Archives de catégorie : Chez nous

La vie en berne

Poème illustré par un tableau de :
Eric Bruni

Quelle est cette saison où la vie est en berne,
Quand le jour obscurci est si semblable au soir ;
Quand les arbres sont nus, dressés vers le ciel noir ;
Quand, caché dans l’Ailleurs, notre soleil hiberne ?

Quelle est cette saison que n’aiment point les vieux
Parce qu’ils y ont froid et qu’ils se ratatinent ;
Quand les oiseaux frileux ne chantent plus mâtines,
Quand le jardin est gris sous son manteau pluvieux ?

Quelles sont ces saisons ? C’est l’hiver et l’automne,
Si tristes toutes deux qu’elles ne font plus qu’un
Dans la désolation. Un temps terne où chacun
Se désole tout bas de la clarté atone

Du soleil épuisé qui lentement se meurt.
Quelle est cette saison pour le moins mortifère
Où j’ai surtout envie… de ne surtout rien faire
Pour me bouger un peu, sortir de ma torpeur ?

Cela dure trois mois, un bon quart de l’année !
Un bon morceau d’automne et un grand bout d’hiver :
Pour nous dans le Midi, un avant-goût d’enfer !
Une période grise aux nuances fanées…

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Eh bien, oui, c’est l’hiver…

Poème illustré par un tableau de :
Yves Lallemand

Eh bien, oui, c’est l’hiver en ce jour de printemps !
La neige, le verglas et le froid s’y invitent
Bien qu’on soit le vingt mars ! Puisse le Temps très vite
Remettre un peu plus d’ordre dans ce dérèglement !

Les fleurs qui peaufinaient leur jolie collerette
Devraient se résigner, ou elle paieront cher
Leur manque de soupçons vis à vis de l’hiver
Qui, tapi dans un coin, n’a qu’une idée en tête :

Détruire toute vie qui a décidé d’être
Et de s’ouvrir au jour. Quant à vous, les bourgeons,
Bien recroquevillés et lovés tout au fond
De votre chaud cocon, mieux vaudrait ne point naître

Ou du moins, pas encor : la menace est énorme
Et le risque trop grand ; attendez un moment,
Le printemps reviendra ! Même si le Temps ment,
Il devra malgré tout se conformer aux normes…

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Bleu-mistral

Ah ! S’il n’y avait pas cet assommant mistral,
Nous mènerions ici une vie idyllique !
Déferlant de là-haut jusques au littoral,
Il déboule chez nous en tyran colérique

Et nous excède tous avec sa véhémence !
Décrit par les Anciens – presque mis à l’index !
Comme un des trois fléaux ravageant la Provence :
Le mistral, la Durance et le Parlement d’Aix,

Il nous casse les pieds hier comme aujourd’hui !
Ses saisons préférées ? Le printemps et l’automne,
Et puis l’hiver, bien sûr… Et les beaux jours aussi !
Car sachez, bonnes gens, que ce fichu béjaune

Peut se manifester dès qu’il en a l’envie.
C’est un caractériel, il souffle quand il veut…
Il préfère pourtant, plus souvent, prendre vie
Quand il fait froid au Nord. Rarement quand il pleut :

Le bougre n’aime pas bosser les pieds mouillés,
Il aime son confort, une terre très sèche.
Mais félicitons-le quand le ciel barbouillé
Retrouve sous son souffle une nuance fraîche,

Un bleu tonitruant déclamant à tue-tête
Sa joie d’être en Provence. Il possède au moins ça :
Le pouvoir d’expulser à grands coups d’époussette
Tout nuage perdu qui vogue ci et là !

Car ce vent irritant est un grand inventeur
Qui nous a concocté un bleu incomparable :
Bleu-mistral presque sombre, incroyable couleur
Tellement absolue qu’elle est invraisemblable…

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Le pilier

Poème illustré par un tableau de :

Rembrandt
(1606-1669)

Le cœur de la maison s’est arrêté de battre
Car ça fait bien longtemps qu’on n’a plus remonté
L’horloge du Papet. Il n’y a plus dans l’âtre
Que des cendres noircies. Et c’est sa volonté

De tout laisser ainsi jusqu’à ce qu’il revienne !
Sans doute une illusion? Guérira-t-il un jour ?
Il est tellement vieux ! L’on prie pour qu’il obtienne
Un peu de ce sursis qu’on espère toujours…

Mais le temps vient à bout de tout, même des chênes,
Effritant leur vieux bois qui semblait éternel.
Il est à l’hôpital, désolé de la peine
Qu’il nous inflige à tous. Notre Papet? Mortel ? .

L’immuable pilier de toute la famille ?
Le mas immémorial penche un peu, comme lui,
Et la treille roussie enserre de ses vrilles
Desséchées par le vent le vieux mur décrépi.

