Archives pour la catégorie “Cités provençales”

Saint-Saturnin-Lès-Apt fait face au Lubéron.
Allez à la Chapelle et vous l’y pourrez voir :
Un site somptueux dans le cuivre du soir
Dorant superbement la ligne d’horizon.
C’est un très vieux village aux jolies rues pentues ;
Vieilles portes, lavoirs et fontaines chantantes,
Somptueuses maisons, porches sculptés, atlantes
Font de Saint-Saturnin un gros bourg fort cossu.
Mais celui qui attire vraiment les touristes,
C’est un quidam de pierre, un homme agenouillé
Avec dans la main gauche une boule. D’acier ?
Joue-t-il à la pétanqu(e) ? Non, c’est un rabassier :
Le grand Joseph Talon, le célèbre inventeur
Qui eut la bonne idée de la trufficulture…
Sûrement par hasard ! Et sa boule est d’or pur
Puisque c’est une truff(e): champignon du bonheur
Tant il est hors de prix ! Le brave homme en émoi
Eut droit à sa statue au coeur d’un petit square,
Sa perspicacité lui apportant la gloire
Et l’enrichissement de moults Saturninois !
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A l’aurore des temps, ici, il n’y avait
Qu’une vaste cuvette encombrée par les glaces :
Glacier de la Durance ayant laissé ses traces
Au pied des grands monts noirs, dans tout le Gapençais.
Il est fini cet âge, et Gap* la lumineuse,
Même si ses hivers sont surtout montagnards,
Se prélasse au soleil sans jamais de brouillard.
Peut-on alors parler d’une vallée heureuse ?
C’est une jolie ville où chacun se rappelle
L’Empereur qui passa pour y dormir un soir
Après son retour d’Elbe. Un homme empli d’espoir
Trinquant à ses succès, l’âme toujours rebelle,
Avant de repartir pour un dernier combat.
On sait ce qu’il advint de sa folle équipée !
Route Napoléon… Gap n’a pas oublié
L’homme qui lui laissa un peu de son éclat !
Carrefour bien tranquille des Alpes du Sud,
C’est une jolie ville de Haute Provence ;
Ronronnant doucement, sans excès, sans outrances,
Où le bonheur de vivre est comme une habitude…
*Poème offert à la ville de Gap
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Poème illustré par un tableau de :
Mauve
www.galerie.com
Les venelles pavées sont cirées par le gel,
Et les rares passants marchent à petits pas
Le long des vieux remparts. On dirait que le ciel
Posé sur les toits roux est devenu fada
Tant il est anormal : il est bas, il est gris
Et Avignon prostré est presque silencieux
Sous le morne étouffoir. Le soleil s’est enfui
Vers d’autres cieux plus gais ; le Vaucluse est soucieux
Tant ce drôle d’hiver lui paraît étonnant.
Le fronton du Palais est couronné de glace :
Des pendeloques bleues, une dentelle argent
Qui en font le château des fées et de la grâce !
Les ruelles gelées luisent sous le ciel pur
Si foncé par le gel qu’il en est bleu marine ;
L’air froid est bien trop sec ; une blanche guipure
A orné le vieux Pont d’un lacis d’opaline.
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Monsieur de Cadenet aimait la symétrie !
Leur accordant terrain, bail emphytéotique,
Il conseilla aux gens d’édifier au pays
Un tout nouveau village, un bourg emblématique
De l’esprit de raison. Tirées comme au cordeau,
Verticales d’aplomb, droites équilibrées,
Plus de rues aux maisons construites en troupeau :
Plan au carré, rigueur, le tout bien aligné !
Comme les gens voulaient être propriétaires,
Ils se dirent d’accord, acceptant le marché
En se dissimulant que leur vrai caractère
Les poussait plutôt tous à l’excentricité.
Va donc, Charlevalois, pour l’ordre obligatoire !
Mais la fronde en Provence est ancrée, atavique,
Et l’on se défoula en érigeant plus tard
Un château délirant… style néo-gothique !
