Archives pour la catégorie “La Provence au coeur”

Poème illustré par un tableau de :

Lisa Corbière
www.open-art-galerie.com

Non loin de Forcalquier une route perdue
Bordée d’une garrigue maigre et desséchée ;
Un morne ruban gris d’asphalte délavée
Tournant dans la montagne aux formes biscornues.

Lieu triste à en pleurer, sombre lieu jalonné
Par une litanie d’accidents de voiture !
Ca se passe parfois quand la nuit est tombée
Sur la région noyée au fond du clair-obscur.

Les gens y vont trop vite ; et le vendredi soir
Ce sont surtout des jeunes rentrant d’une fête
Où ils ont bien trop bu… Il est tard, il fait noir :
La vitesse et un sort maudit les déchiquètent

Dans cet affreux tournant de sombre renommée.
On l’appelle « la Route des Quatre Destins ».
Un nom tragique et noir, du nombre des tués
Pour qui ne se leva plus jamais le matin.

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :

Dominique Garnier-Delaunay
www.artisho.com

L’aube est encor grisâtre, il est vraiment très tôt.
Châteaurenard s’éveille, il va faire très beau…
Les maraîchers du cru en sont plutôt heureux
Car mieux vaut travailler sous un ciel clair et bleu !

C’est un grand brouhaha de cris et de jurons ;
Un caravansérail de pick-up, de camions,
De tracteurs, de remorques… Légumes et fruits
Tout gonflés de lumière et les flancs rebondis

Rutilent au soleil. Atmosphère de fête !
Tomates et poivrons, aubergines, courgettes,
Pommes, mâche, radis… et que dirais-je encor ?
Emplissent des cageots ventrus jusqu’à ras bords.

Ils sont moult acheteurs derrière les barrières.
Marché de gré à gré imprégné de mystère,
Petits gestes précis, mimiques et regards
Scellent certains accords semblant un peu bizarres :

Contrats vite conclus sur parole donnée !
Et puis c’en est fini… Lors reprend le ballet
De tous les véhicule(s). Une énorme pagaille :
Comme on dit par ici, c’est vraiment un grand ouaille !

* MIN : Marché d’Intérêt National

Comments Pas de commentaire »

C’est Médor qui a déterré
Ce gros caillou tout bosselé
Dans la garrigue, sous un chêne.
Sa chair sombre striée de veines

Est un diamant noir parfumé.
C’est peut-être une mélano ?
Nous en serions tous enchantés
Mais ne soyons pas paranos…

Elle n’a pas bien fière allure,
Est toute tarabiscotée !
Mais cette odeur, cette texture…
On se met tous à saliver,

Aux anges de l’avoir trouvée…
Son parfum subtil, incopiable
Parfume le fond du panier !
Son prix n’étant pas très aimable,

On a en main un tel trésor
Qu’on se sent les maîtres du monde,
Les plus malins et les plus forts !
Pour une truffe à peine ronde…

Comments Pas de commentaire »

J’aime l’odeur fleurie des jardins encor verts
Qui commencent pourtant à se teinter de roux ;
Les caprices du temps passant du sage au fou
En moins d’une heure à peine, avec cette lumière

Un peu plus douce enfin ; ces heures, ces moments
Tièdes comme il le faut sans jamais trop d’outrance ;
J’aime les vignes bleues mais encor en dormance
Que de vieux vignerons guignent impatiemment ;

J’aime cette pluie drue, sa soudaine violence
Qui stoppe net un feu du côté de Brignoles,
Suivie d’un grand ciel bleu arrondi en coupole
Sur la garrigue sèche et jaune de Provence.

J’aime que le Midi retrouve un peu la paix,
Qu’un grand calme s’installe après tant de remous ;
J’aime les soirs dorés, écourtés, un peu mous
Sous les rayons couchants d’un soleil apaisé.

