Archives pour la catégorie “Contes”

C’est un coin de fraîcheur au coeur de la montagne,
Un monde fluide et vert presque froid en été,
Où jase la chanson d’un royaume enchanté
Par les Esprits de l’eau et leurs belles compagnes

Hantant les pentes drues de prairies oubliées.
Quand la chaleur partout est vraiment trop pesante
Et que le soleil-lion à l’ardeur arrogante
Brûle tout alentour de son souffle enflammé,

Les fées viennent ici se doucher sous l’eau claire
Qui les fouette dru. Elles poussent des cris
Aigus et affolés qu’on entend jusqu’à Cruis,
Jouant à s’asperger et feignant la colère.

La cascade bondit ; elle est presque glacée,
Ceignant les beaux corps nus de ses méandres bleus ;
Et la chaleur qui sourd de la montagne en feu
Est tempérée par l’eau qui jaillit des rochers.

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Poème illustré par un tableau de :

Chardin
(1699-1779)

Tu t’ennuies, Marie-Laure, et il faut t’occuper !
Veux-tu que nous fassions des bulles de savon ?
Prends donc ce gobelet : nous allons préparer
Un ingrédient magique et qui sent vraiment bon

Le propre et le bébé. Il va falloir touiller
La poudre et l’eau tiédie… As-tu bientôt fini ?
Maintenant une paille où tu devras souffler
En pinçant joliment tes lèvres arrondies !

Vois comme il est gracieux, cet essaim irisé
Qui flotte au gré du vent ! Les bulles sont légères
Comme un peu de ciel bleu, comme gouttes de lait
Ou nuages bien ronds descendus sur la Terre !

La plus grosse est partie vers l’Ouest, à Salon :
Pourvu qu’elle ne se fasse pas bousculer
Sur la Base aérienn(e) par l’un de ces avions
Y vrombissant sans cesse, à longueur de journée !

Celle-ci va vers Aix ! Cette autre à Cavaillon !
Si tu souffles plus fort, elle va s’envoler
Jusqu’aux rives du Rhône et le pont d’Avignon,
Emportant au lointain l’âme de tes baisers.

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Poème illustré par une photo de :
www.http://slaw.unblog.fr

A la fin de juillet un oiseau s’est posé
Sur le vieux cyprès bleu tout au fond du jardin.
C’était un bel oiseau au plumage foncé,
Un oiseau roucoulant aux plumes de satin.

Le temps était brûlant et le mois d’août coulait
Comme du plomb fondu. Mais malgré la chaleur
L’oiseau ne bougeait pas. Cependant d’heure en heure,
Sous l’énorme soleil il se décolorait :

D’abord gris tourterelle et puis d’un gris plus pâle,
Lentement peu à peu sa couleur a changé.
Il semblait désormais formé de grands pétales,
Mais sous son jabot clair de la vie palpitait.

Puis il est devenu si intensément blanc
Que nul ne pouvait plus le fixer sans ciller.
C’est alors qu’un rayon de lumière a fusé :
L’oiseau a disparu en un éclair d’argent.

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Michelle d’Astier
www.michelledastier.org

Tout est venu du Centre : une banale rue
Du fin-fond de Marseille ! D’un tas de détritus
Comme il y en a tant en ces journées de grève
Où la ville est cloaque, où tout espoir s’achève

De la voir un beau jour reprendre ses esprits !
C’est de ces immondices que tout est parti :
Un grand coup de mistral, un tesson de bouteille
Sur lequel folâtrait un rayon de soleil,

Une flammèche rouge et l’horreur qui commence !
Le tas devient bûcher, le feu mène la danse
Et dévore ardemment la montagne d’ordures ;
Cela ne suffit pas car il a la dent dure,

Il lui en faut bien plus pour assouvir sa faim.
Il se propage vite et il atteint enfin
Une porte de bois qui s’enflamme aussitôt ;
La cage d’escalier, les meubles, les linteaux,

La maison : tout s’embrase ; et le feu se répand
En tornade qui ronfle et qui court et s’étend
De quartier en quartier, du Prado aux Chartreux !
Gigantesque brasier qui monte jusqu’aux cieux…

La ville n’est bientôt qu’un océan de flammes
S’éparpillant partout. Et même Notre-Dame
Rongée par ce démon s’effondre en crépitant ;
Merveille anéantie jusqu’à la fin des temps !

