Archives pour la catégorie “Contes”

Poème illustré par un tableau de :

Jean Potvin
www.jeanpotvin.com

Le vent n’en revient pas : c’est sa fête aujourd’hui !
Ces Marseillais sont fous ! Pourtant il les ennuie
Plus souvent qu’à son tour quand il souffle en tempête !
Ma foi ! Tant pis pour eux, et il serait bien bête

De ne pas apprécier tout l’honneur qu’ils lui font
Avec ces cerfs-volants – Fanfares et flonflons !
Certains sont étonnants et d’autres magnifiques ;
On compte donc sur lui et il faut qu’il s’applique

Pour emporter tout ça jusqu’en haut des nuages.
Il va privilégier un pitchounet bien sage
Qui tient un bel engin de ses deux mains serrées
En n’ayant qu’une peur : le laisser s’échapper

Si le vent est trop fort ! Le mistral a pitié,
Il retient donc son souffle et se fait tout léger,
S’orientant comme il faut pour aider le petit…
Etonné par l’enfant tout le monde applaudit ;

Pour la première fois le vent se sent aimé.
Il se gonfle de joie et fait tourbillonner
Au dessus du Prado l’image du bonheur :
Le joli cerf-volant est en forme de coeur.

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Poème illustré par un tableau de :

Gustav Klimt
(1862-1918)

Le Printemps éveillé par la douceur du Temps
A pris son grand panier qu’il a empli de graines,
De bourgeons, de semence. Et lors il se promène
Partout dans la garrigue et les bois et les champs.

Il a le geste large et ample d’un semeur
Lançant au gré du vent ses parcelles de vie,
Et sous ses pieds légers la nature ravie
Déploie ses rameaux verts où germinent des fleurs.

C’est un elfe fringant d’allure adolescente
Et seuls peuvent le voir les enfants et les fées.
Il parcourt la Provence à grands pas déliés,
Laissant derrière lui des terres verdoyantes.

Quand le sol est trop sec, il appelle la Pluie
Afin que sa fraîcheur s’en vienne à la rescousse.
La terre craquelée et l’herbe un peu moins rousse
Sous leurs coups conjugués renaissent à l’envi,

Car dès qu’ils sont passés, c’est le vert qui s’installe
Au creux noir des sillons, au fin-fond des fossés.
Le Printemps au teint rose a tout repeint de frais,
Reboostant la nature à grands coups de cymbales.

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Poème offert à la ville de Plan de la Tour

Il y a bien longtemps, trois immondes sorcières
Toutes crochues-lippues vivaient Plan de La Tour :
Village provençal à la beauté altière
Sous son ciel toujours bleu au fil calme des jours.

C’étaient trois laiderons qui, pour mieux s’enrichir,
Rendaient les gens vicieux, leur vendant des potions
Qui les poussaient tout droit vers l’Enfer… et bien pire !
Femmes sans foi ni loi et horribles gotons !

Non loin de là passait une grand’route grise
Où roulaient des chariots surchargés de bagages,
De richesses sans prix, d’or… Et la convoitise
Faisait baver les soeurs de désir et de rage.

Lors leur vint une idée à vous faire frémir :
Une nuit de Toussaint elles déracinèrent
Des pierres dans la land(e) ; puis les firent bouillir
Dans leur grand chaudron roux avec une herbe amère,

Un poison infernal et des vipères sèches,
Pour les mettre à minuit sur le chemin désert…
Le lendemain matin s’en vint une calèche
Qui roulant pourtant doux dérapa sur les pierres :

Une vraie catastrophe, où les hommes, les bêtes
Allèrent au fossé ! Un énorme accident
Les laissant pantelants et cul par-dessus tête.
Les vieilles s’élançant volèrent tout l’argent,

Puis riches désormais s’envolèrent au loin,
Chevauchant leur balai en coassant en choeur.
Et les pauvres bernés, les menaçant du poing,
Se sentaient tout couillons face à tant de noirceur !

