Archives pour la catégorie “Contes”

Dans une nurserie aux confins du ciel rond
Des milliers de berceaux ! Que dis-je ? Des millions !
Au creux de chacun d’eux repose un angelot,
Une âme toute neuve et prête pour le Saut
Mais dont le point de chute est vraiment un mystère.
C’est un grand ange blond qui les lance sur Terre,
Les expédiant en bas au hasard, comme ça !
Vas-y, le nouveau-né, et tombe où tu pourras !
Ils chutent n’importe où ! Une question de chance…
Damien est accueilli par un couple en Provence
Qui va le poupougner. Pour la petite Aïcha,
Une énième place au coeur d’une smala…
Les bébés pleuvent dru ! Finie la nurserie
Où ils étaient égaux ! Petites fleurs jolies
Balancées au hasard, tout petits riens du tout
Ou chérubins aimés dont on va être fou ?
Certains n’ont pas de bol et d’autres sont veinards.
Des enfants tout pareils mais marqués au départ
Par un grand coup du sort. Où vont-ils donc tomber,
Ces pauvres tout-petits jetés dans la mêlée ?
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Le soleil s’est paré d’oripeaux flamboyants
Tel un énergumène, un flambeur, un rufian
Ne songeant qu’à brûler les terres de Provence
Avec cet appêtit, cette ardeur, cette outrance
Qu’on ne voit qu’en Afrique ou au sein de l’Enfer !
Le soleil au mois d’août est comme un Lucifer
Impossible à mater, horrible à supporter !
Mais comment donc faisions-nous les autres années ?
Au fond de l’horizon, un tout petit nuage
- Un minuscule cercle et peut-être un mirage -
Rit dans sa barbichette : un petit rien du tout,
Joli grain de beauté posé sur une joue !
Mais il cache son jeu : mine de rien il gonfle
Dans le ciel bleu marine ; et alors que ronfle
Au loin comme un bruit sourd, très subrepticement
Il enfle peu à peu. Puis soudain bien plus grand
Que le soleil dément il le gomme d’un coup :
Eteint le grand bravache, effacé par un fou
Petit nuage rond qui osa l’affronter
Malgré son handicap ! Un culot insensé…
Et maintenant il pleut : un orage maison !
Le soleil dépité refourbit ses rayons
Pour revenir demain plus faraud que jamais.
La Provence est sa chose au pays de l’été !
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Publié par Vette dans Contes, Zooland

Poème illustré par un tableau de :
Georges Braque
(1882-1963)
Grimpant sur le chemin serpentant vers le mas,
Dans le pin surplombant le maquis souffreteux
J’ai vu un bel oiseau : un oiseau merveilleux
Dont le chant mélodieux a imprimé sa trace
A jamais dans mon coeur. Etait-ce un oiseau-lyre ?
Mais non ! Pas en Provence ! Il n’y a par ici
Que des oiseaux normaux ! Pas d’oiseaux-fantaisie !
Etait-il inventé et né d’un doux délire ?
Son plumage luisait ; sa tête était huppée
D’une couronne d’or ; sa longue queue bifide
D’un beige lumineux tachetée d’éphélides
Comme ton joli nez. Et son bec recourbé
Etait long et pointu comme une fine aiguille.
Mais c’est surtout son chant qui m’a comme envoûtée :
Roulades en cascade et qui semblaient couler
Du haut en bas du ciel en roucoulantes trilles !
Hélas ! J’ai dû bouger car soudain la merveille
A cessé de chanter et a pris son essor ;
Et laissant derrière elle un long sillage d’or,
Elle est montée en flèche, au loin, vers le soleil.
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Poème illustré par un tableau de :
Martine Tron-Marchal
www.saudade.unblog.fr
Sur le visage clair du bébé blond qui dort
Est posé un sourire. Un rayon de soleil
Joue sur son front bien lisse en le tachetant d’or ;
Ses cheveux si légers ont des reflets vermeils.
Le sourire frémit comme un gai papillon
Sur la bouche entr’ouverte où quatre dents de lait
Viennent juste de poindre. Un sourire-ludion
Qui s’envole soudain pour aller se poser
Un peu plus loin, là-bas, sur un nounours obèse ;
Sourire baladeur ne songeant qu’à jouer !
