Archives pour la catégorie “Hiver”

Tout en haut d’une tour, un vieillard émacié
Hurlait de tout son saoul : il était enchaîné
Depuis quelque six mois, se plaignant à hauts cris
De sa captivité. Hâve et le teint tout gris,

Il était décharné et l’on comptait ses os.
N’y aurait-il donc point l’un de tous ses féaux
Pour le tirer de là où on l’avait laissé ?
Ses frères, les maudits, l’avaient si bien lié

Qu’il ne pouvait sortir sans aucune assistance…
Le Mistral qui flânait non loin d’Aix en Provence
L’entendit se complaindre et vint le délivrer
A l’insu du Printemps, de l’Automne et l’Eté.

Qué pastis, mes amis ! Quelle grosse cagade !
On était en juillet : ce fut la débandade
Car l’Hiver détaché furieux se déchaîna
Aidé de ses amis : la Pluie, le Vent, le Froid !

Il fallut ressortir les pulls et les k-ways
Et déserter la plag(e) car on y grelottait !
On maudissait l’Hiver, on priait le Soleil
De le vaincre à grands coups de ses rayons vermeils.

Il n’y eut que le Temps pour le remettre en cage
Encor pendant trois mois, comme c’était l’usage.
Le Mistral tout confus se fit lors tout petit,
Se muant en Zéphir léger et déconfit…

 

 

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A Bédarrid(es) antan les jeunes du village
Savaient pertinemment que pour la Chandeleur
Ils devaient fabriquer, comme c’était l’usage,
De tout petits bateaux qu’ils façonnaient en choeur

Et lançaient dès le soir sur la Sorgue au Vaucroze
Après y avoir mis des bougies ; puis fébriles,
Ils couraient vers le pont en aval où, tout choses,
Ils attendaient qu’arriv(e) leur oeuvre si fragile.

Les esquifs cahotaient, tanguaient, tourbillonnaient…
Craignant par dessus tout que leur bougie expire,
Les jeunes, coeur battant, priaient et suppliaient
La minuscule flamme : ils redoutaient le pire,

Son extinction brutale au fil bleu du courant !
C’aurait été affreux, un très mauvais présage
Pour l’année à venir ! Admonestant le vent,
Les algues, les rochers, ils trépignaient de rage

Et hurlaient pour booster leur barque de papier…
Quand elle était passée, certains étaient ravis :
Leur flamme vacillait, mais ils avaient gagné !
Les perdants grommelaient, maudissant leur bougie…

 

 

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Poème illustré par un tableau de :

Annie Rivière
www.atelieriviere.canalblog.com

L’hiver hurle à la mort, hérissé de glaçons,
Boosté par un mistral qui gémit à coeur fendre
Avant d’aller mourir, tout là-bas, à Port-Vendres.
La Méditerranée n’est plus qu’un grand frisson

Qui de l’Est à l’Ouest grelotte et désespère.
La Provence a très froid, comme tout le Midi
Couvert par une chape de nuages gris
Gonflés jusqu’à ras bords d’une neige polaire.

Le Nord rigole bien sous un joyeux soleil
Et tous les Parisiens nous regardent de haut.
Hola ! Pour une fois que chez vous il fait beau,
Que votre météo sidérée s’émerveille,

Soyez un peu moins fats et un peu plus discrets !
Le gel borde nos voies d’une banquette blanche ;
De gros paquets glacés dégringolent des branches,
Ensevelissant tout sous un manteau givré.

On n’a pas l’habitude et l’on se sent tout mous,
Malades, mal fichus, alors que les Lorrains
Profitent du beau temps sous un ciel africain !
Et si notre soleil ne voulait plus de nous ?

 

 

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Comme peint au lavis sur le ciel bleu marine,
Un vaisseau minéral dressé dans la lumière :
C’est un village blanc qui fait face à la mer…
Renoir, Chagall, Signac, et Matisse, et Soutine,

Picasso et Miro et Modigliani…
Le labyrinthe noir de ses rues tortueuses
Est hanté en secret par les ombres fameuses
Des grands peintres rôdant dès que sonne minuit.

