Archives pour la catégorie “Cités provençales”

Poème illustré par un tableau de :

Maurice Morin

Sur la montagne bleue, le grand mois d’août flamboie.
Sous les luges foulant la piste encor ouverte,
L’herbe drue fleure bon ; elle chuinte et verdoie.
Nous suçons un sorbet face à la Savonnette*,

Totalement béats de pouvoir contempler
La sculpture des pics sur l’infini ciel bleu !
Tout a été lavé par les pluies de juillet,
Roulant en rus d’eau claire au fond de chaque creux !

C’est le Sauze estival ! Le simple et grand bonheur
D’aspirer goulûment un air presqu’un peu frais !
Des gens pas trop bronzés s’y lèvent de bonne heure
Pour s’en aller grimper hors des sentiers pavés.

D’autres sont seulement là où ils aiment être :
Un joli coin perdu en haut de la Provence !
Un village sans faste où ils aiment renaître,
Loin du bruit, des fumées, de tant d’autres nuisances…

Nous sommes affalés sur nos grands fauteuils blancs
Tels des lézards repus abreuvés de lumière.
La montagne scintille d’étoiles d’argent
Accrochées joliment en haut des conifères.

*La Savonnette est la piste des débutants au Sauze

 

 

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A Bédarrid(es) antan les jeunes du village
Savaient pertinemment que pour la Chandeleur
Ils devaient fabriquer, comme c’était l’usage,
De tout petits bateaux qu’ils façonnaient en choeur

Et lançaient dès le soir sur la Sorgue au Vaucroze
Après y avoir mis des bougies ; puis fébriles,
Ils couraient vers le pont en aval où, tout choses,
Ils attendaient qu’arriv(e) leur oeuvre si fragile.

Les esquifs cahotaient, tanguaient, tourbillonnaient…
Craignant par dessus tout que leur bougie expire,
Les jeunes, coeur battant, priaient et suppliaient
La minuscule flamme : ils redoutaient le pire,

Son extinction brutale au fil bleu du courant !
C’aurait été affreux, un très mauvais présage
Pour l’année à venir ! Admonestant le vent,
Les algues, les rochers, ils trépignaient de rage

Et hurlaient pour booster leur barque de papier…
Quand elle était passée, certains étaient ravis :
Leur flamme vacillait, mais ils avaient gagné !
Les perdants grommelaient, maudissant leur bougie…

 

 

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Poème illustré par un tableau de :

Armand Feldmann
www.armandfeldmann.com

Les persiennes fermées sont comme les paupières
Innombrables et bleues du village endormi.
Il est vraiment très tôt ; le jour est encor gris
Et des lambeaux de nuit tamisent la lumière.

Les voitures couvertes d’un voile argenté
De brume et de rosée sont garées sagement
Tout au long du trottoir. Une bribe de vent
Présage un grand mistral pour toute la journée ;

Pour le moment ça va ; ce n’est qu’une caresse
Qui ne perturbe pas le silence pesant
D’une aube provençale. Un chaton triomphant
Déambule tout seul ; sa longue queue se dresse

En point d’exclamation. Il va par la grand’rue
Dont les pavés disjoints luisent sous le ciel bleu ;
Il est tout seul au monde, inconscient et gracieux,
Et trottine gaiement, fragile hurluberlu.

C’est vrai qu’il est très tôt, et le premier soleil
Dont les rayons s’agripp(ent) aux pentes du Baou
Rend ses contours rugueux et raides un peu flous.
Car il n’est que six heure(s) et Saint-Jeannet sommeille…

 

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En des temps fort anciens, dans Le Muy assiégé
Par le grand Charles Quint, une poignée de braves
Ne pouvaient se résoudre à être enfin domptés!
Ils décidèrent donc, car l’heure était très grave,

De tirer sur le roi pour s’en débarrasser.
Retranchés dans leur tour, les hommes le visèrent,
Mais leur arquebusade étant plutôt ratée,
Ce fut de La Vega que les mutins tuèrent.

