Archives de catégorie : Cités provençales

Fin juin.

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Poème illustré par un tableau de :

Alain Guirado
www.artactif.com/guirado

Sur le plateau de Valensole,
Le vent qui danse dans les blés
S’amuse à les écheveler ;
Et les épis blonds s’auréolent

D’un nimbe doré qui tremblote.
L’on n’a pas encor récolté
La lavande, et dans l’air bleuté
D’exquises senteurs tournicotent.

L’on étouffe tant il fait chaud,
Mais des cars entiers d’Asiatiques
Déversent aux champs d’extatiques
Touristes preneurs de photos.

Dans leurs yeux bridés se reflète
L’image des doux coteaux bleus,
Alors que tout à l’entour pleut
Ce frais parfum qui les entête,

Imprégnant d’odeurs leurs habits.
Mais le vieux plateau immuable
Reste serein face à l’affable
Ruée des gens tout esbaubis

Par tant de beauté et de grâce :
Il est jaune, il est couleur ciel,
Sent le lavandin et le miel.
Jamais ne passe ni ne lasse…

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Une nuit en été

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Où est l’été brûlant que nous avons connu
L’an dernier à Carry ? Tu as sorti un châle
Pour te couvrir un peu ; et la lumière pâle
De la lune en croissant caresse ton corps nu

Qui frissonne de froid. Une légère brise
Soulève tes cheveux comme un voile léger
Ou l’aile d’un oiseau. Si nous allions nager ?
La mer languide est calme, et sa tiédeur nous grise

Sous le ciel lumineux où cliquent des étoiles.
Je te tiens dans mes bras et tu es ma sirène…
Ton ventre est satiné ! Tu es soudain la reine
D’un grand monde liquide où mon désir fait voile !

Ton corps ploie contre moi. Ta longue chevelure
Epandue sur la mer flotte comme une fleur
Aux longs pétales clairs ; et sa blonde couleur
Est une tache d’or sur l’étendue obscure

De l’onde qui frémit sous nos corps enlacés.
Nous oscillons tout doux ; l’eau amie nous camoufle,
Légère et attiédie. Seul nous frôle le souffle
D’un vent arachnéen qui ne fait que passer…

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Ski de fond

Eric Bruni

Poème illustré par un tableau de :

Eric Bruni
www.liensutiles.org/e.bruni.htm

Entends-tu le silence, et le doux crissement
De nos skis sur la pente ? Au-dessus de nos têtes,
Des branches en arceau d’où la neige volette
Devant nos yeux mi-clos en étoiles d’argent.

Sens-tu cet air glacé nous ramoner le cœur ?
Ces infimes cristaux obstruer nos narines
Et notre peau geler, que la bise burine ?
Et pourtant nous rions, éperdus de bonheur

Tant nous nous sentons bien dans ce désert blafard.
Aucune trace encor sur la neige renflée
Qui cherche à ralentir notre course essoufflée,
Dont il faut s’arracher comme d’un traquenard.

Les branches des sapins quadrillent le ciel bleu,
D’un bleu si véhément qu’il en bleuit la neige.
Sur les rameaux poudrés des cristaux parpalègent
En des millions d’éclats, en petits clins de feu…

Nous devons redescendre : il fait vraiment très froid
Et la nuit va tomber. La bise s’exaspère…
Il nous faut retrouver notre gîte à Prunières
Où nous allons, c’est sûr, nous sentir à l’étroit !

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Tel le souffle d’un ange

Christian Jequel

Poème illustré par un tableau de :

Christian Jequel
http://www.christianjequel.com

Spiralant doucement, tel le souffle d’un ange,
S’élève une arabesque ; une volute étrange
Qui monte en s’enroulant là-haut vers les nuées :
Blanche sur le ciel bleu, une blanche fumée.