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Poème inspiré par un tableau de :

Andrews Esao
www.esao.net

La fée Pilou part en voyage
Dans un bien curieux équipage
Vers les confins du Lubéron.
Sa magie ne tourne plus rond,

Elle a besoin de se refaire
Une santé après l’hiver !
Elle a pris deux grosses valises,
Dont l’une est emplie de cerises,

En cas de soif ! Et la seconde
D’essence et d’un moteur qui gronde
Pour l’emporter loin, vers Bonnieux.
Car Pilou n’a pas froid aux yeux

Et elle est vraiment prête à tout
Pour oublier qu’elle est à bout !
Dans sa malle elle a mis ses chats,
Ses perruches, son chihuahua,

Dix-huit chapeaux, son canapé
Et ses vidéos préférées.
Puis elle a largué les amarres
Pour que le mistral fou s’empare

De sa nef tarabiscotée.
Et Pilou s’est laissée aller
Pour son mirobolant voyage,
Flottant au fil bleu des nuages…

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Poème illustré par un tableau de :

Eliane Marque
www.eliane64.artblog.fr

Il vit tout près d’Orange au coeur de la garrigue
Dans une maison bleue aux murs tout de guingois.
Un étrange vieillard que tout le monde croit
Pour le moins dérangé quand il danse la gigue

Au bord d’un chemin creux ou au bord de l’étang.
On ne lui cause pas car il ne parle pas ;
Il fait même un peu peur aux tout petits enfants.
Un vieil original étranger ! Un fada…

Nul ne sait qui il est ni comment il peut vivre,
Mais l’on s’en moque bien car il est repoussant
Avec ses yeux de fou et son regard ardent !
On dirait bien souvent qu’il boit et qu’il est ivre…

Cependant l’an dernier, Camille le berger
Qui s’ennuyait un peu en suivant son troupeau
Au milieu d’un pâtis, s’enfuit épouvanté :
Il avait vu le vieux, avec des pectoraux

Enormes, surgonflés : transformé en géant !
Un Génie colossal soufflant à la folie,
Faisant ployer les pins du Nord jusqu’au Midi,
S’élevant vers le ciel, lévitant, tournoyant…

Car le Vieux déplaisant n’est autre que le Vent !

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C’est après une pluie de curieux météores
Que l’orfèvre Vincent trouva de jolies pierres : (1)
Des étoiles de roche, une aubaine, un trésor !
Aux environs de Digne, épandus sur la terre,

C’étaient de vrais bijoux finement ciselés !
Puis il devint évêque… Un jour une donzelle
S’en vint le supplier : son jeune fiancé,
Emprisonné forclos par le sieur de Niozelles

Qui réclamait rançon, ne le pouvait payer :
Un tribut bien trop lourd pour les deux jeunes gens !
Assemblant ses étoil(es), Vincent fit un collier,
Qu’il s’empressa d’offrir à la femme de Jean

N’en croyant pas ses yeux : c’était une merveille !
Les étoiles serties dans l’or et dans l’argent
Faisaient de ce sautoir un bijou sans pareil !
Le seigneur l’accepta, on libéra l’amant…

(1) En réalité, c’étaient des pentacrines, c’est à dire des fossiles marins !

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Quand il est vraiment sûr qu’au loin tout s’est éteint,
Quand le soleil n’est plus qu’une ligne de feu,
Il sort tout doucement et se promène enfin,
Discret et délicat, toujours silencieux.

Il marche à petits pas, puis repart et s’arrête
Pour pouvoir respirer les parfums du jardin
Surfleuri pour ces morts qu’on honore et qu’on fête.
Il rôde dans l’allée une odeur de jasmin !

Il se fatigue vite et son pas est très lent
Comme s’il lui fallait actionner des rouages
Pour mieux se déplacer. Et presque transparent,
Son reflet est ténu comme l’est son image

Sur sa tombe, là-bas, jonchée de chrysanthèmes.
Il est très fatigué, de plus en plus léger…
Il sait depuis longtemps que les Humains qui l’aiment
Le croient anéanti. Mais il lui faut rentrer…

Dans les larges allées du vaste cimetière,
D’autres tristes rôdeurs flottent au gré du soir.
Il se décide alors, et, pleurant sa misère,
S’en retourne dormir sous son froid marbre noir.

