Archives pour la catégorie “Zooland”

Poème illustré par un tableau de :

Inma Abbet
www.inma-abbet.blogspot.com

Vibrisses hérissées, petites bouilles rondes,
Ce sont les plus jolis des hôtes des étangs
Non loin de Piémanson : le poisson y abonde,
Braconné chaque soir, tout frais et tout craquant.

Peu de gens les ont vues ; elles sont peu nombreuses,
Ne sortant que la nuit pour mener leurs affaires.
Croquer une grenouill(e) grassouillette et goûteuse
Ne les rebute point : un excellent dessert

Après un grand festin d’anguille(s) et de crevettes
Qui emplit à craquer leur bedaine dodue !
Pour loutres et loutrons, chaque soir, c’est la fête,
D’autant plus qu’en Camargue on ne les chasse plus.

Mais elles sont bien là : leur long corps effilé
Se faufile parfois le long d’une roubine.
Elles sont brun foncé, fines et bien lustrées,
Et jouent dans les roseaux. Puis quand sonnent mâtines,

Elles vont se cacher au creux de leurs terriers
Appelés des catiches par les gens d’ici.
Elles gisent en rond au fin-fond du marais,
Somnolant tout le jour jusqu’au seuil de la nuit…

 

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Poème illustré par un tableau de :

Véronique Lancien
www.livegalerie.com

On est le dix-huit juin et je lance un appel…
Aux cigales du coin : « Que faites-vous, les belles ?
Je vous aime, c’est vrai ! Mais n’imaginez pas
Que mon amour pour vous vous donne tous les droits ! 

Un ami de Salon m’a dit que vous étiez
Réveillées depuis hier, et que vous carillonniez
Comme de vraies fadas au fond de son jardin !
J’ai beau bien écouter, je n’entends… que du rien !

Il fait pourtant très chaud, il n’y a pas de vent !
Alors remuez-vous, insectes fainéants !
Sortez de votre trou pour me donner l’aubade
Et vous tairez ainsi toutes mes jérémiades !

On dit que vous chantez à Aix et à Marseille.
Et  à Lambesc, alors? Il y a du soleil
A tire-larigot depuis huit jours au moins !
Ne sentez-vous donc pas que vous rendez chagrins

Tous ceux que vous privez de vos joyeux cricris ?
On vous réclame tous, et à cors et à cris !
Cessez donc de vous faire ainsi tirer l’oreille :
Venez vite goûter aux bienfaits du soleil !

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Antonin acheta au marché de Coudoux
Un joli porcelet tout rose et tout dodu :
Un tout petit bébé, avec un nez pointu
Comme un nez parisien, bien retroussé du bout.

Tout d’abord le cochon pensa qu’on l’adorait
Car il était traité comme un roi : des patates,
Des choux et de la viande, et des restes de pâtes…
Il n’était pas nourri, non ! Il était gavé.

Il devint plantureux et tout bardé de lard,
Tant qu’on venait le voir de tous les alentours.
L’Antonin le palpait et lui faisait la cour
Avec beaucoup de soin, le couvant du regard…

Un jour que le cochon savourait son bonheur,
Il vit soudain son maître entrer dans son enclos,
Ecumant comme un fou, brandissant un couteau.
Il y avait dans l’air comme un goût de malheur !

Affolé, acculé face à l’infâme brute,
Le porc terrorisé s’élança vers le mur
Où son nez s’écrasa ! Mon Dieu que c’était dur !
Il s’ensuivit alors une terrible lutte…

Mais le cochon gagna et il prit le maquis,
Une épaisse garrigue où il vécut longtemps
Marié à une laie. Mais hélas ! ses enfants
Furent les héritiers de son nez aplati…

Tous les porcs ont depuis cette étrange figure,
A cause d’Antonin et de sa cruauté :
Vouloir ainsi changer un ami en pâté !
Puisse le Ciel un jour punir la forfaiture…

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L’âne Batifolo était vraiment très vieux :
Il n’y voyait plus bien et trébuchait souvent,
Tant et si bien qu’un jour le pauvre clopinant
Tomba au fond d’un puits au mazet Donnadieu.