Un sourire-dessert, un sourire à la fraise
Parfumé au yaourt que Lou vient de manger.
Le sourire repart, voltigeant dans la chambre
Comme un spot lumineux égayant chaque chose.
Dehors, c’est la froideur du jardin de novembre
Où le mistral impie tue les dernières roses…
Mais le joli sourire en a vraiment assez
Car il est fatigué par sa folle balade :
Réintégrant la bouche il revient l’éclairer
De son joli mystère en forme d’escapade…
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Un petit ange blond assis sur ses genoux,
Un vieil homme grimace un sourire ambigu.
Trônant sur le Vieux-Port, il n’en peut vraiment plus
De ces enfants chouineurs lui bavant dans le cou.
Marseille est embrasée : des lumières cliquètent,
Des ampoules partout, par millions, par milliards !
La foule grouille et crie ; et les petits braillards
Trépignent en hurlant à lui casser la tête…
Enfin le vieux monsieur n’en peut plus : il se dresse
Et pose sur le sol le gamin ébahi.
Il paraît moins minable, il est moins décati…
Et soudain face aux gens qui badent sa prouesse,
Il s’élève en douceur pour monter vers les cieux
Où l’attend son traîneau qui y tournait en rond.
Il ne faut pas pousser ! Il veut bien être bon,
Mais le père Noël est vraiment bien trop vieux
Pour ainsi se plier à ces enfantillages.
Ca fait bien trop longtemps que ça dure ! Aujourd’hui
Il va même partir au soleil. Vers Bali ?
Toujours est-il qu’il va s’offrir un beau voyage…
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C’est un coin de fraîcheur au coeur de la montagne,
Un monde fluide et vert presque froid en été,
Où jase la chanson d’un royaume enchanté
Par les Esprits de l’eau et leurs belles compagnes
Hantant les pentes drues de prairies oubliées.
Quand la chaleur partout est vraiment trop pesante
Et que le soleil-lion à l’ardeur arrogante
Brûle tout alentour de son souffle enflammé,
Les fées viennent ici se doucher sous l’eau claire
Qui les fouette dru. Elles poussent des cris
Aigus et affolés qu’on entend jusqu’à Cruis,
Jouant à s’asperger et feignant la colère.
La cascade bondit ; elle est presque glacée,
Ceignant les beaux corps nus de ses méandres bleus ;
Et la chaleur qui sourd de la montagne en feu
Est tempérée par l’eau qui jaillit des rochers.
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Poème illustré par un tableau de :
Chardin
(1699-1779)
Tu t’ennuies, Marie-Laure, et il faut t’occuper !
Veux-tu que nous fassions des bulles de savon ?
Prends donc ce gobelet : nous allons préparer
Un ingrédient magique et qui sent vraiment bon
Le propre et le bébé. Il va falloir touiller
La poudre et l’eau tiédie… As-tu bientôt fini ?
Maintenant une paille où tu devras souffler
En pinçant joliment tes lèvres arrondies !
Vois comme il est gracieux, cet essaim irisé
Qui flotte au gré du vent ! Les bulles sont légères
Comme un peu de ciel bleu, comme gouttes de lait
Ou nuages bien ronds descendus sur la Terre !
La plus grosse est partie vers l’Ouest, à Salon :
Pourvu qu’elle ne se fasse pas bousculer
Sur la Base aérienn(e) par l’un de ces avions
Y vrombissant sans cesse, à longueur de journée !
Celle-ci va vers Aix ! Cette autre à Cavaillon !
Si tu souffles plus fort, elle va s’envoler
Jusqu’aux rives du Rhône et le pont d’Avignon,
Emportant au lointain l’âme de tes baisers.
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Poème illustré par une photo de :
www.http://slaw.unblog.fr
A la fin de juillet un oiseau s’est posé
Sur le vieux cyprès bleu tout au fond du jardin.
C’était un bel oiseau au plumage foncé,
Un oiseau roucoulant aux plumes de satin.
Le temps était brûlant et le mois d’août coulait
Comme du plomb fondu. Mais malgré la chaleur
L’oiseau ne bougeait pas. Cependant d’heure en heure,
Sous l’énorme soleil il se décolorait :
D’abord gris tourterelle et puis d’un gris plus pâle,
Lentement peu à peu sa couleur a changé.