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Poème inspiré par  un tableau de  :

Jack Butler Yeats
(1871-1957)

Sur la campagne provençale
Encore engourdie par l’hiver
S’est rué – surgi de l’enfer ?
Un extraordinaire cheval

Jailli soudain d’on ne sait où,
Silhouette fantomatique
Né du ciel blanc et de la boue.
Issu d’un monde fantastique,

Un grand cheval ruisselant d’or
Avec une crinière en feu,
Colossal et multicolore,
Caracolant et lumineux.

La lande recroquevillée
S’est alors figée de terreur,
Mais sous le galop effréné
A surgi un tapis de fleurs,

De mousse, d’herbes féeriques,
De végétaux tonitruants :
Le cheval aux sabots magiques
Etait l’un des fils du Printemps.

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Des algues bleues ondoient au fil du courant bleu,
Des algues friselant comme les longs cheveux
Des sirènes d’hier et dont le chant fatal
Attirait les marins voguant près du chenal.

Leurs volutes bouclées frémissent en dansant
Tout au long de la grève et au fil du courant
Qui va jusqu’au Cap Gris ; et des poissons d’argent
Pas plus grands que le doigt s’y faufilent en bans.

La Méditerranée qui oscille balance
Ses longues algues bleues aux flagelles qui dansent
Comme dansaient hier les sirènes létales
Attendant les marins noyés près du chenal.

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Poème illustré par  un tableau de  :

Josette Mercier
www.josettemercier.ch

Aujourd’hui une rose a fleuri au jardin,
Rose-thé, délicate et encor enroulée
Telle un bijou précieux du début de l’été,
Lavée par la rosée si fraîche du matin !

Puis elle s’est ouverte, à la fois forte et frêle
Sous les rayons en biais du soleil matinal,
Argentés et légers comme rais de cristal.
Ses pétales battants ressemblaient à des ailes ;

Elle paraissait lourde et penchait sous le poids
D’un tout petit bébé lové dans sa corolle.
Vous ne me croyez pas ? Croyez-vous qu’il est drôle
Que sans aucun respect vous vous gaussiez de moi ?

Car mon histoire est vraie ! Voyons : souvenez-vous !
Avez-vous oublié que les petites filles
Naissent au coeur des ros(es) dans toutes les familles ?
Quant aux petits garçons, ils naissent dans les choux !

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Dès qu’on l’effleure un peu ou lorsqu’on le caresse,
Le chat Mimi ronronne, et parfois sur deux tons :
Il met dans son ronron une telle allégresse
Qu’on dirait qu’il vrombit, comme ces hannetons

Qu’on attrapait jadis pour les faire voler,
Pauvres melolonthas, au bout d’une ficelle !
Il ronronne, il bourdonne, ne cesse de ronfler
Même en mangeant le soir, le nez dans sa gamelle.

Ce que nous ignorions, c’est qu’il a un moteur ;
Comme il bombillait trop par un beau soir d’été,
S’enivrant au jardin du chaud parfum des fleurs,
Tel un oiseau poilu Mimi s’est envolé !

Nous n’en revenions pas car il n’avait pas d’ailes,
Mais il semblait ravi de sa mésaventure :
Batifolant là-haut avec les hirondelles,
Il allait sûrement se casser la figure !

Mais non ! S’étant posé comme un hélicoptère,
Il s’en est retourné pour manger ses croquettes.
Sa queue en tournoyant avait servi d’aptères,
Et le fait ne semblait pas lui brouiller la tête !

Depuis le roi des chats va souvent faire un tour
Au-dessus du village avec les hirondelles.
Bientôt il va passer brillamment le Concours
Du looping le plus fou près de Saint-Raphaël !