Voici aussi Giono, Gide, Cocteau, Prévert…
Les fantômes légers déambulent en bande
Sur les pavés usés de la vieille Rue Grande
Dès qu’elle est endormie au giron de l’hiver.

Haute cité nichée derrière de vieux murs,
Saint Paul est plus serein quand les beaux jours finissent.
Le village respire, et même ses artistes
Osent un peu souffler alors que le murmure

De la brise de mer chuinte dans les venelles.
Le soleil est moins haut, la lumière moins dense
Sur la Fondation Maeght ; un nuage qui danse
Au-dessus de Saint Paul le rend immatériel…

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Poème illustré par un tableau de :

Annie B.
www.annieb.over-blog.com

Oh mon dieu, qu’il fait froid ! Tellement que le souffle
Se transforme en vapeur à chaque expiration !
Nos mains sont si crispées tout au fond de nos moufles
Que nos vingt doigts sont morts ! Pitoyable Manon

Qui viens de Cavalaire, il faut t’habituer
A supporter ce temps ! Et l’immense plaisir
De dévaler les pist(es), il te faut le payer,
- Bien que ça n’ait duré que le temps d’un soupir -

Au prix d’un nez qui coule et d’oreilles gelées !
Passer de plus dix-neuf à moins douze degrés,
C’est assez difficile, il faut bien l’avouer…
Après cette journée, tu es si épuisée

Que tu ne songes plus qu’à rentrer, bien au chaud !
Il faut nous arrêter. Faisons donc une halte
Au bar de « L’Eterlou » pour boire un cacao…
Là-haut le ciel flamboie sur les monts bleu cobalt.

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Sonnet illustré par :

Trish Biddle
www.pussycatdreams.centerblog.net

En ce mois de novembre il fait encor très doux.
Le ciel est bleu layette et le jardin est roux
Sous les tout-derniers feux d’un soleil anémique ; .
Le Midi est frileux sous ses rayons obliques

Et l’aurore frisquette ; un léger voile brun
Adoucit les contours rudes de la Barben :
Le château semble étrange, aux contours estompés
Comme l’illustration d’un vieux conte de fées.

On est entre deux temps et entre deux saisons :
Il fait parfois si beau qu’on est outre raison,
Puis il pleut à torrents : une pluie si glacée

Qu’elle pique la peau de ses longs doigt pointus.
Presqu’hiver ? Presqu’automne ? On est désorienté,
Et le ciel malicieux joue à l’hurluberlu…

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Je t’aime, Magali décoiffée par le vent,
Une bise d’hiver qui s’emmêle en hurlant
Dans tes longs cheveux roux de vénus provençale.
Car tu es un démon et même le mistral

Ne peut pas résister à ta beauté sauvage.
Nous sommes en décembre, et pourtant un orage
Rugit dans le ciel lourd à la lumière grise.
Ta beauté et ce temps m’affolent et me grisent

Comme un vin trop épais qui m’empâte la bouche.
Je suis désespéré, mais jamais rien ne touche
Ton petit coeur si froid obstinément fermé.
Pourquoi m’as-tu suivi ? La lande est désolée,

Perdue infiniment au fin-fond de l’hiver.
Tragique promenade ! Et ce monde de pierre
Tout alentour de nous ressemble à mon amour…
Mais il est déjà tard. Ce rocher est très lourd,

Que je dois déplacer pour mieux cacher ton corps.
J’ai chaud malgré le froid. Et de tes longs yeux morts
Tu contemples le ciel que tu ne verras plus.
La foudre se déchaîne et fait craquer les nues…

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Poème illustré par un tableau de :

Gilbert Abric
www.gilbert-abric.com

C’est incroyable : il a neigé !
Et nos pieds collent à la rue
Comme enlisés dans de la glu.
De la neige fin-février,

C’est invraisemblable en Provence !
On n’a vraiment pas l’habitude.
Mon Dieu ! que cet hiver est rude,
Comme d’ailleurs partout en France !