Il se mit à hennir, à vous rendre fadas !
Son maître, l’Antonin, ne sachant plus que faire,
S’en fut sitôt quérir ses amis et son frère
Pour l’aider à sortir le vieil âne de là.

On réfléchit beaucoup, on se cassa la tête…
Jusqu’à ce qu’on en vienne à un raisonnement :
Enterrer tout vivant l’âne bien trop bruyant,
Alléguant qu’après tout ce n’était qu’une bête !

Et chacun pelleta bientôt de tout son coeur
Sans oser regarder le fruit de son travail.
L’animal s’était tu. Et tous, vaille que vaille,
Bossaient comme des fous pour oublier l’horreur

De ce qui se passait quand soudain, – oh ! mystère !
La tête de la bêt(e) surgit du trou comblé…
Et l’on comprit alors qu’à chaque pelletée,
L’âne se secouait pour enlever la terre

Qui était sur son dos et montait par dessus !
Il snoba les tueurs en passant devant eux,
La lippe méprisante et le port dédaigneux,
Ignorant les « Hourrah » de tous ces malotrus

Qui voulaient l’enterrer avant qu’il ne fût mort.
Et il vécut tout seul non loin de Lourmarin,
Heureux d’avoir quitté le cruel Antonin
Et d’avoir échappé à un coquin de sort …

Vous avez des ennuis ? Alors secouez-vous :
C’est la seule façon de se sortir du trou !

« Güther Martine a ecrit :
J’ ai beaucoup aimé le poème : la tactique de l’ âne…Bravo… »

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Poème illustré par un tableau de :

Paul Collomb
www.galerielaetitia.com/collomb

Quel objet de fierté que mon petit jardin,
Fleuri à la folie, scintillant de couleurs !
Un presque paradis et tout juste un lopin
Explosant sous le ciel en des milliers d’odeurs.

J’y vais tous les matins pour le couver des yeux,
Otant les rameaux morts et arrosant les fleurs :
Heure privilégiée et moment délicieux
Qui me calme et m’apaise en réchauffant mon coeur…

Mercredi le soleil venait de se lever
Quand j’ai cru défaillir : mes jolis pétunias,
Les pétales en berne, étaient déchiquetés,
Comme mes azalées, mes roses, mes zinnias…

Un grand festin de nuit pour d’horribles limaces
Qui s’en étaient gavées ! Et pour mieux me narguer,
Elles m’avaient laissé leur bave dégueulasse
Qui courait sur le mur en sillon argenté !

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Poème illustré par un tableau de :

Philibert-Léon Couturier
(1823-1901)

Terrés dans les sous-sols, ils grouillent par-dessous ;
Ombres grises, furtives, cachées sous la ville
Et menant une vie silencieuse et tranquille
De squatteurs souterrains, de maîtres des égoûts.

On en a vraiment peur : c’est de la répulsion
Que nous éprouvons tous quand ils ont l’impudence
De sortir de leur trou. Mais nous avons la chance
Qu’ils se montrent discrets : ils sont mille millions

A vivre camouflés aux tréfonds de Marseille !
Car que ferions-nous donc si un jour ils voulaient
Profiter du beau temps, du soleil marseillais ?
Ils en auraient le droit : leur race est aussi vieille

Que notre race à nous. Et l’on oublie aussi
Qu’ils sont nos éboueurs, à nettoyer sans trêve
Nos sanies, notre boue… Mais la prochaine grève
Nous fera souvenir de leur nombre infini…

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Voici donc le printemps ! Un vol de moucherons
Danse dans l’air léger du tout nouvel avril.
Un ballet saccadé fait de cent et de mille
Insectes concordants, d’étranges bestions :

Jamais de collisions malgré l’incohérence
De leur vol en zigzags. Ne tournant qu’au carré,
Ne connaissant que l’angle, ils ne savent voler
Qu’en faisant du surplace ; sans aucune ordonnance,

Sans organisation et sans télescopage,
Ils montent, redescendent, remontent en biais,
En long et en travers, sans jamais se heurter :
C’est vraiment du grand art ! Oui, mais pour quel usage ?

