Archives pour la catégorie “Hiver”

Josette Mercier
www.catherinemercier.ch
Tout est silencieux, sauf quand craque parfois
L’âcre croassement des choucas noirs qui planent.
La neige est toute neuve. Un sapin de guingois
Est penché sur la piste glacée qu’enrubannent
Des branchages brodés d’un cristal argenté.
La bouche ennuagée d’une épaisse vapeur,
Nous avançons tout doux car c’est dur de monter
Encor un peu plus haut pour arriver à l’heure
Au chalet en rondins blotti dans les congères.
La trace de nos skis souille la poudre blanche
Encor immaculée. Le souffle de l’hiver
Risque de déclencher une énorme avalanche
Et nous sommes pressés de quitter la forêt.
Le chalet n’est plus loin. En bas Barcelonnette
Etincelle et clignote au fond de la vallée.
L’Ubaye semble y charrier des milliards de paillettes.
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Publié par Vette dans Hiver

Jean-Marc Janiaczyk
http://pagesperso-orange.fr/jean-marc.janiaczyk/
Sortirons-nous jamais de ce maudit hiver
Qui couvre le Midi d’une ombre interminable ?
Notre temps provençal devient aussi divers
Que ces mornes climats que nous trouvions minables !
Mais nous sommes punis de notre morgue hautaine :
Depuis des mois déjà nous passons constamment
De la pluie au grand froid : un temps croquemitaine
Qui nous est inconnu, fait de nous des enfants
Trop gâtés par le Ciel et ne supportant pas
Les tristes aléas d’une triste saison.
Nous guettons le printemps depuis des jours déjà,
Yeux tournés vers le ciel, et nous nous demandons
Ce que sera le temps dans quelques décennies.
Il gèle, il neige, il pleut ! Pourquoi pas du brouillard ?
Nous nous en souviendrons, de cet hiver pourri !
Pourvu que le printemps ne soit pas en retard…
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Raymond Peynet
Profitez-en, les amoureux,
Car il est bien rare que dure
Le bel amour – amour heureux !
L’amour est tout aussi peu sûr
Que la constance du beau temps
Et il se fane vraiment vite
Comme les bouquets du printemps.
Oh ! ma tendre Juliette, évite
La rouge morsure cruelle
Et les innombrables tourments
D’un premier amour. Jouvencelle,
Fuis l’aubade de ton amant !
Mais c’est trop tard ! Tu es atteinte
Par le doux mal qui point le coeur
Et tes joues arrondies sont teintes
Par une rosée de bonheur…
Profitez-en, les amoureux,
Votre extase va refroidir :
Il ne restera de ce feu
Que les cendres du souvenir !
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Publié par Vette dans Hiver

www.tineartistepeintre.artblog.fr
Tout au fond du jardin les premières jonquilles
Poussent un bouton jaune au bord du vieux chemin.
Il fait un peu plus chaud et l’hiver qui vacille
Va bientôt s’estomper dans les derniers embruns
De la male saison. Il fait un peu moins frais,
Le soleil est moins pâle et reprend du volume
Au centre du ciel bleu soudain presqu’incendié.
Il fait un peu plus chaud et le beau temps allume
Des flammèches de rose au coeur des amandiers,
De pâles lumignons qui chassent février.
Quelque chose s’en va, autre chose s’en vient ;
C’est l’hiver qui expire ; il fait un peu moins frais
Et l’air frémit déjà de ces tout petits riens
Qui le pointillent d’or et le rendent léger.
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www.kebekmac.blogspot.com
Nous ne nous méfiions pas et l’infâme mistral
En a tiré profit pour se jeter sur nous ;
Se glissant sous nos pulls et nous glaçant le cou,
Il s’est bien régalé à nous faire du mal
En nous inoculant une superbe grippe :
La A, la B, la X ?… Après tout peu importe !
Ce qui est important c’est ce que l’on supporte :
Du malheureux grippé nous sommes l’archétype
Car depuis nous gisons au fond de notre lit,
Rouge et tout frissonnant malgré la grosse couette
Ressortie de l’armoire. Et notre mal de tête
Gonfle notre cerveau d’un embrouillamini !
Un nez en cataracte, une gorge qui pique,
Une toux effrénée qui va nous mettre à bas
Tant on est secoué du haut jusques en bas.
La grippe est un parcours quelquefois homérique !
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Publié par Vette dans Hiver