Elle sent bon le bois et les herbes brûlées
Par la famille Giraud dans la grand’cheminée
Pour chauffer la maison et attiédir l’étable
Où bêlent des agneaux. Les Giraud sont à table,

Grignoti-grignotant leur aimable bien-être.
Dans la chambre à côté, un bébé vient de naître,
Un tout petit garçon aux yeux couleur de miel.
La fumée irisée s’élève dans le ciel

Pour s’en aller conter à Dieu et à ses anges
Qu’est né un enfançon dont l’arrivée dérange
A peine la tribu. D’innombrables petits
Tout autour du grand feu mangent leur soupe et rient

A l’idée d’accueillir un nouveau petit gars.
La maison des Giraud irradie la joie,
Une joie toute simple au cœur de la garrigue.
La fumée argentée monte en dansant la gigue

Dans le ciel bien lavé par un coup de mistral.
La maison blanche luit sous le soleil austral,
Etalant son bonheur sans aucune vergogne.
Il y a onze enfants dans le vieux mas, à Rognes.

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Le déserteur

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L’été s’en est allé aux confins de la Terre
Tout chargé de bouquets, de soleil, de temps bleu ;
Et il nous manque tant que nous pleurons misère
Tant nous nous sentons seuls sous le ciel nébuleux.

Rode le souvenir d’une intense chaleur
Bien trop exacerbée… Nous l’idéalisons,
Tout morfondus de froid, repoussant les raisons
Qui nous faisaient gémir, pauvres souffre-douleur

D’un soleil enivré de sa toute-puissance.
Car nous oubliions trop à quel point son pouvoir
S’avère omniprésent en terre de Provence
Quand nous allions tout nus, sans nous apercevoir

Qu’il nous mangeait tout vifs – tout au moins notre peau !
Bel été des longs soirs pétillants de lumière,
Avec ces bains sans fin, non loin de Cavalaire,
Que nous éclaboussions de nos rires d’ados.

Il est bien loin l’été. Le cœur en bandoulière,
Il faudrait accepter le truisme de sa mort
Et la vie sous ce gris qui étouffe la terre…
Mais courage : l’hiver s’en va virer de bord

Et repartir au Sud. Encor trois, quatre mois !
De nouveau des jardins aux fleurs épanouies,
Un grand ciel clignotant de lumière inouïe,
Le monde ranimé prêt pour de grands émois…

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La laide

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Poème illustré par un tableau de :

John Constable
(1776-1837)

Il était une fois une femme très laide :
La fille d’un pêcheur vivant à Sanary,
Qui priait le Bon Dieu de lui venir en aide
En la casant bien vite. A quiconque, à tout prix,

Car il était pourvu de fort nombreux minots ;
Or, en ces temps anciens, cette sorte de fille
N’était qu’un embarras et un réel fléau
Qui mettait du bazar au sein d’une famille !

Et pourtant elle avait une âme ravissante,
De l’humour, de l’esprit ! Mais nul ne le voyait
Ni n’en pouvait priser les beautés évidentes
Car, en plus d’être moche, elle était réservée…

Les années défilant, elle était toujours là,
Timide et effacée, à ne savoir que faire,
Si laide et mal fichue qu’elle en était un cas !
Et son tempérament ne faisait pas l’affaire

D’un père violent qui n’en pouvait plus d’elle.
Un jour, exaspéré, il la prit avec lui,
Soi-disant pour pêcher dorades et girelles.
Mais un bien noir dessein rôdait en son esprit…

Quand ils furent au large, il l’empoigna soudain
Et la fit basculer la tête la première.
La pauvrette hurla, mais il s’enfuit bien loin,
Si content de son coup que c’en était misère !

Encore heureux qu’un dieu se trouvât dans la zone
Et qu’il prît en pitié la pauvre Margoton !
Mais comme ce Triton n’avait qu’un seul neurone,
Il trouva très malin de la changer en… thon !

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la souris importunée

Souris

www.lezefaquiens.canalblog.com

Le nez hors de son trou, une souris regarde
La grand’pièce encombrée où vivent les Delors.
Car le chat n’est pas là : il doit être dehors
A traquer méchamment – que le bon Dieu les garde !

