Archives pour la catégorie “Chez nous”

Poème illustré par :
Lionel Spani
www.lionel-spani.com
Tristan le Preux est effondré
Car Mame lui a demandé
D’aller lui chercher quelques pommes …
A la cave ! Comme si en somme
Elle l’envoyait au combat.
Sa mère ne pourrait-elle pas
Lui éviter un tel tourment ?
Il est vrai que souvent il ment
Et qu’il ne lui a jamais dit
Que le sous-sol était maudit
Avec ses monstres, ses fantômes.
Affronter ça pour deux, trois pommes …
L’escalier lui-même est hanté,
Et notre minot-chevalier
Est tout pâle en le descendant.
Il lui semble bien qu’il entend
Des râles, des cris tout en bas.
Allons donc ! Plus que quelques pas.
Il tend la main vers le panier
Où les fruits semblent le narguer
Et remonte en hurlant sa joie :
C’en est fini pour cette fois !
Tristan le Preux, le Chevalier
Vient encor de Leur échapper …
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Publié par Vette dans Chez nous

Poème illustré par :
Dubois-Gérard
www.dubois-gerard
Magali a posé sur la toile cirée
Des olives, de l’huile et quelques gousses d’ail
A la robe bien fraîche et dont l’odeur canaille
Rappelle le Midi, ses saveurs épicées.
Les gousses sont rosées dans leur bulbe bien blanc
Sous leur pelure raide et sèche qui craquille,
Et l’on dit de leur chair qu’elle refortifie
Qui en fait un festin et en mange souvent.
On dit qu’on en tressait de fort jolis colliers
Dont on ornait le cou des tout petits enfants.
Sortes de talismans pour mieux les protéger
Des vampires, démons et autres garnements ! .
On conte également que la première grève
Advint un beau matin au pied des pyramides
Quand les serfs privés d’ail, leur plus précieux subside,
Posèrent leurs outils en attendant la trêve.
Oui ! Mais il y a l’odeur ! L’haleine empuantie
Des croqueurs d’ail repousse, indisposant les belles.
La seule solution, c’est de pousser icelles
A en manger aussi pour créer l’harmonie …
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Poème illustré par :
Henri Guey
www.henri.guey.free.fr
Chez nous le ciel d’été est si violemment bleu
Que souvent il agresse en écorchant les yeux.
Ne croyez surtout pas ce pays caressant,
Il est parfois violent sous son aspect riant.
Il y pleut rarement, mais la pluie y bat fort :
Mur d’eau exaspéré qui lapide et qui mord
La garrigue trop sèche où le feu est tapi.
Orages insensés où le jour devient nuit,
Puis le soleil trop grand va dévorer en maître
Les plantes assoiffées qui essaient au moins d’être.
Mais en hiver aussi le temps est sans nuances
Quand soudain le mistral déferle comme en transe,
Se roulant en hurlant sur les flots déchaînés.
La Provence est violente et serait bien benêt
Celui qui la croit douce. Et parfois elle est triste,
Une réalité qu’ignorent les touristes.
Aujourd’hui il fait froid et le gel a tracé
Sur les vitres bleuies des fleurs entrelacées.
Il va neiger peut-être, et serait ébahi
Celui voulant goûter au beau temps du Midi !
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C’est une minuscule école
Comme hélas ! il n’y en a plus ;
Comme s’il était superflu
De participer à l’envol
De tout-petits vers l’âge adulte !
Elle est au centre d’un village
Encor endormi et bien sage
Loin de la ville et du tumulte.
Il y a vingt et deux élèves
Et leur maîtresse est si jolie
Que quand on les tire du lit
Ils sont tout contents et se lèvent
Sans fulminer. Ils sont heureux
De retrouver leur chère classe
Qui sent la vieille paperasse
Et peut-être encor l’encre bleue.
En été ils vont dans la cour
Protégée par un grand platane
Où des cigales mélomanes
Crissent toutes folles d’amour.
Ils crient fort et leur accent chante
Sur la garrigue aux alentours.
Pérenne école de toujours
Et dont leur enfance s’enchante !
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Lorsque vous invitez des Aixois à dîner,
Ne prévoyez jamais de servir un soufflé
Car votre plat de roi n’y résisterait pas
Et ne serait plus lors qu’un truc tout raplapla !
Si vous dites « huit heures », comptez « huit et demie » !
Ainsi vous serez sûr de n’être pas surpris,
Car généralement ici les indigènes
N’éprouvent ni remords, ni embarras, ni gêne
Quand ils sont en retard. Pour eux l’heure est « leur » heure !
Quatre-vingt-dix minutes ! Et le temps n’a pas l’heur
De leur bien convenir s’il est par trop exact :
La ponctualité ne leur sied vraiment pas !
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Publié par Vette dans Chez nous

