www.elisabeth-fourcade.net
Il fait si froid dehors qu’on est vite étouffé
Dès qu’on aspire un peu du vent vif et glacé
Qui rôde sur Aurons depuis deux ou trois jours.
Comme sur un corps mort planerait un vautour.
On va rester ici, bien au chaud près du feu,
Faire chauffer de l’eau pour se faire du thé
Et sortir du placard le beau service bleu
Acheté sur le Cours au milieu de l’été.
L’été existe donc ? Nous l’avons oublié !
Comment est-ce possible ? Comment avoir si froid ?
Les bras nus, les tee-shirts, les vêtements légers …
Et cet air si pesant qui pèse comme un poids !
J’ai fait un gros gâteau – clafoutis aux cerises !
La porte est secouée. Les hoquets de la bise
S’acharnent tant et plus sur les gonds des volets.
Mais nous n’en avons cure. Encor un peu de lait ?
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