Un immense poète et un ami du roi !
Le grand Carcilaso ! Charles Quint ulcéré
Promit en hypocrite, y engageant sa foi,
De ne pas le venger si la tour se rendait ;

On tint bon deux longs jours, et puis l’on accepta :
On avait sa parole et l’on était confiant ;
Car comment ne pas croire au serment d’un grand roi…
Qui, à peine sortis, les pendit sur le champ ?

 

 

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Comme peint au lavis sur le ciel bleu marine,
Un vaisseau minéral dressé dans la lumière :
C’est un village blanc qui fait face à la mer…
Renoir, Chagall, Signac, et Matisse, et Soutine,

Picasso et Miro et Modigliani…
Le labyrinthe noir de ses rues tortueuses
Est hanté en secret par les ombres fameuses
Des grands peintres rôdant dès que sonne minuit.

Voici aussi Giono, Gide, Cocteau, Prévert…
Les fantômes légers déambulent en bande
Sur les pavés usés de la vieille Rue Grande
Dès qu’elle est endormie au giron de l’hiver.

Haute cité nichée derrière de vieux murs,
Saint Paul est plus serein quand les beaux jours finissent.
Le village respire, et même ses artistes
Osent un peu souffler alors que le murmure

De la brise de mer chuinte dans les venelles.
Le soleil est moins haut, la lumière moins dense
Sur la Fondation Maeght ; un nuage qui danse
Au-dessus de Saint Paul le rend immatériel…

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Le jeune Bénezet était un pastoureau
Qui gardait ses moutons fort loin de la Provence ;
Un minot de Burzet, tout pétri d’innocence
Qui aimait bien sa vie. Pour lui rien de plus beau…

Jusqu’à ce qu’il entende une très sainte voix :
« Va-t-en donc sur le Rhône et construis-moi un pont ! »
Le petit rechigna. Oui… Mais résiste-t-on
Aux ordres du Seigneur – même un ordre à la noix ?

Bénezet partit donc avec un pèlerin :
Un ange déguisé, qui lors l’accompagna
Tout au long du chemin pour l’emmener là-bas…
Quel horrible voyage et que c’était donc loin !

Petit Benoît rendu s’en alla voir l’évêque
Juste en train de prêcher. L’homme fort étonné
Lui montra une pierr(e) «  Tu vas la soulever !
Ensuite nous verrons ! » Le minot aussi sec

S’en fut porter le bloc sur la rive du fleuve,
Bien que trente ouvriers n’aient pu le déplacer !
Le prévôt sidéré donna l’ordre d’aider
Le gentil pastoureau à poursuivre son oeuvre.

Il mourut bien avant qu’il ne fût terminé…
Mais pour mieux l’honorer on lui donna son nom :
C’est le pont d’Avignon où l’on dansait en rond,
Qu’on nomme encor parfois le pont Saint-Bénezet.

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Il y a bien longtemps un certain monsieur France
Vivait à Coursegoul(es) : un vieux célibataire
Qui menait au village une vie solitaire,
Une petite vie sans chance ni malchance.

Un jour qu’il contemplait les pentes du Cheiron,
Il se mit à songer… puis il eut une idée :
Faisant fi du bon sens, fou-furieux, il allait
Sur la montagne incult(e) construire une maison !

Il choisit son terrain. Et lors pendant vingt ans,
On le vit qui montait, descendait sans relâche,
Ployant sous son fardeau, attelé à sa tâche
Comme un bourrin têtu. Un travail de Titan !

La maison terminée, il bâtit des restanques
Comme un fou qu’il était. Et quand tout fut fini,
Il demeura pensif et il fut envahi
Par la curieuse idée qu’il allait être en manque !

Tout cela était vain, il fallait redescendre
Au niveau des humains qui ne rêvaient jamais.
Alors l’homme fourbu, las et désabusé,
Rentra à Coursegoul(es) et il alla s’y pendre.