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Posé sur un piton, tu surplombes la plaine
Aux hautes cheminées soufflant à perdre haleine ;
Mais ta situation fait qu’on ne les voit pas :
Cachées par la colline ! Et quel panorama
Du haut du promontoir(e) ! Là-bas l’étang de Berre,
Les Alpilles, la Crau, et au lointain la mer…
Village méconnu, ignoré des touristes,
Tu mériterais bien d’être mis sur la liste
Des merveilles cachées au coeur de la Provence !
Avec cet infini, ton horizon immense,
Ton lavoir, ton beffroi, ton église surtout
A la charmante Dame enceinte jusqu’au cou !
Rares sont les statues de la Vierge Marie
Qui osent arborer un ventre rebondi ;
Mais Confoux téméraire s’y est hasardé :
Encore une raison d’aller le visiter…
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Le temps est vraiment doux ce matin à Salon.
Des martinets pointus plongent vers l’Empéri
Tels des missiles noirs qui trillent à grands cris.
Le mois d’avril tout neuf vient de naître et sent bon.
Le Val de Cuech est vert et ses immenses pins
Crachotent tant et plus un pollen impalpable :
La terrasse en est jaune, et le banc, et la table…
C’est ainsi chaque année ! Sur le bord du chemin,
Déjà des mousserons, des orchis, des pervenches ;
La vie grouille partout. Dans le sein de la terre
Les cigales larvées mûrissent : un mystère
Qui n’éclora qu’en juin, quand le grand soleil penche
Au-dessus du Midi. Mais pour bien peu de temps…
Allons ! Foin des idées et des images sombres !
Pensons à la lumière ; oublions vite l’ombre
Qui s’enfuit emportée par l’hiver. Le printemps
A posé sur la ville un voile lumineux.
Le soleil revenu retrouve ses rondeurs,
Aiguise ses rayons, plein de fougue et d’ardeur,
Flottant comme un ballon dans le clair ciel tout bleu.
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C’est une ville morte, une cité fantôme
Dont la guerre abattit un si grand nombre d’hommes
Qu’elle fut dépeuplée. Les femmes la quittèrent,
Sans plus oser jeter un regard en arrière…
Depuis longtemps déjà Châteauneuf végétait :
Le manque de chemins, des gens qui s’en allaient
Pour trouver du travail ailleurs. Et la Grand Guerre
L’acheva pour de bon comme un coup de tonnerre
Foudroyant à jamais un arbre bien trop vieux.
Oubliant son antique gloire et leurs aïeux,
Les gens sont donc partis et le village est mort,
Ses ruines s’écroulant dans la bise du Nord
Qui y sonne le glas de son renom d’antan ;
Et l’on n’y entend plus que les plaintes du vent.
Une ville fantôme hantée par le Passé,
Des ruines désolées pour toujours désertées…
N’y a-t-il donc rien qui résiste sur Terre
A l’usure du Temps ? N’y a-t-il rien à faire ?
Peut-être bien qu’un jour la maison où l’on vit
Ne sera plus aussi qu’un amas de débris !
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Rose de Pézenas* venait de se marier
A tout juste vingt ans. Elle aimait son mari,
En était fort heureuse, attendait un bébé,
Jusqu’au jour où la Mort, se trompant, la saisit :
La belle dégustait un fruit – un abricot,
Quand elle devint bleue, gémit et s’écroula,
Etouffée bêtement par l’énorme noyau.
Monsieur de Pézenas assommé s’effondra
Dévoré de douleur. Puis revenant à lui,
Il demanda sitôt que la charmante morte
Qu’il aimait tendrement soit ensevelie
Dans sa plus belle robe. Et aussi qu’elle porte
Le collier somptueux qu’il lui avait offert.
La famille éplorée s’en vint pour l’enterrer
Et on la conduisit au triste cimetière,
Fraîche comme une fleur en robe de mariée.
Mais l’on avait appris que la belle comtesse
Portait autour du cou sa plus jolie parure
Enchâssée de cailloux de la plus belle espèce :
D’énormes diamants bleus sertis dans de l’or pur…
Quelques heures plus tard, Jacques le fossoyeur
Profanait le tombeau pour le cambrioler.