Les autres souriceaux d’une gent plus sauvage.
Les Delors, qui sont six, s’agitent constamment,
Poussent des hurlements et font tant de boucan
Qu’ils en paraissent fous ! Cela crée des ravages

A l’ouïe du rongeur, trop fine et délicate
Pour ouïr sans broncher le chambard des Humains ;
D’autant que, tout à l’heure, Aristide le chien,
Aboyeur patenté, vient de lever la patte

Au milieu du salon… La bestiole en a marre
Du chahut des Delors, de ce bruit, de leurs cris !
Un tel tohu-bohu ne sied pas aux souris ;
La nôtre n’en peut plus de tout ce tintamarre !

Demain, c’est évident, l’animal déménage
Pour aller chez les Biot vivant un peu plus loin
Pas bien loin des cinglés, au coeur de Lourmarin.
Etre ainsi dérangé, ce n’est plus de son âge…

Il lui faut s’en aller, sa décision est prise,
D’autant que les deux Biot sont de doux petits vieux :
La paisible souris ne saurait rêver mieux…
Elle va donc rentrer pour faire sa valise !

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le tesson

incendie

Poème illustré par un tableau de :

Isa Lotte
www.livegalerie.com

Là-haut sur la colline, Hannibal a cassé
Pendant son pique-nique une bouteille d’eau.
Comme il est très sérieux, il en a ramassé
Sitôt tous les morceaux. Hop ! Dans son sac à dos…

N’en restait qu’un petit, vraiment presqu’invisible !
Comme un beau diamant scintillant sur les pierres
Où serpentait gaiement une vrille de lierre :
Un tesson si menu que c’en était risible…

Le lierre était très sec, le tesson scintillait,
Minuscule joyau brillant sous le soleil…
Qui fort intéressé s’est mis à brasiller
Puis d’un rugissement a provoqué l’éveil

D’une petite flamme au creux de la brindille.
Le tout petit tesson s’est soudain transformé
En un vrai boute-feu au coeur du grand été :
Des flammèches dorées, le lierre qui grésille…

Et puis c’est l’incendie ravageant le maquis ;
Un tourbillon de feu, de folles étincelles
Dévalant les coteaux jusqu’au fond des pâquis ;
Un brasier monstrueux que le vent échevèle…

Un tout petit tesson, un bijou minuscule,
Un diamant joli brillant dans le soleil
En cliquetant gaiement de ses reflets vermeils :
C’est non loin de Gréoux tout un massif qui brûle…

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Le vent de décembre

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Poème illustré par un tableau de :

Vladimir Kush
www.peintre-analyse.com

Quand en hiver le vent secoue les toits que givre
Son souffle déchaîné venu tout droit du Nord,
Les gens rentrent chez eux tels les marins au port,
Zigzaguant en marchant comme s’ils étaient ivres.

Car le vent de décembre est si tonitruant,
Si puissant quelquefois qu’il vous stoppe ou vous pousse,
Vous giflant violemment de ses rafales rousses,
Agitant comme un fou les arbres en beuglant

Et en expectorant sa complainte démente :
Un cinglé déchaîné, ce mistral à la con
Qui se met à mugir pour des motifs abscons !
On était si tranquille avant qu’il ne tourmente

La Provence agitée par son fichu tintouin !
Il envoie valdinguer des babioles qui traînent,
Les soulève, les tord, les brusque et les entraîne
Jusqu’au bout, tout là-bas, vers l’horizon marin.

Le grand mistral est fou quand il passe à l’attaque,
Quand il veut conquérir les terres de l’hiver,
Quand il s’en vient chez nous des confins de l’Enfer
Pour courir en hurlant d’Avignon à l’Estaque.

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Souvenirs d’enfance

image

www.ledevoir.com

Quand rentrant de l’école, à midi, affamé
Comme un lionceau hargneux qui grognerait de faim,
Il sentait, alléché dès l’abord du jardin,
La délectable odeur du repas préparé

Par sa mère Delphine, il se précipitait
Et se mettait à table, renfrogné et grincheux
Car la faim lui donnait toujours l’air malgracieux.
Jours heureux d’autrefois, où êtes-vous passés ?

