Archives pour la catégorie “Chez nous”

Poème illustré par un tableau de :
Armand Feldmann
www.armandfeldmann.com
Les persiennes fermées sont comme les paupières
Innombrables et bleues du village endormi.
Il est vraiment très tôt ; le jour est encor gris
Et des lambeaux de nuit tamisent la lumière.
Les voitures couvertes d’un voile argenté
De brume et de rosée sont garées sagement
Tout au long du trottoir. Une bribe de vent
Présage un grand mistral pour toute la journée ;
Pour le moment ça va ; ce n’est qu’une caresse
Qui ne perturbe pas le silence pesant
D’une aube provençale. Un chaton triomphant
Déambule tout seul ; sa longue queue se dresse
En point d’exclamation. Il va par la grand’rue
Dont les pavés disjoints luisent sous le ciel bleu ;
Il est tout seul au monde, inconscient et gracieux,
Et trottine gaiement, fragile hurluberlu.
C’est vrai qu’il est très tôt, et le premier soleil
Dont les rayons s’agripp(ent) aux pentes du Baou
Rend ses contours rugueux et raides un peu flous.
Car il n’est que six heure(s) et Saint-Jeannet sommeille…
Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :
Marie Godest
www.mariegodest.com
Elles sont trois amies aimant se rencontrer
Plusieurs fois par semaine, où elles se racontent
Tout un tas de ragots, futiles, mais qui comptent
Dans leur petite vie monotone, étriquée
Et pas mal solitaire. En été, c’est au Parc ;
En hiver au Café ou chez l’une d’entre elles.
Patati patata ! Volent à tire-d’ailes
Des discours filandreux parsemés de remarques
Très souvent inventées sur des gens du village ;
Parfois des faits divers récents, de beaux scandales
Les mettent en émoi car c’est un vrai régal
De parler savamment d’esclandres et d’orages
Dont on ignore tout mais où l’on peut broder.
Méchantes ? Pas vraiment… C’est à coup sûr l’ennui
Qui les pousse à gloser. Patata patati …
Que de temps gaspillé à toujours jacasser !
C’est vrai que leurs jours creux sont peu intéressants :
Les enfants sont partis et leur vieux mari dort
Quand il ne grogne pas, et encore, et encore…
Barjaquer et causer, c’est leur seul passe-temps.
Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :
Jan Brueghel le Jeune
(1601-1678)
C’était un beau jardin du tout début des âges ;
Le temps y était doux : ni typhons ni orages
Pour en ternir l’éclat. Un endroit enchanté
Où l’été fleurissait sans être exagéré :
Pays des oliviers et terre d’abondance
Abreuvée d’un soleil qui pleuvait sans outrance
En paillettes d’argent. L’eau y courait partout
En ruisseaux cascadant au creux de vallons roux.
Vêtus de leurs cheveux, une femme et un homme
Vivaient dans ce jardin, Ils en étaient en somme
Les deux seuls souverains, ce royaume parfait
Offrant à profusion tout ce qu’ils désiraient…
Des fruits délicieux, du repos, la lumière,
Et pas bien loin de là la beauté de la mer
Qui chuintait doucement sur des plages de sable ;
Cocagne merveilleux, parfait, inoubliable…
Vous connaissez l’histoire ! Ils en furent chassés
Ignominieusement pour avoir comploté…
Mais ce que tous ignorent, c’est que notre Midi
Pendant cet âge d’or était leur Paradis.
Pas de commentaire »

La maison de César pleut à la moindre pluie :
C’est une vraie passoire ! Encore heureux qu’ici,
Pas bien loin de Marseille, il pleuve peu souvent !
Mais le mas est aussi une passoire à vent,
Et le vent, on connaît, au coeur de la Provence !
Ce sacré vieux mistral… Quelquefois César pense
Qu’il pourrait sûrement consolider son toit.
Mais le seul mot : « travail » lui cause de l’émoi…
Quand l’automne s’en vient, il sort ses trois bassines :
Une pour le salon, l’autre pour la cuisine ;
Pour la troisième enfin, il doit pousser son lit
Car c’est en plein milieu que s’écoule la pluie.
Dans un coin de la cour il y a moultes tuiles.
Il faudrait que César se rende un peu utile
Et monte sur le toit pour le rafistoler;
Mais rien que d’y songer le voici épuisé !
On verra ça plus tard… Il est déjà une heure :
C’est l’heure de la sieste, un instant de bonheur !
Mais il a plu hier et son lit est mouillé !
César se traîne alors sous un vieil olivier…
Pas de commentaire »
Publié par Vette dans Chez nous