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :

Dominique Guilloineau
www.dominique-guilloineau.fr

Implacable et laiteux le soleil est penché
Au-dessus des marais accablés de chaleur.
Cet été est si chaud, son éclat si outré
Que tout semble endormi ! Une morne torpeur

Engloutit la région dans des flots de silence…
La Camargue suffoque, et l’astre triomphant
L’inonde de lumière. Le grand ciel est pesant,
Insupportable ici comme ailleurs en Provence,

Car cet été torride a pris dans ses filets
Tout le Sud épuisé par un feu harassant
Qui l’éreinte et le mine inexorablement.
La Camargue elle-même est muette et se tait.

Mais où sont ses oiseaux aux ailes colorées
De rose et d’orangé ? Et les grands taureaux noirs
Paissant les roseaux bleus dans la brise du soir ?
La Camargue a trop chaud et semble inhabitée.

Le mistral s’est éteint, soufflé par la tornade
De l’ouragan de feu d’un mois d’août démentiel.
En se vaporisant l’eau s’amalgame au ciel….
Vers Aimargues au lointain se traîne une manade.

Comments Pas de commentaire »

Dans l’air bleu qui froufroute un immense oiseau blanc
Descend de nue en nue lentement, en glissant
Du haut en bas du ciel. Un planeur, un vaisseau
Aux ailes fuselées qui plonge vers Allauch.

Il est calme et paisible : un vaste oiseau d’argent
Qui plane dans l’éther et qui chuinte en fendant
L’azur clair et serein de ce jour de juillet :
Immense goéland au coeur bleu de l’été,

Dont les ailes aiguës sont appelées des plumes ;
Un oiseau de papier où la lumière allume
Des spots ensoleillés. Dans le lointain la mer

Pétille en clignotant de feux multicolores.
Le planeur vélivol(e) sur l’horizon qu’éclaire
Le soleil déclinant tout éclaboussé d’or.

Comments Pas de commentaire »

Poème illsutré par un tableau de :

Nelly Lestrade
www.nellylestrade.e-monsite.com

Toi, l’estranger, quand tu viendras
Pour passer chez nous tes vacances,
Voici un conseil de prudence
Et dont tu nous remercieras :

Si le mas que tu as loué
Est très vieux, ses pierres chauffées
Par le grand soleil du Midi
Peuvent très bien être le nid

D’un péril inconnu pour toi.
La chaleur couvant sous le toit
Peut attirer un grand danger,
La plupart du temps ignoré

Par les Parisiens de passage.
Tu vas donc devoir être sage
Et le matin dès ton réveil
Faire bien gaffe à tes orteils :

Il faudra vider tes chaussons !
Tu dois savoir que les scorpions
Adorent l’odeur de tes pieds :
Ce n’est qu’un conseil avisé …

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :

Christian Jequel
www.christianjequel.fr

Premier juillet : congés ! C’est notre premier jour :
On va dormir très tard, faire des galipettes,
Puis déjeuner au lit au milieu des miettes,
Redormir un chouïa… puis refaire l’amour !

Ensuite on va sortir pour aller au marché,
Un marché provençal bariolé de couleurs…
Mais il fait vraiment chaud, nous irons tout à l’heure !
Je vais faire des toasts que nous pourrons manger

Avec des oeufs mollets et un peu de Banon…
Entends-tu les cigales qui chantent l’été ?
Nos amis provençaux qui sont habitués
Ne les remarquent plus. Mais pourtant que c’est bon

De les savoir ainsi cachées dans le jardin !
C’est la preuve absolue qu’on est bien en vacances
Dans un mazet perdu au coeur de la Provence.
Nous buvons le soleil et nous ne faisons rien

Que bader, et dormir, nous baigner, nous aimer.
Sous son soleil furieux le lumineux Midi
Etincelle pour nous de bonheur et de vie.
C’est notre premier jour et il est enchanté…

Comments Pas de commentaire »

Rose de Pézenas* venait de se marier
A tout juste vingt ans. Elle aimait son mari,
En était fort heureuse, attendait un bébé,
Jusqu’au jour où la Mort, se trompant, la saisit :

La belle dégustait un fruit – un abricot,
Quand elle devint bleue, gémit et s’écroula,
Etouffée bêtement par l’énorme noyau.
Monsieur de Pézenas assommé s’effondra

Dévoré de douleur. Puis revenant à lui,
Il demanda sitôt que la charmante morte
Qu’il aimait tendrement soit ensevelie
Dans sa plus belle robe. Et aussi qu’elle porte

Le collier somptueux qu’il lui avait offert.
La famille éplorée s’en vint pour l’enterrer
Et on la conduisit au triste cimetière,
Fraîche comme une fleur en robe de mariée.

