Archives de catégorie : Hiver

La neige en pointillé…

Poème illustré par un tableau de :
Zvonko Sigetic

La neige en pointillé, qui voltige et qui danse,
Boursoufle les flancs gris du triste* et vieux Cimet.
Mais comment se peut-il qu’aussi léger duvet
Réussisse à gonfler avec tant de patience

Ces lignes ébréchées, tortueuses et noires,
Leur donnant un aspect un peu moins hérissé?
Des flocons si ténus, aptes à tapisser
Un paysage entier d’une moquette ivoire !

Ils ont tout recouvert, malgré l’insignifiance
De leur taille modeste, et ils ont arrondi
Tout le panorama d’ici jusqu’au Midi,
S’agglutinant entre eux. Modèles d’insouciance,

Ils semblent nonchalants, destinés à la danse.
Voletant dans l’air bleu, ils valsent lentement
Ballottés par le vent. Et insidieusement,
Il se muent en tapis sans qu’on en ait conscience.

Bientôt un édredon curviligne emmitoufle
Les vieux chalets épars au long des chemins creux,
Jusqu’à ce qu’amollis, les flocons moins nombreux
Freinent leur chute ailée pour mieux reprendre souffle.

La lumière fleurit. La montagne est si blanche
Qu’elle semble éclairer le ciel bleu outremer
Tellement calme et pur qu’on va aimer l’hiver !
Un choucas s’est posé sur un sapin qui penche…

* A cause de l’avion d’air France qui s’y crasha le 1 septembre 1953 : 42 morts !

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Bleu-mistral

Ah ! S’il n’y avait pas cet assommant mistral,
Nous mènerions ici une vie idyllique !
Déferlant de là-haut jusques au littoral,
Il déboule chez nous en tyran colérique

Et nous excède tous avec sa véhémence !
Décrit par les Anciens – presque mis à l’index !
Comme un des trois fléaux ravageant la Provence :
Le mistral, la Durance et le Parlement d’Aix,

Il nous casse les pieds hier comme aujourd’hui !
Ses saisons préférées ? Le printemps et l’automne,
Et puis l’hiver, bien sûr… Et les beaux jours aussi !
Car sachez, bonnes gens, que ce fichu béjaune

Peut se manifester dès qu’il en a l’envie.
C’est un caractériel, il souffle quand il veut…
Il préfère pourtant, plus souvent, prendre vie
Quand il fait froid au Nord. Rarement quand il pleut :

Le bougre n’aime pas bosser les pieds mouillés,
Il aime son confort, une terre très sèche.
Mais félicitons-le quand le ciel barbouillé
Retrouve sous son souffle une nuance fraîche,

Un bleu tonitruant déclamant à tue-tête
Sa joie d’être en Provence. Il possède au moins ça :
Le pouvoir d’expulser à grands coups d’époussette
Tout nuage perdu qui vogue ci et là !

Car ce vent irritant est un grand inventeur
Qui nous a concocté un bleu incomparable :
Bleu-mistral presque sombre, incroyable couleur
Tellement absolue qu’elle est invraisemblable…

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L’or blanc

La neige tombe dru sur la Haute-Provence.
C’est sa première chute, et l’on en est content
Car elle est un bienfait : c’est un fort joli temps
Pour les gens de l’Ubaye, une ère d’abondance !

Les anges tout là-haut se secouent, et les plumes
De leurs ailes poudrées voltigent dans le ciel,
Posant sur le sol gris un duvet essentiel
Au réveil espéré. Car la neige rallume

Au cœur de la Station une vie rénovée
Par les charmes du ski… Tout y est silencieux.
Puisse un sort infernal un peu trop facétieux
Ne point venir tarir la manne tant rêvée !

Mais foin de ces soucis ! Les flocons continuent
A moucheter le ciel de leur blanc plumetis.
Puis ils enflent encor, et leur vol amorti
Ouate de plus en plus la triste terre nue.

La neige peu à peu arrondit le diamètre
Des branches distordues pétrifiées par le froid.
Le tapis s’épaissit, et la couche qui croît
Sur le sol endurci fait bien vingt centimètres.

L’hiver commence bien, même si le village
Est encor un désert sans aucun mouvement.
L’on dirait un acteur qui patiemment attend
D’être bien maquillé pour montrer son visage…

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Le ronchon

Un phénomène étrange – il n’a pas l’habitude !
Et si beau qu’il oublie tous les inconvénients
D’une chute de neige. Or, c’est très contraignant
Et ça va entraîner un tas de servitudes !

