Archives pour la catégorie “Chez nous”

Chez nous dans la Rue Grande il est un magasin
Qui change constamment : et de propriétaire,
Et d’enseigne, et de tout. «  Aux plaisirs Lambescains ».
Un lieu auréolé d’un halo de mystère !

On ne sait trop pourquoi nul ne peut y rester
Plus d’un an… parfois deux ! Mais aucun commerçant
N’y gagne assez sa vie pour pouvoir s’y fixer :
Quiconque s’y essaie vient s’y casser les dents,

D’autant plus qu’on raconte qu’un jour un brave homme
S’y pendit haut et court, après avoir perdu
Sa jeune et jolie femme et l’assez belle somme
Qu’il avait épargnée. Un pauvre vieux, cocu,

Et de surplus ruiné ! Sa veuve revendit
Le commerce souillé par cette mort inique
A un pauvre quidam qui n’était pas d’ici
Et ne mit pas un an à fermer la boutique…

Et depuis c’est ainsi ! Même Antonin Laffitte
Dont on dit qu’il saurait revendre le Vieux Port
N’a pu s’y établir et y a fait faillite !
Qui mettra donc un terme à tout ce mauvais sort ?

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C’est Médor qui a déterré
Ce gros caillou tout bosselé
Dans la garrigue, sous un chêne.
Sa chair sombre striée de veines

Est un diamant noir parfumé.
C’est peut-être une mélano ?
Nous en serions tous enchantés
Mais ne soyons pas paranos…

Elle n’a pas bien fière allure,
Est toute tarabiscotée !
Mais cette odeur, cette texture…
On se met tous à saliver,

Aux anges de l’avoir trouvée…
Son parfum subtil, incopiable
Parfume le fond du panier !
Son prix n’étant pas très aimable,

On a en main un tel trésor
Qu’on se sent les maîtres du monde,
Les plus malins et les plus forts !
Pour une truffe à peine ronde…

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Poème illustré par un tableau de :

Pascal Baudot
www.galerie-com.com

Les barques sont parées, et les jouteurs aussi,
Debout sur leur teinteine au-dessus de la mer,
Le pied gauche en avant et le droit en arrière.
Le public estaquais les acclame à grands cris

Car tels des chevaliers, ils vont s’éperonner
Avec leur longue lanc(e) pour se flanquer à l’eau.
Leur écu ? Un plastron. Portant un numéro
Sur leur gros bras musclé, ils sont prêts… Zou, partez !

C’est l’équipe du cru que les gens plébiscitent.
La foule chante et crie, l’ambiance est survoltée ;
On acclame surtout le champion, Honoré,
Dont l’immense talent n’a aucune limite !

Ses six rameurs courbés poussent comme des fous
Sur leurs rames de bois tant ils veulent l’aider.
Quant au bel Estaquais, il vient de se jeter
Sur l’adversaire en fac(e) sans se soucier des coups…

Mais il a mal visé, il est désarçonné !
C’est lui qui se retrouve à nager tout honteux
Dans les remous qui puent… L’Estaque vergogneux,
Déçu et dépité étrangement se tait.

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www.kathelyne.over-blog.com

Sur la route qui va d’Aix jusqu’à Saint-Cannat,
Une curiosité qu’on ne rencontre pas
Autre part en Provence : une vache réelle,
Une vache du Nord, une vache rebelle

Venue d’on ne sait où dans un champ desséché !
Que des chèvres chez nous, des moutons gringalets
Se contentant de peu et qui broutent la lande !
Pas des tonnes de foin comme notre Normande !

C’est une grosse mère avec de grands yeux doux,
De larges flancs luisants tachés de cercles roux,
Un mufle rose et chaud, baveux, qui va et vient
Horizontalement. Son calme est olympien !

Les petits Provençaux en restent sidérés :
Ils n’ont pas l’habitude et sont fort étonnés
D’apprendre que c’est elle qui fait le fromage…
Car ils n’ont vu de vaches que sur des images !

