Archives pour la catégorie “Contes”

Il fait un temps superbe et le ciel est tout bleu ;
Le long tapis flamboie. Les badauds sont curieux
De voir de presque près leurs idoles aimées.
Le temps est merveilleux : pas trop chaud, pas trop frais !
Stars à tête gonflée, vedettes de toujours,
Humains encor normaux, vedettes d’un seul jour,
Montent d’un pas glorieux le grandiose escalier.
Tout est donc pour le mieux, le spectacle est parfait.
Oui ! Mais à l’horizon un tout petit nuage
A des vélléités de jouer à l’orage
Et il s’est mis en tête un coupable projet…
Il enfle peu à peu pour venir se placer
Au-dessus du décor. Et soudain il explose,
Il éructe, il fulmine en une apothéose
De pluie et de grêlons, de hurlements d’effroi,
Et dans leur robe nue les starlettes ont froid !
On fuit de tous côtés, partout c’est la panique !
Un désastre pour l’art cinématographique !
Vas-t-en, odieux nuage, tu peux bien ricaner :
Tu n’es qu’un vil coquin car tu as tout gâché !
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Claude-Max Lochu
www.lochu.com
Surplombant Barbentane une colline bleue
Avec deux grandes croix, où de nombreux fidèles
Affluaient pour prier. Pas beaucoup de messieurs !
A la croix Saint Julien, c’étaient des damoiselles
Au coeur pur et confiant qui cherchaient un mari ;
Elles pélerinaient , priant toutes en choeur
Pour être tout là-haut quand sonnerait midi :
Foncière condition pour trouver l’âme soeur.
Mais la croix de Jeunesse était beaucoup plus sombre.
N’y venaient à minuit que de mauvaises femmes
Aux horribles pensées et qui rôdaient dans l’ombre
Pour y perdre sans foi et leur coeur et leur âme
Car elles désiraient que mourût leur époux !
Si elles parvenaient à en toucher le bois
Alors que résonnait le tout douzième coup,
Leur voeu était sitôt exaucé par la croix
Qu’on appelle aujourd’hui encor la croix des Veuves !
Près de la Montagnette on conte maintenant
Que pas mal de nos soeurs lassées par les épreuves
Imposées par leur homme en feraient bien autant !
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Sur les rives de l’Arc un jour un chevalier
Rencontra une belle et il en devint fou,
Tellement qu’il voulut sur le champ devenir son époux,
Bien qu’il fût avant tout le Seigneur de Rousset.
Elle accorda sa main, mais à une condition :
Nul ne la devait voir pendant ses ablutions !
Il sourit, lui promit et lors il l’épousa,
Puis sur son cheval blanc aussitôt l’emporta.
Et les années passèrent, douces et heureuses
Avec leur quatre enfants d’une infinie beauté …
Mais un jour le pauvre homme eut l’idée malheureuse
D’entrer dans le local où elle se lavait :
Un immonde serpent grouillait dans le bassin !
Il poussa un grand cri – hurlement assassin
Car le monstre surpris s’enfuit à tout jamais
Pour aller se cacher tout au fond des marais.
Elle ne revint plus, errant à tout jamais
Et gémissant parfois comme femme en gésine.
Jamais le chevalier n’oublia qu’il l’aimait.
Il s’appelait Raymond et elle Mélusine
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Sur son cahier bleu Ambre a dessiné
Un soleil ringard fleuri de rayons ;
Puis soudain lassée elle l’a laissé
Pour aller jouer avec son ballon.
Sur la page blanche un trait a germé,
Et puis deux, puis trois, mais toujours plus fous :
Le dessin naïf qui se tranformait
Tendait à chauffer le bois d’acajou
Et son feu allait commencer sa danse
Quand la fée Finette est passée par là.
Sa baguette alors en entrant en transes
A la diablerie a mis un holà :
Le soleil vengeur s’est reconverti
En un tournesol énorme et doré ;
L’enfant revenue n’a jamais compris
Comment son dessin s’était transformé
Mais ce n’était qu’une petite fille :
Elle ne s’est pas posé de questions !
Suçant un bonbon fleurant la vanille,
Elle a donc repris ses occupations …
Il ne faut pas rire avec le soleil
Car c’est un testard imbu de lui-même.
C’est le roi du monde et de ses merveilles
Et l’on doit toujours lui prouver qu’on l’aime.