Poème illustré par un tableau de :
Jean Navarre
(1914-2000)
www.celiabguedj.com
Oui ! c’est vrai que chez nous l’été est envoûtant,
Le printemps très fantasque, l’automne éclatant
Et l’hiver bien plus doux qu’ailleurs partout en France :
Et si le Valhalla se trouvait en Provence ?
Vous allez m’accuser d’être bien trop partiale,
Juger que mon amour a rendu anormale
Mon énorme indulgence envers notre Midi
Dont je dis constamment que c’est un Paradis !
Et vous n’aurez pas tort ! J’aime tant ce pays
Que je ne pourrais pas habiter loin d’ici !
La Provence a pour moi mille et mille vertus :
Je l’aime infiniment et à coeur que veux-tu
Car son ciel est d’un bleu indécelable ailleurs,
Et sa terre un peu sèche a la senteur des fleurs
Y poussant à foison sous un grand soleil blanc.
C’est l’Eden adulé par des millions d’amants…
Pas de commentaire »

Sonnet illustré par un tableau de :
Gilbert Abric
www.gilbert-abric.com
Le pavé bleu des rues est encor tout luisant
Car un torrent de pluie vient de le lessiver.
La lune est revenue, qui s’était bien cachée
Dès l’orage crevé au fond du firmament.
Quelle chance pour nous que ce soit juste avant
Le début du concert ! Le soir rasséréné
Est tiède comme il faut ; rien ne vient plus troubler
Ce moment fabuleux. Pas un souffle de vent,
Ni un chant de grillons ! Se sont-ils tous noyés ?
La musique sautille au-dessus de la place :
Le flonflon d’instruments pas très bien accordés
Mais vibrant cependant d’une certaine grâce.
Tout le village est là, écoutant subjugué
Une valse à trois temps chantant l’été qui passe…
Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :
Marie-Claire Houmeau
www.artpeint.com
Au fin-fond de Tallard une petite rue
Où dorment des maisons aux recoins biscornus.
Des maisons rose et ocre aux angles adoucis
Et que désavoueraient les maçons d’aujourd’hui.
Devant quelques maisons un tout petit jardin
Qui croule sous les fleurs dès que l’été revient ;
Ici c’est une cour grande comme un patio
Où roucoule le soir le chant d’un tourtereau.
Une fontaine y coule à longueur de journée,
De journée et de nuit… Tout au long de l’année !
Et le bruit de la rue c’est le soupir de l’eau
Qui chuinte dans la vasque où boivent des oiseaux.
Nul n’y passe jamais. Silencieuse et autiste,
Elle a su échapper aux hordes de touristes
Déferlant en été sur la Haute-Provence.
Une rue d’autrefois, taiseuse et en dormance
Où vivent peu de gens. Ils sont vieux et fanés
Et leur vie sans douceur les a pas mal usés,
Les oubliant pourtant au fond de leur impasse.
Ils ne font pas de bruit, attendant qu’elle passe…
Un commentaire »

Poème illustré par une aquarelle de :
Gilbert Abric
www.gilbert-abric.com
La nuit s’étale sur la ville,
Baignant les ruelles de bleu
Et de rose. Et l’étrange feu
De la lune embrase les tuiles,
Les tuiles rousses des toits noirs
Qui se découpent sur le ciel
Tout déchiqueté par les ailes
Des chauves-souris dans le soir,
Un soir de juin déjà trop chaud.
La nuit à force de douceur
Estompe l’effet ravageur
De l’été arrivé trop tôt.
Encor tout tièdes de soleil,
Les pavés luisent sous la lune,
Et les longues ruelles brunes
Se taisant enfin s’ensommeillent…
Pas de commentaire »
Publié par Vette dans Chez nous

