Archives de catégorie : Contes

Une feuille est tombée…

Une feuille est tombée, valsant éperdument
Avant de se poser sur l’eau de la fontaine.
Une feuille foldingue, une feuille à fredaines
Qui, bien que ce ne soit pas encor le moment,

S’est trop abandonnée aux caresses du vent.
Ce n’était plus l’été mais pas encor l’automne ;
Le ciel s’était ocré de pâles reflets jaunes,
La lumière ternie d’un été s’achevant.

La feuille s’est offerte aux vigoureux assauts
Du mistral qui dansait dans le ciel de septembre.
Une fort jolie feuille un peu tachetée d’ambre
Que le vent avait vue au cœur d’un arbrisseau.

La feuille a fait la folle et s’est vite complu
A faire des loopings dans le ciel bleu marine,
Jusqu’à ce que le vent l’abandonne et décline
Ce jeu qui désormais ne l’intéressait plus.

Il l’a donc déposée sur l’eau qui frémissait…
Dressant encor un peu son petit pédoncule,
Frêle et léger esquif, gondole ridicule,
La feuille y a fini son périple insensé,

Se laissant engloutir et noyer lentement
Pour s’en aller pourrir au fond de la fontaine.
Une feuille foldingue, une feuille à fredaines
Ayant pris son envol trop prématurément.

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J’aimerais, je voudrais…

J’aimerais, je voudrais m’envoler tout en haut
De la montagne bleue penchée sur la vallée ;
Et puis, niant ma peur, toute crainte avalée,
M’élancer du sommet comme une-femme oiseau.

Je voudrais, j’aimerais m’ébattre dans le ciel
Pour y glaner enfin des flocons de nuages,
Et voir la mer au loin tel un brumeux mirage
Où dansent des bateaux irisés d’arc-en ciel.

J’aimerais, je voudrais grappiller des étoiles
Pour les disséminer aux cimes des sapins
Et des mélèzes noirs, sur les monts subalpins
Que le gel hivernal drape d’un léger voile.

Je voudrais, j’aimerais incendier la lune
Pour qu’elle soit enfin l’égale du soleil
Et embrase les nues de son cercle vermeil
Qui enflamme la nuit, sa mélancolie brune.

J’aimerais, je voudrais musarder dans le ciel,
Valser au fil du vent au-dessus des vallées ;
Et puis planer tout doux après m’en être allée
Rejoindre l’horizon repeint d’or et de miel.

Je voudrais, j’aimerais rester toujours là-haut
Pour un dernier ballet. Un ultime voyage
Au pays où la mort n’existe plus, ni l’âge ;
Où des gens comme moi volent tels des oiseaux…

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Le nuage aventurier

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Posé sur le Cimet, il était un nuage
Friselé et crépu comme un bon gros mouton,
Aussi léger et blanc que duvet de coton…
Laissé sur le sommet par le dernier orage,

Il paissait le ciel bleu, accroché à la pente,
Quand il sentit en lui sourdre un très grand désir :
Celui de vivre enfin, de descendre et de fuir
Ce piton trop tranquille à l’inertie crispante.

Lors, tout gonflé d’audace, il se mit à descendre
Vers la vallée plus bas et son monde inconnu,
Délaissant la montagne et ses espaces nus
Pour la douce verdeur d’un monde bien plus tendre.

Sous le passage bleu de sa fraîcheur mousseuse,
Tout à coup rénovée, l’herbe se redressait
En petits traits bien drus, fermes et hérissés
Par l’étreinte mouillée de l’onde nuageuse.

Lorsqu’elle fut en bas, l’audacieuse nuée,
Un peu trop excitée par l’odeur du printemps
Se résolut à prendre encor plus de bon temps.
Mais se sentant quand même un peu diminuée,

Il lui vint tout à coup l’idée d’une baignade
Pour se régénérer, regonfler sa vapeur.
Le propre d’un nuage est qu’il n’a jamais peur,
Que pour lui se baigner n’est qu’une guignolade !