Tout est enfin fini, il a tout est dévoré :
L’incendie s’est éteint, mais il a ravagé
Marseille qui n’est plus que décombres fumants.
La ville suppliciée se tait immensément…

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Illustration du poème trouvée sur :

www.humour.animaux.free.fr

Stop, Mimi, cesse donc ! Arrête, je t’en prie,
De t’astiquer ainsi l’arrière de l’oreille
Avec tant de vigueur… Comme depuis la veille
Tu ne t’interromps plus, comment être surpris

De voir ces sombres nues qui viennent de Salon
Déclencher sur Lambesc d’énormes cataractes ?
Il faudrait maîtriser plus fermement tes actes,
Mimi la tête-en-l’air ! Tu n’es plus un chaton,

Ne te complais donc plus à te passer la patte
Derrière ton oreille, yeux à moitié fermés,
Tout en ronronnant d’aise en minou satisfait !
Serais-tu par hasard un minet psychopathe ?

Ne te rends-tu pas compte que tu fais pleuvoir
Avec ce simple geste ? Et c’est Marcel Aymé
Qui l’a compris un jour : « Contes du chat perché »…
Relis-les, cher Mimi ! Et garde ton pouvoir

Pour tous ces mois d’été où l’on voudrait la pluie.
Vieux Raminagrobis, sois donc plus raisonnable
Et redeviens ce chat si drôle et si aimable
Qui nous amuse tant avec ses pitreries !

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Poème illustré par un tableau de :

Mikhaïl Konchalovsky
www.votreforum.net

Installé à l’orée du bois de Cabrières,
Sa palette couverte de touches ocrées,
L’automne tout jeunet encor vêtu de vert
Vient de peindre un tableau absolument parfait.

Il n’a pas lésiné sur le beige et le roux,
Couvrant tous les taillis de couleurs délicates,
Avec par-ci par là quelques macules fous
Tant ils sont excessifs, mais qui montrent la patte

D’un artiste doué plus que tous sur la Terre :
Des arbres sont en feu, d’autres ternes et pâles,
Ici une ombre brune et là une lumière
Changeant en paradis un monde végétal…

L’automne est un grand peintre, et son père le Temps
Le sait qui lui permet ainsi de tout repeindre
Deux, trois mois dans l’année. Et tous en sont contents
Car son art leur permet de bien moins se complaindre

A l’approche du froid. La Provence est si belle
Toute repeinte ainsi d’un camaïeu doré !
Le soleil la caresse et le vent, de son aile,
Fait vibrer ses couleurs sous le ciel bleu foncé.

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Sur la route de Gap dont il était l’évêque,
Alors qu’il revenait d’un long voyage à Rome,
Saint Erige badait, grignotant du pain sec ;
Car une grande faim poignait lors le brave homme

Qui avait prodigué tout au long du chemin
Ses provisions aux gueux. Il était fatigué,
Sa jument se traînait sur le bord d’un ravin
Très fortement pentu : ils en avaient assez !

Il y avait alors dans ces rudes montagnes
Une bande affamée de bandits sans pitié.
En voyant le bon Saint sur sa fière compagne,
Ils s’élancèrent tous pour le dévaliser

En bloquant la jument. Sans écouter son maître,
La bête renacla… et soudain s’élança
Au dessus du ravin, planant sur cinq cents mètres…
Elle atteignit Auron* et enfin s’y posa !

L’évêque était sauvé, les truands déconfits !
La jument du miracle eut droit à tant de blé
Qu’elle crut en crever ! Et Erige ravi
Fit construire une église pour mieux remercier…

*Poème offert au village d’Auron

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Poème illustré par un tableau de :

Angèle Sperius
www.meluzar.pagesperso-orange.fr

Vêtu d’un pourpoint bleu, le printemps angélique
S’est perché sur un arbre. Et de là il attend
Que frère Hiver s’enfuie et lève enfin le camp
Devant les grands assauts d’un soleil magnifique.

Juché sur son platane il observe la foule
Qui bade lentement sur le cours Mirabeau.
Tout le monde est content : il fait bon, il fait beau !
Il pleut de la langueur sur le flux qui s’écoule

Sous le soleil ami. Quand il sera vainqueur,
Quand la glace et le gel seront éradiqués,
Notre printemps pourra commencer à semer
Par les champs et les prés son infinie douceur.