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Ecoutez bien l’histoire étrange et horrifique
Dont on nous a juré qu’elle était véridique :
Du pauvre comte Arnoux que prient les Hauts-Alpins
Un affront fallacieux fit autrefois un Saint.
Il était amoureux de sa femme, si belle
Qu’à sa pure beauté ne manquaient que des ailes
Pour être le portrait d’un ange du Bon Dieu.
Mais las ! Le pauvre Arnoux était parfois odieux
Tant il était jaloux de chacun sur ses terres …
Il s’en fut un matin fort loin pour ses affaires ;
Sitôt la jeune femme invita ses parents
Pour ne point se sentir trop seule en l’attendant.
Par infini respect leur offrit donc le lit
Confortable et douillet où elle et son mari
S’endormaient chaque soir. Mais son époux rentra
Bien plus tôt qu’attendu, et il vit dans le noir
Deux silhouettes nues étendues sur sa couche.
Bâillonnant de la main leurs misérables bouches,
A grands coups de rapière il les clouait au lit
Quand sa femme accourut en poussant de hauts cris :
Les prenant pour sa femme et un beau chevalier,
C’est son père et sa mère qu’ils avait trucidés
Et tous deux égorgés comme des animaux !
Il se rua dehors sans proférer un mot
Et depuis lors vécut tout seul dans la montagne,
Suppliant le Seigneur de pardonner sa hargne ;
Dans les gorges du Loup, tout au fond d’une grotte
Qui s’entr’ouvrit à lui et dont il devint l’hôte
Il vécut en reclus tout au long de ses jours
En prodiguant à tous ses soins et son amour.
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Catherine Musnier
www.catherinemusnier.over-blog.com
On vous a tous trompés en vous narrant l’histoire
De ce bon vieux Noé, un ivrogne notoire
Qui découvrit le vin après avoir vogué
Plus de quarante jours en Méditerranée
Avec une barcass(e) surchargée d’animaux.
On comprend son pêché et qu’il n’aimât plus l’eau !
Mais vous souvenez-vous qu’on vous a raconté
Que c’est sur l’Ararat qu’il avait échoué ?
Eh bien, on galégeait ! Et il faisait trop noir
Pour qu’on se rendît compt(e) que la Sainte Victoire
Etait le haut sommet qu’il avait accosté !
C’est un coup de mistral qui l’y avait largué.
Bonnes gens, l’on vous trompe : oubliez donc l’Asie !
Si Noé s’échoua, c’est ici qu’il le fit,
Et la première fois qu’il goûta à l’alcool,
Ce fut en savourant un délicieux Bandol !
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Holig
www.holig.artblog.fr
Un bien curieux objet s’est posé sur Marseille,
Venu d’un univers lointain, illimité.
Une sorte de bulle irradiée de soleil
Recouvrant le béton d’une brume irisée
Dans un monde obscurci, boucané, étouffant.
Elle y a atterri en toute transparence
Et en ensorcelant brutalement les gens
Elle en a fait des dieux subitement en transes :
Autour d’eux les parois s’étaient évanouies,
Dissoutes et baignées d’une étrange lumière.
Ils ont aimé leurs jours sombres comme la nuit,
Et leur ciel enfumé est redevenu clair.
La lumière a fusé dans toute la région,
Jaillissant en faisceaux des murs gris et des toits
Et la foule joyeuse a surgi des maisons,
Rameutant les voisins avec des cris de joie.
Leurs yeux s’étaient ouverts sur un tout nouveau monde,
Comme s’ils renaissaient nimbés d’un nouveau jour.
Plus rien n’était pareil, leur vie était féconde :
La bulle inexplicable était faite d’amour.
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Publié par Vette dans Automne, Contes

Quelques feuilles roussies sur leur arbre attachées
Jouissaient au soleil de leurs derniers beaux jours.
Folâtrant dans le coin le mistral alléché
Décida sur le champ de leur jouer un tour :
Il souffla doucement, très délicatement,
Et les déboutonna de l’écorce rugueuse
Pour les catapulter haut dans le firmament.
Et le bal commença ; transformées en danseuses
Les feuilles enivrées se mirent à valser :
Petits elfes dorés tournant, virevoltant,
Voltigeant haut et clair dans le ciel bleu léger,
Filigranes de miel, jolis lutins d’argent ,
Le vent les soulevait, les faisait tournoyer,
Descendre et remonter tout en pirouettant.
