Archives pour la catégorie “Cités provençales”

Le jeune Bénezet était un pastoureau
Qui gardait ses moutons fort loin de la Provence ;
Un minot de Burzet, tout pétri d’innocence
Qui aimait bien sa vie. Pour lui rien de plus beau…
Jusqu’à ce qu’il entende une très sainte voix :
« Va-t-en donc sur le Rhône et construis-moi un pont ! »
Le petit rechigna. Oui… Mais résiste-t-on
Aux ordres du Seigneur – même un ordre à la noix ?
Bénezet partit donc avec un pèlerin :
Un ange déguisé, qui lors l’accompagna
Tout au long du chemin pour l’emmener là-bas…
Quel horrible voyage et que c’était donc loin !
Petit Benoît rendu s’en alla voir l’évêque
Juste en train de prêcher. L’homme fort étonné
Lui montra une pierr(e) « Tu vas la soulever !
Ensuite nous verrons ! » Le minot aussi sec
S’en fut porter le bloc sur la rive du fleuve,
Bien que trente ouvriers n’aient pu le déplacer !
Le prévôt sidéré donna l’ordre d’aider
Le gentil pastoureau à poursuivre son oeuvre.
Il mourut bien avant qu’il ne fût terminé…
Mais pour mieux l’honorer on lui donna son nom :
C’est le pont d’Avignon où l’on dansait en rond,
Qu’on nomme encor parfois le pont Saint-Bénezet.
Pas de commentaire »

Il y a bien longtemps un certain monsieur France
Vivait à Coursegoul(es) : un vieux célibataire
Qui menait au village une vie solitaire,
Une petite vie sans chance ni malchance.
Un jour qu’il contemplait les pentes du Cheiron,
Il se mit à songer… puis il eut une idée :
Faisant fi du bon sens, fou-furieux, il allait
Sur la montagne incult(e) construire une maison !
Il choisit son terrain. Et lors pendant vingt ans,
On le vit qui montait, descendait sans relâche,
Ployant sous son fardeau, attelé à sa tâche
Comme un bourrin têtu. Un travail de Titan !
La maison terminée, il bâtit des restanques
Comme un fou qu’il était. Et quand tout fut fini,
Il demeura pensif et il fut envahi
Par la curieuse idée qu’il allait être en manque !
Tout cela était vain, il fallait redescendre
Au niveau des humains qui ne rêvaient jamais.
Alors l’homme fourbu, las et désabusé,
Rentra à Coursegoul(es) et il alla s’y pendre.
Pas de commentaire »

Sonnet illustré par une aquarelle de :
Renata Layton
www.renata.bloog.pl
La Provence est éteinte et le soleil en berne.
Le Luberon voilé par un épais brouillard
A de mornes couleurs car l’horizon est terne
Et le soir sans éclat. Le jour s’est levé tard
Sur Lauris endormi aux teintes délavées.
Les jardins sont fanés ; les fleurs s’y effilochent
Et les dernières feuilles se sont envolées,
Dénudant les troncs noirs où la brume s’accroche…
Des chrysanthèmes ronds parent le cimetière
De leur crinière rousse et tout ébouriffée
Sur les tombes usées. C’est la seule lumière
Qui illumine encor un Midi désolé.
Il y a dans l’air gris comme un relent d’hiver
Et le ciel défraîchi est tout décoloré.
Pas de commentaire »