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Poème illustré par un tableau de :

Arno
www.arno-artiste-peintre.fr

Tiens ! On arrive à Lyon : l’air est gris et brumeux…
Même chose à Valence où ce n’est guère mieux…
Voici Montélimar ! Vois-tu ce que je vois ?
On dirait que du bleu court le long de la voie !

La campagne est très sèche et pas mal rocailleuse,
Et là-bas dans le ciel une nuée vineuse
Pose sur le sol gris une ombre. C’est l’hiver,
Mais le train dévorant vole vers la lumière

Et le soleil tout rond sous son chaperon d’or.
On s’en revient chez nous ! On a quitté le Nord
Où l’on a eu si froid. Laisse ton capuchon
Puisqu’on est arrivés ! Terminus : Avignon !

Mais il y a du vent : ce sacré vieux mistral
Est là qui nous attend ! Il est là, l’animal,
Avec ses crocs glacés vous arrachant la peau
Et son souffle dément ! Fermons bien nos manteaux,

Courons à la voiture… Ah ! il nous a suivis !
Il attend dans la cour ; il tournoie et gémit
De sa voix sépulcrale et triste de janvier.
On est dans le Midi, mais ce n’est pas l’été !

Enfin, ne râlons pas ! Au moins le ciel est bleu ;
Il n’y a pas de brume alors qu’ailleurs il pleut ;
Et devant un grand feu nous nous laissons bercer
Par les plaintes du vent qui voudrait bien entrer.

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Poème illustré par un tableau de :

Sidney Sinclair
www.sidneysinclair.com

Le bord de la fenêtre attire les regards :
Il est si bien fleuri et ses fleurs sont si drues
Qu’il semble illuminer la froideur de la rue ;
Une bien triste rue où l’été naît très tard

Tant son orientation est néfaste au soleil.
Mais le gros pot ventru semble avoir concentré
Tous les chauds rayons d’or du tout nouvel été.
Ce sont des géraniums, énormes et vermeils,

Bien gavés de terreau , mais aussi de tendresse.
Car les fleurs sont ainsi, aimant par-dessus tout
Qu’on en prenne grand soin. Elles sont comme nous !
Celle qui s’en occupe éprouve de l’ivresse

A les idolâtrer, parfois à la folie :
Juste ce qu’il faut d’eau ; élaguer et pincer ;
Mettre un engrais coûteux ; ôter les fleurs fanées
Et exterminer tout fauteur de maladie :

Elle y passe du temps, les fleurs lui retournant
En beauté et parfum les soins qu’elle leur donne ;
Et dans tout le vieil Aix il n’est vraiment personne
Qui ait des géraniums aussi mirobolants !

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Découpé sur l’azur, un énorme olivier ;
Un vétéran tordu, le plus vieux de Provence
Et sans doute, qui sait ? peut-être bien de France !
Un arbre invraisemblable assis sur un muret !

Avec son tronc épais d’un peu plus de vingt mètres
Couturé par le temps, d’un âge vénérable
De plus de deux mille ans, c’est un vieillard aimable
Tout couronné d’argent. Il est vraiment le maître

De tous les oliviers de toute la région.
On afflue de partout pour mieux le révérer
Car il est un symbole : il est l’arbre sacré
Des pays du Midi où chantent ces grillons

Qu’on appelle cigale(s) ! Il en est le gardien
Depuis l’aube des temps ; depuis que chaque été
Elles trouvent refuge au coeur de sa ramée.
Elles sont à l’abri et le lui rendent bien

En crissant à tue-tête au creux des feuilles grises.
Sous ses mille rejets il est tout biscornu,
Vraiment laid et touchant : un géant presque nu
Aux minuscules feuille(s) frémissant dans la brise.

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Poème illustré par un tableau de :

Patricia Gilles
www.pgilles.blog4ever.com

Est-il un autre lieu pour survivre en douceur
Au tourment qui vous point parfois de longues heures
Quand on réfléchit trop, au mitan de la nuit ?
La Provence est très tendre à celui qui y vit,

Malgré l’âge qui passe hérissé de terreurs.
Le temps y est facile ; il n’est jamais trop rude,
Ou quand il l’est parfois, ce semble être une erreur
Tant il est par ici plein de mansuétude.