Culbutes et plongeons, trois tours sur le côté,
Et puis trois tours encor, glissades en avant …
Mais le mistral félon se désintéressa
De ses légères proies. Les lâchant tout à coup,
Eternel inconstant il les abandonna
En lambeaux sur le sol tout englué de boue.
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Pour Nicolas Vadelorge
Savez-vous qu’à Paris est né un grand scandale,
Insensé, inouï, et qui déjà régale
La Presse nationale ? Et même universelle :
Il ne reste qu’un trou en lieu de Tour Eiffel !
Car très tôt ce matin l’on a bien dû admettre
Que dans le monde entier tous allaient se repaître
De la triste nouvelle : la France avait perdu
Son plus beau monument. Disons ! le plus connu …
On a cherché partout en pensant qu’on rêvait !
Comment un tel prodige était-il arrivé
Dans un monde blasé, sans grande fantaisie ?
Où donc était passée la folle du logis …
Jusqu’à ce ce que le Maire de notre Marseille,
Modulant son accent coloré de soleil,
Révèle enfin à tous l’étrange vérité :
La belle était ici, on l’avait retrouvée
Les pieds dans le Vieux Port en train de prendre un bain !
En ayant eu assez du ciel gris, du tintouin
De Paris et du Nord, elle avait décidé
De tenter une fugue et prendre ses congés
Au soleil du Midi… Et depuis l’on essaie
De la persuader : elle doit remonter
Vers sa ville natale. Il en va de l’honneur
De Paris, de la France et même du bonheur
De tous les Parisiens ! Mais la Tour Eiffel rit,
Dit qu’on verra plus tard, promet puis se dédit ;
Elle prends du bon temps et n’en fait qu’à sa tête ;
Elle a même investi la plage du Prophète.
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Claude Monet
Dans le ciel bleu ondule un cercle d’anges roses.
Mollement allongés sur les nues ils reposent
En cessant pour un temps de garder les Humains ;
Ils ne vont plus bouger jusqu’à demain matin
Car demain c’est Avril : il va falloir bosser,
Battre sans fin des ailes à les en disloquer
Pour qu’elles neigent dru sur les arbres sans fleurs.
Leurs duvets si légers aux pastelles couleurs
Vont habiller les branches noircies par l’hiver :
Des pétales légers virevoltant dans l’air
Se posant sur le bois en bouquets de printemps,
Poussés ici et là par un doux vent d’autan.
Les anges du printemps en choeur secouent leurs ailes,
Et leurs plumes en pluie sur les arbres ruissellent
Pour les couvrir de fleurs. Ils sont roses et blancs,
C’est une belle histoire à conter aux enfants.
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Publié par Vette dans Contes

Claude-Max Lochu
www.lochu.com
Jean fit une cabane aidé par son grand-père,
Une cabane double. Il n’était pas peu fier
Du travail accompli : c’était une merveille
Perchée sur un grand pin, tournée vers le soleil,
Un étage pour lui et un pour ses amis !
Il la trouvait ainsi tellement réussie
Qu’il ressortit la nuit pour l’admirer encore :
On pourrait la citer au Livre des Records !
Mais c’est alors qu’il eut une énorme surprise :
Un vieux troll de jardin à la peau toute grise
Avait aménagé dans l’une des cabanes !
Aussitôt le garçon se saisit d’une canne
Pour déloger l’intrus à grands coups de bâton :
Le vieux gnôme s’enfuit, l’abreuvant de jurons.
Tout fier de son exploit Jean retourna chez lui
Dans l’espoir d’y passer une très bonne nuit.
Le lendemain matin il s’en retourna voir
Son merveilleux chef-d’oeuvre. Il faisait encor noir
Et le garçon pensa qu’il avait la berlue ;
De la cabane en bois il ne subsistait plus
Que des fragments de mur ! Il se mit à hurler.
Caché dans un tronc creux, le gnôme ricanait :
Il était bien vengé et il avait bien ri
En démantibulant l’antre de l’ennemi !
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Publié par Vette dans Contes

A Lambesc autrefois vivait Jacques Leleu
Qui sabotait de neuf presque tout le village.