Mais l’on avait appris que la belle comtesse
Portait autour du cou sa plus jolie parure
Enchâssée de cailloux de la plus belle espèce :
D’énormes diamants bleus sertis dans de l’or pur…

Quelques heures plus tard, Jacques le fossoyeur
Profanait le tombeau pour le cambrioler.
Il volait le collier quand Rose par bonheur
Sortit de pâmoison tant il la malmenait ;

Recrachant le noyau, elle se réveilla :
L’homme en la rudoyant l’avait ressuscitée…
Elle eut un bel enfant que chacun appela :
« Le pitchoun qui mourut avant que d’être né »

* On peut voir sa tombe au cimetière de La Seyne-sur-Mer

Comments Pas de commentaire »

Découpé sur l’azur, un énorme olivier ;
Un vétéran tordu, le plus vieux de Provence
Et sans doute, qui sait ? peut-être bien de France !
Un arbre invraisemblable assis sur un muret !

Avec son tronc épais d’un peu plus de vingt mètres
Couturé par le temps, d’un âge vénérable
De plus de deux mille ans, c’est un vieillard aimable
Tout couronné d’argent. Il est vraiment le maître

De tous les oliviers de toute la région.
On afflue de partout pour mieux le révérer
Car il est un symbole : il est l’arbre sacré
Des pays du Midi où chantent ces grillons

Qu’on appelle cigale(s) ! Il en est le gardien
Depuis l’aube des temps ; depuis que chaque été
Elles trouvent refuge au coeur de sa ramée.
Elles sont à l’abri et le lui rendent bien

En crissant à tue-tête au creux des feuilles grises.
Sous ses mille rejets il est tout biscornu,
Vraiment laid et touchant : un géant presque nu
Aux minuscules feuille(s) frémissant dans la brise.

Comments Un commentaire »

Poème illustré par un tableau de :

Patricia Gilles
www.pgilles.blog4ever.com

Est-il un autre lieu pour survivre en douceur
Au tourment qui vous point parfois de longues heures
Quand on réfléchit trop, au mitan de la nuit ?
La Provence est très tendre à celui qui y vit,

Malgré l’âge qui passe hérissé de terreurs.
Le temps y est facile ; il n’est jamais trop rude,
Ou quand il l’est parfois, ce semble être une erreur
Tant il est par ici plein de mansuétude.

Seul l’été est brutal ! Mais que sont ces deux mois
Parfois presqu’étouffants, comparés au bonheur
D’oublier pour longtemps que l’hiver sera froid,
De se laisser griser par chaleur et torpeur

Sous un ciel toujours bleu ! Le chagrin est moins lourd ;
Le soleil adoucit l’angoisse du futur
Chaotique et rugueux au fil gris de ses jours ;
Et l’on supporte mieux le poids de l’âge mûr,

L’on n’envisage plus de vivre ailleurs qu’ici,
Petit grain d’existence au coeur de l’Infini !
Etre catapulté quelque part en Provence :
Peut-être est-ce cela qu’on appelle la chance ?

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :

Z.Boulay
www.zboulay.blogspot.com

Il est encor des lieux préservés du chaos
Du monde secoué par tant d’ébranlements ;
Tel Sénanque aujourd’hui, en quête du Très-Haut
Dans sa vallée sauvage oubliée par le temps,

Planté dans la garrique au milieu des lavandes.
Le monastère vit à son rythme sacré,
Et comme une prière érigée sur la lande,
Son coeur de pierre bat au tempo des étés.

