Archives de catégorie : Zooland

La routinière

Dans le salon tic-taque une très vieille horloge.
Tout le monde est absent, il n’y a que ce bruit.
Le feu s’y est éteint, et seule une souris
Y baguenaude en paix, car nul ne l’en déloge

Du matin jusqu’au soir : les Camici travaillent.
L’on n’entend vraiment rien, hormis ce battement
Saccadé et rythmé qui fractionne le temps.
La souris court partout car la faim la tenaille,

Fouinant en tout lieu pour trouver une miette
Oubliée sur le sol ; le bruit très régulier
Du balancier qui bat ne peut pas l’effrayer :
Il fait partie d’un tout pour la petite bête !

Cependant, aujourd’hui, quelque chose est étrange :
Comme on était pressé, l’on en a oublié
De remonter l’horloge, et cet irrégulier
Tic-tac trop bien  heurté tourneboule et dérange

Le petit animal. Cadence distordue,
Chocs inaccoutumés comme lestés d’un frein
Pour le vieux balancier… L’habituel train-train
En est tout perturbé ! C’est la fuite éperdue

De la bête affolée et qui se précipite,
Vive comme un éclair, dans un sombre recoin.
Ce changement bizarre, elle n’y comprend rien !
Elle est terrorisée par ces sons insolites

Différents de ce bruit dont elle a l’habitude !
Il lui faudra du temps avant de ressortir,
D’autant que le tic-tac vient juste de mourir !
Une vie de souris, c’est parfois très très rude…

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Jalousie

Pourquoi donc cet intrus prend-il ma place au lit
Quand il vient voir Marion ? Pourquoi ces petits cris
Qu’elle pousse parfois pendant qu’il la câline
Alors que je suis seul, reclus dans la cuisine ?

Pourquoi met-il parfois sa tête dans son cou ?
C’est ma place attitrée et j’en souffre beaucoup
Car j’ai moins de bisous et bien moins de caresses
Quand cet hurluberlu s’en vient voir ma maîtresse !

Pourtant il m’aime bien, voudrait me le prouver
Par un tas de mamours. En chat bien élevé
Je tente d’accepter, mais vraiment, rien à faire !
Qu’il me fiche la paix, qu’il vaque à ses affaires,

S’en retourne chez lui ! N’a-t-il donc point de chat !
Pourquoi perturbe-t-il ma vie de vieux pacha ?
Le griffer et le mordre ? Oh, que ça me démange !
J’en ai la queue qui bat… Car est-ce qu’on dérange

Un couple chat-maîtresse, un merveilleux amour
Qui pour moi était fait pour perdurer toujours ?
Les hommes tels que lui sont une sale engeance…
Il me semble pourtant que je tiens ma vengeance :

Je viens juste à l’instant de prendre une souris
Et, par le Dieu des chats, la chance me sourit :
Il y a au salon l’une de ses chaussures
Où j’ai mis la bestiole. Une hypothèse sûre,

C’est qu’il va sûrement le prendre très très mal…
Eh oui ! Il a perdu l’arrogance du mâle :
En poussant de grands cris, il s’est rendu stupide
Aux yeux de ma maîtresse… Un dénouement rapide,

Elle a flanqué dehors le minable froussard
Aux airs de matamore. Elle l’a laissé choir
Dans la minute même, et j’ai repris ma place
Auprès de ma princesse ! Un roi dans son palace…

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Un léger souffle de soleil

Un léger souffle de soleil ?
On se sent aussitôt revivre !
Trois rayons de vent ? L’on est ivre,
Face au ciel peint de bleu vermeil

Là-bas, vers l’ouest. Fin février :
Un zeste de printemps peut-être,
Du printemps qui pour mieux renaître
Doit vite nous faire oublier

Qu’il est plus faible que l’hiver
Aux mille voltes détestables.
Attention, s’il paraît aimable,
A ses retournements pervers !

Une fleur siffle un petit air,
Hâtive ritournelle rose
Qui délicatement arrose
Le jardin d’un frais parfum vert.

Un oiseau fleurit au soleil.
Il s’est perché sur une branche
Qu’inonde une lumière blanche
Annonçant le prime réveil

De cet avril prématuré.
Un oiseau, une fleur, la brise :
Le trio printanier courtise
Les nuages peinturlurés.

Dansant au-dessus du Midi,
Le soleil ranimé effleure
Les pompons des arbres qui fleurent
Bon le gai printemps qui revit.

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L’exclus

J’ai eu un coup de griffe un peu malencontreux !
On m’a flanqué dehors, et depuis je me traîne
Au fin-fond du village où je miaule ma peine,
Vieux matou délabré tellement malheureux.

Je ne méritais pas d’être ainsi éjecté
Par Bastien dans la rue. C’est sa petite fille
Qui m’a importuné du bout de son aiguille
Pour me faire bisquer ! Et moi j’ai riposté ;

La gamine a hurlé, mon maître m’a viré
Malgré mon repentir. Depuis je vagabonde,
Il n’y a pas un chat à des lieux à la ronde…
Je suis désespéré, je voudrais tant rentrer !