On est fier à Lambesc car l’une de nos filles
Vient d’être couronnée par la Dame au Chapeau !
L’autre Miss est sans doute comme elle jolie,
Mais celle de chez nous est un porte-drapeau
Pour le village entier tout fier de sa beauté…
Comme s’il y était vraiment pour quelque chose !
Elue parmi les fleurs qu’il y a fait pousser…
Mais tout bon jardinier est content de ses roses
Même s’il n’est pour rien dans leur galbe parfait !
Barbara est jolie et elle est Lambescaine :
Chacun en est content comme s’il détenait
Une part de l’éclat de sa charmante reine.
Elle est fraîche, elle est brune, elle est bien provençale
Avec ses yeux-soleil tout tachetés de roux ;
Elle a de longs cheveux embaumés de mistral
Et sa voix chante un peu car elle est de chez nous.
Pas de commentaire »

Son dossier sous le bras, Guy Leblanc est entré
Dans le Hall, porte E ; puis il demandé
A une dame blonde où était « son » Service.
Comme soudain soumise à un rude supplice :
« C’est au cinquième étage. Au fond ! La porte A ! »
Elle a montré du doigt la cage d’ascenseur.
L’engin était si vieux qu’il ne fonctionnait pas !
Il a pris l’escalier. Tout trempé de sueur
Après avoir grimpé, il a vu un couloir
Sombre et gris de poussière, avec un tas de portes
Et pas d’indications. Il était dans le noir,
A frappé n’importe où. Alors une voix forte
L’a renvoyé plus loin, vers les bureaux impairs…
L’air excédé et las d’une vraie fonctionnaire :
« Vous vous êtes trompé ! » lui dit une brunette.
« C’est à l’étage 3. Porte n° 7 ! »
Porte 7, on lui dit qu’il manquait des factures,
Certificat de ci, certificat de ça !
Qu’il y avait ici un soupçon de rature !
Que c’était interdit et qu’il ne fallait pas…
Il courut, remonta, complètement hagard :
Etage 3, puis 8 ! Porte B… au sous-sol !
Il se retrouva même au fond d’un vieux hangar
Après avoir erré longtemps dans l’entresol.
Il allait et venait. Et tel un punching-ball,
Renvoyé de partout, montant et descendant,
Guy s’est, abasourdi, retrouvé dans le Hall
Et devenu cinglé, s’est enfui en hurlant…
Pas de commentaire »

Poème illustré par une aquarelle de :
Lina Bill
(1855-1939)
Le ciel en camaïeu de bleu, de gris, de blanc
Pèse sur les toits ocre éclaboussés de roux.
L’automne est déjà là ; le soleil clair est doux
Qui teinte d’orangé l’horizon au Levant.
Peu à peu le village a retrouvé son calme
Car les gens de l’été sont repartis chez eux.
Dans les jardins fanés s’allument quelques feux.
La brise se balance et agite les palmes
D’un palmier tout chétif. Bien calés sur leur banc,
Quelques vieux profitent du soleil ; il fait bon
Bien qu’on soit en octobre. Et des enfants qui vont
A l’école non loin sautillent en piaillant.
Leur accent est chantant et empreint de lumière
Comme le ciel teinté de blanc, de gris, de bleu.
Partout ailleurs on dit qu’il fait froid et qu’il pleut
Mais on veut oublier que d’ici peu l’hiver
Va venir se poser comme un grand oiseau noir
Sur le platane nu au milieu de la place.
Une statue moisie non dénuée de grâce
Danse éternellement tout près du vieux lavoir.
Pas de commentaire »