Pourquoi ne savent-ils donc pas danser en rond ?
Et pourquoi ce ballet et ce rassemblement
D’insectes biscornus dans l’air chaud et tremblant ?
Le vol des moucherons pose moultes questions…

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Sonnet illustré par une aquarelle de :

Alain
www.villeparisis.canalblog.com

Sous le grand soleil roux vole un papillon blanc :
Une valse indécise et un peu saccadée
Tournoyant dans le ciel sur les ailes du vent,
Rythmée par le beau temps au tempo de l’été.

Il va de-ci, de-là au gré de l’air léger
Vers le plus haut du ciel qui cligne en pétillant,
Puis repart aussitôt comme une fleur ailée
Se posant quelquefois sur un bois de sarment ;

Une fleur-papillon vibrant sur les aigrettes
D’un pissenlit des champs dont la blonde houppette
Palpite comme un coeur dans l’été qui s’éveille !

C’est le frémissement d’un petit corps débile
Posé sur un pétale étoilé de soleil,
Puis l’envol convulsif de quatre ailes fragiles.

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Marmaduke O’Reily idolâtrait la France :
Voulant s’y installer non loin d’Aix en Provence
Pour pouvoir profiter du soleil du Midi,
Il fit donc son bagage et quitta son pays

Avec ses poissons rouges, son vieux chihuhua,
Ses serins, son hamster… sans oublier son chat :
Un chat au poil de jais et dont le regard d’or
Luisait étrangement : il n’était pas d’accord

Car il désirait fort rester en Angleterre…
Marmaduke ravi trouva que la lumière,
La mer et le soleil, la garrigue et le vent
Etaient tous « marvelous », de même que les gens.

Mais Puck n’appréciait pas… Puis il eut une idée :
Les yeux demi-fermés, il se mit à passer
Sa patte doucement derrière son oreille.
C’était un chat malin : tout marcha à merveille !

Il se mit à pleuvoir sans discontinuer,
Jour après jour, sans cesse… Et l’Anglais déprimé
Se mit à regretter son déménagement,
Sa terre, ses amis et sa vieille maman…

Il refit sa valise et repartit chez lui
Avec son chien, son chat, ses serins … et tutti !
Et chacun ébahi put dès lors constater
Que Puck, dès qu’il pleuvait, ronronnait sans arrêt…

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Léonce le cobaye est bien sous son figuier !
On l’y a installé non loin de la terrasse
Sous un grillage fin, de crainte qu’un rapace
Le trouvant bien dodu ne vienne l’enlever.

Aussi doux qu’un lapin, il est gâté, pourri
Par la petite Hermione, ainsi qu’une poupée.
Comme il est très sensible, il sait bien moduler
Ses petits cris d’amour avec moults roucoulis

Dès qu’il veut un câlin. Il aime la tendresse
Et rien ne saurait plus plaire à notre bestiole
Qu’un bisou de l’enfant qui l’aime et le cajole,
Ebouriffant son poil à force de caresses…

C’est un Léonce hirsute, un rongeur tricolore
Fait comme une pelisse. Amorphe et un peu lent,
Grignoti grignotant de ses fort longues dents
Un brin de céleri, il soupire et s’endort…

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Une mésange zinzinule
A la folie, éperdument,
Et son chant rebondit en bulles
Sur les eaux vives de l’Argens.

Recherche-t-elle un mésangeau ?
Nous sommes au temps des amours
Du mois d’avril ! Mais les oiseaux
Savent-ils bien compter les jours ?

Guère plus que nous il me semble…
Le jardin est enjolivé
Par le doux gazouillis qui tremble ;
Et ces notes tout embaumées

Par les fleurs du nouveau printemps
Virevoltent dans les allées :
Le chant frais du nouveau printemps
Qui va nous forcer à danser !