L’Ubaye roulait par là. Aussitôt attiré,
Le nuage imprudent s’approcha de la rive,
Ignorant le tonus printanier de l’eau vive
Qui sans nulle pitié pouvait le digérer…

Mais il s’en fichait bien ! Il fut happé par l’eau
Et changé sur le champ en blanches vaguelettes ;
Puis sous l’aspect sympa de mille gouttelettes,
Entraîné vers la mer pour rejoindre les flots…

Bercé et cahoté, il devint une vague
Chauffée par le soleil qui le but peu à peu
Pour le ré-expédier vers l’immense ciel bleu
Où tout revigoré par l’air pur il divague.

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Eveil

Chalet sous la neige

Sous son duvet gonflé au galbe immaculé,
Le chalet dort encor. Seul un léger filet
De fumée s’éparpille au-dessus du toit blanc
Où vient de se poser un énorme milan

Sombre comme la nuit qui obscurcit toujours
Les pentes du Cimet. Les plumes du vautour
Sont tout ensanglantées, mais le sang rouge est noir
Tant l’ombre l’obscurcit, et nul ne pourrait voir

Qu’il est l’incarnation d’un monde sans pitié.
Sous son toit rebondi, le chalet qui dormait
Commence à s’éveiller sous le prime soleil
Dont l’éclat adouci favorise l’éveil

Des gens de la maison. Alors l’oiseau s’enfuit,
Emportant dans son vol des lambeaux de la nuit.
Ne reste sur le toit qu’une traînée de sang,
Souillant pour quelques jours l’édredon innocent.

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Les deux vieux

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Poème illustré par :

Daniel Sannier
http://www.danielsannier.com/

Il était une fois, planté dans la garrigue,
Un mas tout de guingois sous les assauts du vent.
Un vieux mas si chenu, là depuis si longtemps,
Que ses murs, tels des gens courbés par la fatigue,

S’étaient pas mal voûtés, semblant pleurer misère.
Y vivaient deux bons vieux, deux bonnes vieilles gens
Qui semblaient oubliés par la fuite du Temps
Et qui devaient tous deux être au moins centenaires.

Deux vieux aussi ténus qu’une fine dentelle,
Usés par les années, petits êtres menus
Qui ne pesaient plus rien et qu’on ne voyait plus…
Etaient-ils détenteurs d’une vie immortelle ?

Tout le monde y croyait. Mais un beau jour d’automne,
Le vent passant par là les vit dans le jardin,
Frêles et délicats! Comme il était taquin,
Il les fit s’envoler d’une aile polissonne

Pour leur fair(e) faire un tour au-dessus de la Terre !
Mais tout à l’opposé de ce qu’il aurait cru,
Ils en furent ravis, et ne voulurent plus
S’en retourner chez eux. Au fond fort débonnaire,

Le vent les porta donc au Royaume céleste.
Le vieux mas resta seul. Peu à peu le maquis
Envahit plus encor ses vieux murs décatis ;
Et longtemps à Alleins l’on se conta la geste

Des deux vieux arrachés à leur vie amoindrie.
Le vieux mas disparut sous la végétation
Jusqu’à ce que se pose une étrange question :
Pourquoi la lande ici était-elle fleurie ?

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Allégorie

Si parfaite est sa peau qu’une pêche au jardin
S’en est plainte au soleil tant elle est veloutée.
Son charme est une drogue, aimée et redoutée
Des nombreux prétendants à l’esprit libertin

Qui rôdent autour d’elle. Ambrée comme un verger
Fleurant bon les fruits mûrs, sa beauté ensoleille
Ses draps frais repassés, et chacun s’émerveille
De ces yeux indigo sachant si bien piéger

L’amoureux décidé à boire ses baisers.
Son charme est dangereux, mais elle est si aimable
Qu’elle sait à jamais se rendre inoubliable.
Comme un vin dangereux, elle peut vous griser

Et vous rendre insensé ! Peau exquise à goûter,
Moelleuse comme un fruit dont la fraîche saveur
Fond tout doux sous la langue… Incroyable ferveur
Des hommes prêts à tout pour pouvoir affronter

La belle redoutée, dont la beauté altière
Donne à tous ses amants l’impression de tomber
Dans un piège mortel, qu’ils feignent d’ignorer
En croyant la dompter. Mais c’est une sorcière

Dont le cœur est glacé, et aucune raison
Ne pourra résister à son âme rebelle.
Elle sourit toujours, somptueusement belle,
Et son nom est étrange : on l’appelle Passion.

