Archives pour la catégorie “Chez nous”

Armand Feldmann
www.armandfeldmann.com

Chez nous quand midi carillonne,
Les rues sont vides. L’heure sonne
Sur un monde d’indifférence :
C’est souvent ainsi en Provence,

Surtout dans ce village clos
Tapi au pied de son coteau
Et ne pensant plus qu’à « dîner ».
La vie s’est soudain enfermée

A l’intérieur des maisons fraîches ;
Et les rues ne sont plus que sèches
Venelles sans vie et sans heurts ;
Le déjeuner gomme deux heures

Du temps rétréci pour un temps.
Les rues sont vides comme antan,
Aux jours des anciennes chansons
Des troubadours du vieux Quinson.

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Raymond Guerrier
www.artactif.com

C’est une grande pièce où la vie ralentie
Semble en presque suspens tant le temps y est gris.
Il y a là des gens à l’air morne et bien sage
Parqués dans ce lieu clos à cause de l’image

D’un petit presque rien qui éclot dans leur corps.
Ils viennent tous les jours et reviendront encore
Car ils vont devoir vaincre un Alien ennemi
Dont ils parlent parfois. Parfois même en sourient

En contant leur parcours de nouveau combattant.
Ils ont une perruque, un chapeau ; leurs doigts pèlent ;
Ils n’ont plus de sourcils… Le temps succède au temps
Jusqu’à ce qu’une femme en blanc les interpelle.

Ils sortent résignés, s’en vont vers le poison
Qui peut-être après tout s’appelle guérison.
Demain ils seront là et attendront leur tour.
Dehors c’est le printemps, et la vie, et l’amour …

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Ca sent bon le pain frais jusqu’au bout de la rue :
Le vrai, l’artisanal, et qui vient d’être cuit
Il y a à peine une heure. On croit en sa berlue
A voir briller la croûte striée sur la mie

Si blanche et boursouflée avec tout plein de trous !
La croûte bien dorée qui craque sous la dent
En tout petits éclats odorants, durs et roux !
Ce pain du déjeuner et que chacun attend

Stoïque et bien en rang dans le petit matin !
Car chacun à Aurons connaît monsieur Ducasse
Et l’on vient de très loin pour acheter son pain
Ainsi que des croissants, des chichis, des fougasses :

Fougasse au parmesan, fougasses à l’anchois,
Fougasses aux olives, fougasses aux lardons.
Mais il faut m’arrêter – j’y passerais des mois !
Ah ! Il faut inventer les fougasses au thon …

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Lionel Spani
www.lionel-spani.com

Au fin-fond de Banon il est une maison,
Une presque-masure dont on ne dirait pas
Que c’est un paradis. On en taira le nom :
C’est un secret voulu par la vieille Maria

Qui y a ses clients fidèles et confiants,
Un tout petit noyau de très fins gastronomes.
Elle les aime bien et ne les voit que comme
Des amis qui la paient, passionnément friands

De sa daube goûteuse et ses petits farcis,
De sa soupe au pistou et de sa ratatouille,
De son flan aux courgettes, de ses chichi fregi
Et de sa bouillabaisse ensoleillée de rouille …

Et pourtant s’ils voyaient l’antre où Maria opère !
Un local suranné rongé par les années
Mais qui la satisfait pour bien nous concocter
Les très vieilles recettes héritées de sa mère.

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Régis Sibra
http://pagesperso-orange.fr/regis.sibra

Assis sur le côteau, nous sommes bien serrés
Dans les bras l’un de l’autre, et la lune étalée
Ressemble sur le ciel à un gros jaune d’oeuf ;
L’Ouest est bleu foncé et cet été tout neuf .

A l’Est subsiste encore une large bavure
Mauve tachée de roux. La nuit est presque mûre,
Les criquets forcenés se sont mis à chanter :
Les cigalons sont cois ? Ils prennent le relais.

On est si bien ce soir tout au fond du jardin !
Un crapaud esseulé sous le buisson de thym
Coasse incessamment pour trouver sa crapaude.
Les bulles de son chant volètent en maraude

Jusqu’au fin-fond des bois, rauques et monotones.
Au clocher du village une prière sonne
Pour nous dire combien la vie peut être belle.
La nuit est orangée au-dessus de Venelles.