Il volait le collier quand Rose par bonheur
Sortit de pâmoison tant il la malmenait ;
Recrachant le noyau, elle se réveilla :
L’homme en la rudoyant l’avait ressuscitée…
Elle eut un bel enfant que chacun appela :
« Le pitchoun qui mourut avant que d’être né »
* On peut voir sa tombe au cimetière de La Seyne-sur-Mer
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Poème illustré par un tableau de :
Monique Jullien
www.arts-programme.com
Mon Dieu, qu’il est joli, le nom de cette ville !
Il craque sous la dent comme la chair d’un fruit
Un peu ferme et croquant. Et la mer qui oscille
Lui donne son odeur. C’est un mot du Midi
Dont le beau E final n’est pas muet du tout !
Agaves et palmiers, pins et bougainvillées
L’enclosent de parfums et lui donnent le goût
D’un paradis perdu sous son haut pic des Fées :
Car c’est ainsi qu’on nomme son Observatoire
Sur le mont des Oiseaux. Rien que des mots magiques !
Et face aux îles d’Or, Carqueiranne* le soir
Etale sous la lune un site féérique
De plages argentées, de villas embrasées
Par le soleil couchant. La mer tout alanguie,
Qui lèche en roucoulant le sable festonné,
Parle d’éternité dans le temps relenti.
*Poème offert à la ville de Carqueiranne
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Il y avait jadis au fond du vieux Lauzet
Une fort jolie fille aux immenses yeux noirs.
Un peu mystérieuse, et qui sortait le soir
Sans qu’on sache jamais où elle se rendait.
Elle était blanchisseuse, et travaillait si bien
Qu’elle ne se couchait que sa tâche accomplie ;
Mais elle désirait que nul ne la vît
Quand elle se rendait au lavoir le matin…
Si bien que Léon Viau, dont c’était l’amoureuse,
En perdit un beau jour tout bon sens et la tête :
Décidant brusquement d’en avoir le coeur net,
Il se leva très tôt et suivit la laveuse
Jusqu’au bord du ruisseau. Sans que nul ne le sache !
La belle blanchisseuse y plongea un grand drap
Qu’elle brossa, tordit, étrilla et lava
De ses solides mains qui frottaient sans relâche…
Quand elle les sortit du bassin plein d’eau grise,
Sèches comme le vent, luisantes de lumière,
Le garçon comprit tout : c’était une sorcière,
Sur laquelle aucune eau ne pouvait prendre prise !
Las ! Il n’eut pas le temps d’aller la dénoncer
Car l’autre l’avait vu et le changea presto
En un bloc de savon ! Puis l’horrible masco*
Retourna au logis afin d’y repasser…
*En Provençal : une sorcière ( dont les mains ne se mouillaient jamais ! )
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Sur la route de Gap dont il était l’évêque,
Alors qu’il revenait d’un long voyage à Rome,
Saint Erige badait, grignotant du pain sec ;
Car une grande faim poignait lors le brave homme
Qui avait prodigué tout au long du chemin
Ses provisions aux gueux. Il était fatigué,
Sa jument se traînait sur le bord d’un ravin
Très fortement pentu : ils en avaient assez !
Il y avait alors dans ces rudes montagnes
Une bande affamée de bandits sans pitié.
En voyant le bon Saint sur sa fière compagne,
Ils s’élancèrent tous pour le dévaliser
En bloquant la jument. Sans écouter son maître,
La bête renacla… et soudain s’élança
Au dessus du ravin, planant sur cinq cents mètres…
Elle atteignit Auron* et enfin s’y posa !
L’évêque était sauvé, les truands déconfits !
La jument du miracle eut droit à tant de blé
Qu’elle crut en crever ! Et Erige ravi
Fit construire une église pour mieux remercier…
*Poème offert au village d’Auron
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Poème illustré par un tableau de :
Pascal Giroud
www.pgiroud.fr
Huile d’olive, agneau, Picodon et bons vins,
Asperges et melons, fruits du verger et truffes :
S’il vous plaît ! ne faites donc plus votre Tartuffe :
Habiter Valréas* est bonnement divin !