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La porte bleue

Poème illustré par un tableau de :

Yves Lallemand
lallemandyvespeintre.free.fr

Dans le fond du jardin, il y a une porte
Peinte d’un bleu si bleu que le ciel est jaloux
De n’avoir jamais pu créer un ton si doux,
Même au fin-fond du Sud, là-bas, sur la Mer Morte !

Nul n’a jamais trop su sur quoi elle s’ouvrait.
L’on ne peut pas savoir, car la clé s’est perdue…
L’on ne veut pas savoir, et sa quête éperdue
A cessé quand quelqu’un s’est dit qu’elle pourrait

Donner sur un mystère ou un tout autre monde.
On aime mieux rêver. L’on imagine tout.
Ce bleu ciel sous-entend les songes les plus fous.
Sur quoi s’ouvre la porte ? Les présomptions abondent :

L’un y voit une issue vers une île au trésor
Regorgeant de bijoux et de pierres précieuses
Où chacun serait riche. « Théorie fallacieuse »
Lui disent ses amis « Y aurait-il encor

D’éventuels désirs si l’on était tous riches ? »
Un autre y imagine un jardin, Paradis
S’étant coupé un jour d’un quartier enlaidi
Par l’excès de béton et préférant la friche ;

Un autre enfin la fin d’un univers fini,
Un Rien où l’on pourrait jour après jour tomber
Si l’on trouvait la clé. Et même être absorbé
Par un néant glacial et un vide infini…

C’est vrai qu’il suffirait d’aller chercher l’échelle
Pour voir ce qu’il en est, regarder par-dessus…
Mais nul ne veut savoir ; l’on ne rêverait plus !
Empreinte de folie, la vie est moins cruelle…

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Par un jour accablant…

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A Marseille, aujourd’hui, il fait tellement chaud
Que la ville apeurée paraît entrée en transe.
La mer voudrait l’aider, mais le calme tempo
Des longues vagues bleues qui ondoient et qui dansent

Ne peut pas juguler l’effroyable chaleur
Qui va la consumer. Le soleil implacable
Darde au long de ses rues des rais impitoyables
Et tellement ardents que la ville prend peur,

Confrontée à ce feu semblant né de l’enfer.
La lumière outrancière est vraiment anormale
Pour la ville qui n’a jamais encor souffert
D’occuper dans le Sud sa latitude australe !

La mer essaye en vain de la lécher tout doux
Pour revivifier ses quais poisseux et tièdes,
Mais aucun clapotis : ses vagues sont trop raides !
L’été halluciné paraît devenu fou

Sans les lois bien réglées de tout mois de juillet…
Tout semble donc perdu, mais Marseille en a marre
De devoir supporter cet effarant brasier ;
Il se décide alors à larguer les amarres

Pour aller s’installer loin de l’été dément
Au centre de la mer en Méditerranée,
Là où il fait plus frais. La ville malmenée
Par l’étrange fournaise sort de l’abattement

Où elle se mourait, en retrouvant le goût
De son sourire inné, de sa vie un peu dingue.
C’est désormais une île, et, se moquant de tout,
Pour une ultime fois Marseille se distingue…

Tout au Sud de la France il y a un grand trou,
Et la vie alentour peu à peu se déglingue…

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La lune élimée

moonlight

Point d’étoiles ce soir. Le ciel
N’est éclairé que par la Lune
Dont les rayons comme du miel
Ruissellent au long des rues brunes.

Toute nimbée d’un orbe d’or,
Mais point intégralement ronde,
Elle est élimée sur un bord !
Inclinant sa figure blonde

Sur Marseille tout alangui,
Elle luit anémiée et terne,
Et ses rais lapis-lazuli
Baignent la ville qui hiberne.

La nuit est ponctuée de chats
Posés sur les toits roux qui penchent,
Et leur silhouette incarnat
Rompt le flot de lumière blanche

Qui coule de l’astre amputé.
La Lune usée est bien moins belle
Qu’en sa rondeur! Sa vénusté
Ne tient donc qu’à une lamelle ?