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Jean-Paul Courchia
www.courchia.com

On a sorti la grande table
A l’ombre du micocoulier.
La chaleur est très tolérable,
L’endroit nous sied pour déjeuner

Même si l’on est en juillet ;
Et c’est tellement agréable,
L’été est si bon à croquer
Quand le soleil insupportable

Fait des efforts et se tient bien !
Aurait-il enfin du maintien ?
Le mistral qui joue à la brise

Soulève la nappe soyeuse
En coton brodé de cerises.
La vie est vraiment très goûteuse …

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Jean-Paul Courchia
http://courchia.com

Au centre du village elle bat comme un coeur,
Mais pas en ce moment ; ce n’est pas encor l’heure :
Il est un peu trop tôt ou bien un peu trop tard.
Il n’y a qu’un client qui lit devant le Bar

Son journal quotidien. Perclus de cent années,
Un énorme platane à la peau bigarrée
L’ombrage en clair-obscur. Il est un peu malade,
Mais on veut l’ignorer : il est indispensable !

La place est vide encor. On n’est qu’au mois de mai,
Les touristes sont loin ; tout est calme et bien quiet
Et l’on se sent ici très loin du vaste monde !
Est-on vraiment bien sûr que notre Terre est ronde,

Qu’un ailleurs y existe ? Sur la petite place,
On l’oublie volontiers et l’on ne trouve trace
Nulle part d’un quidam qu’on appelle « estranger » !
On est encor en paix et bien loin de l’été …

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 Raguz
www.raguz.fr

Chaque matin Bastien s’en va prendre un café
Au Bar du Vieux Platane. Il en profite alors
Pour lire son journal … Quand il se lève inquiet,
Il n’y a plus en lui qu’accidents, drames, mort !

Car c’est comme une drogue ! Il devrait résister,
Tenter de se passer de ces événements
Toujours tragiques, lourds : la synthèse du laid
Qui défigure tout depuis l’aube des temps !

Mais c’est plus fort que lui : il lui faut ses nouvelles
Et son lot journalier de maux et de malheurs.
Car la réalité est très rarement belle
Et à toujours quêter faits heureux et bonheur,

Bastien passe sa vie à chercher l’impossible :
On ne raconte pas le monde s’il va bien !
Un fait n’a d’intérêt que s’il est bien horrible,
En ces temps où le beau en est réduit à rien.

Notre homme n’en a cure, il est journalophage
Et le voyeur en lui ne peut s’en s’empêcher !
Et pour paraître encor beaucoup plus à la page,
Il regarde les « news » le soir à la Télé !

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Lionel Spani
www.lionel-spani.com

On est bien Rue Mistral dans le petit matin !
Jean Fauré s’est assis sur son vieil escalier,
Attendant patiemment les gens qui vont passer
Dans la ruelle bleue des premiers jours de juin.

Il est vraiment très tôt mais c’est l’heure qu’il aime :
L’instant ensoleillé où la lumière fond
En léger ruisseau blond du soleil encor rond
Comme une bulle d’or. Le vieux gorgé de flemme

Ferme à demi les yeux pour pouvoir savourer
Ce moment délicieux fleurant bon le café,
Les tartines grillées, les fleurs enchifrenées
Nouvellement écloses en ce nouvel été.

Mais Mathilde l’appelle : il lui faut décoincer
Ses vieux os tout rouillés pour sortir la Jeannette !
Car sa chêvre l’attend, et la brave biquette
Attend son picotin : fini de rêvasser !

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Geneviève Caplet
www.toutarzimut.com

Au village aujourd’hui une étrange atmosphère
A submergé les rues. Depuis hier matin,
Malgré soi l’on se sent quelque peu orphelin
Car le Doyen est mort. C’est la fin de l’hiver

Et l’on aurait aimé qu’il parvienne au printemps
Pour profiter encor des fleurs et du soleil.
Un ministre important est arrivé la veille
Car le bon vieil Hector aurait eu cent-seize ans !

Cent-seize ans dans trois jours ! Et c’est vraiment trop bête :
S’il n’était pas tombé sur le bord d’un chemin,
Il serait devenu le doyen des Humains !
Une maudite pierre a empêché la fête !

Car il était ainsi, notre intrépide Hector,
A toujours musarder et par monts et par vaux !
Toujours bon pied bon oeil, si robuste et costaud !
Si nous le sermonnions, c’est nous qui avions tort !

La Provence est bien triste et il était la preuve
Que le Midi maintient. Mais au Mas des Méjean,
L’on a séché ses yeux et l’on est tout content
Car il vient d’y éclore une Aimée toute neuve.

