Archives de catégorie : Hiver

Les Baux en hiver

Michel Bec

Poème illustré par un tableau de :

Michel Bec

L’automne a passé le flambeau
A l’hiver. Un poisseux ciel gris
Que déjà la nuit assombrit
Pèse lourdement sur les Baux.

Le village est vide, et le vent
Y mène sa danse infernale :
Assourdissante bacchanale
Du mistral qui court droit devant

Comme un centaure sans raison
Tonitruant dans les venelles.
La débandade habituelle
D’une morne et triste saison !

Te rappelles-tu l’an dernier
Quand l’on y fit une balade,
Poussés dans notre promenade
Par ce vent fou qui ricanait ?

Il y faisait si froid alors
Que ton doux visage était pâle,
Pâle comme l’anneau d’opale
Auréolant le croissant d’or

De la lune accrochée au ciel.
Les vieilles maisons du village,
Bastides grises d’un autre âge,
Etaient éclaboussées du miel

De la ténébreuse lueur.
Le vent tordait ta chevelure
Qui dansait comme une voilure
Autour de ton visage en cœur…

Les Baux sont tristes en hiver.
Tu n’es plus là, tu t’es perdue
Dans une existence éperdue…
Dis, n’ai-je point assez souffert ?

Peut-être un jour reviendras-tu ?
Je t’attends rue de la Calade
Où l’infernale cavalcade
Du vent dévale à qui veux-tu….

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La lune élimée

moonlight

Point d’étoiles ce soir. Le ciel
N’est éclairé que par la Lune
Dont les rayons comme du miel
Ruissellent au long des rues brunes.

Toute nimbée d’un orbe d’or,
Mais point intégralement ronde,
Elle est élimée sur un bord !
Inclinant sa figure blonde

Sur Marseille tout alangui,
Elle luit anémiée et terne,
Et ses rais lapis-lazuli
Baignent la ville qui hiberne.

La nuit est ponctuée de chats
Posés sur les toits roux qui penchent,
Et leur silhouette incarnat
Rompt le flot de lumière blanche

Qui coule de l’astre amputé.
La Lune usée est bien moins belle
Qu’en sa rondeur! Sa vénusté
Ne tient donc qu’à une lamelle ?

Toujours est-il que tristement
Elle s’est penché sur Marseille
D’où la contemplent deux amants
Que l’heure tardive ensommeille,

Mais qui s’émerveillent, radieux :
N’est-elle point cette planète
Qui encense du haut des cieux
Leur si délicieuse fleurette ?

En les voyant main dans la main,
Doigts enlacés, levant la tête,
La Lune se dit que demain,
Sa symétrie sera parfaite

Et qu’elle leur plaira vraiment.
Mais peu leur chaut ! Entichés d’elle,
Ils n’entendent point son tourment,
En amis fervents et fidèles ;

Car la Lune est belle pour eux ;
Elle est le témoin de leur flamme,
De leurs doux ébats amoureux,
Et elle enlumine leur âme…

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Résistance

Petit matin glacé Eric

L’hiver doit s’en aller mais il résiste encore
Comme ces vieux pendards ne voulant pas mourir,
Cherchant votre pitié avec force soupirs
Et ne comprenant point combien on les abhorre.

Et pourtant tout le pousse à nous abandonner:
Le sol gris qui verdit, les bourgeons sur les branches,
Le soleil qui grossit au coeur des nuées blanches
Scintillant au matin de rayons irisés,

Ce petit quelque chose au coeur de l’atmosphère
Qui vous tourne la tête et vous pousse à aimer…
Mais il ne comprend pas, et cherche à nous charmer
Avec des souvenirs de fêtes somptuaires,

De week-ends enneigés, d’odeurs de feux de bois…
Matin après matin, il est toujours en place,
Mistral autour du cou, stalactites de glace
Et pans de brume bleue pendouillant à ses doigts.