Poème illustré par :
Jean-Pierre Bédarrides
www.bedarrides.net
Une route en lacets, courant le guilledou
Dans la garrigue bleue de village en village,
Tressaute, tournicote et paraît hors d’usage
Avec son tablier tout perforé de trous
Qu’on a raccommodés de plaques de goudron.
Pour mieux la protéger il y a des platanes :
Branches bien étalées, rameaux en filigrane
Entrelacés en arc pour qu’elle tienne bon
Sous le soleil brûlant et rude du Midi.
Ouvrez donc votre vitre, écoutez les cigales
Craquetant et crissant dans l’été provençal ;
Profitez de la route, évitez ses cassis
Et ne la brusquez pas, allez tout en souplesse
En profitant vraiment de la campagne aixoise.
La RD va son train : ne lui cherchez pas noise
Et sachez y conduire avec délicatesse
Car c’est une coquine, et il faut se méfier
De ses rudes dos-d’âne et de son étroitresse !
Elle agit quelquefois en immonde traîtresse
Et vous envoie d’un coup tout au fond du fossé !
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Poème illustré par :
Benjamin Melia
C’est la fête au village, et le groupe local
D’un joyeux orphéon fait tourner tout Cazan :
Danses gaies du Midi et danses provençales,
Tout le monde sautille sur de vieux airs d’antan.
Celui qui joue le mieux c’est l’ancêtre, René :
Tambourin fermement frappé de son bras droit
Et main gauche enserrant son joli galoubet,
Il a encor le port et l’allure d’un roi.
Il bat fort son tambour qui bourdonne gaiement
Tandis que ses gros doigts volent sur les trois trous
De sa flûte rustique au son un peu grinçant.
C’est le soleil, le ciel et son accent qu’il joue !
Le tambourin très haut pourrait être bien lourd
Au vieux bras fatigué. Mais il se porte bien,
Et le flûtet d’ébène au creux de ses doigts gourds
Semble aider de son chant l’antique musicien.
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Poème illustré par :
Dubois-Gérard
www.dubois-gerard.com
Dans le cellier du vieil Armand,
Des bouteilles vraiment chenues,
Des bouteilles de très grands crus
Et des petits vins très marrants
Dont les oenophiles plaisantent
Car ils ne sont pas assez chers,
Des petits vins dont l’amarante
A les reflets roux de la terre.
Château Les Valentines au nez presqu’épicé,
Château Ferry-Lacombe à la bouche bien ronde,
Château de Sainte Croix, aérien et léger,
Caves du Roy René et caves de La Londe …
De légers Bandol délicieux,
De charmants Côtes de Provence
Qui vous mettent au fond des yeux
Des paillettes dorées qui dansent.
Des petits vins fous du Midi
Qu’on savoure presqu’en secret,
Yeux fermés, en catimini,
Avec Armand dans son cellier.
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Poème illustré par :
Ousmane Sow
Devant l’église de Grières
Se dresse le vieux monument
Elevé après la Grand’guerre
Qui décima ses habitants.
Une immense femme d’airain
Enlace un grand soldat qui dort
Et elle a posé ses deux mains
Sur le front glacé par la mort,
Le front d’un pauvre homme barbu
Et que le ciseau du sculpteur
A représenté presque nu :
Corps sali, énorme douleur.
Depuis presqu’un siècle ils sont là
Et l’on s’y est habitué.
La guerre, la mort et tout ça,
C’est tous les soirs à la Télé …
Mais mardi quelqu’un a hurlé
Car le soldat n’y était plus ;
Son corps tout désarticulé
Avait bel et bien disparu !
A sa place la pauvre mère
Serrait contre elle l’effigie
De son bébé mort à la guerre.
Alors le passant s’est enfui …
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Publié par Vette dans Chez nous, Hiver

Illustré par un tableau de :
Tiziano Vecellio, dit Le Titien
(1473-1490)
Les enfants excités attendent le dessert.
La famille réunie ne peut faire mystère
De sa joie d’être là car c’est l’Epiphanie,
Mais l’on a bien du mal à calmer les petits.
On a mis sous la table le plus jeune des trois
Car ce soir c’est la Fête : on va tirer les Rois !
A dîner réussi, brioche délectable,
Et pas une bouchée ne cherra pour Aimable
Qui veut faire bamboche aux pieds de Jérémie.
Découpons la brioche : attention, c’est parti !
Jean attribue les parts et on les distribue
Quand soudain le sort fait que c’est Papet Lulu
Que le Destin choisit. Mais comme il est avare,
Il ne veut pas offrir son champagne au Hasard !
Alors il déglutit et avale en secret
Cette fève exécrable et qui l’a transformé
En Roi de l’Assemblée. Mais reste le Sujet,
Minuscule effigie trouvée par tante Aimée.
Alors on l’applaudit et vite on la couronne.
Allongé sur le sol, déçu, Aimable grogne …
On est bien trop heureux pour que le vieux chien souffre,
D’autant que son antique estomac est un gouffre.
Il aura droit aussi à sa part du gâteau.
Tout le monde est content, et dehors il fait beau
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Publié par Vette dans Chez nous, Hiver