Mais il est bien ici, il a encor le temps !
On n’est qu’en février et il lui faut attendre
Que ce maudit hiver s’en soit allé se pendre !
Levant le nez les gens le saluent en riant..

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Poème illustré par un tableau de :

David Fridrich Caspar
(1774-1840)
http://masmoulin.blog.lemonde.fr

On a tagué le cimetière.
Rassemblant alors leur poussière,
Les Morts outragés ont surgi
De leur linceul et de l’oubli

Où les a relégués le temps.
Ombres livides, corps d’antan
Couverts de hardes poussiéreuses,
Ils sont là sous la lune ombreuse,

Attendant l’imbécile impie
Qui inconscient a tout détruit.
Il reviendra, c’est obligé !
Et la foule des En-Allés,

Silencieuse et pâle cohorte,
S’est massée derrière la porte
De la nécropole endormie,
Guettant l’irresponsable qui

A profané le lieu sacré.
Elle a le temps, l’éternité
Pour rendre enfin son jugement.
La meute est là et elle attend…

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Poème inspiré par un tableau de :

Jean Potvin
www.jeanpotvin.com

Le vieil homme est pensif et semble fatigué
Par ce long mois d’hiver ; mais s’il est épuisé,
C’est par l’indécision qui pèse sur sa vie.
Il a pourtant à faire : il n’en a plus envie !

Pourquoi tous ces efforts toujours recommencés ?
A quoi donc servent-ils? Rien n’a vraiment changé
Depuis qu’il s’évertue à semer le bonheur !
Le vieil homme est lassé ; il n’est plus que douleurs :

Bien trop vieux, trop perclus et trop désabusé !
Le monde semble sale et, sans s’améliorer,
Les hommes ne sont bons qu’à semer la misère.
Mon Dieu ! Que font-ils donc de toute la lumière

Qui jaillit chaque jour du fond de l’horizon ?
Comprends-Tu ce qu’ils sont et à quoi ils sont bons ?
Le vieil homme accablé s’est penché sur le feu
Qui brûle au creux de l’âtre et il s’essuie les yeux :

Tous les ans c’est pareil ; il souffre tout autant !
Et puis il se redresse, il marmonne et reprend
Le travail qui le pousse à mener ses affaires
Monsieur Noël se lève : il a vraiment à faire…

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Poème illustré par un tableau de :

Jean Potvin
www.jeanpotvin.com

Le vent n’en revient pas : c’est sa fête aujourd’hui !
Ces Marseillais sont fous ! Pourtant il les ennuie
Plus souvent qu’à son tour quand il souffle en tempête !
Ma foi ! Tant pis pour eux, et il serait bien bête

De ne pas apprécier tout l’honneur qu’ils lui font
Avec ces cerfs-volants – Fanfares et flonflons !
Certains sont étonnants et d’autres magnifiques ;
On compte donc sur lui et il faut qu’il s’applique

Pour emporter tout ça jusqu’en haut des nuages.
Il va privilégier un pitchounet bien sage
Qui tient un bel engin de ses deux mains serrées
En n’ayant qu’une peur : le laisser s’échapper

Si le vent est trop fort ! Le mistral a pitié,
Il retient donc son souffle et se fait tout léger,
S’orientant comme il faut pour aider le petit…
Etonné par l’enfant tout le monde applaudit ;

Pour la première fois le vent se sent aimé.
Il se gonfle de joie et fait tourbillonner
Au dessus du Prado l’image du bonheur :
Le joli cerf-volant est en forme de coeur.

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Poème illustré par un tableau de :

Gustav Klimt
(1862-1918)

Le Printemps éveillé par la douceur du Temps
A pris son grand panier qu’il a empli de graines,
De bourgeons, de semence. Et lors il se promène
Partout dans la garrigue et les bois et les champs.

Il a le geste large et ample d’un semeur
Lançant au gré du vent ses parcelles de vie,
Et sous ses pieds légers la nature ravie
Déploie ses rameaux verts où germinent des fleurs.

C’est un elfe fringant d’allure adolescente
Et seuls peuvent le voir les enfants et les fées.
Il parcourt la Provence à grands pas déliés,
Laissant derrière lui des terres verdoyantes.

