Archives pour la catégorie “La Provence au coeur”

Dans l’air bleu qui froufroute un immense oiseau blanc
Descend de nue en nue lentement, en glissant
Du haut en bas du ciel. Un planeur, un vaisseau
Aux ailes fuselées qui plonge vers Allauch.
Il est calme et paisible : un vaste oiseau d’argent
Qui plane dans l’éther et qui chuinte en fendant
L’azur clair et serein de ce jour de juillet :
Immense goéland au coeur bleu de l’été,
Dont les ailes aiguës sont appelées des plumes ;
Un oiseau de papier où la lumière allume
Des spots ensoleillés. Dans le lointain la mer
Pétille en clignotant de feux multicolores.
Le planeur vélivol(e) sur l’horizon qu’éclaire
Le soleil déclinant tout éclaboussé d’or.
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Poème illsutré par un tableau de :
Nelly Lestrade
www.nellylestrade.e-monsite.com
Toi, l’estranger, quand tu viendras
Pour passer chez nous tes vacances,
Voici un conseil de prudence
Et dont tu nous remercieras :
Si le mas que tu as loué
Est très vieux, ses pierres chauffées
Par le grand soleil du Midi
Peuvent très bien être le nid
D’un péril inconnu pour toi.
La chaleur couvant sous le toit
Peut attirer un grand danger,
La plupart du temps ignoré
Par les Parisiens de passage.
Tu vas donc devoir être sage
Et le matin dès ton réveil
Faire bien gaffe à tes orteils :
Il faudra vider tes chaussons !
Tu dois savoir que les scorpions
Adorent l’odeur de tes pieds :
Ce n’est qu’un conseil avisé …
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Poème illustré par un tableau de :
Christian Jequel
www.christianjequel.fr
Premier juillet : congés ! C’est notre premier jour :
On va dormir très tard, faire des galipettes,
Puis déjeuner au lit au milieu des miettes,
Redormir un chouïa… puis refaire l’amour !
Ensuite on va sortir pour aller au marché,
Un marché provençal bariolé de couleurs…
Mais il fait vraiment chaud, nous irons tout à l’heure !
Je vais faire des toasts que nous pourrons manger
Avec des oeufs mollets et un peu de Banon…
Entends-tu les cigales qui chantent l’été ?
Nos amis provençaux qui sont habitués
Ne les remarquent plus. Mais pourtant que c’est bon
De les savoir ainsi cachées dans le jardin !
C’est la preuve absolue qu’on est bien en vacances
Dans un mazet perdu au coeur de la Provence.
Nous buvons le soleil et nous ne faisons rien
Que bader, et dormir, nous baigner, nous aimer.
Sous son soleil furieux le lumineux Midi
Etincelle pour nous de bonheur et de vie.
C’est notre premier jour et il est enchanté…
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Rose de Pézenas* venait de se marier
A tout juste vingt ans. Elle aimait son mari,
En était fort heureuse, attendait un bébé,
Jusqu’au jour où la Mort, se trompant, la saisit :
La belle dégustait un fruit – un abricot,
Quand elle devint bleue, gémit et s’écroula,
Etouffée bêtement par l’énorme noyau.
Monsieur de Pézenas assommé s’effondra
Dévoré de douleur. Puis revenant à lui,
Il demanda sitôt que la charmante morte
Qu’il aimait tendrement soit ensevelie
Dans sa plus belle robe. Et aussi qu’elle porte
Le collier somptueux qu’il lui avait offert.
La famille éplorée s’en vint pour l’enterrer
Et on la conduisit au triste cimetière,
Fraîche comme une fleur en robe de mariée.
Mais l’on avait appris que la belle comtesse
Portait autour du cou sa plus jolie parure
Enchâssée de cailloux de la plus belle espèce :
D’énormes diamants bleus sertis dans de l’or pur…
Quelques heures plus tard, Jacques le fossoyeur
Profanait le tombeau pour le cambrioler.
