Archives de catégorie : Contes

Obstination

Maisonnette

Les longs doigts de la pluie tambourinent le toit,
Jazzant à toute allure un joli tintamarre.
Tic et taquant gaiement un petit air bizarre,
La pluie bleue machicote et veut entrer chez moi.

Elle frappe et tapote à petits coups pointus
Les tuiles arrondies. Sa drôle de musique
Fait chanter follement l’antique toit qui clique
Sous son flot continu. Son gai tempo têtu

Ne s’est point arrêté depuis mercredi soir !
Elle désire tant que j’ouvre la fenêtre
Que je suis hors de moi, et que je l’envoie paître
Car son obstination devient vraiment… rasoir !

Mais elle continue à chanter et valser.
Tip et tap, tip et tap ! Ses milliers de papattes
De perverse dingo et de folle acrobate
Bondissent sur mon toit en le faisant danser.

L’eau commence à monter autour de la maison.
Rien ne peut endiguer la folle sérénade ;
Dans la campagne entour, c’est une débandade :
La pluie du mois d’avril a perdu la raison !

C’est le soleil tout neuf qui nous en a sauvés :
Attiré par nos cris, il a bouté la folle
Hors de notre Midi. Depuis, il caracole
Au-dessus de chez nous pour tout faire sécher.

La pluie s’en est retournée bien seule dans le Nord,
Tip et tap, tip et tap – avec sa chansonnette.
Son rythme martelant m’est resté dans la tête,
Comme son rire frais qui y cliquette encor…

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L’aile du papillon

Pyrèthres

L’aile d’un papillon vient de frôler la joue
Satinée comme un lys d’une belle dormeuse
Assoupie au jardin. L’insecte bleu qui joue
Offre à Angelica agitée et fiévreuse

Un fort joli présent, car il l’a libérée,
En l’effleurant tout doux, d’un pénible sommeil
Hanté de cauchemars. Encor tourneboulée,
Elle quitte en baillant son fauteuil au soleil

Et gagne son bureau pour jouer sur l’ordi.
Assommée par sa sieste et les mains hésitantes,
Elle cherche, elle clique, elle erre et elle écrit,
Sans trop savoir comment, un truc en dilettante ;

Elle dicte au clavier du grand n’importe quoi,
N’importe quelle option sur n’importe quel site,
Tapant sans le vouloir l’adresse d’un… Benoît !
C’est donc un papillon né dans les clématites

Qui s’en vient par hasard de tout redessiner
En deux destins humains… De la danse anarchique
D’un insecte linotte un coup de foudre est né !
Une rencontre issue d’étourderies magiques !

Angelica, Benoît : tout de suite l’entente
Pour un fort long amour fait de lait et de miel…
L’insecte est reparti les ailes palpitantes,
Jolie fleur azurée voletant dans le ciel.

Après avoir changé la vie de ces deux êtres,
Il s’en est retourné tout au fond du jardin
Pour aller, le pauvret, errer dans les pyrèthres*,
Enivré du parfum des roses et du thym…

*Pyrèthre : fleur naturellement insecticide.

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Le soleil insensé

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Juste au milieu du ciel, l’énorme disque blond
Du soleil qui rugit, qui bouillonne et palpite
Tel un cœur flamboyant. Gigantesque pépite
D’or fondu par le Temps, posé juste à l’aplomb

De la mer immobile aux noires eaux brûlantes,
Il va tout dévorer s’il continue ainsi
Car il est trop intense ! On dirait qu’il grossit
Chaque jour un peu plus ; que se fait plus ardente

Cette folle fournaise accablant le Midi
Bien plus fort chaque année. Août et juillet défaillent
Sous ce délire blanc. Et les gens d’ici raillent
Les touristes du Nord qui n’y ont rien compris,

Ne voyant du fléau qu’une figure aimable
En cet ogre enragé qui les mange vivants.
Nous, nous nous protégeons, et bénissons le vent
Qui s’en vient par moments rendre l’été vivable.