Tous les enfants d’alors crapahutaient à pied,
La plupart des parents n’ayant point de voiture !
Lui badait en flânant, peu importait l’allure :
Il avait tout son temps, pour rire et folâtrer…

En fin d’après-midi, il traînait pour goûter
De deux tranches de pain, d’un bout de chocolat ;
Et puis il s’installait dans la salle du bas
Pour faire son travail ! Pas question de télé…

Ainsi allait sa vie, la vie pas trop stressée
D’un minot d’autrefois à Lambesc, en Provence ;
D’un gamin du Midi et de partout en France.
Jours sans soucis d’antan, où êtes-vous passés ?

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Fureur

Inondation

Poème illustré par un tableau de :

Claude Monet
(1840-1926)

Il fait calme, on est bien au bord de la rivière.
L’hiver est arrivé, mais il n’est que douceur,
Bien que le ciel empreint d’une étrange rousseur
Soit un peu sombre à l’Est. Un grand pan de lumière

Eclaire à profusion le toit de la maison
Qu’habitent les Poli. Novembre est vraiment doux,
Tellement avenant ainsi vêtu de roux !
Il est si bon de vivre et vieillir à Vaison…

C’est arrivé d’un coup ! Un grand coup de tonnerre,
Puis la pluie s’abattant en vagues forcenées
Sur le lotissement, et la villa cernée
Par le flot déferlant d’une crue centenaire

Que personne, jamais, n’avait encor connue !
Cataracte inouïe, cascade inexorable,
Recouvrant d’un torrent le jardin si aimable ;
Muraille d’eau sauvage et trombe continue…

Les Poli acculés ne savent plus que faire…
En tout dernier recours, ils montent sur leur toit
Mitraillé par la grêle. Et c’est avec effroi
Qu’ils voient les flots monter : la terreur et l’enfer…

Plus tard dans la journée, un tendre et chaud soleil
Illumine gaiement la ville saccagée
Si belle il y a peu. Deux personnes âgées
Assises dans la boue trouvent l’astre pareil

A celui qu’il était quelques heures avant !
Mais pour eux c’est fini, et inenvisageable
De tout recommencer… Le jardin si aimable
N’est plus qu’un noir bourbier que caresse le vent.

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La chanson du printemps

Jean-Paul fabre Montagne verte

Poème illustré par un tableau de :

Jean-Paul Fabre

C’est au coeur de Moustiers qu’elle est née aujourd’hui ;
Une chanson qui rit et qui tintinnabulle
En dévalant les rues par millions de bulles :
Des notes de folie et de joie réunies ;

Une aubade d’avril, le mois enlumineur,
Avec cette rumeur qu’il vous faut tous connaître :
Un bourgeon est éclos, qui vient juste de naître,
Juste un bouton de rose et sa si fraîche odeur…

La chanson qui s’épand en senteurs délicieuses
Coule dans tout Moustiers et s’immisce partout :
Arômes de printemps, parfums de rien du tout
Transmettant à chacun l’atmosphère joyeuse

Des rues bien réveillées où le soleil revit.
La ville hurle sa joie, chantant la renaissance
Des jours qui sentent bon, et les réjouissances
Inhérentes au beau temps, à la nouvelle vie.

Ecoutez le printemps qui gouale à tue-tête,
Et le choeur des oiseaux, des arbres et des fleurs
Dans leurs tout petits pots qui s’ouvrent au bonheur !
La chanson du printemps, l’inoubliable fête…

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Le village ensorcelé

Village dans la brume

Poème illustré par un tableau de :

Yokozaza

Enveloppant les toits que grisaille l’hiver,
Le ciel les arrondit et en use les angles ;
Le voile vaporeux qui nimbe le triangle
Du clocher de Peillon l’a presque recouvert.

Tout est fantomatique : on croirait que le monde
Incertain et plus flou s’est peu à peu drapé
Dans un brouillard confus. Tout y est estompé :
Plus aucun angle droit, des lignes bien plus rondes

Dans les rues du village où la fuite du temps
Semble s’être arrêtée. Gommés par cette crasse,
Les gens ont disparu dans la grise brumasse
D’un lourd matin d’hiver étrange et inquiétant.