C’était un vieux garçon incroyablement sage :
Toutes les filles entour le trouvaient fort gracieux
Et l’auraient volontiers happé dans leurs filets,
Mais il les dédaignait, tout en restant de glace
Devant leur grand aplomb, leur mines et leur grâce.
Il travaillait son bois et il les ignorait.
Car le trop beau Jacquot avait un lourd secret :
Les soirs de pleine lune il devenait nerveux ;
Il fermait bien son huis, en traitant comme un gueux
Quiconque impudemment venait le déranger.
Et quand tout le village était bien endormi,
Il fusait de chez lui, se métamorphosant
En cet énorme loup dont rêvaient les enfants
Et qui mettait à sac poulaillers, bergeries …
Il s’en prit même un soir au vieux Jean Dallici
Qu’il terrorisa tant que son coeur le lâcha.
C’en était vraiment trop et lors l’on décida
De faire des battues pour le mettre en charpie …
C’est un vingt et un juin que Pierre des Ormeaux
Avec beaucoup de chance abattit d’un seul coup
L’homme-bête, Satan, l’immonde loup-garou :
Un monstre ensanglanté qui portait des sabots.
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Publié par Vette dans Contes

Krisoft
www.mary-loup.over-blog.com
Vêtue de bribes d’arc-en-ciel
Et coiffée d’une campanule,
Elle s’est affublée des ailes
D’une défunte libellule.
Elle vole de fleur en fleur
Et l’on dirait un colibri
Tout étincelé des couleurs
Pastelles du printemps qui rit.
Elle volète, elle butine
De bleuets en coquelicots
Dans la garrigue des collines,
Mais elle vole lamento
Car cette minuscule fée,
Mélancolique et solitaire,
De coquelicots en bleuets
Dans les champs n’a plus de repères.
Son temps ensorcelé n’est plus,
Ce monde nouveau est sans rêves.
Ses anciens pairs ont disparu
Qu’elle cherche en errant sans trêve.
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Publié par Vette dans Contes

Entre La Barben et Lançon,
Il est une vieille maison :
Vieux mas dévoré par le lierre,
Tout écroulé, et dont les pierres
Roulent parfois dans la garrigue
Quand le mistral danse sa gigue.
Pourquoi l’a-t-on abandonnée,
Cette ruine aux murs éboulés
Toute mangée par les orties ?
On conte que certaines nuits
Sous la face livide et blonde
De la pleine lune bien ronde,
Les murs se redressent tout droits
Comme ils devaient l’être autrefois ;
Ils sont de nouveau bien vivants,
Solides, fiers, chaulés de blanc.
Des gens étrangement vêtus
Vont et viennent. Des enfants nus
Jouent et babillent en riant
Autour du mazet tout fringant :
La joie de vivre et la gaîté
Toute simple d’un soir d’été …
Quand soudain jaillissent de l’ombre
De hautes silhouettes sombres,
Et c’est l’horreur, et la folie :
Feu, gémissements, viols et cris !
Les monstres incendient le toit
Puis s’enfuient, emportant leurs proies.
A l’aube bleue, quand le coq chante,
Toutes les ombres qui le hantent
Se dissolvent autour du mas.
La lumière efface les pas
Des barbaresques d’autrefois ;
Mais l’ombre où rôde encor l’effroi
Flotte toujours tout autour des ruines
Aux pierres brodées d’églantines.
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Ils étaient tous endimanchés,
Tante Maria, oncle Mario …
C’est à qui serait le plus beau
En cet élégant défilé
Qui accompagnait les mariés
Jusqu’à l’église du village.
Le temps était vraiment très sage
Comme toujours début juillet.
L’office ne fut pas trop long :
Chacun en son for intérieur
S’en félicitait. Mais l’erreur
Fut de jouer du violon !
Car Amédée le violoniste,
Un triste jeune homme évincé,
N’avait jamais pu supporter
D’être éliminé de la liste
De la trop belle fiancée.
Ne songeant plus qu’à sa vengeance,
Il se mit à jouer la danse
Des amoureux désabusés.
Mais sa viole était enchantée !
Et dans l’église de Peypin,
Souffle court et main dans la main,
Tous commencèrent à tourner
En sautillant comme des chèvres,
Incapables de s’arrêter :
Grands pantins désarticulés,
Nauséeux jusqu’au bord des lèvres.
Devant le curé effaré,
Epouvanté par le miracle,
Planté devant le tabernacle
Le musicien riait, riait …
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