Mais quand va-t-il enfin quitter notre Provence ?
Le saligaud résiste, il rigole, il fait front,
Et nous, nous ruminons tout en tournant en rond !
Aurions-nous donc perdu la proverbiale chance

Dont on parle partout, et qui a fait de nous
Les habitants heureux d’un petit paradis ?
L’Hiver se serait-il entiché du Midi ?
A cette horrible idée j’ai le cœur qui se noue…

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Le cœur en écharpe

Ombre

Il fait triste ce soir, j’ai le cœur en écharpe.
Des frissons me secouent car le feu presque éteint
Se meurt dans l’âtre noir. La maison sent le thym
Et d’exquises senteurs, mais le chant d’une harpe

Pleurant à la radio a causé mon émoi.
Je ne vais pas très bien et j’ai du vague à l’âme…
Je devrais me lever pour ranimer les flammes,
Secouer les tisons, y remettre du bois,

Mais je ne le peux pas tant tout m’est fastidieux.
J’ai mis mon âme en berne et je me sens bien seule
Dans ma grand maison. Dehors le vent qui gueule
Fait danser le ciel gris comme l’étaient ses yeux…

Il faut se secouer et fermer les volets
Au mistral, à la nuit qui frappent à la porte.
La garrigue s’endort sous les étoiles mortes
Et le ciel empesé. Ce soir il va geler :

Je vais rentrer mes fleurs, les ranger dans la serre,
Couper les rameaux morts. Surtout, ne plus penser !
Il me faut oublier que mon cœur est cassé
Et le désentraver de l’étau qui l’enserre…

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Les saisons de la mer

mistral

Printemps
Oh, Méditerranée ! Si bleue sous le ciel bleu,
Tu bats en palpitant telle un énorme cœur
Quand la lumière peint de fluctuantes fleurs
Sur ta houle ondulante où la lumière pleut.

Eté
Méditerranée plate, insensible au soleil
Qui te fait clignoter sous ses longs rayons noirs
Depuis le matin clair jusqu’au terme du soir,
Tu es tout hachurée de lents rouleaux vermeils.

Automne
Méditerranée grise et âpre sous le vent,
Tu deviens vraiment folle et bouscules tes flots
Jusqu’à ton horizon, où le roulis de l’eau
Brise ton harmonie de ses spasmes mouvants.

Hiver
Méditerranée sombre hurlant sous le mistral
Et parfois fustigée de flocons étoilés,
Tu oscilles giflée par un ciel bas voilé
Où stagnent les nuées d’un morne hiver austral.

 

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La première neige

Chalet sous la neige

Poème illustré par un tableau de :

Eric Bruni
http://www.bruni-gallery.com

La montagne est dodue et boursouflée de neige.
Un manteau rebondi et pas encor souillé
Pare les flancs du Brec, qui paraît si douillet
Qu’on dirait du coton. Mille flocons s’agrègent

Peu à peu sur la pente encor vierge de traces
Qui blanchit lentement. Les Sauzois angoissés,
Que de faux pronostics avaient pas mal stressés,
Sont soudain plus confiants : la dameuse qui passe

Pour aller préparer les pistes les apaise.
Un piquetis d’argent étoile le ciel bleu
De millions de points. L’on en est très heureux
Pour tous ces gens d’ailleurs qui vont skier à l’aise

En se riant du froid. Les flocons tourbillonnent,
Petits lutins flânant avant de se poser
Car ils vont prendre au sol l’aspect trop empesé
D’un bitume tout blanc. La dameuse sillonne

Les coteaux camouflés peu à peu, et la neige
Arrondit doucement l’abrupte pente noire,
Lui donnant la patine écrue d’un vieil ivoire.
Le jour qui naît à l’Est a peint le Sauze en beige

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Rhube !

rhume

Oh là là, j’ai le dez dout gonvlé et bouché !
C’est sûrebent la gribbe ! Un bicrobe alléché
Par ba gorge drop nue s’est indroduit en boi
Pour be squadderriser. Be voici aux abois,