Depuis combien de temps n’avions-nous donc pas vu
Martigues sous la neige ? Et la mer encombrée
De glaçons qui flottaient : la Baltique à Turku ?
Ce n’était vraiment plus la Méditerranée !
Notre port réputé pour l’extrême douceur
De son climat si doux était transfiguré.
Il régnait sur la ville une étrange torpeur
Et les vieux Martégaux, émus et sidérés,
Criaient au cataclysme et à la fin des temps.
De grands pans de banquise au Sud, dans le Midi !
La glace sur l’eau noire éclatait en craquant,
Enserrant les pointus dans un magma tout gris.
Stalactites d’argent ourlant les ponts blanchis
Et chenal grumeleux comme du lait caillé :
Plus rien n’était pareil, on n’était plus ici,
Mais sur l’autre versant d’un monde halluciné.
Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :
Georges Flanet
www.georges-flanet.fr
Le village est perché en haut d’un promontoire.
Passages, huis très vieux, venelles escarpées…
On arpente Gassin sans jamais se lasser :
Tout est enchantement et tout y est à voir !
Quand on arrive enfin Terrasse des Remparts,
On a le coeur qui bat, mais de ravissement :
Les Iles d’Or, la mer qui bouge en pétillant,
Et tout là-bas les Alpes captant le regard,
Les Maures au lointain : panoramique tel
Qu’on se sent tout ému face à tant de beauté…
Et puis on redescend, les yeux émerveillés,
Parcourant à nouveau placettes et ruelles
Dont la rue …« Rompe Cuou » ! Mais soudain l’on s’arrête :
Rue d’un mètre, à peu près ? On est à l’Androuno* :
Un mètre ! Pas partout… Rue interdite aux gros,
La rue la plus étroit(e) de toute la planète !
*Rue où l’on ne peut passer qu’un seul à la fois !
Pas de commentaire »

Tout autour du grand pré où paissent les taureaux,
Les gardians se rassemblent dans le bouvao.
Ce sont huit cavaliers formant l’abrivado,
Un triangle vivant poussant les animaux
Vers l’arène, là-bas, par les rues du village…
De jeunes Camarguais jouent à les ralentir
Et à les effrayer : un jeu à leur image
Où tout est toléré. Véritable délire
Avec jets de pétards, de feu et de farine !
On sort de nulle part pour exciter les bêtes
Et si quelqu’un trébuch(e), les bêtes le piétinent.
Mais l’on s’en soucie peu car c’est là qu’est la fête.
L’abrivado résiste et tient bon malgré tout ;
Les chevaux sont costauds, les cavaliers agiles,
Et malgré les folies des jeunes casse-cous,
On mène le troupeau jusqu’au coeur de la ville.
*En Camargue, aux Saintes Maries de la Mer
Pas de commentaire »

Il y a bien longtemps, un manant labourait
Près des ruines brûlées d’une ancienne chapelle
Quand ses boeufs s’arrêtèrent non loin d’un roncier
Auquel il mit le feu… Il battit le rappel,
Mais ses boeufs refusèrent de partir plus loin,
Se mettant à genoux tous deux au même endroit.
Excédé et outré par ce fichu tintouin,
Le vilain les poussa sans qu’ils bougent d’un doigt !
L’homme s’agenouilla et se mit à creuser :
Il trouva un cercueil contenant la statue
D’une Dame grossière aux couleurs délavées…
On lui fit une église, mais presque à son insu
Tant on la trouvait laide ! On la mit dans un coin,
La remplaçant alors par une autre effigie
Enjolivée, sculptée avec beaucoup de soin :
On ne lésina point et l’on y mit le prix !
La vraie statue vexée s’offusqua et revint
Sur l’autel, d’elle-même, une fois… et puis deux.
On la cacha partout, on l’isola : en vain !
Rien à faire ! Il fallait obéir à ses voeux !
On la boutait par l’huis ? Rentrait par la fenêtre !
Comme elle avait gagné, on ne la chassa plus
Et elle est encor là où elle voulait être,
Antique Vierge Noire et son enfant Jésus.
*Notre-Dame de Romigier à Manosque
Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :
David Cox
(1783-1859)
Des rafales de pluie… ou plutôt du verglas
Qui cascade du ciel et qui sonne le glas
Des tout derniers beaux jours de l’automne mourant :
Premiers signes glacés de l’hiver triomphant
Se transformant en glace en atteignant la terre !
Le ciel est vert-de-gris et jaune est la lumière
Diluée par les flots d’eau froide presque neige.
Où sont donc les couleurs ? Le paysage est beige
Et terne, comme en deuil du beau temps disparu.
Du gris pâle, du noir, du brun sur un sol nu :
On n’a pas l’habitude, et ces teintes fanées
Ne sont pas nées ici : où donc est notre été ?
Aix est bien tristounette, et ses terrassses vides
Sont cinglées à grands jets par l’eau presque solide
Qui gicle à gros bouillons du ciel déboussolé.
Ce temps n’est pas normal et, à force d’excès,
Pousse les plus sérieux à poser des questions.
On ne peut plus sortir et, à tourner en rond,
On va devenir fou sans notre beau ciel bleu.
Notre Sud semble atteint d’un mal mystérieux…
Pas de commentaire »