Il volait le collier quand Rose par bonheur
Sortit de pâmoison tant il la malmenait ;
Recrachant le noyau, elle se réveilla :
L’homme en la rudoyant l’avait ressuscitée…
Elle eut un bel enfant que chacun appela :
« Le pitchoun qui mourut avant que d’être né »
* On peut voir sa tombe au cimetière de La Seyne-sur-Mer
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Découpé sur l’azur, un énorme olivier ;
Un vétéran tordu, le plus vieux de Provence
Et sans doute, qui sait ? peut-être bien de France !
Un arbre invraisemblable assis sur un muret !
Avec son tronc épais d’un peu plus de vingt mètres
Couturé par le temps, d’un âge vénérable
De plus de deux mille ans, c’est un vieillard aimable
Tout couronné d’argent. Il est vraiment le maître
De tous les oliviers de toute la région.
On afflue de partout pour mieux le révérer
Car il est un symbole : il est l’arbre sacré
Des pays du Midi où chantent ces grillons
Qu’on appelle cigale(s) ! Il en est le gardien
Depuis l’aube des temps ; depuis que chaque été
Elles trouvent refuge au coeur de sa ramée.
Elles sont à l’abri et le lui rendent bien
En crissant à tue-tête au creux des feuilles grises.
Sous ses mille rejets il est tout biscornu,
Vraiment laid et touchant : un géant presque nu
Aux minuscules feuille(s) frémissant dans la brise.
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Poème illustré par un tableau de :
Patricia Gilles
www.pgilles.blog4ever.com
Est-il un autre lieu pour survivre en douceur
Au tourment qui vous point parfois de longues heures
Quand on réfléchit trop, au mitan de la nuit ?
La Provence est très tendre à celui qui y vit,
Malgré l’âge qui passe hérissé de terreurs.
Le temps y est facile ; il n’est jamais trop rude,
Ou quand il l’est parfois, ce semble être une erreur
Tant il est par ici plein de mansuétude.
Seul l’été est brutal ! Mais que sont ces deux mois
Parfois presqu’étouffants, comparés au bonheur
D’oublier pour longtemps que l’hiver sera froid,
De se laisser griser par chaleur et torpeur
Sous un ciel toujours bleu ! Le chagrin est moins lourd ;
Le soleil adoucit l’angoisse du futur
Chaotique et rugueux au fil gris de ses jours ;
Et l’on supporte mieux le poids de l’âge mûr,
L’on n’envisage plus de vivre ailleurs qu’ici,
Petit grain d’existence au coeur de l’Infini !
Etre catapulté quelque part en Provence :
Peut-être est-ce cela qu’on appelle la chance ?
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Poème illustré par un tableau de :
Z.Boulay
www.zboulay.blogspot.com
Il est encor des lieux préservés du chaos
Du monde secoué par tant d’ébranlements ;
Tel Sénanque aujourd’hui, en quête du Très-Haut
Dans sa vallée sauvage oubliée par le temps,
Planté dans la garrique au milieu des lavandes.
Le monastère vit à son rythme sacré,
Et comme une prière érigée sur la lande,
Son coeur de pierre bat au tempo des étés.
Il a presque mille ans. Les moines l’ont gardé
Tel qu’il fut autrefois ; et malgré maints malheurs,
Construit et reconstruit il est toujours dressé
Dans son hâvre de paix, à force de ferveur.
Il est austère et nu au coeur bleu du vallon
Où coule calmement la douce Sénancole.
Il est tout harmonie, et ses proportions
Inspirées du Divin lui donnent son envol.
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Illustration du poème trouvée sur :
www.sportspeinture.centerblog.net
Ils vont comme des fous sur des chemins cinglés,
Caillouteux, caillasseux – de vraies sentes de chèvres !
Sautillant sur le roc, comme le font les lièvres,
Ils sont sur leur vélo des acrobates nés !
Roulant par tous les temps, qu’il pleuve ou bien qu’il vente,
Ils sautent, font des bonds et ils dansent la gigue
En suant sang et eau. L’allure cahotante,
Ils battent la Provenc(e), ses rochers, sa garrigue,
Ses vallons acérés tout tapissés de yeuses !
Sous leur casque pointu on dirait des insectes.