Car il faut déblayer le trottoir en vitesse ;
Rentrer les fleurs en pots qui ont eu froid au pied,
Epandre du gros sel par poignées, balayer
Les allées du jardin ; et se frotter les fesses

Puisque la neige… glisse, et qu’il s’ y est vautré !
Il jure tant et plus, jugeant que la Nature
Est parfois casse-pieds ! Pourvu que ça ne dure
Que le temps de râler, peut-être… d’admirer,

Juste un petit moment ! Car il se sait à part :
Il devrait applaudir au décor féérique
Que la neige a brodé, comme toute la clique
De ces gens qui la louent à grands coups d’encensoir…

Mais il n’est pas rêveur, il faut lui pardonner !
C’est un vieux rabat-joie, incapable de voir
Ce qui est vraiment beau. Quand il se fait avoir
Et qu’il se sent ému, ça le fait ronchonner !

Et pourtant, là, c’est vrai… La nature a fait fort !
Tous ces festons de neige enjolivant les arbres,
Ces broderies de gel… Non, il n’est pas de marbre !
En tout homme réside un poète qui dort…

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Oui, c’en est bien fini…

Oui, c’en est bien fini : il est là, l’on grelotte,
Il nous a rattrapés, ce fichu mauvais temps,
Il nous va donc falloir attendre le printemps –
Un printemps prisonnier et qu’emberlificote

Les filins de l’hiver jusqu’à fin février !
Oh, revoir un soleil vigoureux et allègre !
Pour le moment, hélas ! sa lumière est bien maigre :
Quelques rayons chétifs sur des rameaux grillés

Par un premier grand froid dont le terrible souffle,
Anéantissant tout au cœur de mon jardin,
A massacré mes fleurs dont les vertugadins
Pendouillent défraîchis dans le vent qui s’essouffle.

Pétrifié lui aussi par cet horrible gel !
L’hiver s’est offusqué de notre indifférence ;
Il nous la fait payer, et avec tant d’outrance
Qu’on se croirait déjà aux entours de Noël.

Tout est luisant de givre ! A vous geler sur place…
Des stalactites blancs sont suspendus au toit
Tels de longs doigts osseux engourdis par le froid.
Où s’est enfui ce temps où nous sucions des glaces, 

Comment pouvions-nous donc nous délecter ainsi
De ce plaisir glacé et de ces friandises,
Sans doute détachées d’une froide banquise ?
Oui, l’hiver est bien là, et nous sommes transis…

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Un hiver mollasson

Poème illustré par un tableau de :
Eric Bruni

La montagne qui dort est couverte de neige.
Sous son édredon blanc, elle a un peu perdu
Son aspect hérissé, ses angles suraigus.
Le ciel est boursouflé d’une lumière beige

Qui distille partout un lancinant ennui.
Le soleil s’est enfui vers d’autres latitudes,
Et les Hauts-Provençaux voient avec lassitude
L’interminable hiver emmitouflé de nuit

S’emparer pour des mois de toute leur montagne.
Il va encor neiger, et le ciel est gonflé
De milliards de flocons tout prêts à dévaler
Des nues vers la vallée, un val étroit où stagne

Depuis quelque huit jours un temps tout mollasson.
Le ciel terni déverse une lumière grise
Sur les toits des chalets, d’où pendouillent des frises
De cristaux effrangés comme des paillassons

S’égouttant lentement. Le brouillard édulcore
Les lignes escarpées, pointues des hauts sommets,
Brouillant d’un voile blanc les à-pics déplumés
Où des mélèzes gris essaient de vivre encore

Malgré le manque d’eau de ce dernier été.
La montagne se tait. Un curieux sortilège
L’aurait-il envoûtée ? Le ciel gonflé de neige
Comme un ballon géant vient juste d’éclater…

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Le crocus et l’oiseau

Un crocus a jailli de l’édredon de neige
Où il dormait encor pour goûter au soleil ;
Le versant escarpé où les flocons s’agrègent
Brille de mille feux sous son disque vermeil.

La fleur est la première à fêter le printemps
Tout prêt à rénover la vie dans la montagne.
Mais un petit oiseau s’ébouriffe en chantant,
Tout gonflé de bonheur. Son gazouillis témoigne

Qu’il sait bien lui aussi que le temps est venu !
Le temps du renouveau, de l’herbe qui repousse
Pour couvrir prestement la froideur du sol nu
Des petits brins serrés de ses millions de pousses.

L’oiseau et le crocus prient à leur façon
La Nature engourdie qui tout juste s’éveille :
La fleur par sa beauté, l’oiseau par sa chanson.
Ils explosent de joie, et tous deux s’émerveillent

Que le soleil enfin reprenne le flambeau.
En hiver, comme un traître, il leur est infidèle
Et s’en va dans le Sud, où par monts et par vaux
Il oublie le Midi pour des pays plus chauds.

Mais il est revenu, bourrelé de remords,
Amenant avec lui un Printemps juvénile
Tout prêt à terrasser la froidure et la mort,
En boutant de l’Ubaye l’hiver quasi sénile

Désormais impuissant face à tant de jeunesse.
Le crocus et l’oiseau frémissent d’allégresse…

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