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Sonnet  illustré par une aquarelle de :

Renata Layton
www.renata.bloog.pl

La Provence est éteinte et le soleil en berne.
Le Luberon voilé par un épais brouillard
A de mornes couleurs car l’horizon est terne
Et le soir sans éclat. Le jour s’est levé tard

Sur Lauris endormi aux teintes délavées.
Les jardins sont fanés ; les fleurs s’y effilochent
Et les dernières feuilles se sont envolées,
Dénudant les troncs noirs où la brume s’accroche…

Des chrysanthèmes ronds parent le cimetière
De leur crinière rousse et tout ébouriffée
Sur les tombes usées. C’est la seule lumière

Qui illumine encor un Midi désolé.
Il y a dans l’air gris comme un relent d’hiver
Et le ciel défraîchi est tout décoloré.

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Depuis combien de temps n’avions-nous donc pas vu
Martigues sous la neige ? Et la  mer encombrée
De glaçons qui flottaient : la Baltique à Turku ?
Ce n’était vraiment plus la Méditerranée !

Notre port réputé pour l’extrême douceur
De son climat si doux était transfiguré.
Il régnait sur la ville une étrange torpeur
Et les vieux Martégaux, émus et sidérés,

Criaient au cataclysme et à la fin des temps.
De grands pans de banquise au Sud, dans le Midi !
La glace sur l’eau noire éclatait en craquant,
Enserrant les pointus dans un magma tout gris.

Stalactites d’argent ourlant les ponts blanchis
Et chenal grumeleux comme du lait caillé :
Plus rien n’était pareil, on n’était plus ici,
Mais sur l’autre versant d’un monde halluciné.

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Poème illustré par un tableau de :

Georges Flanet
www.georges-flanet.fr

Le village est perché en haut d’un promontoire.
Passages, huis très vieux, venelles escarpées…
On arpente Gassin sans jamais se lasser :
Tout est enchantement et tout y est à voir !

Quand on arrive enfin Terrasse des Remparts,
On a le coeur qui bat, mais de ravissement :
Les Iles d’Or, la mer qui bouge en pétillant,
Et tout là-bas les Alpes captant le regard,

Les Maures au lointain : panoramique tel
Qu’on se sent tout ému face à tant de beauté…
Et puis on redescend, les yeux émerveillés,
Parcourant à nouveau placettes et ruelles

Dont la rue …« Rompe Cuou » ! Mais soudain l’on s’arrête :
Rue d’un mètre, à peu près ? On est à l’Androuno* :
Un mètre ! Pas partout… Rue interdite aux gros,
La rue la plus étroit(e) de toute la planète !

*Rue où l’on ne peut passer qu’un seul à la fois !

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Tout autour du grand pré où paissent les taureaux,
Les gardians se rassemblent dans le bouvao.
Ce sont huit cavaliers formant l’abrivado,
Un triangle vivant poussant les animaux

Vers l’arène, là-bas, par les rues du village…
De jeunes Camarguais jouent à les ralentir
Et à les effrayer : un jeu à leur image
Où tout est toléré. Véritable délire

Avec jets de pétards, de feu et de farine !
On sort de nulle part pour exciter les bêtes
Et si quelqu’un trébuch(e), les bêtes le piétinent.
Mais l’on s’en soucie peu car c’est là qu’est la fête.

L’abrivado résiste et tient bon malgré tout ;
Les chevaux sont costauds, les cavaliers agiles,
Et malgré les folies des jeunes casse-cous,
On mène le troupeau jusqu’au coeur de la ville.

*En Camargue, aux Saintes Maries de la Mer

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Il y a bien longtemps, un manant labourait
Près des ruines brûlées d’une ancienne chapelle
Quand ses boeufs s’arrêtèrent non loin d’un roncier
Auquel il mit le feu… Il battit le rappel,

Mais ses boeufs refusèrent de partir plus loin,
Se mettant à genoux tous deux au même endroit.
Excédé et outré par ce fichu tintouin,
Le vilain les poussa sans qu’ils bougent d’un doigt !