Il semblait désormais formé de grands pétales,
Mais sous son jabot clair de la vie palpitait.
Puis il est devenu si intensément blanc
Que nul ne pouvait plus le fixer sans ciller.
C’est alors qu’un rayon de lumière a fusé :
L’oiseau a disparu en un éclair d’argent.
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Michelle d’Astier
www.michelledastier.org
Tout est venu du Centre : une banale rue
Du fin-fond de Marseille ! D’un tas de détritus
Comme il y en a tant en ces journées de grève
Où la ville est cloaque, où tout espoir s’achève
De la voir un beau jour reprendre ses esprits !
C’est de ces immondices que tout est parti :
Un grand coup de mistral, un tesson de bouteille
Sur lequel folâtrait un rayon de soleil,
Une flammèche rouge et l’horreur qui commence !
Le tas devient bûcher, le feu mène la danse
Et dévore ardemment la montagne d’ordures ;
Cela ne suffit pas car il a la dent dure,
Il lui en faut bien plus pour assouvir sa faim.
Il se propage vite et il atteint enfin
Une porte de bois qui s’enflamme aussitôt ;
La cage d’escalier, les meubles, les linteaux,
La maison : tout s’embrase ; et le feu se répand
En tornade qui ronfle et qui court et s’étend
De quartier en quartier, du Prado aux Chartreux !
Gigantesque brasier qui monte jusqu’aux cieux…
La ville n’est bientôt qu’un océan de flammes
S’éparpillant partout. Et même Notre-Dame
Rongée par ce démon s’effondre en crépitant ;
Merveille anéantie jusqu’à la fin des temps !
Tout est enfin fini, il a tout est dévoré :
L’incendie s’est éteint, mais il a ravagé
Marseille qui n’est plus que décombres fumants.
La ville suppliciée se tait immensément…
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Publié par Vette dans Contes, Zooland

Illustration du poème trouvée sur :
www.humour.animaux.free.fr
Stop, Mimi, cesse donc ! Arrête, je t’en prie,
De t’astiquer ainsi l’arrière de l’oreille
Avec tant de vigueur… Comme depuis la veille
Tu ne t’interromps plus, comment être surpris
De voir ces sombres nues qui viennent de Salon
Déclencher sur Lambesc d’énormes cataractes ?
Il faudrait maîtriser plus fermement tes actes,
Mimi la tête-en-l’air ! Tu n’es plus un chaton,
Ne te complais donc plus à te passer la patte
Derrière ton oreille, yeux à moitié fermés,
Tout en ronronnant d’aise en minou satisfait !
Serais-tu par hasard un minet psychopathe ?
Ne te rends-tu pas compte que tu fais pleuvoir
Avec ce simple geste ? Et c’est Marcel Aymé
Qui l’a compris un jour : « Contes du chat perché »…
Relis-les, cher Mimi ! Et garde ton pouvoir
Pour tous ces mois d’été où l’on voudrait la pluie.
Vieux Raminagrobis, sois donc plus raisonnable
Et redeviens ce chat si drôle et si aimable
Qui nous amuse tant avec ses pitreries !
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Publié par Vette dans Automne, Contes

Poème illustré par un tableau de :
Mikhaïl Konchalovsky
www.votreforum.net
Installé à l’orée du bois de Cabrières,
Sa palette couverte de touches ocrées,
L’automne tout jeunet encor vêtu de vert
Vient de peindre un tableau absolument parfait.
Il n’a pas lésiné sur le beige et le roux,
Couvrant tous les taillis de couleurs délicates,
Avec par-ci par là quelques macules fous
Tant ils sont excessifs, mais qui montrent la patte
D’un artiste doué plus que tous sur la Terre :
Des arbres sont en feu, d’autres ternes et pâles,
Ici une ombre brune et là une lumière
Changeant en paradis un monde végétal…
L’automne est un grand peintre, et son père le Temps
Le sait qui lui permet ainsi de tout repeindre
Deux, trois mois dans l’année. Et tous en sont contents
Car son art leur permet de bien moins se complaindre
A l’approche du froid. La Provence est si belle
Toute repeinte ainsi d’un camaïeu doré !