Luddant à goups de grog gondre le derroriste !
Je suis drès bal vichue, j’ai chaud et buis j’ai vroid,
Si balade en un bonde où le bicrobe est roi !
Je vais rendrer chez boi, avec doute une liste

De rebèdes avvreux. Adieu donc, les abis :
Je vais aller dorbir. De bon dez qui ruisselle
Goule un bedit ruisseau ; le rhube be harcèle,
Je suis vraibent très bal ; je vile dans bon lit…

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Un bien curieux hiver

Ciel d'hiver

Poème illustré par un tableau de :

Kiriba Noha
http///www.art.com/kiribanoha

Le ciel couleur d’étain ressemble à une sphère
Englobant l’horizon. Est-ce la pollution
Et son voile poisseux qui souillent l’atmosphère ?
D’où peut donc bien venir cette étrange impression

D’être mal dans sa peau ? Un bien curieux hiver,
Parfois tiède… ou glacé ! Sous la nue maladive,
On a le sentiment que tout marche à l’envers :
Un jour passé au Pôle et un autre aux Maldives !

Tantôt froid, tantôt chaud… La Nature est cinglée,
Qui souvent ne sait plus cloisonner les saisons ;
L’on en a la caboche un peu tourneboulée,
A ne plus trop pouvoir compter sur la Raison.

Un bien curieux hiver ! D’autant qu’aux alentours,
Tout s’en va de travers comme ce fichu temps :
Mon jardin bien-aimé a perdu ses atours
Et toute sa beauté… Oh, j’aimerais autant,

Comme la Belle au Bois, dormir pendant cent ans
Plutôt que de subir ce climat si bizarre !
Nous sommes en hiver – on le dit ! Et pourtant,
A voir ce temps tout mou tellement dérisoire,

L’on ne dirait jamais que nous somme(s) en décembre !
La Nature s’affole et s’emberlificote
Dans tous ses plans pourris. Mieux vaut garder la chambre
Et dormir trois longs mois tout comme une marmotte….

Mais peut-être après tout cet hiver est-il comme
Ceux qui l’ont précédé ? Que seul mon cœur… déconne !

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Remords

Poème illustré par un tableau de :

Gustave Courbet
(1819-1877)

Le vent hurle dehors. L’homme a froid jusqu’au cœur
Bien qu’un feu pétillant brasille d’étincelles
Dans l’âtre du salon. La lumière ruisselle
Du grand lustre allumé pour éloigner sa peur

Car il a l’impression qu’aux alentours une ombre
Rôde indéfiniment, issue d’un passé noir
Et de noirs souvenirs. Peu à peu la pénombre
Encercle la maison dans les vapeurs du soir,

L’enfermant sous le dôme étrange de la nuit.
Le vieux mas isolé vibre dans la tourmente
Et il lui semble entendre une voix qui gémit,
La voix d’un spectre blond qui erre et qui le hante

Depuis qu’il a… Bon Dieu ! Toute la maison tremble
Comme prête à crouler sous les assauts du vent.
Pourquoi l’avoir trompé ? Ils étaient bien ensemble…
Depuis vingt et trois jours, plus rien n’est comme avant…

La porte bouge un peu. Il lui semble qu’on rit
Pour mieux le provoquer pas bien loin sur la lande…
Il est tellement seul. Lui-même s’est proscrit
Du monde des humains et de leur sarabande

En se faisant justice et en… Il faut qu’il dorme,
Qu’il essaie tout au moins, pour fuir ce cauchemar
Qui tourmente ses nuits, cette terreur énorme
Qui le fait se coucher toujours un peu plus tard…

Il n’en peut vraiment plus. Il va devenir fou.
Puisse le vent rayer sa maison et sa vie
D’une folle bourrasque, effaçant d’un seul coup
Ce qui le ronge tant ! Il a tué Sylvie…

