Archives de catégorie : Cités provençales

Alchimie

Lavandes

Poème illustré par un tableau de :

Eric Bruni
www.bruni-gallery.com

A La Fuste, les fleurs font bien triste figure.
Il va falloir penser à bien les arroser,
A les presque noyer ! Le ciel ankylosé
Par l’ardente chaleur, et que ne défigure

Pas l’ombre d’une nue pèse sur le Plateau
Comme un dôme cobalt, figé, hémisphérique.
Premier coup de chaleur sur le sol couleur brique,
Cassé et fendillé. Un tout petit peu tôt

Pour un premier assaut : l’on n’est pourtant qu’en mai !
Mais le printemps est las et l’été s’impatiente ;
Tout comme le soleil, sa puissance asphyxiante
Et son fardeau pesant accablant les sommets.

La lavande éblouie fignole son odeur
Et peaufine ses fleurs. La grand’lumière jaune
Est à son apogée. Le Plateau s’abandonne
Et se laisse asservir par l’indomptable ardeur

De l’astre suspendu à l’aplomb de la Terre.
Les rangées de fleurs bleues se gavent de soleil,
Extorquant leur parfum à ses rayons vermeils :
Partenariat subtil, alchimie et mystère…

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Cités provençales, La Haute Provence, La Provence au coeur, Le début de l'été | Laisser un commentaire

Le silence blanc

a-neige2

Effleurant la montagne, une lumière pâle
Sourd de l’horizon bleu. Le tout petit matin
Fait luire doucement la neige de satin
Que n’a encor souillé rien d’impur ni de sale.

Le soleil gris n’émet qu’une faible lueur.
Il n’a pas mangé l’ombre emplissant la vallée,
Tapissée elle aussi de neige immaculée
Tombée pendant la nuit. Des traînées de vapeur

Sont accrochées aux toits enneigés du village
Si lourdement chargés qu’ils semblent sur le point
De ployer sous le poids d’un épais embonpoint,
Et leur faîte estompé frémit comme un mirage.

Perché sur le clocher, un énorme choucas
Tout aussi saugrenu qu’une sombre gargouille
Est sorti de l’enfer. Immobile, il bredouille
Un noir coassement, sonnant comme fracas

Dans le silence blanc pétrifiant Enchastrayes.
Le ciel est brumasseux. Le clocher gris pointu
Se mettant à sonner chasse l’oiseau tortu
Qui s’enfuit éperdu aux confins de l’Ubaye.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Cités provençales, Hiver, La Haute Provence | Laisser un commentaire

L’ultime vengeance

Briard

www.etsy.com

Le vieux chien des Durand trotte tout essoufflé
Entre Rognes et Lambesc. Il a quitté la ferme
Où il a vu le jour, et vient de mettre un terme
A une vie pourrie. Tout effroi ravalé,

Il s’est enfin enfui ! Il s’est carapaté,
Tout de bon cette fois! Car si la pauvre bête
A tenté moultes fois la poudre d’escampette
Loin du vieux mas honni, ses essais ont raté

Et il s’est fait choper… Mais là, Thor est content,
D’autant plus qu’il a pris, l’emportant dans sa gueule,
Le gros trousseau des clés. Le père Durand gueule :
Il ne peut plus rentrer et sa télé l’attend !

Ce qu’il ignore encor, c’est que cette fois-ci,
Le vieux chien est certain de sa bonne fortune :
Profitant de la nuit, il marche au clair de lune,
Enivré de bonheur car il a réussi

A fuir loin de son joug, de ces affreux humains
Qui depuis des années le molestent en douce,
Protégés des « on-dit » au fond de leur cambrousse !
Il a su prendre enfin un tout autre chemin…

Il a chipé les clés – larcin enquiquinant !
Puis il s’est ensauvé avec la panse pleine
Du gros rôti bien gras que la grand’mère Irène
Tenait prêt pour le four. Et il va trottinant

Le long de la chaussée et vers la liberté !
Il a mis les Durand proprement à la porte
De leur propre maison ! Le Diable les emporte…
Les clés entre les dents, le briard enchanté

Est tout fier de son coup… Las ! Ce sot n’entend pas
Le grand coup de klaxon d’une grosse voiture
Qui l’écrabouille net. Finie, son aventure ?
Non ! L’âme du vieux chien, balancé comme un tas

Dans le fond d’un fossé, va juste s’envoler
Au Paradis canin, là où la mort est belle :
Os à moelle à foison, chiennes en ribambelles !
Et planqué sous son corps, le gros trousseau des clés…

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Cités provençales, Zooland | 4 commentaires

Il n’y a plus de ciel…

City_in_the_mist

Il n’y a plus de ciel, mais un voile très pâle
Posé comme un linceul sur les toits de la ville.
L’on n’entend aucun bruit, et un brouillard opale
En dilue les contours ; une brume immobile

Stagne depuis des jours au-dessus de Rousset.
L’on n’y comprend plus rien. L’on attend le mistral
Qui, s’il voulait souffler, pourrait nous libérer
De ce trouble qui point, nous sapant le moral.