L’homme s’agenouilla et se mit à creuser :
Il trouva un cercueil contenant la statue
D’une Dame grossière aux couleurs délavées…
On lui fit une église, mais presque à son insu

Tant on la trouvait laide ! On la mit dans un coin,
La remplaçant alors par une autre effigie
Enjolivée, sculptée avec beaucoup de soin :
On ne lésina point et l’on y mit le prix !

La vraie statue vexée s’offusqua et revint
Sur l’autel, d’elle-même, une fois… et puis deux.
On la cacha partout, on l’isola : en vain !
Rien à faire ! Il fallait obéir à ses voeux !

On la boutait par l’huis ? Rentrait par la fenêtre !
Comme elle avait gagné, on ne la chassa plus
Et elle est encor là où elle voulait être,
Antique Vierge Noire et son enfant Jésus.

*Notre-Dame de Romigier à Manosque

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Poème illustré par un tableau de :

David Cox
(1783-1859)

Des rafales de pluie… ou plutôt du verglas
Qui cascade du ciel et qui sonne le glas
Des tout derniers beaux jours de l’automne mourant :
Premiers signes glacés de l’hiver triomphant

Se transformant en glace en atteignant la terre !
Le ciel est vert-de-gris et jaune est la lumière
Diluée par les flots d’eau froide presque neige.
Où sont donc les couleurs ? Le paysage est beige

Et terne, comme en deuil du beau temps disparu.
Du gris pâle, du noir, du brun sur un sol nu :
On n’a pas l’habitude, et ces teintes fanées
Ne sont pas nées ici : où  donc est notre été ?

Aix est bien tristounette, et ses terrassses vides
Sont cinglées à grands jets par l’eau presque solide
Qui gicle à gros bouillons du ciel déboussolé.
Ce temps n’est pas normal et, à force d’excès,

Pousse les plus sérieux à poser des questions.
On ne peut plus sortir et, à tourner en rond,
On va devenir fou sans notre beau ciel bleu.
Notre Sud semble atteint d’un mal mystérieux…

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En l’an mil sept cent vingt, au coeur noir de l’automne,
La peste ravageait Cucuron qui savait
Malgré tous ses efforts qu’il était condamné.
Aussi fit-il un voeu à sa sainte patronne :

Si le fléau cessait, un grand pélerinage
Marquerait chaque année le retour du beau temps
Et l’on élèverait un arbre surpassant
Le faîte de l’églis(e). Sainte Tulle la sage

Pria notre Seigneur… et le mal s’arrêta.
On n’a pas oublié ; tous les vingt et un mai,
Toujours reconnaissants on dresse un peuplier
Juste devant l’église. Et ce sont des vivats,

De grands cris de bonheur ! Certains Cucuronnais
Ne savent plus pourquoi l’on fait ainsi la fête,
Mais tant pis, après tout ! Et ils seraient bien bêtes
De rater l’occasion d’ainsi chanter l’été…

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Poème illustré par un tableau de :

Dominique Garnier-Delaunay
www.artisho.com

L’aube est encor grisâtre, il est vraiment très tôt.
Châteaurenard s’éveille, il va faire très beau…
Les maraîchers du cru en sont plutôt heureux
Car mieux vaut travailler sous un ciel clair et bleu !

C’est un grand brouhaha de cris et de jurons ;
Un caravansérail de pick-up, de camions,
De tracteurs, de remorques… Légumes et fruits
Tout gonflés de lumière et les flancs rebondis

Rutilent au soleil. Atmosphère de fête !
Tomates et poivrons, aubergines, courgettes,
Pommes, mâche, radis… et que dirais-je encor ?
Emplissent des cageots ventrus jusqu’à ras bords.

Ils sont moult acheteurs derrière les barrières.
Marché de gré à gré imprégné de mystère,
Petits gestes précis, mimiques et regards
Scellent certains accords semblant un peu bizarres :

Contrats vite conclus sur parole donnée !
Et puis c’en est fini… Lors reprend le ballet
De tous les véhicule(s). Une énorme pagaille :
Comme on dit par ici, c’est vraiment un grand ouaille !

* MIN : Marché d’Intérêt National

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