Seul l’été est brutal ! Mais que sont ces deux mois
Parfois presqu’étouffants, comparés au bonheur
D’oublier pour longtemps que l’hiver sera froid,
De se laisser griser par chaleur et torpeur

Sous un ciel toujours bleu ! Le chagrin est moins lourd ;
Le soleil adoucit l’angoisse du futur
Chaotique et rugueux au fil gris de ses jours ;
Et l’on supporte mieux le poids de l’âge mûr,

L’on n’envisage plus de vivre ailleurs qu’ici,
Petit grain d’existence au coeur de l’Infini !
Etre catapulté quelque part en Provence :
Peut-être est-ce cela qu’on appelle la chance ?

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Poème illustré par une aquarelle de :

Josette Mercier
www.josettemercier.ch

Il est un petit bois derrière la maison
Qui criquette en été et hulule l’hiver ;
Un petit bois de pins, d’ifs et de chênes verts ;
Un petit bois d’ici, bien sec, mais qui sent bon

La résine chauffée par les feux de l’été,
Le thym, le romarin, les herbes provençales,
Et qui craque en janvier sous le gel hivernal
Recouvrant le sol gris d’un voilage étoilé.

Au printemps, il est vrai, nous nous donnons du mal
Pour le débroussailler et le rendre impeccable
Dans la crainte angoissée d’un feu toujours probable.
Et tout ce qui y vit nous est reconnaissant :

Un énorme serpent que j’y ai vu deux fois :
Sans doute une couleuvre ! Un sanglier chenu,
Des oiseaux, des lézards, et même des tortues
Cheminant lentement qui vont  souvent  par trois ;

Des cigales, bien sûr, crissant à l’unisson
Dès que le mois de juin allonge enfin ses jours…
Un joli petit bois qui durera toujours,
Microcosme vivant, tant que nous veillerons.

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Au-dessus de la porte, un tout petit paquet
Adhèrant bien au mur. Une petite boule
D’où sortent deux oreil(les). Je dois être maboule…
Mais soudain je comprends et sais ce qu’il en est :

Une chauve souris reposant à l’abri
Sous le porche tranquille et protégé du vent ;
Une vie minuscule installée sous l’auvent ;
Un léger tas tout chaud et qui attend la nuit.

Grosse comme deux pouces, ce n’est qu’un bébé
Qui palpite en dormant, engloutie dans ses rêves
De moustiques bien gras, de lune qui se lève…
Ses oreilles sont grandes comme elle, à peu près !

Tout bien empaqueté, le joli chiroptère
Attend le soir venu pour s’en aller chasser
Dans la nuit provençale au ciel noir irisé.
Dors bien tranquillement, infime mammifère !

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Poème illustré par un tableau de :

David Fridrich Caspar
(1774-1840)
http://masmoulin.blog.lemonde.fr

On a tagué le cimetière.
Rassemblant alors leur poussière,
Les Morts outragés ont surgi
De leur linceul et de l’oubli

Où les a relégués le temps.
Ombres livides, corps d’antan
Couverts de hardes poussiéreuses,
Ils sont là sous la lune ombreuse,

Attendant l’imbécile impie
Qui inconscient a tout détruit.
Il reviendra, c’est obligé !
Et la foule des En-Allés,

Silencieuse et pâle cohorte,
S’est massée derrière la porte
De la nécropole endormie,
Guettant l’irresponsable qui

A profané le lieu sacré.
Elle a le temps, l’éternité
Pour rendre enfin son jugement.
La meute est là et elle attend…

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Poème illustré par un tableau de :

Mireille Mussi
www.passion-ocrebleue.artblog.fr

La belle Magali était une Antiboise
Aux jolis crocs tout blancs et aux lèvres cerise,
- Petites dents pointues sous sa lippe narquoise -
Et qui jouait souvent – trop ! à trousse-chemise.