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Marseille ennuagé

marquet-marseille

Poème illustré par un poème de :

Albert Marquet
(1875-1947)

Au-dessus de Marseille, un ciel lourd de nuages
Et ça ne lui va pas, mais alors pas du tout !
On ne les peut compter : il y en a partout !
Ce gris donne à la ville une bien triste image,
Une apparence austère, un air glauque, et surtout

Un aspect trop banal, trop peu méridional.
Bien sales sont les rues ! La ville est grisounette,
Sans ce soleil radieux, rieur et qui trompette
Presque à longueur d’année qu’ici, il est banal !
Oh, puissions-nous l’entendre entonner à tue-tête

Le chant bleu du beau temps, la chanson printanière
Tout emplie de gaieté qu’il gouale dès avril !
Mais voici que soudain une ondée de grésil
Crachouille du ciel bas, soulignant la misère
De certains murs lépreux du centre de la ville.

Marseille a l’air minable : il lui faut son soleil
Car la pluie amplifie toutes ses déficiences ;
L’astre-roi est vraiment sa plus grande opulence
Et sans son flamboiement, non, plus rien n’est pareil.
Mais n’est-ce point ainsi par toute la Provence ?

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Un hiver en Provence

Hiver provençal 70 x 70

Poème illustré par un tableau de :

Arno
www.arno-artiste-peintre.fr

Chez nous, l’hiver est doux, mais parfois tristounet
Avec son ciel changeant, élavé ; ses nuages
Un peu effilochés où s’en viennent traîner
Un éclair insolite et des bribes d’orage.

Le froid y est correct, même s’il peut geler
Et si, de temps en temps, quelques flocons de neige
Dansent au cœur des nues comme des feux-follets ;
Mais jamais trop d’excès, le soleil les allège !

Ennemi en hiver de toute déraison
Et bien qu’il ait perdu pas mal de sa puissance,
Il s’efforce toujours d’éclairer l’horizon :
L’hiver est fort décent par chez nous en Provence !

Cependant quelquefois le Temps le trouve mou,
Et vraiment courroucé par tant de bienveillance,
Il rameute aussi sec une horde de loups :
Tempête, vent et pluie, toute une vile engeance

De fléaux monstrueux fondant sur le Midi
Pas bien habitué, mais qui pourtant endure
Aussi bien qu’il le peut cet infernal souci.
On répare les maux causés par la Nature,

Tentant d’annihiler cet aspect déroutant
D’un climat fort bénin, si calme d’habitude.
Puis la douceur revient, cet éternel beau temps
Nous donnant l’illusion d’une douce quiétude.

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L’hiver est à l’affût…

Hiver

L’hiver a dévêtu tous les arbres au bois
Et il est à l’affût, tapi dans la garrigue.
Le soleil maigrichon quasiment aux abois
Eclaire un ciel livide où sans cesse il intrigue

Pour maintenir sa place et affirmer son rang.
Il n’y a plus d’oiseaux, il n’y a plus d’insectes ;
La Nature est inerte, et le grand Architecte
Semble avoir oublié qu’il est un conquérant.

Tout dort ou tout est mort. Plus rien ne pousse plus.
Le jardin qui s’étiole a vraiment triste mine
Avec ses fleurs fanées ; et parmi les élus
Rescapés du fléau, seule une balsamine

Lance encor quelques fleurs à l’assaut du figuier.
L’olivier un peu las frissonne sous la bise,
Et ses feuilles d’argent semblent soudain bien grises
Dans la lumière ocrée du ciel tout barbouillé.

L’hiver est aux aguets : son heure est bientôt là !
L’automne moribond va lui laisser la place.
Blanchie précocement, l’écorce du lilas
Arbore ce matin une cotte de glace…

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L’hiver mélancolique

Matin de neige. Michèle Ratel

Poème illustré par un tableau de :

Michèle Ratel
www.mratel.fr

Il a neigé au cours de ces deux derniers jours,
Mais – las ! tout a fondu ; le triste paysage
A l’aspect fantomal qu’il a presque toujours
Aux confins de janvier, la saison sans visage.