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Philippe Flohic
www.philippe.flohic.free.fr

Au royaume des belles âmes
Point de messieurs et peu de dames,
Mais seulement des tout-petits
Frais éclos au creux de ce nid

Comme de frêles oisillons.
Petites fleurs en la maison (1)
Qui palpite de vies nouvelles,
Ils sont toute une ribambelle

A naître ainsi à Puyricard.
Bébés jolis, jolis moutards,
Soixante mille tout-petits
A avoir vu le jour ici

Au royaume des belles âmes !
Des souffles de bébés, des flammes
Venant juste de s’allumer
Au paradis des nouveaux-nés.

1- La Maternité « l’Etoile » près d’Aix

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Lionel Spani
www.lionel-spani.com

Tristan le Preux est effondré
Car Mame lui a demandé
D’aller lui chercher quelques pommes …
A la cave ! Comme si en somme

Elle l’envoyait au combat.
Sa mère ne pourrait-elle pas
Lui éviter un tel tourment ?
Il est vrai que souvent il ment

Et qu’il ne lui a jamais dit
Que le sous-sol était maudit
Avec ses monstres, ses fantômes.
Affronter ça pour deux, trois pommes …

L’escalier lui-même est hanté,
Et notre minot-chevalier
Est tout pâle en le descendant.
Il lui semble bien qu’il entend

Des râles, des cris tout en bas.
Allons donc ! Plus que quelques pas.
Il tend la main vers le panier
Où les fruits semblent le narguer

Et remonte en hurlant sa joie :
C’en est fini pour cette fois !
Tristan le Preux, le Chevalier
Vient encor de Leur échapper …

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Dubois-Gérard
www.dubois-gerard

Magali a posé sur la toile cirée
Des olives, de l’huile et quelques gousses d’ail
A la robe bien fraîche et dont l’odeur canaille
Rappelle le Midi, ses saveurs épicées.

Les gousses sont rosées dans leur bulbe bien blanc
Sous leur pelure raide et sèche qui craquille,
Et l’on dit de leur chair qu’elle refortifie
Qui en fait un festin et en mange souvent.

On dit qu’on en tressait de fort jolis colliers
Dont on ornait le cou des tout petits enfants.
Sortes de talismans pour mieux les protéger
Des vampires, démons et autres garnements ! .

On conte également que la première grève
Advint un beau matin au pied des pyramides
Quand les serfs privés d’ail, leur plus précieux subside,
Posèrent leurs outils en attendant la trêve.

Oui ! Mais il y a l’odeur ! L’haleine empuantie
Des croqueurs d’ail repousse, indisposant les belles.
La seule solution, c’est de pousser icelles
A en manger aussi pour créer l’harmonie …

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Henri Guey
www.henri.guey.free.fr

Chez nous le ciel d’été est si violemment bleu
Que souvent il agresse en écorchant les yeux.
Ne croyez surtout pas ce pays caressant,
Il est parfois violent sous son aspect riant.

Il y pleut rarement, mais la pluie y bat fort :
Mur d’eau exaspéré qui lapide et qui mord
La garrigue trop sèche où le feu est tapi.
Orages insensés où le jour devient nuit,

Puis le soleil trop grand va dévorer en maître
Les plantes assoiffées qui essaient au moins d’être.
Mais en hiver aussi le temps est sans nuances
Quand soudain le mistral déferle comme en transe,

Se roulant en hurlant sur les flots déchaînés.
La Provence est violente et serait bien benêt
Celui qui la croit douce. Et parfois elle est triste,
Une réalité qu’ignorent les touristes.

Aujourd’hui il fait froid et le gel a tracé
Sur les vitres bleuies des fleurs entrelacées.
Il va neiger peut-être, et serait ébahi
Celui voulant goûter au beau temps du Midi !

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C’est une minuscule école
Comme hélas ! il n’y en a plus ;
Comme s’il était superflu
De participer à l’envol

De tout-petits vers l’âge adulte !
Elle est au centre d’un village
Encor endormi et bien sage
Loin de la ville et du tumulte.

Il y a vingt et deux élèves
Et leur maîtresse est si jolie
Que quand on les tire du lit
Ils sont tout contents et se lèvent

Sans fulminer. Ils sont heureux
De retrouver leur chère classe
Qui sent la vieille paperasse
Et peut-être encor l’encre bleue.

En été ils vont dans la cour
Protégée par un grand platane
Où des cigales mélomanes
Crissent toutes folles d’amour.

Ils crient fort et leur accent chante
Sur la garrigue aux alentours.
Pérenne école de toujours
Et dont leur enfance s’enchante !

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