Peut-être l’astre fou va-t-il mettre le feu ?
L’on a tous l’impression qu’il croît et se dilate.
A l’horizon, là-bas, la large face plate
De la lune bleutée s’étale peu à peu…

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Le visiteur

Matteo Pugliese

Poème illustré par une sculpture de :

Matteo Pugliese

Ca fait plus de vingt ans qu’il n’est pas revenu
Dans sa vieille maison au décor inchangé :
Toujours ce radassié* contre le haut mur nu
Chaulé d’un blanc ocré… Rien n’a vraiment bougé

Depuis des décennies, des vieux meubles d’antan
Aux tommettes ocrées. Pas même sa photo
Posée sur le bureau. Depuis combien de temps
En est-il donc parti, fuyant sur sa moto ?

L’horloge bat tout doux, aussi doux qu’autrefois.
Barbara est assise au creux de son fauteuil,
Terriblement vieillie, mais avec toutefois
Sa grâce préservée de fragile chevreuil

Et son long regard bleu. L’horloge bat tout doux
Le temps lourd de l’oubli, le temps des souvenirs.
L’horloge bat tout doux le temps devenu flou
Où le présent est mort sans aucun avenir…

Mais qu’est donc une horloge en ce monde si dur ?
Il lui faut maintenant quitter sa Barbara…
Pour rebrousser chemin, il traverse le mur
Sans avoir pu d’un mot dire qu’il était là.

*Banc provençal paillé

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La collectionneuse

Sirène

Poème illustré par un tableau de :

Cédric Gomes
http://www.galerie-creation.com/cedricgomes

Elle émerge de l’eau quand la ville sommeille ;
Elle en sort sans un bruit, puis enlève sa queue
Qu’elle cache avec soin. Pour rejoindre Marseille,
Elle use maintenant de longues jambes bleues

Qu’elle a dissimulées sous un collant opaque.
Tout comme d’habitude, elle a mis un habit
Cher à certains Humains, et qui la travestit
En cagole d’ici, légèrement foutraque,

S’en allant retrouver les fêtards de la ville…
Sirène pudibonde, elle observe leurs mœurs,
Condamnant leur folie, leur rire, leurs clameurs
Quand l’un d’eux accomplit un exploit imbécile.

Pour elle ils sont issus de l’immorale secte
Des Humains libertins qu’elle trouve indécents.
Certains d’entre eux très laids, courtauds et bedonnants,
Lui donnent la nausée, comme de gros insectes.

Comme elle est très jolie, souvent l’un d’eux la drague.
Elle l’entraîne alors sans lui dire un seul mot
Et le mène tout droit vers l’anse des Ormeaux
Où l’homme est emporté, submergé par des vagues

Accourues aussitôt sur l’ordre de la belle.
Sans aucune pitié, elle l’entend hurler,
Et le voit sans émoi cracher et avaler
L’eau noire qui l’étouffe. Atroce heure cruelle…

Elle l’entraîne alors en son antre effroyable
Tapissé d’ossements. Monstre jamais repu,
Elle allonge avec soin sa prise sur le sable
Aux côtés d’autres corps tout aussi corrompus.

Puis elle va chercher un autre échantillon
Pour pouvoir l’ajouter à sa collection…

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Le Royaume enchanté

FondMarin

Au fin-fond de la mer il existe un royaume
Uniquement connu des gens qui, comme moi,
Aiment encor rêver. Terre inconnue des Hommes
Rayonnant sous les flots, loin du monde aux abois

Et de ses illusions. Sous le dôme en cristal
De la mer qui l’enclot, c’est une ville claire
Et bâtie par des Dieux, loin d’un siècle brutal
Qui engendre partout guerre, ruine et misère.

Y valsent des poissons aux couleurs aussi vives
Que les fleurs des jardins là-haut chez les Humains,
Tournoyant tout autour d’une foule craintive
Qui s’y laisse entraîner au bout d’un long chemin

De pérégrinations et d’errance sans fin.
Tous vont pouvoir dormir, allongés sur un sable
Aussi doux que la soie. En terminer, enfin !
La Méditerranée, soudain calme et aimable,

Va même les bercer avec sollicitude
Au long des rues pavées de porphyre et d’argent,
Pour leur faire oublier l’immense solitude
Des gens qu’on considère à tort comme indigents

Et qui errent sans cesse en quête d’un abri.
Ils vont s’y reposer, oublier l’infortune :
Au royaume enchanté nul n’est jamais proscrit
Et l’on y désapprend haine, peur et rancune.