Vieux ou jeunes mordus aux ruades joyeuses,
Progressant en sautant, c’est une étrange secte
Que ces fans passionnés d’un sport acrobatique.
Ils cherchent le plus dur : un chemin raboteux
Leur faisant emprunter un parcours chaotique.
Les vététistes sont des gens vraiment curieux !
Dédié à mon fils Renaud, vététiste accompli !
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Poème illustré par un tableau de
Johannes Vermeer
(1632-1675)
Pauline était très belle. Elle voulait garder
Sa fraîcheur satinée, malgré le cours des ans…
Quand elle était à Aix, elle vivait souvent
Château de la Mignard(e) chez Jean-Baptiste Rey
Sa baignoire de marbre – elle existe toujours !
Etait alors emplie avec le lait d’ânesses ;
Et pour mieux accomplir l’incroyable prouesse,
On en trayait cinquante à peu près chaque jour !
Les laitières ravies tiraient… et engrangeaient !
Mais ce qu’on ignorait, c’était que les coquines
Récupéraient le lait, en marchandes mesquines,
Pour le revendre ensuite à Aix sur le marché.
Un beau jour cependant un client s’étonna :
« Le nectar équidé sentait l’eau de Cologne » !*
Ainsi fut découvert le manque de vergogne
Des friponnes fieffées venues des Pinchinats,
Qui, couvertes d’opprobre, furent sitôt chassées
Loin de la ville d’Aix : reléguées sur leurs terres
Pendant presqu’une année ! C’en fut fait du mystère
Qui entourait Pauline et sa grande beauté…
* » Provence secrète et insolite « - J.P Cassely
Editions Jonglez
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Poème illustré par un tableau de :
Mireille Mussi
www.passion-ocrebleue.artblog.fr
La belle Magali était une Antiboise
Aux jolis crocs tout blancs et aux lèvres cerise,
- Petites dents pointues sous sa lippe narquoise -
Et qui jouait souvent – trop ! à trousse-chemise.
Pour séduire elle était vraiment fort astucieuse,
Sachant suprêmement jouer de ses jupons
Coquets et raffinés : manoeuvres ingénieuses,
Attifiaux froufroutants sur des dessous fripons.
Dessus, son cotillon d’un lourd boutis piqué,
Fort sage et avenant, pour mieux tromper son monde !
Ensuite « la modeste », très souvent festonnée
Par de fines brodeuses connues à la ronde.
Puis venait « la friponne », qui laissait entrevoir,
Quand on la soulevait, des mollets arrondis.
Raide et amidonnée, souvent de teinte ivoire,
Elle suggérait fort des charmes interdits.
Et « la secrète » enfin ! Mais là, il faut me taire
Car vous en sauriez trop sur ce qu’on doit cacher.
Vieux jupons provençaux, existence légère
D’une fille d’autrefois aimant batifoler…
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Poème illustré par un tableau de :
J.Aubry
www.aubry-j.com
Les boules sont universelles
Et l’on en trouve une kyrielle
De formes et de variations
Jouées ailleurs : voyez à Lyon !
Vers 1910, en Provence
Et comme ailleurs partout en France
On y jouait comme là-haut :
En courant, puis avec trois sauts ;
A la « longue », comme on disait !
Chaque joueur s’en régalait…
Sauf sur le Cours, à la Ciotat*,
Un pauvre vieux qui aimait ça
Mais qui n’était plus que douleurs !
Il restait là pendant des heures
A jalouser ses vieux copains
Qui s’amusaient tout pleins d’entrain.
Quelle pitié ! Quelle misère,
Ces rhumatismes, Bonne mère !
Alors son collègue Pitiot
Eut un projet, pas des plus sots :
On allait oeuvrer « pieds tanqués »
Et sans vraiment trop se bouger !
Pour Jules, ce serait parfait :
Il pourrait enfin rejouer…
Premières parties de pétanque
Raillées d’abord : jeu de calanques,
Sport de vieux ! Chacun se gaussa
Du « jeu de fill(e)s » de La Ciotat.