Denis van Alsloot
(1570-1626)
Une grosse pastille blanche
Est posée sur le ciel foncé.
On la voit derrière les branches
Symétriques et dénudées
De l’antique micocoulier :
C’est le soleil, maigre et tout pâle,
Si loin de son splendide été
Enfui au continent austral.
Ampoule piètre et dérisoire,
Il ne fait plus cligner les yeux
Et sa lumière est presque noire,
Il semble avoir éteint son feu ;
Mais ce flamboiement terrifiant
Qui explose au coeur du mois d’août,
Il est en train tout doucement
De le mijoter goutte à goutte !
Pour le moment s’il paraît sage
Comme un dessin de Marion,
Un cercle blanc ou une image
Qui aurait perdu ses rayons,
Ne vous fiez pas à sa douceur
Et sachez bien qu’en grand secret
Il nous concocte la touffeur
Qu’il nous servira en juillet.
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Publié par Vette dans Hiver

Josette Mercier
www.josettemercier.ch
On s’est éveillés ce matin
De la neige jusqu’aux genoux.
Tout était blanc dans le jardin ;
Les branchages qui ployaient sous
La lourde pelisse si froide
Semblaient tout prêts à se briser,
Et la lessive qui séchait
Etait si glacée, si roide
Que le linge en était sculpté.
Le silence était étonnant,
Bien trop profond, comme ouaté,
Et sans une bribe de vent !
L’air était lourd, et il stagnait
Sur la Provence abasourdie
Où les gens natifs du Midi
Se traînaient tout désemparés,
Oubliant combien étaient beaux
Le gros édredon scintillant
Sous le petit soleil en O
Et les poteaux frangés d’argent !
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Année belle et année douce,
L’année qui vient de passer
Nouvellement fleuronnée
De fraîches et jeunes pousses ;
Année triste et année dure,
L’année qui vient de passer
Et bien loin a emporté
De très anciennes ramures.
Les années du temps qui passe
Se poussent les unes l’autre :
Inutiles patenôtres !
C’est la vie qui va. Tout casse !
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Colonnes ininterrompues
D’une quintessence vitale,
Dans une flûte de cristal
Craquillent les bulles d’un jus
Tout affriolant de bonheur.
Des bulles ambrées qui pétillent,
Vous émoustillant les papilles :
On jurerait qu’on boit des fleurs !
On dit qu’elles cristallibullent.
Enfin … ça, c’est moi qui l’invente !
Peut-être suis-je sur la pente
Des poètes qui manipulent
Avec de beaux mots leurs lecteurs ?
Foin de cela : ma tête tourne
Et mes méninges se détournent
De tout souci et tout malheur !
Petites bulles drôlatiques,
Mais pourquoi donc avoir omis
De naître dans notre Midi ?
Lui aussi danse, clique et pique …
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Publié par Vette dans Hiver

Sur le chemin montant, des plaques de verglas !
On n’a jamais vu ça dans ce coin de Provence .
C’est le réchauffement ? Oui, mais toute la France
Grelotte au coin du feu ou à tout petits pas
Comme nous à Lambesc. Nous n’osons plus marcher,
Glissons en patinant. Les gens sont à la peine
Dans les rues du village encor très verglacées,
Mais ils doublent pourtant les autos à la traîne.
Les vieux très circonspects comme la Météo
Sont cependant sûrs d’eux : le ciel est un peu beige ?
Il va faire demain un petit peu plus chaud !
Et l’on cherche partout les clés du chasse-neige …
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Publié par Vette dans Hiver