Les trottoirs sont dissimulés
Par une pelisse en argent
Qui chinte sous nos pas prudents.
La lumière est ensommeillée,

D’heure en heure plus tamisée
Par les flocons qui l’obscurcissent ;
Et le tapis rêche qui crisse
Devient de plus en plus épais.

Les rues de Marseille sont blanches,
Et un lourd silence feutré
La musèle, paralysée
Sous son soleil terni qui penche.

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Depuis combien de temps n’avions-nous donc pas vu
Martigues sous la neige ? Et la  mer encombrée
De glaçons qui flottaient : la Baltique à Turku ?
Ce n’était vraiment plus la Méditerranée !

Notre port réputé pour l’extrême douceur
De son climat si doux était transfiguré.
Il régnait sur la ville une étrange torpeur
Et les vieux Martégaux, émus et sidérés,

Criaient au cataclysme et à la fin des temps.
De grands pans de banquise au Sud, dans le Midi !
La glace sur l’eau noire éclatait en craquant,
Enserrant les pointus dans un magma tout gris.

Stalactites d’argent ourlant les ponts blanchis
Et chenal grumeleux comme du lait caillé :
Plus rien n’était pareil, on n’était plus ici,
Mais sur l’autre versant d’un monde halluciné.

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Poème illustré par un tableau de :

Ivan Aïvakovski
(1817-1900)

On était en hiver et il faisait très froid ;
Mais l’on se sentait bien, lové dans sa maison
Bien chaude et bien douillette, éclairée à foison
De la cave au grenier… quand, le coeur en émoi,

On fut tous submergés d’un seul coup par la nuit !
La Ligne avait sauté et toute la Provence
Se retrouvait soudain – énorme extravagance !
Sans électricité, base de notre vie !

Tout d’abord un grand cri ! Puis en grognant pas mal
Et en se bousculant on chercha des bougies :
Pas facile à trouver ! Mais bien petit ennui
Auprès de l’essentiel : branle-bas général

Dans toute la région quand on se rendit compte
Qu’on resterait des jours sans pouvoir réparer !
Nous nous sentions soudain, sans notre bonne fée,
Aussi déshérités que les Vilains des contes.

Depuis lors on a froid et l’on est démuni
De tout ce qui faisait notre unique bien-être ;
Comme des enfants nus et qui viennent de naître,
Attendant que revienne l’électricité,

Nous avons l’impression qu’on a pris notre vie :
Congélateurs, ordis et machines en panne…
Plus rien ne sert à rien ! La Nature ricane
Qui nous voit peu à peu sombrer dans la folie !

Nous comprenons enfin notre asservissement
Car plus rien ne fonctionne et plus rien n’est pareil !
Et tout notre Midi plongé dans le sommeil
Vit depuis près d’un mois un drame hallucinant…

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Poème illustré par un tableau de  :

Joseph Turner
(1775-1851)

La carte météo est uniformément grise
Sauf un rectangle jaune, en bas, dans le Midi !
Un gros soleil tout rond au ventre rebondi
Y brandit ses rayons. Et partout en Provence

Il fait clair… mais très froid à cause du mistral
Gâchant comme toujours les attraits du beau temps.
Car on n’est pas au bout : il est loin, le printemps !
L’hiver est encor là, et jusqu’au Carnaval !

Une zone dorée sur la carte de France ?
C’est souvent en Provence ! Et le vent peut souffler
Puisqu’il apporte ici la luminosité
D’un beau jour de juillet… avec un froid intense !

Mais ne nous plaignons pas : le ciel bleu est si bleu
Qu’à l’intérieur, au chaud, on a le coeur content
Tant la lumière est belle, tout irisée d’argent.
Au-delà de Valence, il fait gris et il pleut…

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Poème illustré par un tableau de :

Joseph Anton Koch
(1768-1839)

Nous sommes partis d’Aix vraiment tôt ce matin
Pour échapper au flot pressé des Marseillais
Attirés par la neige fraîchement tombée
Depuis vendredi soir. Echappés du tintouin

Du fameux grand départ ! Nous prenons l’autoroute :
Elle est bien dégagée. Quel bonheur nous avons
De traverser ainsi cette belle région
Qu’est la Haute-Provence ! Allez, en avant toute !