Quand le sol est trop sec, il appelle la Pluie
Afin que sa fraîcheur s’en vienne à la rescousse.
La terre craquelée et l’herbe un peu moins rousse
Sous leurs coups conjugués renaissent à l’envi,

Car dès qu’ils sont passés, c’est le vert qui s’installe
Au creux noir des sillons, au fin-fond des fossés.
Le Printemps au teint rose a tout repeint de frais,
Reboostant la nature à grands coups de cymbales.

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Poème offert à la ville de Plan de la Tour

Il y a bien longtemps, trois immondes sorcières
Toutes crochues-lippues vivaient Plan de La Tour :
Village provençal à la beauté altière
Sous son ciel toujours bleu au fil calme des jours.

C’étaient trois laiderons qui, pour mieux s’enrichir,
Rendaient les gens vicieux, leur vendant des potions
Qui les poussaient tout droit vers l’Enfer… et bien pire !
Femmes sans foi ni loi et horribles gotons !

Non loin de là passait une grand’route grise
Où roulaient des chariots surchargés de bagages,
De richesses sans prix, d’or… Et la convoitise
Faisait baver les soeurs de désir et de rage.

Lors leur vint une idée à vous faire frémir :
Une nuit de Toussaint elles déracinèrent
Des pierres dans la land(e) ; puis les firent bouillir
Dans leur grand chaudron roux avec une herbe amère,

Un poison infernal et des vipères sèches,
Pour les mettre à minuit sur le chemin désert…
Le lendemain matin s’en vint une calèche
Qui roulant pourtant doux dérapa sur les pierres :

Une vraie catastrophe, où les hommes, les bêtes
Allèrent au fossé ! Un énorme accident
Les laissant pantelants et cul par-dessus tête.
Les vieilles s’élançant volèrent tout l’argent,

Puis riches désormais s’envolèrent au loin,
Chevauchant leur balai en coassant en choeur.
Et les pauvres bernés, les menaçant du poing,
Se sentaient tout couillons face à tant de noirceur !

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Poème inspiré par un tableau de :

Andrews Esao
www.esao.net

La fée Pilou part en voyage
Dans un bien curieux équipage
Vers les confins du Lubéron.
Sa magie ne tourne plus rond,

Elle a besoin de se refaire
Une santé après l’hiver !
Elle a pris deux grosses valises,
Dont l’une est emplie de cerises,

En cas de soif ! Et la seconde
D’essence et d’un moteur qui gronde
Pour l’emporter loin, vers Bonnieux.
Car Pilou n’a pas froid aux yeux

Et elle est vraiment prête à tout
Pour oublier qu’elle est à bout !
Dans sa malle elle a mis ses chats,
Ses perruches, son chihuahua,

Dix-huit chapeaux, son canapé
Et ses vidéos préférées.
Puis elle a largué les amarres
Pour que le mistral fou s’empare

De sa nef tarabiscotée.
Et Pilou s’est laissée aller
Pour son mirobolant voyage,
Flottant au fil bleu des nuages…

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Poème illustré par un tableau de :

Eliane Marque
www.eliane64.artblog.fr

Il vit tout près d’Orange au coeur de la garrigue
Dans une maison bleue aux murs tout de guingois.
Un étrange vieillard que tout le monde croit
Pour le moins dérangé quand il danse la gigue

Au bord d’un chemin creux ou au bord de l’étang.
On ne lui cause pas car il ne parle pas ;
Il fait même un peu peur aux tout petits enfants.
Un vieil original étranger ! Un fada…

Nul ne sait qui il est ni comment il peut vivre,
Mais l’on s’en moque bien car il est repoussant
Avec ses yeux de fou et son regard ardent !
On dirait bien souvent qu’il boit et qu’il est ivre…

Cependant l’an dernier, Camille le berger
Qui s’ennuyait un peu en suivant son troupeau
Au milieu d’un pâtis, s’enfuit épouvanté :
Il avait vu le vieux, avec des pectoraux

Enormes, surgonflés : transformé en géant !
Un Génie colossal soufflant à la folie,
Faisant ployer les pins du Nord jusqu’au Midi,
S’élevant vers le ciel, lévitant, tournoyant…

Car le Vieux déplaisant n’est autre que le Vent !

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