Le soleil la caresse et le vent, de son aile,
Fait vibrer ses couleurs sous le ciel bleu foncé.
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Sur la route de Gap dont il était l’évêque,
Alors qu’il revenait d’un long voyage à Rome,
Saint Erige badait, grignotant du pain sec ;
Car une grande faim poignait lors le brave homme
Qui avait prodigué tout au long du chemin
Ses provisions aux gueux. Il était fatigué,
Sa jument se traînait sur le bord d’un ravin
Très fortement pentu : ils en avaient assez !
Il y avait alors dans ces rudes montagnes
Une bande affamée de bandits sans pitié.
En voyant le bon Saint sur sa fière compagne,
Ils s’élancèrent tous pour le dévaliser
En bloquant la jument. Sans écouter son maître,
La bête renacla… et soudain s’élança
Au dessus du ravin, planant sur cinq cents mètres…
Elle atteignit Auron* et enfin s’y posa !
L’évêque était sauvé, les truands déconfits !
La jument du miracle eut droit à tant de blé
Qu’elle crut en crever ! Et Erige ravi
Fit construire une église pour mieux remercier…
*Poème offert au village d’Auron
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Poème illustré par un tableau de :
Angèle Sperius
www.meluzar.pagesperso-orange.fr
Vêtu d’un pourpoint bleu, le printemps angélique
S’est perché sur un arbre. Et de là il attend
Que frère Hiver s’enfuie et lève enfin le camp
Devant les grands assauts d’un soleil magnifique.
Juché sur son platane il observe la foule
Qui bade lentement sur le cours Mirabeau.
Tout le monde est content : il fait bon, il fait beau !
Il pleut de la langueur sur le flux qui s’écoule
Sous le soleil ami. Quand il sera vainqueur,
Quand la glace et le gel seront éradiqués,
Notre printemps pourra commencer à semer
Par les champs et les prés son infinie douceur.
Mais il est bien ici, il a encor le temps !
On n’est qu’en février et il lui faut attendre
Que ce maudit hiver s’en soit allé se pendre !
Levant le nez les gens le saluent en riant..
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Poème illustré par un tableau de :
David Fridrich Caspar
(1774-1840)
http://masmoulin.blog.lemonde.fr
On a tagué le cimetière.
Rassemblant alors leur poussière,
Les Morts outragés ont surgi
De leur linceul et de l’oubli
Où les a relégués le temps.
Ombres livides, corps d’antan
Couverts de hardes poussiéreuses,
Ils sont là sous la lune ombreuse,
Attendant l’imbécile impie
Qui inconscient a tout détruit.
Il reviendra, c’est obligé !
Et la foule des En-Allés,
Silencieuse et pâle cohorte,
S’est massée derrière la porte
De la nécropole endormie,
Guettant l’irresponsable qui
A profané le lieu sacré.
Elle a le temps, l’éternité
Pour rendre enfin son jugement.
La meute est là et elle attend…
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Poème inspiré par un tableau de :
Jean Potvin
www.jeanpotvin.com
Le vieil homme est pensif et semble fatigué
Par ce long mois d’hiver ; mais s’il est épuisé,
C’est par l’indécision qui pèse sur sa vie.
Il a pourtant à faire : il n’en a plus envie !
Pourquoi tous ces efforts toujours recommencés ?
A quoi donc servent-ils? Rien n’a vraiment changé
Depuis qu’il s’évertue à semer le bonheur !
Le vieil homme est lassé ; il n’est plus que douleurs :
Bien trop vieux, trop perclus et trop désabusé !
Le monde semble sale et, sans s’améliorer,
Les hommes ne sont bons qu’à semer la misère.
Mon Dieu ! Que font-ils donc de toute la lumière
Qui jaillit chaque jour du fond de l’horizon ?
Comprends-Tu ce qu’ils sont et à quoi ils sont bons ?
Le vieil homme accablé s’est penché sur le feu
Qui brûle au creux de l’âtre et il s’essuie les yeux :
Tous les ans c’est pareil ; il souffre tout autant !
Et puis il se redresse, il marmonne et reprend
Le travail qui le pousse à mener ses affaires
Monsieur Noël se lève : il a vraiment à faire…
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