La brume est jaune pâle et elle sent mauvais :
Senteur acide et crue comme une odeur de soufre
Qui nous pique le nez. Cette angoisse qui naît
Est le plus souvent tue, et les gens qui en souffrent

N’osent pas la montrer pour n’être point moqués ;
Mais l’on n’a jamais vu d’automne aussi bizarre,
Avec ce temps curieux, ce brouillard embusqué
Au-dessus de la ville. Impression illusoire

D’être coupés de tout, de ne plus rien gérer !
L’on se sent emmurés par un rempart de brume
Dont on est prisonnier, le cœur tout enserré
Par le stress et la peur dans Rousset où s’allume

Parfois une lueur qui clignote et qui bat.
L’on est vraiment inquiets, l’on n’a pas l’habitude
De ne plus rien y voir, même à quelque dix pas.
Sensation de danger, étrange lassitude…

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Automne, Cités provençales | Laisser un commentaire

Niolon

Poème illustré par un tableau de :

Alain Demarte
www.chevaletsdeprovence.odexpo.com

C’est un tout petit port pas bien loin de Marseille :
Un abri exigu, infime bassin bleu
Dans sa crique étrécie, d’où quelquefois l’on peut,
Quand la vie alentour doucement s’ensommeille,

Ouïr tout étonné souffler un train qui passe,
Surplombé comme il l’est d’une gare-jouet.
C’est un tout petit port en forme de nouet
Où macère la mer calmée qui s’y délasse.

C’est un tout petit port appelé Niolon
Bien enclos par sa digue aux grosses pierres brunes,
Clignant de mille feux quand luit le clair de lune,
Où le vent chante et flûte ainsi qu’un violon.

C’est un tout petit port qui scintille au soleil,
Isolé en hiver de la ville qui gronde
Sur l’autre bord, là-bas. Bien protégé du monde
Et des flots importuns que le mistral balaye,

Il est comme un saphir enchâssé dans l’écrin
De son gros mur rugueux où se brisent les vagues.
Il est paisible et doux ; et la mer qui divague
Aime se reposer en son havre serein…
A Denis

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Cités provençales, Marseille, Méditerranée | Laisser un commentaire

Rousseur d’automne

le-banc-

La pluie s’est arrêtée ; le chemin est gorgé
D’étincelles et d’eau. Il luit sous les nuages
Qui roulent dans le ciel. Y gronde encor l’orage
Dont l’ultime fracas s’éloigne vers Puget.

La lumière est si rousse au-dessus du jardin
Qu’il pourrait s’enflammer. Et les feux de l’automne
Embrasent les allées, de l’ocre pâle au jaune.
Le feuillage frémit sous un vent anodin

Comme il l’est rarement au mitan de novembre,
Flambant à la folie sous les rais d’un soleil
Qui veut encor paraître avant son grand sommeil.
L’hiver s’en va l’éteindre, et le mois de décembre

Est déjà embusqué pour l’ultime curée.
Mais mieux vaut l’oublier, ne voir que la splendeur
De cet or en fusion ; l’inextinguible ardeur
De cet automne fou à la folle durée.

Comme il vient de pleuvoir, le sol phosphorescent
Scintille sous les nues, et sa couleur est rousse
Comme tout alentour. La lum(iè)re éclabousse
Le vieux banc délabré de jets luminescents…

Parfois un éclair fuse en un dernier éclat,
Accentuant encor les teintes mordorées.
Dans l’allée du jardin, la pluie évaporée
Flotte en voile argenté sur le sol chocolat.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Automne, Cités provençales | Laisser un commentaire

Un nuage est passé…

Un nuage est posté au-dessus de Quinson,
Tout gonflé jusqu’au cœur d’une pluie trépidante,
Automnale et tardive : une nuée ardente
Qui grésille d’éclairs et d’énormes grêlons.

Les gens tout affolés, effarés par le bruit,
Se sont mis à prier afin que le nuage
S’ensauve bien plus loin, au large du village.
Ils se fichent pas mal qu’il pleuve sur autrui,

Pourvu que la nuée épargne leur maison.
Il est juste midi, mais il fait vraiment sombre
Sous le grand cumulus. Née de l’Enfer, cette ombre
Noire comme la nuit défie toute raison !

Vaste nuage en cœur, mais saturé de peur :
Un nuage à tempête, un nuage à tornade…
Le cœur des Quinsonnais, qui bat fort la chamade,
Va se rompre tout net, brisé par la terreur

Car le nuage noir est vraiment monstrueux :
Posé sur l’azur clair, un ciel d’apocalypse
Qui prend en se vrillant la forme d’une ellipse !
Les gens épouvantés se sont terrés chez eux…

La prière a marché, et les gens de Quinson
Ont bien fait le boulot : la monstrueuse averse,
Prenant selon leur voeu un chemin de traverse,
Est allée ravager un quartier d’Esparron !

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Automne, Cités provençales, Contes | Laisser un commentaire