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L’attente

Attente

Il y a bien longtemps qu’Adrienne a appris
Qu’était enfin fini l’effroyable conflit
Qui lui a pris son fils ? Terminée, cette guerre,
Après ces quatre années de ruine et de misère !

Depuis combien de temps l’attend-elle ? Où est-il ?
Pourquoi parfois ce doute agaçant et subtil
Qui effleure son cœur pour y semer la crainte ?
Eventualité rapidement éteinte

Et qu’il lui paraît vain de même envisager !
Elle doit être forte et ne peut déroger
A son bel optimisme. Il faut rester sereine…
Ou du moins essayer. Ne pas montrer sa peine,

S’accrocher à l’espoir, penser que Gaëtan
Est vivant quelque part, et que dans peu de temps,
Il reviendra chez lui pour retrouver sa mère.
En voir d’autres rentrer ne la rend pas amère

Tant elle est assurée qu’il est sur le chemin.
Elle attend… puis se dit que sans doute demain
Elle verra là-bas poindre sa silhouette…
Patiente et obstinée, Adrienne s’entête

A aller tous les jours guetter le train du soir.
Esseulée dans la gare aux lugubres quais noirs,
Elle attend qu’il n’y ait strictement plus personne,
Et puis elle repart, au moment où résonne

La cloche signalant qu’on va bientôt fermer.
Elle attend son petit, ne se lassant jamais
D’espérer et de croire. Où qu’il se trouve encore,
Elle sent qu’est vivant cet être qu’elle adore,

En est persuadée. Confiante dans son sort,
Elle ne peut songer un instant qu’il est mort :
C’est chose inacceptable. Quelle idée impossible
Pour la mère qu’elle est, et incompréhensible !

Un espoir aberrant, bêtement triomphant ?
Comment donc pourrait-on survivre à son enfant ?

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Assis au bord du ciel…

Infini

 

Leur nombre est infini, l’Univers l’est aussi…
Assis au bord du ciel et contemplant la Terre,
Heureux d’avoir quitté un monde sans merci
Qui leur est maintenant un abyssal mystère,

Les En-Allés inquiets regardent ces Humains
S’agitant tout en-bas, et tout aussi futiles
Qu’ils le furent jadis : croyant en leur destin,
Imbus de leur personne et se croyant utiles…

Assis au bord du ciel, un peu dubitatifs
Face à l’entêtement de ces malheureux frères
Qui se disent vivants, les En-Allés pensifs
Voudraient les décharger de toute leur misère,

Mais ne le peuvent pas. Ce n’est pas leur mission
Car ils sont au-delà des affaires terriennes !
Et bien que délivrés des absurdes passions
Ne leur ayant valu que déboires et peines,

Ils sont apitoyés par cet aveuglement
Dû à trop d’ignorance. Quelquefois ils s’en viennent
Hanter nos cauchemars, silencieusement !
Ils aiment se glisser au creux des nuits humaines,

Rallumer la lueur des anciens souvenirs…
Encor un peu humains, les En-Allés se penchent
Au-dessus de la Terre et du monde à venir,
Un monde grisailleux et devenu étanche

A toutes ces vertus prônées par les aïeux.
Un monde qui sans nous irait sûrement mieux…

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Le nuage importun

nuage-blanc-solitaire-en-ciel-bleu

 

Il y a tout là-haut un nuage dansant
Dans le ciel de l’été ; un nuage passant
Au-dessus du Midi sans trop savoir pourquoi ;
Un nuage importun, vraiment sans foi ni loi !

Car a-t-on jamais vu, en juillet, en Provence,
Se donnant indûment une telle importance,
Un nuage passer, un nimbus en goguette ?
Et le Septième Mois a-t-il perdu la tête

A laisser un nuage ainsi batifoler,
La bride sur le cou, au cœur du grand été ?
Mais où se croit-il  donc ? A-t-il perdu le Nord
A se laisser porter en douceur jusqu’aux bords

De notre mer à nous, la Méditerranée ?
C’est un coup du mistral : depuis quelques années
Il néglige la Loi, et, oubliant l’usage,
Montre qu’il est en fait un vent vraiment peu sage !

