Archives pour la catégorie “Chez nous”

Ta bouche de velours chatoie comme soleil
Et semble plus renflée : c’est l’effet de cette huile
Suintant comme un sang vert de la terre vermeille
Qui pour les oliviers est un terreau fertile

Malgré sa sécheresse et son aspect pierreux.
Car la Provence rend les arbres-rois heureux !
Leurs olives y sont toutes pleines du jus
Qui brille sur tes dents si blanches et pointues.

Peut-être en as-tu mis un peu trop ? Les tomates
Brillent comme une vraie salade de rubis !
L’huile maquille d’or tes lèvres incarnates
Entr’ouvertes toujours sur un joli souris.

C’est une huile d’ici, d’un jaune presque vert,
Piquante juste à point et fruitée comme il faut,
Avec un goût de foin, une pointe d’amer :
Nous l’avons achetée du côté de Velaux.

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Poème inspiré par :

Lionel Spani
www.lionel-spani.com

Derrière la maison il y a un patio.
Qui en eut donc l’idée ? Un vieil ancêtre ibère ?
On en profite bien, surtout par ce temps clair
Où le soleil terni est parfois presque chaud.

Bien enclos dans ses murs nous buvons la lumière
Qui sourd de l’horizon en rayons un peu maigres
Dont nous nous délectons ; nous y prenons un verre
Tout comme à la mi-juin, bien qu’un petit vent aigre

Essaie de s’immiscer dans la cour refermée ;
Mais nous le supportons en nous imaginant
Que d’ici quelque temps ce sera le printemps…
Tiens ! La fontaine est vide ; de vieilles fleurs fanées

Pendouillent tristement : il faudra les couper !
C’est vrai que c’est l’hiver ; et malgré le soleil
Qui rayonne tout doux l’on doit se résigner :
Le retour du printemps n’est pas demain la veille !

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Poème illustré par un tableau de :

Diane Matthes

C’est à la Saint Eldrad* qu’on bénit les chevaux,
Les ânes, les moutons, les vaches et leur veau,
Et les chiens et les chats. Et pourquoi pas leurs puces ?
Mais encor faudrait-il que ces bêtes voulussent

Rester benoîtement un long moment tranquilles !
Or que ne ferait pas le bon Saint pour sa ville ?
Les animaux sont quiets à défaut d’être cois,
Et l’on peut les bénir sans qu’ils créent trop d’arroi.

Ensuite défilé dans les rues du village
Avec ânes, chevaux, poneys toujours bien sages !
Si sages qu’il me vient une idée fort coquine :
N’y aurait-il point eu une main assassine

Qui leur aurait fait boire un petit coup de gnôle
Pour les tranquilliser ? Un verre de Bandol ?
Toujours est-il qu’ils vont fièrement par les rues
Sans qu’un seul parmi eux bronche, trépigne ou rue !

*Saint Eldrad est le saint patron de Lambesc.

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Poème illustré par :

D’après Elisabeth Fourcade
Valérie Gérard
http://www.a-ma-galerie.info

A l’Auberge des Olivades (1)
On va déjeuner entre amis :
Une séduisante escapade
Pour les becs fins et pour l’esprit

Car la chère y est délectable,
Fort délicate et fleurant bon
Notre Provence si aimable ;
C’est une seconde maison !

Pour décorer ses murs trop blancs ,
Le patron y a accroché
Les toiles de certains clients,
Trop contents d’y avoir trouvé

Un exutoire à leur talent.
Ils en vendent même parfois
A des touristes tout contents
De leur trouvaille et de leur choix.

Peut-être un Cézanne inconnu ?
On rit sous cape ! Reprenons
Nos palabres interrompus
Par l’agréable diversion…

On est bien ; on refait le monde
Pour le muer en Paradis,
Loin du malheur et de l’immonde
Humanité et ses soucis !

(1) Sur la RN7, entre Pont-Royal et Sénas

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Poème illustré par un tableau de :

Louis-Clément Faller
(1819-1901)

Ca sent les chichis, la poussière,
Et la grand’place est encombrée
De manèges qui vocifèrent :
Aujourd’hui, c’est en plein été

La fête foraine au village.
Les musiques qui s’entrechoquent
Semblent toutes hurler de rage,
Mais les gens qui badent se moquent

D’avoir les oreilles blessées
Par flons-flons et cacophonie.
C’est la fête, il faut s’amuser !
Partout la joie, des jeux, des cris !