Le temps est somptueux, l’horizon découpé
Par les contours aigus de hauts sommets tout blancs.
Il ne nous reste plus qu’à avoir du beau temps
Vers le Sauze, là-bas. Il serait enneigé

Juste comme il le faut d’après la Météo !
Mais voici le barrage de Serre-Ponçon,
Un tunnel pas bien long et le dernier tronçon
Qui va nous amener en une heure là-haut.

La route tournicote ; et les mélèzes nus
Strient de leurs troncs gris les pentes en grimpette ;
La route est dégagée ; voici Barcelonnette…
Un tout dernier effort et nous sommes rendus.

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Poème illustré par un tableau de :

David Cox
(1783-1859)

Des rafales de pluie… ou plutôt du verglas
Qui cascade du ciel et qui sonne le glas
Des tout derniers beaux jours de l’automne mourant :
Premiers signes glacés de l’hiver triomphant

Se transformant en glace en atteignant la terre !
Le ciel est vert-de-gris et jaune est la lumière
Diluée par les flots d’eau froide presque neige.
Où sont donc les couleurs ? Le paysage est beige

Et terne, comme en deuil du beau temps disparu.
Du gris pâle, du noir, du brun sur un sol nu :
On n’a pas l’habitude, et ces teintes fanées
Ne sont pas nées ici : où  donc est notre été ?

Aix est bien tristounette, et ses terrassses vides
Sont cinglées à grands jets par l’eau presque solide
Qui gicle à gros bouillons du ciel déboussolé.
Ce temps n’est pas normal et, à force d’excès,

Pousse les plus sérieux à poser des questions.
On ne peut plus sortir et, à tourner en rond,
On va devenir fou sans notre beau ciel bleu.
Notre Sud semble atteint d’un mal mystérieux…

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Il flotte au fond de l’air un petit quelque chose
Qui titille Marseille : un doux frisson léger,
Un soupçon de printemps. L’hiver marque une pause,
Oubliant pour un temps qu’on n’est qu’en février.

La Méditerranée est frangée de vermeil
Et l’eau qui dodeline étincelle et scintille.
Sur le sable d’argent des flaques de soleil
Bientôt évaporées crépitent et pétillent.

Le ciel est immobile, il n’y a pas de vent,
Il fait tellement bon qu’on dirait le printemps…
Les Marseillais ravis sont sortis en goguette

Pour jouir du soleil dont ils ont tant besoin.
Il flotte au fond de l’air un petit air de fête :
Ils en oublieraient tous qu’avril est encor loin.

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Un frisson, deux frissons… Est-ce un début de grippe,
Ce nez congestionné qui se met à goutter,
Ces yeux tout larmoyants commençant à pleurer
Et cette gorge en feu ? Rien vraiment ne dissipe

Mon mal-être indicible ! Et vraiment mal fichu,
Je me sens lessivé comme vieille chaussette.
Tremblements tout partout, terrible mal de tête :
Je ne suis vraiment plus bon qu’à mettre au rebut.

C’est ce crétin d’hiver qui veut faire des siennes !
Je me sens tout patraque et le ciel est bien gris…
Ce fichu février, ce gredin malappris
M’a juste mis à terre en éructant de haine !

Il ne me reste plus qu’à lui fermer ma porte
Et à me mettre au lit sous un gros édredon !
Le mistral mène un siège autour de la maison
En allié de l’hiver ! Le diable les emporte !

Du vin chaud ou du thé avec un coup de gnôle ?
Car il me faut suer tous ces miasmes maudits…
Où es-tu, Mars joli, mon gentil mois qui ris ?
Viens t’en donc leur flanquer moult baffes et torgnoles !

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