Archives pour la catégorie “Chez nous”
Publié par Vette dans Chez nous

Il y avait jadis au centre du village
Un antique moulin dont deux vieux respectables,
Un ancien avocat à la vie sans orages
Et une dame d’Aix tout à fait honorable,
Avaient fait une auberge. Un endroit de bon ton
Pour des gens délicats et des gourmets bien nés.
Une ambiance feutrée, les petits gestes ronds
D’un vieux monsieur charmant, peut-être un peu gourmé…
Ils sont morts, c’est la vie ! L’auberge fut bradée ;
Puis on la relooka pour être au goût du jour,
Sauf l’aspect extérieur qui fut sauvegardé :
Vieilles pierres moussues, Provence de toujours…
Bientôt, très tard le soir, de superbes voitures
Se garèrent non loin, assez discrètement.
Ce fut un va-et-vient de bijoux, de fourrures,
De beautés un peu louche(s) et d’hommes trop clinquants.
On y vint de partout, l’endroit était célèbre
Car les habitués étaient très… partageurs !
Des moeurs olé-olé, et de drôles de zèbres
Laissant les villageois perplexes et songeurs
Face à l’étrangeté de tels frères humains…
Assis non loin de là, sur un vieux banc de pierre,
Deux fantômes groggys se tenaient par la main,
Des larmes de cristal roulant sur leur suaire.
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Poème inspiré par un tableau de :
Armand Feldmann
www.armandfeldmann.com
Ce n’est qu’une montée avec un escalier
Pavé de galets ronds émoussés par les ans.
Un passage incessant et des courses d’enfants
Ont corrodé la pente, usée par trop de pieds !
Ses murs étaient lépreux ? On les a revêtus
D’ocre, de jaune paille ou d’un chaud vermillon.
Des hordes d’étrangers grimpant le raidillon
Y poussent en montant de petits cris pointus,
Le trouvant trop pentu ! Il est si folklorique,
Ce vieux quartier perdu au centre de la ville !
Vraiment méridional, isolé comme une île
Tout au fin-fond de Nice, et presque chimérique
Tant il est enchanteur ! Mais bien des résidents
L’aimeraient mieux sans doute plus approprié
A leurs jambes chenues . car ils sont très âgés,
Ceux qui y sont restés sans voir passer le temps…
Ils sont au bout du bout et bientôt s’en iront
Pour que s’y enracinent, nouveaux Provençaux,
Ces nantis de Paris qu’on appelle bobos,
Qui le rénoveront à grands coups de millions !
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Poème illustré par un tableau de :
Carmelo Zagari
www.paris-art.com
Festival de ceci, Festival de cela…
Pas un village ici qui n’ait son festival !
Il y en a partout : ainsi à Charleval,
Lourmarin et Lambesc, Rognes et Saint Cannat…
Si l’on voulait vraiment être gens cultivés,
On pourrait chaque soir parcourir la Provence :
Festival de guitare ou festival de danse ?
Et que ne sais-je encor ? Que ne peut-on trouver ?
Festival des Cracheurs, Festival des Cinglés,
Festival des Cafteurs et Festival du Nu…
Non ! Je ne vous mens pas : ça existe, c’est vrai !
A quand le Festival des Grands Hurluberlus ?
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Poème illustré par un tableau de :
Elisabeth Fourcade
www.elisabeth-fourcade.net/
On n’ose pas y croire et l’on doit se pincer :
On est le vingt-huit juin ; la première cigale
N’a toujours pas chanté ! Nous sommes consternés
Et ne nous sentons plus en terre provençale !
Dis, petite : où es-tu ? Il fait bon maintenant !
Depuis quatre ou cinq jours on peut parler d’été
Bien que nous n’ayons pas encor eu de printemps !
Il faudrait désormais sortir ton bout de nez
De ton antre de terre et ne plus redouter
Que l’été puisse avoir été anéanti
Par ce Temps insensé ! Laisse nous espérer
Que nous sommes enfin au bout de nos soucis !
Allez ! Fais un effort, ma petite cagnarde !
Viens-t-en sur les grands pins nous jouer ta musique
Car elle est tout l’été ! Si tu veux qu’on flemmarde
Au soleil revenu, ne sois pas amnésique
Et ne nous oublie pas. Vas-y : fais un effort,
Sors vite de ton trou pour entonner ton chant !
Car nous voulons ouïr pour toujours et encore
Sous l’énorme soleil ton chaud criquètement.
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Une ou deux gousses d’ail : je vous laisse le choix !
Pelez-les, dégermez et passez au hachoir ;
Deux cuillerées de câpre(s) et six filets d’anchois.
Ajoutez deux hectos d’olives vraiment noires ;
Mélangez maintenant avec l’huile d’olive
Achetée l’autre jour au moulin de Maussane ;
Et puis mixez le tout, soyez bien attentive :
Le tout doit être lisse et de couleur havane !
Et le jus d’un citron ? Des herbes de Provence ?