L’on n’entend aucun bruit dans le village vide,
Et le jour presqu’éteint s’y est évanoui,
Avalé par la brume. Un silence inouï,
Où clapote parfois la vibration humide

De l’eau dans un bassin où fume une vapeur,
Résonne par les rues bizarrement tranquilles.
Peillon n’est soudain plus qu’une petite ville
Comme tétanisée où divague la peur,

La peur d’un irréel en forme de chimère,
Sans solides appuis, où plus rien n’est certain ;
Où le moindre soupir peut sembler clandestin
Tant le silence y bruit d’un étonnant mystère…

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La maison ingénue

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Poème illustré par un tableau de :

Paul Cézanne
(1839-1906)

Notre maison est vieille. Une belle patine
Et les années passant y gravent lentement
Des rides surannées. L’écoulement du temps
Lui donne de la grâce, et l’âge l’enlumine

Car la vie des maisons n’est pas celle des gens.
Ses murs tout de guingois ont une jolie teinte :
Pain d’épice, ocre ou miel  ? Et sur la toile peinte
Du ciel ennuagé effrangé par le vent,

Elle est comme un tableau qu’aurait peint Paul Cézanne :
Une jolie maison si gorgée de lumière
Qu’elle en est mordorée ; dont les antiques pierres
Rutilent au soleil aux entours de Gardanne.

Elle est dans la garrigue au centre d’un jardin
Fleuri à la folie dès que l’été arrive.
Y gazouille joyeux un ruisseau dont l’eau vive
Court à tout petits sauts de gradin en gradin.

L’on y trempe les pieds ou l’on y fait trempette
Tout nus et sans soucis, comme petits enfants
Qui seraient nés hier. Sans pudeur, innocents.
Car la vieille maison à l’âme un peu simplette

Est, tout comme l’Eden, un royaume ingénu.
Elle a donc décanté, au fil du temps qui passe,
Tout le mal alentour et l’a mis à la casse !
On y a le coeur pur et, l’âme mise à nu,

L’on y dort du sommeil dont jouissent les anges.
La lune aime baigner au juste diapason
De ses rais argentés notre vieille maison.
Quiétude alliée au calme : un merveilleux échange !

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L’éclat de rire

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Un éclat a fusé d’un gigantesque rire
Déclenché par un gars à l’esprit affuté.
Il a jailli d’un bar et puis s’est envolé,
Porté par le mistral : petit bout d’un délire

Enorme et chahuteur qui faisait tressauter
Les bedons bien trop ronds d’un cénacle d’amis.
Fier de son évasion, l’éclat s’est donc enfui
Pour connaître le monde et pour y rechercher

D’autres rires farceurs, de joyeuses risettes
Dans le centre d’Aubagne… Entré dans un bureau,
Il n’y a rencontré qu’un sinistre maraud
A l’austère figure et qui faisait la tête.

Plus loin, rue Martinot, des gens bien tristounets
Allaient le regard droit, ne sachant plus sourire,
Des soucis plein les yeux. Et le visage en cire,
Quatre vieux trop sérieux, dans la rue du Plantier,

S’ennuyaient à jouer dolce à la pétanque…
L’éclat qui s’anémiait, de plus en plus chétif,
Se sentant bien faiblard et de moins en moins vif,
Commençait à chercher une solide planque

Pour vivre encor un peu, quand il stoppa soudain :
Des cris emplis de joie, une joyeuse aubade
De rires argentins jaillissaient en cascade
Et en pizzicati du fin-fond d’un jardin !

C’étaient des tout-petits jouant avec ivresse
En hoquetant de rire, hurlant comme des fous
Et se courant après. Virevoltant partout,
Profitant de la vie avec moult allégresse !

Comblé, l’éclat de rire est entré dans leurs jeux.
Il y a retrouvé quantité de copains
Qui chantaient et dansaient à l’ombre d’un grand pin :
Rires en ribambelle et enfants radieux !

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