En été les entours plantés de lavandin
Sont bleus comme les yeux d’un Viking en goguette !
C’est joli comme un ciel et votre nez en fête
Frémit tant tout sent bon ! Le thym, le romarin
Mélangent leur odeur, et c’est vraiment exquis
Quand vous y entendez criqueter les cigales.
Un petit paradis chantant et provençal
Dans l’enclave des Pape(s) au coeur des Baronnies !
Mais elle ne fut pas que ce dont elle a l’air :
Où est donc l’industrie fameuse du carton
Dont la ville fut reine ! Oublié le renom
De Ferdinand Revoul, de ses « boîtes à air »
Pour le transport aisé de frêles vers à soie !
Aujourd’hui tout est lent au bord de la Coronne,
Sans tapage excessif. La Provence y chantonne
Son petit air joyeux d’une petite voix.
* poème offert à la ville de Valréas
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Poème illustré par un tableau de :
Martine Tron
www.mm-saudade.com
A Lurs un crime rôde, et depuis cinquante ans
Il entache les lieux d’une ombre indélébile :
C’est l’aura de la mort brutale et imbécile
D’une petite fille et de ses deux parents…
Mais il faut l’oublier, et ne voir du village
Que son charme vieillot et le bleu de son ciel ;
Où le temps d’aujourd’hui s’enfuit à tire d’aile
A chaque coin de rue et à chaque virage.
Fondé par Charlemagne, il est calme et bien quiet
Malgré tous les arrois qui l’ont un peu usé :
Son beffroi, ses maisons ont été ravaudés,
Mais fort habilement, sans être saccagés.
Une jolie cité dressée vers la lumière
Qu’un drame horrible vint blesser sans prévenir.
Village du Midi pourtant fait pour le rire,
Il panse depuis lors une plaie qui macère.
Poème offert à la ville de Lurs
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Poème dédié à Janot Dellène
Les rues des Haut de Cagn(es) étant bien trop en pente,
Les boules y roulaient du haut jusques en bas
Et l’on n’en pouvait plus ; l’on devenait fada
A leur courir derrière ! Une telle descente
Vous rendait enragé. Les pauvres pétanqueurs
En auraient pleurniché, comme de vieux gamins !
Mais il fallut attendr(e) mil neuf cent quatre vingt
Pour que soit résolu le problème : un joueur,
Le bon Janot Delènne, eut une idée géniale :
Plus de boules de fer, mais des boules carrées
Qui ne pourraient plus lors s’obstiner à rouler !
Des boules de bois peint pour un jeu sans égal…
Maintenant l’on y joue en descente, en montée ;
Le jeu a essaimé n’importe où à la ronde ;
Il y a chaque été un championnat du monde :
Comme quoi nos Cagnois ne sont pas si cinglés !
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Un jour à Gonfaron, comme c’était l’usage,
On décida de faire une procession
Vers la chapelle sise au-dessus du village,
Où tous priaient Quinis, leur vénéré patron.
On demanda alors à tous les habitants
De nettoyer les rues, chacun devant sa porte,
Afin que le village en soit bien plus pimpant.
Seul un vieux refusa : « Que le Diable m’emporte,
Gronda-t-il en colère. Faites passer le Saint
Au-dessus des ordure(s) : il n’aura qu’à voler ! »
Chacun en fut outré, mais le grincheux s’abstint
Et tous durent pour lui briquer et nettoyer…
A quelque temps de là, alors qu’il revenait
Cahoti-cahotant de son jas campagnard,
Jean trouva que son âne était très énervé
Par les taons vrombissants, la chaleur, le cagnard…
Il ne vit rien venir : alors qu’il descendait
Un chemin très pentu, l’animal s’emballa
Comme devenu fou ; il fit un vol plané
Au-dessus d’un ravin où l’homme culbuta !
Oh la la ! Mes amis… mais quelle rigolade !
« Saint Quinis l’a puni : c’est lui qui a volé !
Et c’est bien fait pour lui, cette dégringolade »
S’exclamèrent en choeur tous les Gonfaronnais.
Tout honteux et confus, Jean s’en fut se cacher…
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