En l’an mil sept cent vingt, au coeur noir de l’automne,
La peste ravageait Cucuron qui savait
Malgré tous ses efforts qu’il était condamné.
Aussi fit-il un voeu à sa sainte patronne :
Si le fléau cessait, un grand pélerinage
Marquerait chaque année le retour du beau temps
Et l’on élèverait un arbre surpassant
Le faîte de l’églis(e). Sainte Tulle la sage
Pria notre Seigneur… et le mal s’arrêta.
On n’a pas oublié ; tous les vingt et un mai,
Toujours reconnaissants on dresse un peuplier
Juste devant l’église. Et ce sont des vivats,
De grands cris de bonheur ! Certains Cucuronnais
Ne savent plus pourquoi l’on fait ainsi la fête,
Mais tant pis, après tout ! Et ils seraient bien bêtes
De rater l’occasion d’ainsi chanter l’été…
Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :
Dominique Garnier-Delaunay
www.artisho.com
L’aube est encor grisâtre, il est vraiment très tôt.
Châteaurenard s’éveille, il va faire très beau…
Les maraîchers du cru en sont plutôt heureux
Car mieux vaut travailler sous un ciel clair et bleu !
C’est un grand brouhaha de cris et de jurons ;
Un caravansérail de pick-up, de camions,
De tracteurs, de remorques… Légumes et fruits
Tout gonflés de lumière et les flancs rebondis
Rutilent au soleil. Atmosphère de fête !
Tomates et poivrons, aubergines, courgettes,
Pommes, mâche, radis… et que dirais-je encor ?
Emplissent des cageots ventrus jusqu’à ras bords.
Ils sont moult acheteurs derrière les barrières.
Marché de gré à gré imprégné de mystère,
Petits gestes précis, mimiques et regards
Scellent certains accords semblant un peu bizarres :
Contrats vite conclus sur parole donnée !
Et puis c’en est fini… Lors reprend le ballet
De tous les véhicule(s). Une énorme pagaille :
Comme on dit par ici, c’est vraiment un grand ouaille !
* MIN : Marché d’Intérêt National
Pas de commentaire »

Saint-Saturnin-Lès-Apt fait face au Lubéron.
Allez à la Chapelle et vous l’y pourrez voir :
Un site somptueux dans le cuivre du soir
Dorant superbement la ligne d’horizon.
C’est un très vieux village aux jolies rues pentues ;
Vieilles portes, lavoirs et fontaines chantantes,
Somptueuses maisons, porches sculptés, atlantes
Font de Saint-Saturnin un gros bourg fort cossu.
Mais celui qui attire vraiment les touristes,
C’est un quidam de pierre, un homme agenouillé
Avec dans la main gauche une boule. D’acier ?
Joue-t-il à la pétanqu(e) ? Non, c’est un rabassier :
Le grand Joseph Talon, le célèbre inventeur
Qui eut la bonne idée de la trufficulture…
Sûrement par hasard ! Et sa boule est d’or pur
Puisque c’est une truff(e): champignon du bonheur
Tant il est hors de prix ! Le brave homme en émoi
Eut droit à sa statue au coeur d’un petit square,
Sa perspicacité lui apportant la gloire
Et l’enrichissement de moults Saturninois !
Pas de commentaire »