Il a presque mille ans. Les moines l’ont gardé
Tel qu’il fut autrefois ; et malgré maints malheurs,
Construit et reconstruit il est toujours dressé
Dans son hâvre de paix, à force de ferveur.

Il est austère et nu au coeur bleu du vallon
Où coule calmement la douce Sénancole.
Il est tout harmonie, et ses proportions
Inspirées du Divin lui donnent son envol.

Comments Pas de commentaire »

Illustration du poème trouvée sur :

www.sportspeinture.centerblog.net

Ils vont comme des fous sur des chemins cinglés,
Caillouteux, caillasseux – de vraies sentes de chèvres !
Sautillant sur le roc, comme le font les lièvres,
Ils sont sur leur vélo des acrobates nés !

Roulant par tous les temps, qu’il pleuve ou bien qu’il vente,
Ils sautent, font des bonds et ils dansent la gigue
En suant sang et eau. L’allure cahotante,
Ils battent la Provenc(e), ses rochers, sa garrigue,

Ses vallons acérés tout tapissés de yeuses !
Sous leur casque pointu on dirait des insectes.
Vieux ou jeunes mordus aux ruades joyeuses,
Progressant en sautant, c’est une étrange secte

Que ces fans passionnés d’un sport acrobatique.
Ils cherchent le plus dur : un chemin raboteux
Leur faisant emprunter un parcours chaotique.
Les vététistes sont des gens vraiment curieux !

Dédié à mon fils Renaud, vététiste accompli !

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de

Johannes Vermeer
(1632-1675)

Pauline était très belle. Elle voulait garder
Sa fraîcheur satinée, malgré le cours des ans…
Quand elle était à Aix, elle vivait souvent
Château de la Mignard(e) chez Jean-Baptiste Rey

Sa baignoire de marbre – elle existe toujours !
Etait alors emplie avec le lait d’ânesses ;
Et pour mieux accomplir l’incroyable prouesse,
On en trayait cinquante à peu près chaque jour !

Les laitières ravies tiraient… et engrangeaient !
Mais ce qu’on ignorait, c’était que les coquines
Récupéraient le lait, en marchandes mesquines,
Pour le revendre ensuite à Aix sur le marché.

Un beau jour cependant un client s’étonna :
« Le nectar équidé sentait l’eau de Cologne  » !*
Ainsi fut découvert le manque de vergogne
Des friponnes fieffées venues des Pinchinats,

Qui, couvertes d’opprobre, furent sitôt chassées
Loin de la ville d’Aix : reléguées sur leurs terres
Pendant presqu’une année ! C’en fut fait du mystère
Qui entourait Pauline et sa grande beauté…

*  » Provence secrète et insolite « - J.P Cassely
Editions Jonglez

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :

Mireille Mussi
www.passion-ocrebleue.artblog.fr

La belle Magali était une Antiboise
Aux jolis crocs tout blancs et aux lèvres cerise,
- Petites dents pointues sous sa lippe narquoise -
Et qui jouait souvent – trop ! à trousse-chemise.

Pour séduire elle était vraiment fort astucieuse,
Sachant suprêmement jouer de ses jupons
Coquets et raffinés : manoeuvres ingénieuses,
Attifiaux froufroutants sur des dessous fripons.

Dessus, son cotillon d’un lourd boutis piqué,
Fort sage et avenant, pour mieux tromper son monde !
Ensuite « la modeste », très souvent festonnée
Par de fines brodeuses connues à la ronde.

Puis venait « la friponne », qui laissait entrevoir,
Quand on la soulevait, des mollets arrondis.
Raide et amidonnée, souvent de teinte ivoire,
Elle suggérait fort des charmes interdits.

Et « la secrète » enfin ! Mais là, il faut me taire
Car vous en sauriez trop sur ce qu’on doit cacher.
Vieux jupons provençaux, existence légère
D’une fille d’autrefois aimant batifoler…

Comments Pas de commentaire »