Archives de catégorie : Contes

Jalousie

Pourquoi donc cet intrus prend-il ma place au lit
Quand il vient voir Marion ? Pourquoi ces petits cris
Qu’elle pousse parfois pendant qu’il la câline
Alors que je suis seul, reclus dans la cuisine ?

Pourquoi met-il parfois sa tête dans son cou ?
C’est ma place attitrée et j’en souffre beaucoup
Car j’ai moins de bisous et bien moins de caresses
Quand cet hurluberlu s’en vient voir ma maîtresse !

Pourtant il m’aime bien, voudrait me le prouver
Par un tas de mamours. En chat bien élevé
Je tente d’accepter, mais vraiment, rien à faire !
Qu’il me fiche la paix, qu’il vaque à ses affaires,

S’en retourne chez lui ! N’a-t-il donc point de chat !
Pourquoi perturbe-t-il ma vie de vieux pacha ?
Le griffer et le mordre ? Oh, que ça me démange !
J’en ai la queue qui bat… Car est-ce qu’on dérange

Un couple chat-maîtresse, un merveilleux amour
Qui pour moi était fait pour perdurer toujours ?
Les hommes tels que lui sont une sale engeance…
Il me semble pourtant que je tiens ma vengeance :

Je viens juste à l’instant de prendre une souris
Et, par le Dieu des chats, la chance me sourit :
Il y a au salon l’une de ses chaussures
Où j’ai mis la bestiole. Une hypothèse sûre,

C’est qu’il va sûrement le prendre très très mal…
Eh oui ! Il a perdu l’arrogance du mâle :
En poussant de grands cris, il s’est rendu stupide
Aux yeux de ma maîtresse… Un dénouement rapide,

Elle a flanqué dehors le minable froussard
Aux airs de matamore. Elle l’a laissé choir
Dans la minute même, et j’ai repris ma place
Auprès de ma princesse ! Un roi dans son palace…

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Proposition

Poème illustré par un tableau de :
Frans Francken
(1581-1642)

Le vieux Martin est veuf depuis pas mal d’années.
Jusque là, ça allait. Mais voici quelque temps
Qu’il ne supporte plus d’être seul, qu’il attend
De rejoindre là-haut sa bien-aimée Renée.

C’est vrai qu’il n’est plus lui depuis qu’elle est partie.
Il rumine, il s’ennuie, et ne peut plus grogner
Comme quand son épouse, espiègle, le raillait,
La belle ne manquant jamais de répartie !

Maintenant, c’est fini ! Bien trop de solitude,
Un vide déprimant ! Tellement qu’il voudrait
En finir pour de bon. Chagrin, déclin, regrets…
Il trouve que sa vie est de plus en plus rude.

Il se meurt aujourd’hui d’encor plus de tristesse
Quand on frappe à sa porte. Il se force à ouvrir,
Il tire le battant… et là ! Il croit mourir
Car Renée lui sourit, sa femme, sa princesse !

Elle n’a pas changé, tout juste un peu plus pâle.
«  Bonjour, mon cher Martin. On vient de m’accorder
Une grande faveur : je peux te ramener
Avec moi si tu veux. Chance phénoménale

Qu’on n’aura pas deux fois ! Tiens, voici ton suaire…
–  Quel bonheur ce serait de partir avec toi,
Lui répond-il alors. Ce n’est pas bien courtois
De te répondre non ; mais vois-tu, ma très chère,

Je ne peux vraiment pas. J’ai tellement à faire !
Prendre soin de Médor et bêcher le jardin,
Resemer du gazon, tailler les lavandins…
Il faut bien que quelqu’un s’occupe des affaires

Que nous menions tous deux quand tu étais en vie. »
Martin, un peu honteux, voudrait la convertir :
Comment pourrait-il donc en se laissant mourir
Perdre ce dont pourtant il n’avait plus envie ?

Renée, un peu déçue, accepte sa défaite
Et repart sur le champ en rempochant la Mort.
Quant à Martin, sonné, iI prend conscience alors
Que vivre est le seul bien qu’aujourd’hui il souhaite…

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L’exclus

J’ai eu un coup de griffe un peu malencontreux !
On m’a flanqué dehors, et depuis je me traîne
Au fin-fond du village où je miaule ma peine,
Vieux matou délabré tellement malheureux.

Je ne méritais pas d’être ainsi éjecté
Par Bastien dans la rue. C’est sa petite fille
Qui m’a importuné du bout de son aiguille
Pour me faire bisquer ! Et moi j’ai riposté ;

La gamine a hurlé, mon maître m’a viré
Malgré mon repentir. Depuis je vagabonde,
Il n’y a pas un chat à des lieux à la ronde…
Je suis désespéré, je voudrais tant rentrer !

Le Sauze est déserté, ce n’est pas la Saison.
Les chalets sont fermés, pas une porte ouverte
Par où me faufiler. Quelle cruelle perte…
Je suis seul et perdu sans aucune raison

Car je n’avais pas tort ! J’ai faim et il fait froid,
J’erre dans la Station. Et ce n’est pas le pire
De tout mes maux présents car j’ai entendu dire
Qu’on y a vu un loup… Vous voyez mon effroi ?