A l’aurore des temps, ici, il n’y avait
Qu’une vaste cuvette encombrée par les glaces :
Glacier de la Durance ayant laissé ses traces
Au pied des grands monts noirs, dans tout le Gapençais.
Il est fini cet âge, et Gap* la lumineuse,
Même si ses hivers sont surtout montagnards,
Se prélasse au soleil sans jamais de brouillard.
Peut-on alors parler d’une vallée heureuse ?
C’est une jolie ville où chacun se rappelle
L’Empereur qui passa pour y dormir un soir
Après son retour d’Elbe. Un homme empli d’espoir
Trinquant à ses succès, l’âme toujours rebelle,
Avant de repartir pour un dernier combat.
On sait ce qu’il advint de sa folle équipée !
Route Napoléon… Gap n’a pas oublié
L’homme qui lui laissa un peu de son éclat !
Carrefour bien tranquille des Alpes du Sud,
C’est une jolie ville de Haute Provence ;
Ronronnant doucement, sans excès, sans outrances,
Où le bonheur de vivre est comme une habitude…
*Poème offert à la ville de Gap
Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :
Mauve
www.galerie.com
Les venelles pavées sont cirées par le gel,
Et les rares passants marchent à petits pas
Le long des vieux remparts. On dirait que le ciel
Posé sur les toits roux est devenu fada
Tant il est anormal : il est bas, il est gris
Et Avignon prostré est presque silencieux
Sous le morne étouffoir. Le soleil s’est enfui
Vers d’autres cieux plus gais ; le Vaucluse est soucieux
Tant ce drôle d’hiver lui paraît étonnant.
Le fronton du Palais est couronné de glace :
Des pendeloques bleues, une dentelle argent
Qui en font le château des fées et de la grâce !
Les ruelles gelées luisent sous le ciel pur
Si foncé par le gel qu’il en est bleu marine ;
L’air froid est bien trop sec ; une blanche guipure
A orné le vieux Pont d’un lacis d’opaline.
Pas de commentaire »

Monsieur de Cadenet aimait la symétrie !
Leur accordant terrain, bail emphytéotique,
Il conseilla aux gens d’édifier au pays
Un tout nouveau village, un bourg emblématique
De l’esprit de raison. Tirées comme au cordeau,
Verticales d’aplomb, droites équilibrées,
Plus de rues aux maisons construites en troupeau :
Plan au carré, rigueur, le tout bien aligné !
Comme les gens voulaient être propriétaires,
Ils se dirent d’accord, acceptant le marché
En se dissimulant que leur vrai caractère
Les poussait plutôt tous à l’excentricité.
Va donc, Charlevalois, pour l’ordre obligatoire !
Mais la fronde en Provence est ancrée, atavique,
Et l’on se défoula en érigeant plus tard
Un château délirant… style néo-gothique !
Pas de commentaire »

Posé sur un piton, tu surplombes la plaine
Aux hautes cheminées soufflant à perdre haleine ;
Mais ta situation fait qu’on ne les voit pas :
Cachées par la colline ! Et quel panorama
Du haut du promontoir(e) ! Là-bas l’étang de Berre,
Les Alpilles, la Crau, et au lointain la mer…
Village méconnu, ignoré des touristes,
Tu mériterais bien d’être mis sur la liste
Des merveilles cachées au coeur de la Provence !
Avec cet infini, ton horizon immense,
Ton lavoir, ton beffroi, ton église surtout
A la charmante Dame enceinte jusqu’au cou !
Rares sont les statues de la Vierge Marie
Qui osent arborer un ventre rebondi ;
Mais Confoux téméraire s’y est hasardé :
Encore une raison d’aller le visiter…
Pas de commentaire »
|