Un peu ! Si vous trouvez le mélange trop fade…
Servez avec du pain à votre convenance :
Et encore bravo pour votre tapenade !
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On est le 28 mai : on est tous descendus
Dans la cour de l’immeuble où même le vieux Charles
A l’air d’être sympa, toutes querelles bues .
On l’a tous décidé : l’on rit et l’on se parle
Comme si l’on était tous des soeurs et des frères !
Heureusement le temps est un vrai temps d’été :
Pas un souffle de vent, une belle lumière :
On est vraiment contents d’être ainsi rassemblés.
On a tous cuisiné : quiches, tourtes, pâtés…
Le gros Antonino a cuit moultes pizzas
Goûteuses à souhait, qu’on mange accompagnées
De grands coups de rosé versé à tour de bras
Car Jean-Luc le Syndic a offert du Bandol ;
N’étant pas coutumier de telles attentions,
Veut-il donc qu’on oublie à quel point il nous vole ?
Mais bah ! N’y pensons plus : qu’importent ses raisons !
C’est un beau soir d’été et l’on est tous amis ;
Et le plus merveilleux, c’est de pouvoir penser
Que partout des voisins sont ainsi réunis,
En Provence, à Paris, et dans le monde entier.
Poème offert à Atanase Périfan
« Mille mercis pour ce délicieux cadeau
Ce poème est magnifique, bravo pour tant de talent
Il me touche
A très vite »
——————————–
Atanase Périfan
Président de la Fédération Européenne des Solidarités de Proximité
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Poème inspiré par :
Susan Nimbley
www.cultureinside.com
Au village mardi on s’est tous faits très beaux :
Pour la fête votive on avait invité
Un orchestre classique, et nos deux saints locaux
Etaient très étonnés d’être ainsi honorés !
Pour être plus à l’aise on était sur la Place.
Il y faisait bien frais : parfait pour savourer
Cette nuit enchantée ! Un grand moment de grâce
Où musique et grillons faisaient vibrer l’été
Car les cricris du coin s’étaient donné le mot
Pour y participer. Et ils n’ont pas tardé
A être accompagnés par le chant des crapauds
Modulant tous en choeur la chanson de juillet.
Puis d’autres importuns se sont joints au concert :
Un vieux chien mélomane, un bébé qui braillait…
Mais sans bouger d’un cil, l’orchestre, sans s’en faire,
Imperturbablement jouait, jouait, jouait …
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Fenouil et basilic, sarriette, origan, thym,
Serpolet, estragon, lavande et romarin…
Humez le frais parfum des herbes de Provence :
J’en mets presque partout, frôlant parfois l’outrance !
Ce sont des brins de rien dont je saupoudre tout,
Qui épicent mes plats et rehaussent le goût
De toutes mes salades et de tous mes gratins ;
Cerfeuil et origan, estragon, romarin
Ensoleillent le riz, les pâtes, les potées,
Comme sarriette et thym, fenouil et serpolet
Que je cueille alentour jusqu’à en perdre haleine !
Mais j’ai honte soudain : j’oublie la marjolaine,
Son odeur de soleil, de garrigue embaumée
Par la lumière argent, les excès de l’été !
Une pincée par là, quelques herbes par ci :
Facile d’exalter les saveurs du Midi !
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Poème illustré par :
Leonid Afremov
Il existe à Lambesc un curieux phénomène
Que je n’ai vu qu’ici : le ciel est toujours haut
Quelle que soit la pluie – de la bruine ou des seaux,
Il garde à tous moments une apparence amène !
Un ciel gris, élevé, clair tel un ciel tout bleu,
D’où jaillissent des trombes qui frappent le sol
A grands coups de karcher. La pluie peut être folle
Mais elle choit toujours du pinacle des cieux !
C’est vraiment agréable et extraordinaire !
Quand on le dit aux gens, ils en sont étonnés,
Trop peu observateurs pour avoir remarqué
Que ciel bas et ondées vont toujours de concert,
Mais pas dans leur village. Nous en restons perplexes,
Nous demandant pourquoi nous sommes préservés
Du ciel bas sur les toits, lourd à les écraser…
Il y a aujourd’hui de la brume sur Aix !
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Publié par Vette dans Chez nous

Sur la 7, d’Aix à Saint Cannat,
Sont établies moultes brocantes,
Antiquaires à tour de bras,
Prêts à se vendre pour la vente
De vieux rossignols déglingués.
Mais peut-être que j’exagère ?
On peut quelquefois y trouver
Des merveilles, et faire affaire
Parfois sans être trop floués !
Mais pourquoi donc cette pléthore
D’antiquités agglutinées
Sur cette voie touristivore ?
Hangars très chics, presque masures ;
Meubles exquis, vieux mobilier
Sans autre valeur que l’usure :
Le plus beau côtoie le plus laid !
Ils y croient, ils prient, ils espèrent
Bazarder leurs très vieux machins,
Et l’un plus fou que ses confrères
Vend même des temples romains !