La météo est optimiste :
Pas de mistral avant trois jours
Ni quoi que ce soit de trop triste !
Du beau temps ? Ce sont donc des tours

De manège – endroit et envers -
Toujours plus forts, toujours plus fous !
Merveilleuse fête à Vauvert
Qui illumine le mois d’août !

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Poème illustré par :

Rodrigue Daigle
www.rodriguedaigle.com

Ils sont arrivés tout fourbus
Après dix heures de voiture !
Tout contents d’avoir retenu
Une chambre au gîte Lémure

A Ventabren, sans rien connaître
Du patelin. Au pifomètre !
Et ils sont restés subjugués
Par le charme du vieux mazet :

Des pierres rousses et chenues,
Un grand escalier tout tordu
Qui semblait monter vers le ciel,
Des fleurs partout, flot torrentiel

De couleurs ruisselant des jarres.
Il faisait frais, il était tard…
Ils étaient heureux d’être là,
Plus de route ni de tracas,

Enfin le but ! Ils ont sonné :
Sourire tendre et édenté,
Une vieille femme a paru,
Qui marchait tout trotte-menu.

Mais la dame était une fée
Ensorcelant les inconnus.
Elle les a laissés entrer :
On ne les a plus jamais vus…

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Poème illustré par :

Armand Feldmann
www.armandfeldmann.com

Chez nous quand midi carillonne,
Les rues sont vides. L’heure sonne
Sur un monde d’indifférence :
C’est souvent ainsi en Provence,

Surtout dans ce village clos
Tapi au pied de son coteau
Et ne pensant plus qu’à « dîner ».
La vie s’est soudain enfermée

A l’intérieur des maisons fraîches ;
Et les rues ne sont plus que sèches
Venelles sans vie et sans heurts ;
Le déjeuner gomme deux heures

Du temps rétréci pour un temps.
Les rues sont vides comme antan,
Aux jours des anciennes chansons
Des troubadours du vieux Quinson*.

*Poème offert au village de Quinson

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Poème illustré par :

Raymond Guerrier
www.artactif.com

C’est une grande pièce où la vie ralentie
Semble en presque suspens tant le temps y est gris.
Il y a là des gens à l’air morne et bien sage
Parqués dans ce lieu clos à cause de l’image

D’un petit presque rien qui éclot dans leur corps.
Ils viennent tous les jours et reviendront encore
Car ils vont devoir vaincre un Alien ennemi
Dont ils parlent parfois. Parfois même en sourient

En contant leur parcours de nouveau combattant.
Ils ont une perruque, un chapeau ; leurs doigts pèlent ;
Ils n’ont plus de sourcils… Le temps succède au temps
Jusqu’à ce qu’une femme en blanc les interpelle.

Ils sortent résignés, s’en vont vers le poison
Qui peut-être après tout s’appelle guérison.
Demain ils seront là et attendront leur tour.
Dehors c’est le printemps, et la vie, et l’amour …

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Ca sent bon le pain frais jusqu’au bout de la rue :
Le vrai, l’artisanal, et qui vient d’être cuit
Il y a à peine une heure. On croit en sa berlue
A voir briller la croûte striée sur la mie

Si blanche et boursouflée avec tout plein de trous !
La croûte bien dorée qui craque sous la dent
En tout petits éclats odorants, durs et roux !
Ce pain du déjeuner et que chacun attend

Stoïque et bien en rang dans le petit matin !
Car chacun à Aurons connaît monsieur Ducasse
Et l’on vient de très loin pour acheter son pain
Ainsi que des croissants, des chichis, des fougasses :

Fougasse au parmesan, fougasses à l’anchois,
Fougasses aux olives, fougasses aux lardons.
Mais il faut m’arrêter – j’y passerais des mois !
Ah ! Il faut inventer les fougasses au thon …

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Poème illustré par :

Lionel Spani
www.lionel-spani.com

Au fin-fond de Banon il est une maison,
Une presque-masure dont on ne dirait pas
Que c’est un paradis. On en taira le nom :
C’est un secret voulu par la vieille Maria

Qui y a ses clients fidèles et confiants,
Un tout petit noyau de très fins gastronomes.
Elle les aime bien et ne les voit que comme
Des amis qui la paient, passionnément friands

De sa daube goûteuse et ses petits farcis,
De sa soupe au pistou et de sa ratatouille,
De son flan aux courgettes, de ses chichi fregi
Et de sa bouillabaisse ensoleillée de rouille …

Et pourtant s’ils voyaient l’antre où Maria opère !
Un local suranné rongé par les années
Mais qui la satisfait pour bien nous concocter
Les très vieilles recettes héritées de sa mère.