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Poème illustré par un tableau de :

Wilga Lerat Guy
www.wilga.over-blog.com

L’air est doux, si léger qu’on ne pèse plus rien !
On est comme une bulle, on se sent aérien,
Il n’est nulle raison qui peut nous empêcher
De voltiger dans l’air comme fleurs de pêchers,

Comme des papillons ou comme les aigrettes
Des pissenlits costauds qui poussent sur la crête
De la Rente là-haut. Il fait bleu, il fait doux ;
Nous allons prendre appui sur le bord du baou

Et puis nous envoler au-dessus des sommets ;
Nous avons un peu peur mais il faut y aller…
Mille « hourrah ! » : nous flottons tout comme les flocons
De la neige en hiver. Miracle ! nous volons ;

Nous avons accompli notre rêve insensé,
Aidés par le Génie qui aide les cinglés !
Nous planons insouciants comme ce gai printemps,
Tels de grands oiseaux bleus emportés par le vent

Qui nous pousse en douceur du côté de Praloup.
L’air pur de la montagne est goûteux et très doux,
Nous menant sans problème ainsi que feuilles mortes
Au loin vers l’Italie : Eole nous y porte !

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Poème inspiré par un tableau de :

Wilga Lerat Guy
www.wilga.over-blog.com

De ses très longues ailes noires,
Un grand oiseau a effacé
Le soleil usé par le soir
Et les excès de son été.

Un messager de male mort
Envoyé pour vaincre et tuer ?
Toujours est-il que l’astre d’or
Est aujourd’hui tout estompé :

Gommés sa lumière en tempête
Et ses longs rayons effilés !
Sa monarchie est obsolète,
Sa puissance va s’effondrer

Car l’oiseau noir aux longues ailes
Est l’émissaire de l’hiver.
L’hiver auréolé de gel
Qui va déposer son suaire

Sur la garrigue pétrifiée.
L’oiseau est invincible, immense,
Et son ombre est démesurée
Sur le ciel gris de la Provence.

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Poème illustré par :

Annemeraude
http://annerevesdefees.blogspot.com
La sirène Anima qui n’avait pas d’enfant
Gémissait longuement les soirs de pleine lune
Quand le coeur lui poignait, lorsque le ciel s’allume
De millions de points dorés et clignotants

Car ils lui rappelaient tous ces légers esprits
En peine de naissance. Et son monde si beau
Lui semblait vain et gris au creux bleu de ses eaux
Sans un bébé triton à qui donner la vie.

Un jour au-dessus d’elle elle vit un bateau
Où grouillaient des Humains submergés par la peur.
Puis la barque craqua et, hurlant de terreur,
Il sombrèrent bientôt au coeur sombre des flots

Pour mourir sur le champ : c’étaient des hommes noirs
Qui ne connaissaient pas la mer et ses mirages.
La sirène nageant au milieu de l’orage
Vit un bébé flotter accroché aux espars.

Tout d’abord elle fut submergée de bonheur :
Elle allait le garder et en faire un triton,
L’emporter dans la mer parmi ses compagnons…
Puis elle refléchit et comprit son erreur

Car le bébé perdu n’était pas un poisson !
Elle devait le rendre à sa famille humaine !
Alors au prix très lourd de son énorme peine
Elle alla le poser sur les quais à Toulon…

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Dans les années 500, Draguignan s’élevait
Au milieu de marais noirs et pestilentiels.
La ville était prospère, accueillante et fort belle
Mais l’on en avait peur et chacun la fuyait

Car pour y accéder, il fallait traverser
Les tristes marécages fumants et gluants
Encerclant les hauts murs de leur miasmes puants !
Bien rares étaient ceux qui osaient s’y risquer

Tant on craignait le Drac tapi sous les roseaux :
Le prince de ces lieux, dragon abominé,
Tout prêt à dévorer qui s’y aventurait…
La cité était morne, on s’y sentait enclos !

On fit alors appel au bon sieur Hermentaire,
Saint évêque d’Antibe(s) et dont on connaissait
Le courage inouï et l’immense bonté.
Il s’en vint aussitôt, abandonnant ses terres

Pour ce qui lui parut alors l’essentiel…
Comment fit-il ensuite ? On ne saurait le dire !
Mais ce que chacun croit, c’est que pour mieux détruire
Le monstre abominable, il fit appel au Ciel !

Le combat fut affreux, mais l’évêque gagna.
Le Bien contre le Mal ! Draguignan délivrée
Du dragon fabuleux put enfin respirer.
Et le Saint repartit croulant sous les « hourrah ! »…

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