Archives de catégorie : Zooland

Le crocus et l’oiseau

Un crocus a jailli de l’édredon de neige
Où il dormait encor pour goûter au soleil ;
Le versant escarpé où les flocons s’agrègent
Brille de mille feux sous son disque vermeil.

La fleur est la première à fêter le printemps
Tout prêt à rénover la vie dans la montagne.
Mais un petit oiseau s’ébouriffe en chantant,
Tout gonflé de bonheur. Son gazouillis témoigne

Qu’il sait bien lui aussi que le temps est venu !
Le temps du renouveau, de l’herbe qui repousse
Pour couvrir prestement la froideur du sol nu
Des petits brins serrés de ses millions de pousses.

L’oiseau et le crocus prient à leur façon
La Nature engourdie qui tout juste s’éveille :
La fleur par sa beauté, l’oiseau par sa chanson.
Ils explosent de joie, et tous deux s’émerveillent

Que le soleil enfin reprenne le flambeau.
En hiver, comme un traître, il leur est infidèle
Et s’en va dans le Sud, où par monts et par vaux
Il oublie le Midi pour des pays plus chauds.

Mais il est revenu, bourrelé de remords,
Amenant avec lui un Printemps juvénile
Tout prêt à terrasser la froidure et la mort,
En boutant de l’Ubaye l’hiver quasi sénile

Désormais impuissant face à tant de jeunesse.
Le crocus et l’oiseau frémissent d’allégresse…

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Le printemps en mer

Le mistral aujourd’hui a-t-il perdu son souffle ?
Il n’est plus qu’un zéphir sur les flots dodinant
Sous l’azur bleu cobalt. Mais là-bas le Ponant
Est encor un peu gris sous le ciel que boursouflent

Des nuages légers tout comme des ombrelles.
La Méditerranée froufroute doucement
Jusqu’à l’horizon bleu qui ondoie lentement,
Aussi calme qu’un lac aspergé par la grêle

Des rayons printaniers qui pleuvent sur ses vagues.
A l’Est, Marseille est roux et toujours endormi
Comme un gros animal qu’on a enfin soumis,
Bien qu’encor agité de rêves qui divaguent.

Au large du Frioul ont jailli des courbettes
Toutes synchronisées : les ricochets mouillés
D’un groupe de dauphins. Sont-ils émoustillés
Par l’appel du printemps comme les autres bêtes 

Ou vraiment étrangers aux phases saisonnières ?
Sous leurs corps fuselés, l’eau est violet foncé.
Ils stridulent encor, avant de s’enfoncer
Dans l’abîme béant où même la lumière

Ne peut plus pénétrer. Là-haut, à la surface,
La mer chauffe ses flots à grands coups de soleil.
Un tout jeune gabian péniblement s’essaye
A monter vers l’azur, exempt de cette grâce

Inhérente aux oiseaux et à ses congénères.
Tirant vers les nuées ses ailes de velours,
Volant toujours plus haut, il est désormais lourd
D’un défi insensé : atteindre la lumière 

Du soleil qui renaît pour la saison nouvelle
Et gicle du ciel pur en millions d’étincelles.

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Sur le grand plateau roux…

Sur le grand plateau roux autour de Valensole
Le vent fait onduler les blés comme un dément.
Le soleil qui tournoie scintille éperdument
Sur le plumage noir des corbeaux qui s’envolent

Alors que gronde au loin la rumeur d’un orage.
Le ciel est étouffant, les nues sont indigo,
Se délestant parfois de rares gouttes d’eau.
Il y a vers Gréoux un monceau de nuages

Zébrés de temps en temps par des serpentins jaunes.
Sur le village gris, tout près, tinte le glas :
Un villageois est mort, une âme qui s’en va
Faire un dernier voyage ; et la cloche qui sonne

Sanglote en même temps que les nuages crèvent.
L’homme était peu aimé. Et pour l’accompagner
Des gens bien peu nombreux, tous en train de grogner
Contre l’agitation de l’été qui s’achève.

L’orage a éclaté ; dans le vieux cimetière
Où l’eau s’est abattue tout le monde s’enfuit.
Les oiseaux se sont tus. Tout à coup c’est la nuit
En plein après-midi. Un zeste de lumière

S’accroche encor un peu à la nouvelle tombe
Boueuse et délaissée dans l’énorme fracas
Des éclairs aveuglants. Puis il marque le pas…
Sur le trou mal comblé, lentement, la pluie tombe.

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Les deux loups

Dans les ruelles bleues du village endormi
Sont passées ce matin deux ombres silencieuses :
C’étaient deux grands loups noirs à l’allure orgueilleuse,
Ces loups dont tout berger est le pire ennemi.