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Publié par Vette dans Chez nous

Poème illustré par :
Geneviève Lagarde
« Chez nous en Provence il fait beau
A peu près trois cents jours par an ! »
Il galège à peine ; et s’il faut
Pardonner à un Occitan
Souvent un excès d’optimisme,
On doit reconnaître que Jean
Pèche parfois par fanatisme :
L’enthousiasme des vrais amants !
Mais c’est vrai que le ciel ici,
Souvent uniformément bleu,
Nous gâte et nous choie à l’envi !
Tellement que dès lors qu’il pleut
Nous pouvons crier au scandale.
Le soleil ne peut nous quitter,
Il est avant tout provençal …
Et pourtant, depuis une année,
Que de pluie, de vent, de ciel gris !
Nous en sommes désorientés
Car ce tintouin n’est pas d’ici :
Nous nous sentons persécutés !
Que se passe-t-il en Provence ?
La Terre a-t-elle basculé ?
Le climat comme ailleurs en France
Devient-il à peu près cinglé ?
Mais allons ! Il faut croire Jean
Et penser que c’est une étape
Ponctuelle, au fil d’un long Temps
Qui parfois s’emballe et dérape.
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Ta bouche de velours chatoie comme soleil
Et semble plus renflée : c’est l’effet de cette huile
Suintant comme un sang vert de la terre vermeille
Qui pour les oliviers est un terreau fertile
Malgré sa sécheresse et son aspect pierreux.
Car la Provence rend les arbres-rois heureux !
Leurs olives y sont toutes pleines du jus
Qui brille sur tes dents si blanches et pointues.
Peut-être en as-tu mis un peu trop ? Les tomates
Brillent comme une vraie salade de rubis !
L’huile maquille d’or tes lèvres incarnates
Entr’ouvertes toujours sur un joli souris.
C’est une huile d’ici, d’un jaune presque vert,
Piquante juste à point et fruitée comme il faut,
Avec un goût de foin, une pointe d’amer :
Nous l’avons achetée du côté de Velaux.
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Poème inspiré par :
Lionel Spani
www.lionel-spani.com
Derrière la maison il y a un patio.
Qui en eut donc l’idée ? Un vieil ancêtre ibère ?
On en profite bien, surtout par ce temps clair
Où le soleil terni est parfois presque chaud.
Bien enclos dans ses murs nous buvons la lumière
Qui sourd de l’horizon en rayons un peu maigres
Dont nous nous délectons ; nous y prenons un verre
Tout comme à la mi-juin, bien qu’un petit vent aigre
Essaie de s’immiscer dans la cour refermée ;
Mais nous le supportons en nous imaginant
Que d’ici quelque temps ce sera le printemps…
Tiens ! La fontaine est vide ; de vieilles fleurs fanées
Pendouillent tristement : il faudra les couper !
C’est vrai que c’est l’hiver ; et malgré le soleil
Qui rayonne tout doux l’on doit se résigner :
Le retour du printemps n’est pas demain la veille !
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Poème illustré par un tableau de :
Diane Matthes
C’est à la Saint Eldrad* qu’on bénit les chevaux,
Les ânes, les moutons, les vaches et leur veau,
Et les chiens et les chats. Et pourquoi pas leurs puces ?
Mais encor faudrait-il que ces bêtes voulussent
Rester benoîtement un long moment tranquilles !
Or que ne ferait pas le bon Saint pour sa ville ?
Les animaux sont quiets à défaut d’être cois,
Et l’on peut les bénir sans qu’ils créent trop d’arroi.
Ensuite défilé dans les rues du village
Avec ânes, chevaux, poneys toujours bien sages !
Si sages qu’il me vient une idée fort coquine :
N’y aurait-il point eu une main assassine
Qui leur aurait fait boire un petit coup de gnôle
Pour les tranquilliser ? Un verre de Bandol ?
Toujours est-il qu’ils vont fièrement par les rues
Sans qu’un seul parmi eux bronche, trépigne ou rue !
*Saint Eldrad est le saint patron de Lambesc.
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Poème illustré par :
D’après Elisabeth Fourcade
Valérie Gérard
http://www.a-ma-galerie.info
A l’Auberge des Olivades (1)
On va déjeuner entre amis :
Une séduisante escapade
Pour les becs fins et pour l’esprit
Car la chère y est délectable,
Fort délicate et fleurant bon
Notre Provence si aimable ;
C’est une seconde maison !
Pour décorer ses murs trop blancs ,
Le patron y a accroché
Les toiles de certains clients,
Trop contents d’y avoir trouvé
Un exutoire à leur talent.
Ils en vendent même parfois
A des touristes tout contents
De leur trouvaille et de leur choix.
Peut-être un Cézanne inconnu ?
On rit sous cape ! Reprenons
Nos palabres interrompus
Par l’agréable diversion…
On est bien ; on refait le monde
Pour le muer en Paradis,
Loin du malheur et de l’immonde
Humanité et ses soucis !
(1) Sur la RN7, entre Pont-Royal et Sénas
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