Le Papet n’est plus là. La maison est bien vide
Et ses murs délabrés craquent de toutes parts.
La Mort étend déjà ses longues mains avides
Pour l’emporter ailleurs, ce lointain autre part

Dont il a constamment récusé l’existence.
La Meije à l’horizon pointe son sommet noir
Comme un doigt vers le ciel. Un orage commence
A gronder sourdement dans la touffeur du soir…

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Le ronchon

Un phénomène étrange – il n’a pas l’habitude !
Et si beau qu’il oublie tous les inconvénients
D’une chute de neige. Or, c’est très contraignant
Et ça va entraîner un tas de servitudes !

Car il faut déblayer le trottoir en vitesse ;
Rentrer les fleurs en pots qui ont eu froid au pied,
Epandre du gros sel par poignées, balayer
Les allées du jardin ; et se frotter les fesses

Puisque la neige… glisse, et qu’il s’ y est vautré !
Il jure tant et plus, jugeant que la Nature
Est parfois casse-pieds ! Pourvu que ça ne dure
Que le temps de râler, peut-être… d’admirer,

Juste un petit moment ! Car il se sait à part :
Il devrait applaudir au décor féérique
Que la neige a brodé, comme toute la clique
De ces gens qui la louent à grands coups d’encensoir…

Mais il n’est pas rêveur, il faut lui pardonner !
C’est un vieux rabat-joie, incapable de voir
Ce qui est vraiment beau. Quand il se fait avoir
Et qu’il se sent ému, ça le fait ronchonner !

Et pourtant, là, c’est vrai… La nature a fait fort !
Tous ces festons de neige enjolivant les arbres,
Ces broderies de gel… Non, il n’est pas de marbre !
En tout homme réside un poète qui dort…

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Réchauffement climatique ?

Des larmes de cristal dégouttent des rameaux,
Stalactites gelées tellement transparentes
Qu’on peut y voir le ciel. Sculptures effarantes
Car on n’est qu’en novembre. Il y a des grumeaux

Blancs et coagulés qui tanguent sur l’étang,
Minuscules glaçons à l’équilibre instable :
Signes avant-coureurs d’un hiver redoutable
Trop pressé de sévir, en avance d’un temps,

Ou effets destructeurs de cette obscurité
Qui éteint le soleil jusqu’à la mi-décembre ?
Les feuilles ont jauni, et le gel en démembre
Les tout derniers lambeaux de ses crocs acérés…

L’on nous parle partout du redoux du climat
Alors qu’on a très froid et qu’on n’est qu’en automne !
Le soleil n’y est plus qu’un terne fanal jaune
Se laissant grignoter tout doux par le frimas,

Et nous nous demandons si l’on se rit de nous !
Octobre fut glacé tout autant que novembre ;
L’on a fait un grand feu dans l’âtre de la chambre
Pour que s’y dévêtir soit juste un peu plus doux,

Et l’on voudrait qu’on croit au radoucissement
Du climat par chez nous, alors qu’on y grelotte
Dès l’automne venu ! La lumière est pâlotte
Comme au mois de janvier. Peut-être qu’on nous ment

En nous parlant ainsi du grand réchauffement ?
Mais les savants, c’est sûr, ont une grosse tête
Qui a pensé pour nous ! Et il serait fort bête
De ne point écouter leurs conseils… du moment !

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L’intruse

Les rayons du soleil fort bas sur l’horizon
Entrent en biais chez nous ; et ils y font flotter
Des particules d’or, comme s’ils agitaient
De la poudre de riz au cœur de la maison.

C’est un joli ballet, même s’il faut reconnaître
Que tout n’est que poussière… et que c’est consternant !
Mais la lumière drue de l’astre déclinant,
Valsant sous le plafond, semble y faire renaître

Un printemps tout nouveau au seuil du triste automne.
Elle fait flamboyer le noyer du bahut
En lui donnant l’aspect d’un bois tout droit venu
D’un exotique Ailleurs brodé de plages jaunes.

Toujours plus intrusive, elle s’est faufilée
Jusqu’au fauteuil douillet où s’est lové le chat.
Lustrant le poil foncé de l’insolent pacha
Qui dort à qui mieux mieux, de sa langue effilée

Elle chauffe ses reins sans qu’il bouge de place.
Elle avance en rampant sur le sol bien ciré
Etincelant soudain sous le faisceau doré
Qui le fait rutiler tout comme de la glace.

Plus la journée décroît, plus elle se faufile,
Empruntant la fenêtre étroite du salon
Dont l’angle convient bien à son intrusion…
Et puis d’un coup s’éteint, alors que se profile

Dans le ciel assombri la lune de septembre :
Mais j’ai clos la fenêtre, et sa sombre clarté
Bute contre la vitre et ne peut point entrer !
Elle reste dehors et y fait antichambre…

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