Illustration du poème trouvée dans ;
www.garibondy.over-blog.com
Les « Jeannettes » étaient des filles du village
Qui allaient se louer le jour de la Saint-Jean :
Elles offraient leurs bras pour les travaux des champs
Tout au long de l’été. Et le premier usage
Des quelques sous gagnés était l’achat heureux
D’une jolie croix d’or, d’argent ou de vermeil
Qu’on appela… « jeannette » ! Une part de soleil
Dans leur petite vie rude sous leur ciel bleu.
Et puis plus luxueuse, avec quelques variantes,
La simplissime croix mais fort bien ouvragée
Envahit peu à peu la bonne société.
Mais la mode en mourut sous la vague hurlante
De la Révolution. Elle ressuscita
Pendant le Directoire : de nouveau le succès !
Elle était trop jolie pour être remisée
Parmi des vieilleries au triste anonymat !
Je t’offre celle-ci qui vient de ma grand’mère ;
Elle est aussi jolie que celles d’autrefois !
Son coeur est losangé et, regarde, on y voit
Un simple mot gravé ; on peut y lire « Hier »…
Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :
Antoine Le Nain
(1588-1648)
En Provence autrefois l’on en semait partout,
Même au pied de la vigne. Ils se plaisaient surtout
Sur une terre aride : il était donc aisé
D’en trouver par chez nous ! Facile à cultiver,
Ce légume un peu moche – une bénédiction !
Se plantait comme un rien et poussait à foison
Dans la moindre rigole, un sillon asséché…
Deux trois grains dans un trou, peu d’eau et peu d’engrais,
Facile à conserver, vous aviez pour l’hiver
Un aliment costaud qui faisait bien l’affaire
Et vous tenait au corps lors de la malvenue
De la froide saison. Fabacée biscornue,
En salade, en purée avec un peu de viande,
Ce petit machin-là était bien la prébende
Des paysans fauchés du fin-fond du Midi :
A Nice la socca, panisse par ici…
Pas de commentaire »

Autrefois, deux fois l’an, c’était « la bugado » :
Quel tintouin, mes amis, et quel remue-ménage !
Dès l’aube du lundi tout d’abord le trempage
Dans l’eau additionnée de soude en gros cristaux ;
Un rinçage abondant ; et puis on préparait
Le cuvier tapissé d’un drap ou d’un tissu ;
On y mettait le linge, un autre drap dessus
Où l’on plaçait les vieilles cendres du foyer ;
Sur l’ensemble on versait alors de l’eau bouillante
Qui coulait dans un seau placé sous un trépied ;
Ca durait une nuit où tous se relayaient :
De l’eau, encor de l’eau, dans des vapeurs ardentes…
On empilait le linge en tas sur la brouette
Pour aller le rincer plus loin à la rivière
Ou au lavoir, selon… Et là les lavandières
Frottaient encore un coup torchons et serviettes,
Camisoles, jupons… Rinçages abondants,
Encor un et puis deux… Ensuite l’essorage…
L’étendage sur l’herbe … et la fin de l’ouvrage !
En est-il pour encor vanter « le bon vieux temps » ?
Pas de commentaire »
Publié par Vette dans Chez nous

En face de la Poste il est un petit square
Avec un toboggan, deux vieilles balançoires,
Deux bancs sous un platane pelé, un tremplin…
Et puis un bac à sable, nécessaire aux gamins
Qui viennent y jouer quand l’école est finie.
Un ezsatz de jardin qui n’est pas bien joli,
D’autant que le village est petit : pas bien loin
Il y a la campagne, un joli bois de pins
Où les mères pourraient amener leurs enfants
Après la fin des cours ! Ils joueraient en goûtant
Sous les grands arbres gris à l’odeur enivrante :
Senteurs de romarin, résine, thym et menthe…
Mais dans le petit square on peu mieux papoter,
Pendant que les petits jouent à s’asticoter,
Menant un grand chahut et poussant de grands cris,
Ne sachant déjà plus qu’on peut vivre sans bruit.
L’on est pourtant ici tout près de la Nature.
A quelques lieues de là, plus de stress, de voitures,
Plus de parkings, plus rien ! Qu’un joli petit bois,
Loin du monde qui hurle et va tout de guingois…
Pas de commentaire »
|