Le Sauze est déserté, ce n’est pas la Saison.
Les chalets sont fermés, pas une porte ouverte
Par où me faufiler. Quelle cruelle perte…
Je suis seul et perdu sans aucune raison

Car je n’avais pas tort ! J’ai faim et il fait froid,
J’erre dans la Station. Et ce n’est pas le pire
De tout mes maux présents car j’ai entendu dire
Qu’on y a vu un loup… Vous voyez mon effroi ?

Etre mangé tout cru, sans compter l’abandon !
Dieu des Chats, je t’en prie, donne-moi une idée !
La jeune Stéphanie  va peut-être m’aider,
Demander au Papet un ultime pardon ?

Je vais aller la voir, miauler tragiquement,
Boiter et grelotter afin que la fillette
Me prenne en grand’pitié et sur le champ regrette
De m’avoir fait chasser aussi injustement.

Le vieux Bastien ne peut jamais lui refuser
L’une de ses lubies ! Oui, l’on va me reprendre.
Et si l’on ne veut pas, eh bien, j’irai me pendre !
Le suicide d’un chat ? Un scoop télévisé…

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Sadisme

Oh là là, me voici de nouveau en voiture,
Et l’on va s’acharner à me faire souffrir
Sans aucune pitié, malgré tous mes soupirs !
Pourquoi donc chaque mois cette mésaventure ?

Pourquoi le Dieu des chiens m’a-t-Il fait naître ainsi,
En me faisant cadeau d’une blanche fourrure
Qui n’est, pour dire vrai, qu’une déconfiture
Tant elle est salissante! Oh, Il m’a réussi,

Mais je dois éviter de me rouler par terre,
De baver en mangeant, de me pisser dessus,
De marcher dans la boue, de me lécher le cul,
Comme l’ont toujours fait la plupart de mes frères,

Sinon, c’est la cata ! L’on me traîne aussitôt
Chez Jean le toiletteur : c’est là que tout commence ;
L’on dirait que me voir le fait entrer en transes !
Et je n’ai pas le temps de sortir de l’auto

Qu’il se jette sur moi ! En avant la toilette…
Il me brosse, m’emmousse et me lave et m’essore,
Cisaille mon beau poil, et puis que sais-je encore !
Un tas d’humiliations, à en perdre la tête…

J’ai beau être furieux, tout espoir est défunt
De le mordre un bon coup : j’ai une muselière !
Et quand il a chiadé l’avant comme l’arrière,
Pour m’avilir encor, il me met du parfum !

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Emporte-moi, le Vent

Poème illustré par un tableau de :
Ivan Aïvazovski
(1817-1900)

Emporte-moi, le Vent, au delà de la ville,
Au fin fond du ciel bleu où volent les gabians
Se ruant vers les flots agités, criaillant
Tout comme le feraient de simples volatiles.

Emporte-moi, le Vent, au delà de Marseille,
Au-dessus de la mer avec les grands oiseaux
Discordants et rieurs qui plongent vers les flots
Tout tachetés d’or roux que l’été ensoleille.

Emporte-moi, le Vent, au delà de la côte,
Au delà de la France, au delà du Midi
Pour me dépayser. L’habitude affadit
Même les paradis, et donne la bougeotte

A quelques farfelus, bien qu’ils soient en Provence.
Emporte-moi, le Vent, peut-être vers l’Enfer,
Là où des rêves fous pourraient bien m’être offerts
Sans sitôt susciter malaise et méfiance.

Emporte-moi, le Vent, vers d’incroyables terres
Où les mois de l’été ne sont point trop brûlants,
Sans soif ni sécheresse. Où le temps se fait lent
Pour mieux sauvegarder certains jours salutaires

A la sérénité de mon âme, et transporte
Mon vieux corps ralenti par tant de temps passé,
Un temps qui m’affaiblit. Peut-être outrepassé ?
Emmène-moi, le Vent, au-delà de la Porte…

Ou la seconde version :

Garde-moi bien, le Vent, éloigné de la Porte…

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Le crocus et l’oiseau

Un crocus a jailli de l’édredon de neige
Où il dormait encor pour goûter au soleil ;
Le versant escarpé où les flocons s’agrègent
Brille de mille feux sous son disque vermeil.

La fleur est la première à fêter le printemps
Tout prêt à rénover la vie dans la montagne.
Mais un petit oiseau s’ébouriffe en chantant,
Tout gonflé de bonheur. Son gazouillis témoigne

Qu’il sait bien lui aussi que le temps est venu !
Le temps du renouveau, de l’herbe qui repousse
Pour couvrir prestement la froideur du sol nu
Des petits brins serrés de ses millions de pousses.

L’oiseau et le crocus prient à leur façon
La Nature engourdie qui tout juste s’éveille :
La fleur par sa beauté, l’oiseau par sa chanson.
Ils explosent de joie, et tous deux s’émerveillent

Que le soleil enfin reprenne le flambeau.
En hiver, comme un traître, il leur est infidèle
Et s’en va dans le Sud, où par monts et par vaux
Il oublie le Midi pour des pays plus chauds.

Mais il est revenu, bourrelé de remords,
Amenant avec lui un Printemps juvénile
Tout prêt à terrasser la froidure et la mort,
En boutant de l’Ubaye l’hiver quasi sénile

Désormais impuissant face à tant de jeunesse.
Le crocus et l’oiseau frémissent d’allégresse…

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