Le tout petit nuage est vraiment isolé
Au milieu du grand ciel. Mais tout environné
De bleu, de bleu, de bleu jusqu’à l’horizon bleu,
Il se recroqueville et devient grumeleux

Comme du lait caillé… Un tout petit nuage
Qui ne peut résister ! Se croyant un orage,
Il pensait devenir une nue tropicale ;
Mais c’était ignorer l’inertie provençale

Forte et déterminée qui ne veut point changer
Et se méfie toujours des troubles étrangers.
Le petit nimbus blanc a vite disparu,
Absorbé par le bleu qui l’a mangé tout cru…

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Les dormeurs

Vue sous marine

Six dormeurs, six gisants. Six êtres que la mer
Caresse aimablement ; et ses baisers amers
Effleurent en douceur leurs lèvres refermées
Depuis peu, bien trop tôt. Elle est accoutumée

A devoir héberger ces hôtes incongrus
Qui gisent par le fond ; ces humains presque nus
Au destin émouvant, qu’un naufrage effroyable
A tués récemment et coulés jusqu’au sable

Doux et dur à la fois du monde aux mille écueils,
Ce monde sous-marin devenu leur cercueil !
Sans vergogne, les eaux curieuses se faufilent
Dans les méandres noirs des poumons si fragiles

Des dormeurs apaisés – sans doute une illusion !
Ores* indifférents à l’odieuse intrusion.
Allongés côte à côte, une femme et cinq hommes
Liés par le malheur. Rassemblés là tout comme

Une famille unie pour un calme sommeil.
La femme porte encor un long voile vermeil ;
La mer chaude en ceignant son torse d’algues vertes
L’a vêtue d’émeraude ; et l’ayant recouverte,

Pallie en la berçant l’inconfort de son lit.
Mais peu chaut à son corps, dont le temps aboli
Est maintenant serein… La Méditerranée
Va dissoudre tout doux la belle profanée.

*Maintenant

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L’écornifleur

Lézard2

Il est entré chez moi sans y être invité,
Petit éclair si vif qu’il m’a fait sursauter :
Un tout petit lézard, minuscule reptile
Fourvoyé par hasard, livré à domicile

Par la curiosité ou la peur de l’hiver !
A-t-il vu la géante avec un tee-shirt vert
Qui se penchait sur lui ? Il s’est enfui si vite
Que je n’ai même pas pu fixer les limites

De mon royaume à moi, de son domaine à lui !
Oh, puisse-t-il – Seigneur ! n’être pas dans mon lit
Où dort déjà mon chat hostile à tout partage !
Je n’ose point ici vous parler du carnage…

Mais non ! Monsieur musarde et mes soucis sont vains :
Vrillant sa longue queue et frétillant du train,
Il court en fouinant, filant de pièce en pièce
Et rendant fou Mimi, qui ignore l’espèce

A laquelle appartient ce bizarre animal
Se contentant , c’est vrai, d’un repas minimal :
Une mite, peut-être, ou une mini-mouche ?
Rien qu’il vienne indûment nous tirer de la bouche !

Mais que va-t-il bien faire au creux de ma maison ?
L’adopter ne serait que pure déraison,
D’autant que mon Mimi n’en a aucune envie !
Et je ne connais point la durée d’une vie

De lézard provençal transformé en pacha !
Après tout, l’on verra… J’espère que mon chat
Va le considérer comme son petit frère
En menant avec lui de longs jours solidaires…

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La fille tombée du ciel

emmanuelgarant

Poème illustré par un tableau de :

Emmanuel Garant
www.emmanuelgarant.com

Irréelle comme un lutin,
Est-ce un être tombé du ciel ?
Aussi lustrée que du satin,
Sa peau a la teinte du miel ;

Ses longs cheveux couleur de lune
Sont tout pointillés de soleil :
Le jour et la nuit y allument
Un étincellement vermeil.