Il y a depuis peu quelque chose dans l’air,
Bien plus d’animation et de vie. La lumière
Dégouline partout en torrent dans les rues :
Des maisons, des sapins, des vitrines, des nues …
Le ciel bleu provençal joue le jeu lui aussi :
Ca fait presque huit jours qu’il fait dans le Midi
Un bon froid sec et rude. Et le mistral perclus
Sent intuitivement qu’il serait malvenu
De souffler pour gâcher l’enthousiasme et la fête.
Un groupe de chanteurs s’époumone à tue-tête :
C’est l’Armée du Salut qui sait se souvenir
Que ce remue-ménage et ces cris et ces rires,
C’est le joyeux rappel qu’un tout petit-enfant
S’en vint en notre monde il y a deux mille ans.
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Publié par Vette dans Hiver

Lilia Dutoit
http://dutoitvillemer.free.fr
Cette année l’hiver est minable :
Il a vraiment pété les câbles,
Si mollasson que le soleil
Le nargue de ses rais vermeils
Et que le mistral tout léger
Est comme une brise de mai !
Cette année l’hiver est sans forces,
Et lui dont le maigre torse
Est souvent paré de glaçons,
Se sent tout nu et un peu con
D’être aussi mièvre et délicat.
Mais attention ! Ne croyez pas
Qu’il nous ait dit son dernier mot !
Il n’est pas tout à fait idiot
Et peut encor nous mitonner
Ce gel dont il a le secret !
Lors profitons de sa paresse !
Il se pourrait que sa faiblesse
Ne soit qu’un magnifique leurre,
Que le fourbe attende son heure …
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Publié par Vette dans Hiver

Paul Cézanne
Un vent furieux s’enroule autour de la maison,
Un mistral rude et noir aux volutes glacées
Qui courbent jusqu’au sol la cime des cyprès,
Un mistral insensé jusqu’à la déraison.
La maison isolée au coeur de la garrigue
Semble s’être tassée sous les coups de boutoir ;
Le ciel immense et bleu, si bleu qu’il en est noir,
Enserre les vieux murs tout en dansant la gigue.
L’air tournoie, si violent qu’il ébranle le toit.
Les pavés du chemin partent en ricochets
Et s’en viennent frapper le seuil clos et usé
Comme des aiglons blancs s’acharnant sur leur proie.
Mais sous les coups déments la maison se resserre,
Se referme encor plus autour de l’âtre tiède
Où ronfle un bon gros feu – Ce n’est qu’un intermède,
Elle doit se soumettre au seul gré de l’hiver.
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Publié par Vette dans Hiver

Raguz
www.france-art-realisation.com
Pluie d’hiver, longue pluie, pluie de désespérance
Qui tombe au long du temps sur toute la Provence
Depuis bien trop de jours, depuis bien trop de nuits :
Nous ne savions pas trop ce qu’est vraiment la pluie !
Des averses brutales, énormes mais brèves,
Des murs d’eau, des torrents, oui ! Mais pas ce temps mièvre,
Pas ces molles journées, humides, brumasseuses
Où ne flashent jamais ces ondes lumineuses
Qui s’en viennent parfois éclairer nos nuages.
Tout est gris, sans couleur et ignore l’orage …
Mais voici qu’il fait froid, la bruine devient beige,
Ses gouttes imprécises se transforment en neige.
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Après l’avoir longtemps cherchée en tâtonnant,
L’hiver a enfin pu retrouver la Provence ;
Et il a rameuté le gel, le froid, le vent
Qui l’aide autant qu’il peut en hurlant, comme en transes.
Mais peu nous chaut, à nous, dans un bain bien brûlant
Qu’il fasse froid dehors, que le mistral chahute
La porte et les volets, frappant et tapageant,
Et nous sommes polis si nous lui disons : « Zut » !
De l’eau tiède ou bien chaude, et des bulles, des bulles,
Frémissant doucement en chatouillant la peau ;
De l’eau bleuie qui mousse et qui tintinnabule
En montant lentement le long de notre dos.
Mollement allongés, écoutant la Radio
Qui parle du soleil, des oiseaux, des Tropiques,
Nous nous laissons flotter en remettant de l’eau
Dès que le niveau baisse. Et cette heure est magique …
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