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Régis Sibra
http://pagesperso-orange.fr/regis.sibra

Assis sur le côteau, nous sommes bien serrés
Dans les bras l’un de l’autre, et la lune étalée
Ressemble sur le ciel à un gros jaune d’oeuf ;
L’Ouest est bleu foncé et cet été tout neuf .

A l’Est subsiste encore une large bavure
Mauve tachée de roux. La nuit est presque mûre,
Les criquets forcenés se sont mis à chanter :
Les cigalons sont cois ? Ils prennent le relais.

On est si bien ce soir tout au fond du jardin !
Un crapaud esseulé sous le buisson de thym
Coasse incessamment pour trouver sa crapaude.
Les bulles de son chant volètent en maraude

Jusqu’au fin-fond des bois, rauques et monotones.
Au clocher du village une prière sonne
Pour nous dire combien la vie peut être belle.
La nuit est orangée au-dessus de Venelles.

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Poème illustré par :

Jean-Paul Courchia
www.courchia.com

On a sorti la grande table
A l’ombre du micocoulier.
La chaleur est très tolérable,
L’endroit nous sied pour déjeuner

Même si l’on est en juillet ;
Et c’est tellement agréable,
L’été est si bon à croquer
Quand le soleil insupportable

Fait des efforts et se tient bien !
Aurait-il enfin du maintien ?
Le mistral qui joue à la brise

Soulève la nappe soyeuse
En coton brodé de cerises.
La vie est vraiment très goûteuse …

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Poème illustré par : 

Jean-Paul Courchia
http://courchia.com

Au centre du village elle bat comme un coeur,
Mais pas en ce moment ; ce n’est pas encor l’heure :
Il est un peu trop tôt ou bien un peu trop tard.
Il n’y a qu’un client qui lit devant le Bar

Son journal quotidien. Perclus de cent années,
Un énorme platane à la peau bigarrée
L’ombrage en clair-obscur. Il est un peu malade,
Mais on veut l’ignorer : il est indispensable !

La place est vide encor. On n’est qu’au mois de mai,
Les touristes sont loin ; tout est calme et bien quiet
Et l’on se sent ici très loin du vaste monde !
Est-on vraiment bien sûr que notre Terre est ronde,

Qu’un ailleurs y existe ? Sur la petite place,
On l’oublie volontiers et l’on ne trouve trace
Nulle part d’un quidam qu’on appelle « estranger » !
On est encor en paix et bien loin de l’été …

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Poème illustré par : 

Raguz
www.raguz.fr

Chaque matin Bastien s’en va prendre un café
Au Bar du Vieux Platane. Il en profite alors
Pour lire son journal … Quand il se lève inquiet,
Il n’y a plus en lui qu’accidents, drames, mort !

Car c’est comme une drogue ! Il devrait résister,
Tenter de se passer de ces événements
Toujours tragiques, lourds : la synthèse du laid
Qui défigure tout depuis l’aube des temps !

Mais c’est plus fort que lui : il lui faut ses nouvelles
Et son lot journalier de maux et de malheurs.
Car la réalité est très rarement belle
Et à toujours quêter faits heureux et bonheur,

Bastien passe sa vie à chercher l’impossible :
On ne raconte pas le monde s’il va bien !
Un fait n’a d’intérêt que s’il est bien horrible,
En ces temps où le beau en est réduit à rien.

Notre homme n’en a cure, il est journalophage
Et le voyeur en lui ne peut s’en s’empêcher !
Et pour paraître encor beaucoup plus à la page,
Il regarde les « news » le soir à la Télé !

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Poème illustré par : 

Lionel Spani
www.lionel-spani.com

On est bien Rue Mistral dans le petit matin !
Jean Fauré s’est assis sur son vieil escalier,
Attendant patiemment les gens qui vont passer
Dans la ruelle bleue des premiers jours de juin.

Il est vraiment très tôt mais c’est l’heure qu’il aime :
L’instant ensoleillé où la lumière fond
En léger ruisseau blond du soleil encor rond
Comme une bulle d’or. Le vieux gorgé de flemme

Ferme à demi les yeux pour pouvoir savourer
Ce moment délicieux fleurant bon le café,
Les tartines grillées, les fleurs enchifrenées
Nouvellement écloses en ce nouvel été.

Mais Mathilde l’appelle : il lui faut décoincer
Ses vieux os tout rouillés pour sortir la Jeannette !
Car sa chêvre l’attend, et la brave biquette
Attend son picotin : fini de rêvasser !

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