Pour séduire elle était vraiment fort astucieuse,
Sachant suprêmement jouer de ses jupons
Coquets et raffinés : manoeuvres ingénieuses,
Attifiaux froufroutants sur des dessous fripons.

Dessus, son cotillon d’un lourd boutis piqué,
Fort sage et avenant, pour mieux tromper son monde !
Ensuite « la modeste », très souvent festonnée
Par de fines brodeuses connues à la ronde.

Puis venait « la friponne », qui laissait entrevoir,
Quand on la soulevait, des mollets arrondis.
Raide et amidonnée, souvent de teinte ivoire,
Elle suggérait fort des charmes interdits.

Et « la secrète » enfin ! Mais là, il faut me taire
Car vous en sauriez trop sur ce qu’on doit cacher.
Vieux jupons provençaux, existence légère
D’une fille d’autrefois aimant batifoler…

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Poème illustré par un tableau de :

Philippe Paquet
www.expo.artactif.com

A Beaucaire autrefois les amoureux offraient
A l’élue de leur coeur une bague de verre ;
Pauvres petits anneaux fragiles, surmontés
D’une souris carmin ! Un cadeau de misère

Pour dire à la donzelle que, si on l’aimait,
On savait que l’amour était chose fragile.
La souris était preuve de timidité,
Mais les pauvres benêts croyaient en leur idylle !

Au bout de quelque temps la bague se brisait,
Arrachant à l’élue un hoquet de douleur :
« Bague d’aïe », disait-on. L’anneau avait cédé ;
L’amour venait encor de fracasser un coeur…

Poème dédié à la ville de Beaucaire

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Ma mie du mois de mars, te souviens-tu d’antan
Quand jeunes amoureux nous allions à la Fête ?
Fête de Saint Eldrad – le nom de notre enfant -
Et que chaque printemps les Lambescains souhaitent

A cet immense Saint qu’ils ont tous oubliés.
C’est vraiment une honte : on ne respecte rien !
Pourtant un grand seigneur, le patron des bergers,
Qui évangélisa moult et moult païens !

Le printemps bourgeonnait, nos nez d’ados aussi…
Et je t’aimais si fort, ma splendide Manon !
Dans le premier soleil tu étais si jolie
En tes habits tout neufs cousus pour l’occasion :

Un caraco doublé de fine toile blanche,
Un corselet serré pour affiner ta taille,
Une jupe en boutis qui enserrait tes hanches
Et un fichu de soie à la broche d’émail…

Tes bas de coton blanc galbaient tes beaux mollets,
Lambescaine jolie, si adroite à la danse ;
Tous deux nous sautillions au son du galoubet
Et du grand tambourin qui rythmaient la Provence

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Il y avait jadis au centre du village
Un antique moulin dont deux vieux respectables,
Un ancien avocat à la vie sans orages
Et une dame d’Aix tout à fait honorable,

Avaient fait une auberge. Un endroit de bon ton
Pour des gens délicats et des gourmets bien nés.
Une ambiance feutrée, les petits gestes ronds
D’un vieux monsieur charmant, peut-être un peu gourmé…

Ils sont morts, c’est la vie ! L’auberge fut bradée ;
Puis on la relooka pour être au goût du jour,
Sauf l’aspect extérieur qui fut sauvegardé :
Vieilles pierres moussues, Provence de toujours…

Bientôt, très tard le soir, de superbes voitures
Se garèrent non loin, assez discrètement.
Ce fut un va-et-vient de bijoux, de fourrures,
De beautés un peu louche(s) et d’hommes trop clinquants.

On y vint de partout, l’endroit était célèbre
Car les habitués étaient très… partageurs !
Des moeurs olé-olé,  et de drôles de zèbres
Laissant les villageois perplexes et songeurs

Face à l’étrangeté de tels frères humains…
Assis non loin de là, sur un vieux banc de pierre,
Deux fantômes groggys se tenaient par la main,
Des larmes de cristal roulant sur leur suaire.

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