Dehors le mistral devient fou,
Cogne à la porte et la secoue ;
Mais chez nous l’on est vraiment bien
A perpétrer un rite ancien !
Car l’on est à la Chandeleur,
Jour familial haut en couleurs.
Dans la cuisine il fait très bon …
La crêpe d’Anna fait un bond
Et retombe bien dans la poêle.
Il faut voir le regard des mâles
Déjà prêts à la dévorer !
Mais halte ! Il faut continuer …
A la crêpe du vieil Arthur !
Elle s’aplatit sur le mur ;
Celle de grand-père Raymond
Est restée collée au plafond ;
Quand à celle d’oncle Lucien,
Elle est retombée sur le chien :
Stupéfait il reste coiffé
D’un chaud et odorant bonnet …
Tout le monde est tordu de rire.
Le bon vieux chien pousse un soupir,
Puis fataliste et résigné
Se laisse aller à le manger !
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Succulents, ces petits farcis
Si délicieux les soirs d’été
Quand il fait jour en pleine nuit
Et qu’on ne sait plus que manger !
Aubergines, mini-courgettes,
Oignons et poivrons et tomates
A découper en demi-têtes
Et à saupoudrer d’aromates.
Surtout gardez bien le chapeau
Avec son tout petit plumet ,
Car ce sera vraiment plus beau
Pour servir, et à présenter.
Et maintenant farcissez-les
De porc, de veau ou de boeuf cuits
Auxquels vous aurez ajouté
Ail, romarin, thym et persil
Sans y oublier du parmesan
Quelques oeufs, de l’huile d’olive …
Et arrosez bien en cuisant
Cette becquée roborative !
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Publié par Vette dans Chez nous, Hiver

Puisqu’en notre Provence existe
Cette tradition séculaire,
Nous allons préparer la liste
Nécessaire aux treize desserts :
La pompe à l’huile et à l’anis
( Brioche ambrée poudrée de blanc )
Et les fruits secs les plus exquis
Prévus pour les Ordres mendiants :
Noisettes, noix aux Augustins,
Et des amandes pour les Carmes ;
Figues sèches aux Franciscains,
Et pour mieux leur faire du charme,
Raisins secs aux Dominicains !
Pommes, poires et melon vert,
Des sorbets et puis du raisin …
Je n’ai rien oublié, j’espère ?
Si ! Nougat noir et nougat blanc.
C’est bien ! Nous avons notre compte.
Tout ça vous paraît étouffant ?
Mais non, voyons, ce n’est qu’un conte :
Une bribe de ça, de ci,
Quelques bouchées bien raisonnables :
Vous verrez que cela suffit
Pour vous rendre gais et aimables,
D’autant qu’on raconte en Provence
Qu’il suffira d’en grignoter
Pour bien apprivoiser sa chance :
Bonne fortune toute l’année !
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Un panneau coloré invite les badauds
A se rendre au Forum pour y voir les tableaux
Exposés par des gens qui aiment le Midi.
Huiles et acrylique, aquarelles, lavis …
Des peintres généreux ont posé sur leurs toiles
Des fragments de Provence explosant de couleurs :
Paysages et gens, marines où les voiles
Palpitent sur la mer comme d’énormes fleurs,
Esquisses de portraits, lourdes caricatures
De Provençaux ravis de voir que leur figure
A ainsi inspiré des peintres amateurs !
Et puis croûtes ratées culminant dans l’horreur :
On peut trouver de tout … Mais il ne faudrait pas
Oublier que l’Expo a été préparée
Par quelques bienfaiteurs qui ont ainsi donné
De leur temps, de leur coeur, avec moults tracas.
S’il y a un bénéfice, il ira à une Oeuvre
Pour laquelle ils se battent. Et leur plus beau chef-d’oeuvre,
Ce sera de gagner quelques sous aujourd’hui
Pour lutter contre un Mal qui détruit tant de vies.
Ils ont organisé un très beau vernissage :
Après avoir beurré, découpé, tartiné,
Ils s’en vont recevoir toutes les Sommités
Comme ils font tous les ans, comme le veut l’usage …
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Poème illustré par :
Elise Bordelais
www.elisebordelais.com
Depuis que nous vivons au coeur de la Provence
Nous avons découvert que nous étions parfaits :
Nous avons moult amis dans le Nord de la France,
Nous recontactant tous dès le beau mois de mai !
Nous ne savons pas trop si c’est notre figure
Qui donne envie aux gens de nous rendre visite,
Mais quand la météo est de très bon augure,
Ils veulent vérifier l’endroit où l’on habite,
Très soucieux de savoir si nous y sommes bien !
Ils sont dans le jardin et nous dans la cuisine …
Et pourtant cet afflux n’est encor presque rien :
Nous avons projeté de faire une piscine !
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