Et puis, ma foi ! L’on dut s’y faire :
Son essor extraordinaire
Par monts et par mers et par vaux
Laissa les railleurs tout penauds !
*Poème offert à la ville de La Ciotat
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Poème illustré par un tableau de :
TonyWahlander
www.artony.eu
On s’installe le soir au frais sur la terrasse
Pour mieux s’y reposer ; puis l’on cligne des yeux,
Tout effaré de vivre un tel instant de grâce ;
On sent son coeur qui bat ! Tant de beauté, mon Dieu…
Les flèches des cyprès rayurent la colline
De verticales bleues sur le feuillage vert.
Au couchant le soleil qui s’éteint enlumine
Le ciel pur qui palpite encore de lumière,
Cette lumière rose éclaboussée d’orange
Encerclant d’une aura chaque arbre et chaque fleur
Et les toits au lointain. Une sorte de frange
Qui auréole tout d’une étrange couleur !
Au fond du val un arbre au beau feuillage rouge
Met une tache feu sur la masse des pins.
L’horizon est carmin et l’on dirait qu’il bouge
Sous le soleil qui meurt d’une agonie sans fin.
La colline s’endort. Peu à peu s’y allument
Des lucioles dorées : les lampes des maisons
Sous leur toit orangé. La corne de la lune,
Croissant roux effilé, s’est mise au diapason
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Poème illstré par un tableau de :
Gilbert Thomas
www.gilbthomas.blogspot.com
Au loin c’est souvent un repère
Pour les vieux marins de Marseille ;
Et, dans « La gloire de mon père »,
Un terrain de jeux aux merveilles
Pour Marcel et le petit Paul.
A la fois colline(s) et montagne
Inoubliables pour Pagnol,
Il surplombe la vieille Aubagne,
Bien plus imposant qu’il n’est haut ;
Masse impériale et lumineuse
Dont les plantes en manque d’eau
Soufflent des odeurs délicieuses.
Son vallon des Escaouprés
Grésille sous le blanc soleil,
Enfoui au creux des rochers.
Au mois d’avril on s’émerveille
Qu’y jase un long filet d’argent
Ephémère et primesautier…
De l’eau ici ! Vraiment ! Comment ?
La Nature n’est que secrets…
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Poème inspiré par un tableau de :
Armand Feldmann
www.armandfeldmann.com
Ce n’est qu’une montée avec un escalier
Pavé de galets ronds émoussés par les ans.
Un passage incessant et des courses d’enfants
Ont corrodé la pente, usée par trop de pieds !
Ses murs étaient lépreux ? On les a revêtus
D’ocre, de jaune paille ou d’un chaud vermillon.
Des hordes d’étrangers grimpant le raidillon
Y poussent en montant de petits cris pointus,
Le trouvant trop pentu ! Il est si folklorique,
Ce vieux quartier perdu au centre de la ville !
Vraiment méridional, isolé comme une île
Tout au fin-fond de Nice, et presque chimérique
Tant il est enchanteur ! Mais bien des résidents
L’aimeraient mieux sans doute plus approprié
A leurs jambes chenues . car ils sont très âgés,
Ceux qui y sont restés sans voir passer le temps…
Ils sont au bout du bout et bientôt s’en iront
Pour que s’y enracinent, nouveaux Provençaux,
Ces nantis de Paris qu’on appelle bobos,
Qui le rénoveront à grands coups de millions !
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Poème illustré par un tableau de :
Carmelo Zagari
www.paris-art.com
Festival de ceci, Festival de cela…
Pas un village ici qui n’ait son festival !
Il y en a partout : ainsi à Charleval,
Lourmarin et Lambesc, Rognes et Saint Cannat…
Si l’on voulait vraiment être gens cultivés,
On pourrait chaque soir parcourir la Provence :
Festival de guitare ou festival de danse ?
Et que ne sais-je encor ? Que ne peut-on trouver ?
Festival des Cracheurs, Festival des Cinglés,
Festival des Cafteurs et Festival du Nu…
Non ! Je ne vous mens pas : ça existe, c’est vrai !
A quand le Festival des Grands Hurluberlus ?
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