Toujours est-il que tristement
Elle s’est penché sur Marseille
D’où la contemplent deux amants
Que l’heure tardive ensommeille,

Mais qui s’émerveillent, radieux :
N’est-elle point cette planète
Qui encense du haut des cieux
Leur si délicieuse fleurette ?

En les voyant main dans la main,
Doigts enlacés, levant la tête,
La Lune se dit que demain,
Sa symétrie sera parfaite

Et qu’elle leur plaira vraiment.
Mais peu leur chaut ! Entichés d’elle,
Ils n’entendent point son tourment,
En amis fervents et fidèles ;

Car la Lune est belle pour eux ;
Elle est le témoin de leur flamme,
De leurs doux ébats amoureux,
Et elle enlumine leur âme…

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Sonnet interdit aux messieurs…

Jeune fille

Savez-vous, mes chères amies,
Que quand nous mourrons, vous et moi,
Nous trouverons dans l’autre vie
Mille puceaux de bon aloi ?

L’on ne vous a donc jamais dit
Qu’au Paradis nul mec n’est roi ?
Point d’hégémonie pour le vit :
Seules les femmes font la loi !

Quand vous arriverez là-haut,
Haut perchées sur vos Stilettos,
Tous seront à votre merci,

Quel que soit votre air et votre âge ;
Et vous pourrez sans nul souci
Nous venger d’ancestraux outrages…

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Obstination

Maisonnette

Les longs doigts de la pluie tambourinent le toit,
Jazzant à toute allure un joli tintamarre.
Tic et taquant gaiement un petit air bizarre,
La pluie bleue machicote et veut entrer chez moi.

Elle frappe et tapote à petits coups pointus
Les tuiles arrondies. Sa drôle de musique
Fait chanter follement l’antique toit qui clique
Sous son flot continu. Son gai tempo têtu

Ne s’est point arrêté depuis mercredi soir !
Elle désire tant que j’ouvre la fenêtre
Que je suis hors de moi, et que je l’envoie paître
Car son obstination devient vraiment… rasoir !

Mais elle continue à chanter et valser.
Tip et tap, tip et tap ! Ses milliers de papattes
De perverse dingo et de folle acrobate
Bondissent sur mon toit en le faisant danser.

L’eau commence à monter autour de la maison.
Rien ne peut endiguer la folle sérénade ;
Dans la campagne entour, c’est une débandade :
La pluie du mois d’avril a perdu la raison !

C’est le soleil tout neuf qui nous en a sauvés :
Attiré par nos cris, il a bouté la folle
Hors de notre Midi. Depuis, il caracole
Au-dessus de chez nous pour tout faire sécher.

La pluie s’en est retournée bien seule dans le Nord,
Tip et tap, tip et tap – avec sa chansonnette.
Son rythme martelant m’est resté dans la tête,
Comme son rire frais qui y cliquette encor…

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L’aile du papillon

Pyrèthres

L’aile d’un papillon vient de frôler la joue
Satinée comme un lys d’une belle dormeuse
Assoupie au jardin. L’insecte bleu qui joue
Offre à Angelica agitée et fiévreuse

Un fort joli présent, car il l’a libérée,
En l’effleurant tout doux, d’un pénible sommeil
Hanté de cauchemars. Encor tourneboulée,
Elle quitte en baillant son fauteuil au soleil

Et gagne son bureau pour jouer sur l’ordi.
Assommée par sa sieste et les mains hésitantes,
Elle cherche, elle clique, elle erre et elle écrit,
Sans trop savoir comment, un truc en dilettante ;

Elle dicte au clavier du grand n’importe quoi,
N’importe quelle option sur n’importe quel site,
Tapant sans le vouloir l’adresse d’un… Benoît !
C’est donc un papillon né dans les clématites

Qui s’en vient par hasard de tout redessiner
En deux destins humains… De la danse anarchique
D’un insecte linotte un coup de foudre est né !
Une rencontre issue d’étourderies magiques !

Angelica, Benoît : tout de suite l’entente
Pour un fort long amour fait de lait et de miel…
L’insecte est reparti les ailes palpitantes,
Jolie fleur azurée voletant dans le ciel.

Après avoir changé la vie de ces deux êtres,
Il s’en est retourné tout au fond du jardin
Pour aller, le pauvret, errer dans les pyrèthres*,
Enivré du parfum des roses et du thym…

*Pyrèthre : fleur naturellement insecticide.