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Poème illustré par un tableau de :

Peter Robinson
www.arcadja.com

Si vous avez un chat, ne vous y trompez pas :
Vous habitez chez lui ! C’est lui qui est votre hôte
Et le propriétaire ! Et il n’est bien que là
Où il a choisi d’être ! Il ne se fait pas faute

De vous le démontrer en squattant sans vergogne
Votre lit, vos fauteuils, votre tapis persan…
Ne le chassez donc pas : il se mettrait en rogne,
Vous décochant sitôt un regard méprisant

Qui vous pétrifierait ; et vous seriez soudain
Réduit à presque rien, bien moins qu’une bestiole !
Car vous êtes l’intrus :  il est le souverain
De toute la maison. Et vraiment est bien fol

L’Humain un peu bouché qui n’y a rien compris.
Soyez en bien certain, vous avez de la chance
Qu’il veuille bien de vous car ici c’est chez lui !
Ainsi sont faits les chats, même ailleurs qu’en Provence…

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Le perroquet Marius était toujours dehors
Dans sa cage dorée posée sur la terrasse
Car il pouvait ainsi voir les badauds qui passent
Et son maître pensait qu’il en était d’accord.

Ca faisait bien longtemps qu’Alex vivait ici
Et il y connaissait tous les gens du quartier ;
Voisins et résidents lui parlaient volontiers
Dès qu’il le rencontraient, comme font les amis…

Mais petit à petit ils devinrent très froids !
Quels griefs avaient-ils envers et contre lui ?
Ils paraissaient furieux, et tels des ennemis
Grognaient en le croisant des mots fort discourtois.

Notre Alex en souffrait… Un vendredi matin,
Comme il faisait très beau, il laissa son auto
Et s’en alla à pieds pour joindre son boulot.
Quand il rentra le soir il comprit le tintouin :

Le prenant pour un autre, un quelconque voisin,
Marius lui débita un chapelet d’injures…
Avec sa voix à lui ! Quelle déconfiture !
Notre homme comprit tout et rentra le vilain

Bien qu’il soit avant tout le seul vrai responsable :
Alex était grossier et jurait sans arrêt,
Et l’oiseau s’était mis à fort bien l’imiter !
Qui donc dans cette histoire était vraiment coupable ?

Depuis le perroquet n’insulte que le chat
Car il reste dedans. C’est fini, le bon air !
Alex le ré-éduqu(e) car il voudrait en faire
Un oiseau fort civil que lui-même n’est pas…

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A la surface de la mer,
Un oiseau cendré se balance
Sur l’eau qui clapote et qui danse ;
Un oiseau insoucieux de l’air

Qui seul devrait être son monde !
L’eau le soulève et, à son gré,
Le fait descendre et remonter ;
Oiseau des airs, oiseau de l’onde,

Tu vas me donner le tournis !
N’as-tu donc aucune nausée
A te laisser ainsi bercer
Par le tangage ou le roulis ?

La Méditerranée l’endort !
Ces moutons sont des vaguelettes
Faites pour bercer les mouettes
Aux yeux cernés d’un cercle d’or.

On dirait un léger yo-yo
Montant et descendant sans cesse :
Une mouette qui paresse
Loin des lourdes nuées, sur l’eau…

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Poème illustré par un tableau de :

Georges Braque
(1882-1963)

Grimpant sur le chemin serpentant vers le mas,
Dans le pin surplombant le maquis souffreteux
J’ai vu un bel oiseau : un oiseau merveilleux
Dont le chant mélodieux a imprimé sa trace

A jamais dans mon coeur. Etait-ce un oiseau-lyre ?
Mais non ! Pas en Provence ! Il n’y a par ici
Que des oiseaux normaux ! Pas d’oiseaux-fantaisie !
Etait-il inventé et né d’un doux délire ?

Son plumage luisait ; sa tête était huppée
D’une couronne d’or ; sa longue queue bifide
D’un beige lumineux tachetée d’éphélides
Comme ton joli nez. Et son bec recourbé

Etait long et pointu comme une fine aiguille.
Mais c’est surtout son chant qui m’a comme envoûtée :
Roulades en cascade et qui semblaient couler
Du haut en bas du ciel en  roucoulantes trilles !

Hélas ! J’ai dû bouger car soudain la merveille
A cessé de chanter et a pris son essor ;
Et laissant derrière elle un long sillage d’or,
Elle est montée en flèche, au loin, vers le soleil.

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