Etre mangé tout cru, sans compter l’abandon !
Dieu des Chats, je t’en prie, donne-moi une idée !
La jeune Stéphanie  va peut-être m’aider,
Demander au Papet un ultime pardon ?

Je vais aller la voir, miauler tragiquement,
Boiter et grelotter afin que la fillette
Me prenne en grand’pitié et sur le champ regrette
De m’avoir fait chasser aussi injustement.

Le vieux Bastien ne peut jamais lui refuser
L’une de ses lubies ! Oui, l’on va me reprendre.
Et si l’on ne veut pas, eh bien, j’irai me pendre !
Le suicide d’un chat ? Un scoop télévisé…

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Echouage

La Méditerranée, bleue jusqu’à l’infini,
Se love sur la côte en caressant le sable ;
Elle murmure et chuinte, apaisée, si aimable
Avec son clapotis. Pas un seul autre bruit

Qui s’en vienne troubler la plage du Prophète
Et les quais désertés ! La grand’ville qui dort
Est lovée comme un chat dans la poussière d’or
Du chaud soleil levant, préparée pour la fête

D’un long jour de juillet au grand ciel indigo
Epuré par la brise. Et sous la voûte immense,
C’est un lent va-et-vient de l’eau rythmée qui danse,
Avançant, reculant comme pour un tango.

Il y a des baigneurs étendus sur le sable,
Quelques lève-très tôt qui désirent la paix,
Insouciants du soleil qui déjà se repaît
De leur peau blanche et nue, pour lui si délectable.

Tout est calme et serein… jusqu’à ce qu’une boule
Apparaisse au lointain, dansant au fil de l’eau.
Une épave ? Un paquet ? Un étrange ballot
Posé sur une vague en berceau qui chamboule

Cette chose incroyable ! On dirait une tête,
Grosse comme deux poings, attachée à un corps
Semblable à un pantin. Est-ce un enfant qui dort ?
Les gens se sont levés. Et toute vie s’arrête

En ce jour si douillet quand ils voient à leurs pieds
Un bébé tout chétif que la mer triomphante
A posé sur la plage heureuse et insouciante.
Alors prenant contre elle le tout petit noyé

Venu de l’horizon où son bateau coulé
S’enfonce peu à peu sous les vastes eaux claires,
Une femme rugit sa peine et sa colère.
Les autres restent cois, le cœur coagulé…

Mais la mer continue son ballet incessant.
Le soleil s’est levé. Un peu plus loin Marseille
Ignorant le malheur tout doucement s’éveille.
Malheur, pour les cœurs secs, de plus en plus lassant…

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La sentinelle

Mais quel est donc cet homme assis au bord de l’eau ?
On dirait qu’il attend. Patiemment il regarde
L’horizon embrumé où s’attarde une harde
De grands nuages gris flottant au ras des flots.

Un homme? On ne sait pas ! Non… Plutôt une femme
Qui n’a point de visage et qui tourne le dos !
Le ciel d’orage est noir, la pluie tombe en rideau
Mais ça lui est égal, même quand une flamme

Comme un zigzag bleuté enflamme ses cheveux.
Elle attend patiemment, tenace et immobile,
Semblable à un guetteur. Un oiseau malhabile
Qui tangue non loin d’elle est soudain si nerveux

Qu’il retourne planer là-haut dans les nuées…
L’ombre a dressé la tête : elle a vu tout au loin
Un esquif délabré. Elle lève le poing
Vers le ciel qui mugit, et la barque chargée

D’hommes en perdition chavire sur le champ.
L’être étrange sourit de sa bouche édentée
Qui n’est plus qu’un  trou noir. Et la mer excitée
D’être sollicitée avale goulûment

Ces humains se noyant, épouvantés, qui crient.
Le spectre se rassoit, car il voudrait encor
Quelques souffre-douleur. Il se nomme la Mort,
Qui n’écoute jamais quiconque la supplie…

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Récital de Contes poétiques

Récital de mes Contes poétiques, le 10 décembre 2017. Mais attention ! Ces contes ne sont pas des récits enfantins, ce sont des histoires pour les adultes…

Chers amis habitant aux environs d’Aix en Provence ( et autres… ) je vous invite à mon Récital de Contes provençaux… en poésie classique, bien sûr !

Le dimanche 10 décembre à 17h30, à la Datcha Kalina à Eguilles

Entrée gratuite sur réservation au 06 20 97 35 68 ou 04 42 92 68 78
Datcha Kalina, 315 chemin des Petites Fourques à Eguilles – 13510

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L’arbre aux rêves

Un nuage s’est pris aux branches d’un vieil hêtre,
Et ça tombait très bien car l’arbre était tout nu,
Sans le moindre rameau. L’automne étant venu,
Il souffrait fort du froid, confus de ne plus être

Qu’un truc dégingandé, encor bien moins accorte
Depuis qu’un grand éclair l’avait coupé en deux.
Au milieu de sa plaine, il se sentait hideux
Avec ses bras griffus balafrant la nue morte

Vide de tout oiseau ou de toute autre vie.
Le nuage lui a redonné un feuillage
Aérien et mousseux. Et l’austère visage
De l’arbre dénudé que les autres envient

Est lors aussi plaisant que quand l’été s’achève.
Il est le plus gracieux à des lieues alentour
Avec son ombre d’or épandue tout autour.
Et le printemps venu, il en pleut de doux rêves.

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