Il reste un peu de glace aux marches du sentier
Descendant vers Peyruis ; dure comme la croûte
Craquant bizarrement sous le poids de nos pieds
Qui foulent prudemment l’asphalte de la route

Où les autos au pas vont à la queue leu leu,
Oubliant pour un temps leur vitesse outrancière.
Car l’on n’y voit pas bien : un épais brouillard bleu
A rendu notre Sud presque crépusculaire

A tout juste midi. L’on est comme piégé
Et bien mal dans sa peau, avec le souffle court…
Est-ce cet air pesant ? Va-t-il encor neiger ?
L’effet du ciel trop bas et de ce contre-jour ?

Ah, voici qu’il reneige en gros flocons barbus
S’accrochant à nos cils et à notre figure !
Ils tracent des ronds blancs, ravissants attributs
D’un ciel laiteux et bas de fort mauvais augure…

Flocons tissés d’eau froide et de mélancolie,
De souvenirs enfuis ; flocons qui tombent blancs
Mais qui virent au gris, et bouillasse amollie
Dès qu’ils touchent le sol à leur rythme si lent….

Un petit capuchon a recouvert la tête
Des oliviers tordus en forme de chagrin.
Sous le ciel endormi les flocons qui volettent
Sont de légers bijoux. L’hiver est leur écrin.

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Crépuscule en Haute-Provence

Le Cousson

La cime du Cousson s’assombrit peu à peu.
La nuit qui mange tout avale de son ombre
La vallée zigzaguée par des méandres sombres ;
La lumière s’enfuit en grand sauve-qui-peut.

Le soleil s’est posé sur la crête pointue
Comme un gros ballon rouge, et le ciel incertain
En est éclaboussé ; son lourd manteau d’étain
Enveloppe de gris la montagne tortue.

Tout bruit s’y fait silence ; un gros silence épais,
Angoissant, abyssal, annonçant les ténèbres
D’une nuit hivernale apposant son funèbre
Sceau glacé et lugubre aux sommets escarpés

Estompés par la brume, où des pans de lumière
Essaient de résister à l’ombre qui s’en vient.
L’obscurité glacée réduit le monde à rien,
Plus rien n’existe plus ; la terre tout entière

Doit avoir disparu dans un sombre néant.
Montagnes et vallées sont désormais semblables
Au sein d’un monde obscur. Le temps semble immuable.
La nuit engloutit tout en son gouffre béant…

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La montagne est tombée…

surplomb

La montagne en surplomb au-dessus de la route
Semble faite d’un bloc, d’une énorme vigueur ;
Mais elle se délite et recèle en son cœur
Un terrible danger : il n’y a qu’une croûte

De rochers ébranlés tenant en équilibre
Au dessus de l’abîme, et qui devraient tomber ;
D’autant que, cet hiver, le froid exacerbé
Les ronge lentement et les déséquilibre

Chaque jour un peu plus. Une chute est probable
D’ici très peu de temps ! Le gel s’est acharné
A accroître ce mal qu’on ne peut soupçonner,
Et leur effondrement devient inévitable…

La montagne est tombée, emportant la chaussée
Avec un autocar montant cahin-caha
Tout en se dandinant, qui roulait presque au pas
En semblant se méfier de la route affaissée…

Un effarant fracas, une énorme fumée !
Rocs et car ont roulé jusqu’au fond du ravin
Enchevêtrés entre eux, écrasant deux ovins
Qui paissaient sur la pente une herbette élimée…

Emergeant un par un de la carcasse beige
Tombée dans la vallée, seuls quelques rescapés
S’extirpent des débris de métal découpé
Comme des elfes noirs. Il fait froid et il neige…

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