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Le soleil insensé

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Juste au milieu du ciel, l’énorme disque blond
Du soleil qui rugit, qui bouillonne et palpite
Tel un cœur flamboyant. Gigantesque pépite
D’or fondu par le Temps, posé juste à l’aplomb

De la mer immobile aux noires eaux brûlantes,
Il va tout dévorer s’il continue ainsi
Car il est trop intense ! On dirait qu’il grossit
Chaque jour un peu plus ; que se fait plus ardente

Cette folle fournaise accablant le Midi
Bien plus fort chaque année. Août et juillet défaillent
Sous ce délire blanc. Et les gens d’ici raillent
Les touristes du Nord qui n’y ont rien compris,

Ne voyant du fléau qu’une figure aimable
En cet ogre enragé qui les mange vivants.
Nous, nous nous protégeons, et bénissons le vent
Qui s’en vient par moments rendre l’été vivable.

Peut-être l’astre fou va-t-il mettre le feu ?
L’on a tous l’impression qu’il croît et se dilate.
A l’horizon, là-bas, la large face plate
De la lune bleutée s’étale peu à peu…

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Le visiteur

Matteo Pugliese

Poème illustré par une sculpture de :

Matteo Pugliese

Ca fait plus de vingt ans qu’il n’est pas revenu
Dans sa vieille maison au décor inchangé :
Toujours ce radassié* contre le haut mur nu
Chaulé d’un blanc ocré… Rien n’a vraiment bougé

Depuis des décennies, des vieux meubles d’antan
Aux tommettes ocrées. Pas même sa photo
Posée sur le bureau. Depuis combien de temps
En est-il donc parti, fuyant sur sa moto ?

L’horloge bat tout doux, aussi doux qu’autrefois.
Barbara est assise au creux de son fauteuil,
Terriblement vieillie, mais avec toutefois
Sa grâce préservée de fragile chevreuil

Et son long regard bleu. L’horloge bat tout doux
Le temps lourd de l’oubli, le temps des souvenirs.
L’horloge bat tout doux le temps devenu flou
Où le présent est mort sans aucun avenir…

Mais qu’est donc une horloge en ce monde si dur ?
Il lui faut maintenant quitter sa Barbara…
Pour rebrousser chemin, il traverse le mur
Sans avoir pu d’un mot dire qu’il était là.

*Banc provençal paillé

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La collectionneuse

Sirène

Poème illustré par un tableau de :

Cédric Gomes
http://www.galerie-creation.com/cedricgomes

Elle émerge de l’eau quand la ville sommeille ;
Elle en sort sans un bruit, puis enlève sa queue
Qu’elle cache avec soin. Pour rejoindre Marseille,
Elle use maintenant de longues jambes bleues

Qu’elle a dissimulées sous un collant opaque.
Tout comme d’habitude, elle a mis un habit
Cher à certains Humains, et qui la travestit
En cagole d’ici, légèrement foutraque,

S’en allant retrouver les fêtards de la ville…
Sirène pudibonde, elle observe leurs mœurs,
Condamnant leur folie, leur rire, leurs clameurs
Quand l’un d’eux accomplit un exploit imbécile.

Pour elle ils sont issus de l’immorale secte
Des Humains libertins qu’elle trouve indécents.
Certains d’entre eux très laids, courtauds et bedonnants,
Lui donnent la nausée, comme de gros insectes.

Comme elle est très jolie, souvent l’un d’eux la drague.
Elle l’entraîne alors sans lui dire un seul mot
Et le mène tout droit vers l’anse des Ormeaux
Où l’homme est emporté, submergé par des vagues

Accourues aussitôt sur l’ordre de la belle.
Sans aucune pitié, elle l’entend hurler,
Et le voit sans émoi cracher et avaler
L’eau noire qui l’étouffe. Atroce heure cruelle…

Elle l’entraîne alors en son antre effroyable
Tapissé d’ossements. Monstre jamais repu,
Elle allonge avec soin sa prise sur le sable
Aux côtés d’autres corps tout aussi corrompus.

Puis elle va chercher un autre échantillon
Pour pouvoir l’ajouter à sa collection…

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