Dans ses yeux luisent les éclats
Des étoiles fusant du ciel
A la Saint-Jean. Il y a là
Les reflets d’un monde irréel…

Peut-être qu’il y a des ailes
Sous sa tunique de lin blanc ?
Une fée ? Une fée trop belle
Et dont le charme ensorcelant

Hypnotise ses amoureux.
Inconsciente de ses seize ans,
Seize ans naïfs, seize ans heureux,
Elle a le pouvoir séduisant

D’une souveraine innocence
Et en joue puérilement,
Avec la totale inconscience
De qui n’a jamais eu d’amant,

Aussi dure qu’un diamant.
Telle un elfe venu d’Ailleurs,
Elle séduit ingénument
Tout le petit monde piailleur

Des mâles de son entourage.
C’est un ange tombé du ciel
Sous la forme d’un doux mirage
Au charme presque immatériel.

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La montagne est tombée…

surplomb

La montagne en surplomb au-dessus de la route
Semble faite d’un bloc, d’une énorme vigueur ;
Mais elle se délite et recèle en son cœur
Un terrible danger : il n’y a qu’une croûte

De rochers ébranlés tenant en équilibre
Au dessus de l’abîme, et qui devraient tomber ;
D’autant que, cet hiver, le froid exacerbé
Les ronge lentement et les déséquilibre

Chaque jour un peu plus. Une chute est probable
D’ici très peu de temps ! Le gel s’est acharné
A accroître ce mal qu’on ne peut soupçonner,
Et leur effondrement devient inévitable…

La montagne est tombée, emportant la chaussée
Avec un autocar montant cahin-caha
Tout en se dandinant, qui roulait presque au pas
En semblant se méfier de la route affaissée…

Un effarant fracas, une énorme fumée !
Rocs et car ont roulé jusqu’au fond du ravin
Enchevêtrés entre eux, écrasant deux ovins
Qui paissaient sur la pente une herbette élimée…

Emergeant un par un de la carcasse beige
Tombée dans la vallée, seuls quelques rescapés
S’extirpent des débris de métal découpé
Comme des elfes noirs. Il fait froid et il neige…

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La maison du Mal

SAMSUNG

Sous son vieux toit verdi par des mousses anciennes,
La maison est fermée, bien recroquevillée ;
Il en sourd quelquefois une funèbre antienne,
Celle du lourd passé d’une âme chevillée

Aux murs tout de guingois suintant d’humidité ;
Car elle fut jadis l’innommable théâtre
D’un crime irrésolu. Jamais la vérité
N’est sortie du salon où s’effrite le plâtre,

Et pourtant la demeure en est tout imprégnée.
Ce fut certainement une belle maison,
Mais aujourd’hui bien vide et comme excommuniée
Du monde des humains. Contre toute raison,

L’on ne va par là-bas vraiment qu’à contrecoeur,
Comme si l’on savait à quel point est sordide
Son passé sulfureux où palpite la peur.
Seul parfois un chasseur encor un peu candide

Y pénètre en curieux. Mais il ressort très vite,
Avec l’angoisse au ventre et glacé de terreur,
Tant il a ressenti qu’une histoire interdite
Y a semé la mort en une ultime horreur.

N’y restent qu’un fantôme et son crime ignoré.
La maison est très belle au cœur de la garrigue,
Mais si froide et si triste… Et vraiment l’on dirait
Que le diable parfois vient y danser sa gigue.

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Le village-mirage

Village englouti

La brise s’est levée et l’eau terne frémit.
Sous sa surface grise, un antique village
Se délite et s’efface. Un village-mirage,
Un village-illusion qu’on a enseveli

Sous l’épais linceul noir d’un grand lac assassin.
Alentour la montagne est infiniment triste :
Grisaille de la pierre infertile ou du schiste
Aux feuillets poussiéreux surplombant le bassin ?

L’automne est à l’affût sur les monts embrumés
Dont les vagues sommets ont des formes spectrales.
Un léger crachin pleut des nuées atonales
Où le soleil falot tente de s’allumer.

Il n’y a pas un bruit, mais parfois sourd de l’eau
Le son d’un carillon. C’est celui de l’église
Submergée autrefois dans cette fosse grise
Où elle est engloutie. Un infime grelot

Qui tinte au fond du lac ! Et peut-être activé
Par le fantôme las d’un Ancien du village
Qui n’a pas supporté l’innommable naufrage
De la terre bénie qu’il n’a pas su sauver ?

La surface de l’eau, couleur de vieil étain,
S’est maintenant figée. La cloche s’y est tue.
Il fait froid, il fait gris. La montagne pointue
Avale peu à peu le soleil presque éteint.

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