Le premier était vieux, traînant un peu la patte.
Le second le suivait comme l’on suit le chef,
Juste un peu en retrait. Eloignés de leur fief
Tout-là haut dans l’Ubaye, de vrais aristocrates

A l’air très assuré et forts de leur bon droit !
Ils traversaient Le Sauze, absolument tranquilles
Dans la rue assoupie de la petite ville.
Ils n’y redoutaient rien, ils en étaient les rois.

La lune est apparue, bien claire et toute ronde…
Alors les deux grands loups se sont soudain dressés
Sur leurs pattes arrière ; ils se sont transformés
En chevaliers d’antan, projetés hors d’un monde

Evanoui depuis un peu plus plus de mille ans.
Ils étaient tout armés, portaient une cuirasse
Tout empéguée de sang. Derrière eux nulle trace
Car ils étaient sans poids… Puis la lune en roulant

S’est enfuie dans le ciel. Tout aussitôt les hommes
Sont redevenus loups, soudain ré-enchantés.
Ils sont donc repartis, esprits noirs et hantés,
Espérant bien un jour redevenir comme

Ils étaient autrefois avant d’être maudits
Pour avoir trop tué, courant de guerre en guerre.
Une bonne leçon ? Oui, mais c’était naguère,
Quand la mort était laide et le crime interdit*

De nos jours, ce n’est pas le cas, n’est-ce pas ? Hum !

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Sonnet pour le printemps

Du vert commence à poindre au bout des branches grises.
D’imperceptibles points, mais que l’on voit pourtant
En clignant bien des yeux ! L’on dirait que le temps
Est un peu moins maussade, et même que la brise

Sent fort bon depuis peu. Un roitelet que grise
La douceur du matin annonçant le printemps
Sifflote un petit air. Car c’est en tuituitant
Que les petits oiseaux séduisent leur promise !

Ce refrain ne serait-il pas une promesse
Impossible à tenir ? Comme cette grand’messe
Du printemps en avance et goûté bien trop tôt,

Serait-ce point trop beau ? Le petit oiseau chante
A sa belle endormie que va naître bientôt
La saison de l’amour dont chaque être s’enchante…

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Impatiente

Perçois-tu, comme moi, un cliquetis rythmé ?
Serait-ce un faux espoir? Entend-on les cigales ?
Mais c’est une illusion : les bruyantes cymbales
Des mâles déchaînés ne se mettraient jamais

A cliquer aussi tôt ! Je suis trop impatiente.
Et pourtant… Et pourtant… L’on dirait bien, pourtant,
Même si c’est inouï… L’incroyable beau temps
De cette fin de mai, ces journées si clémentes

Pourraient justifier qu’elles soient déjà là !
A cette simple idée, l’on a le cœur en fête :
Enfin ressuscitées et déjà en goguette…
Oh, nous les aurions donc pour plus de quatre mois ?

La Provence n’est rien sans ses menues prêtresses !
Encore un crissement… et puis deux… et puis trois !
Dame Nature est-elle en un si grand arroi
Qu’elle emmêle les mois? Pourtant rien ne la presse,

Elle a encor du temps pour les faire jaillir
De leur nid enfoui tout au fond de la terre !
Encore un criquement… C’est vraiment un mystère !
Mais notre ouïe ne peut à ce point nous mentir :

C’est bien vous, mes amies, qui crissez à tue-tête !
Rien ne peut arrêter votre joyeux tchi-tchi ;
Et oubliant déjà le squelette blanchi
Qui vous emprisonnait avant cette grand’fête

Des beaux jours revenus où vous vous éclatez,
Vous attendez l’amour. Criquez donc, les cigales !
Chantez passionnément votre immense fringale
D’encenser le soleil avant le plein été !

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Mon ami papillon

Amour d’une minute, instant inoubliable…
Un phénomène ailé s’en est venu tout seul
Se poser sur mon doigt. Semblable à un glaïeul,
Une fleur qui volait, une fleur admirable

Dont la vie frémissait au contact de la mienne :
Un papillon géant issu d’une forêt
De l’autre bout du monde. Ou alors d’un Après
Appelé Paradis ? Couleur de l’obsidienne,

Il était bien fermé. Quand il ouvrit ses ailes,
Elles devinrent bleues, d’un bleu incandescent
Qui m’était inconnu. Un bleu rafraîchissant
Pour de vieux yeux blasés, bien plus bleu que le ciel

Pourtant bleu de chez nous quand il fait de l’esbroufe !
Au bout de mon index, je sentais palpiter
L’insecte si léger. Moment d’éternité
Qui fait battre le cœur très fort et qui l’étouffe

D’une énorme émotion ! Le contact de deux vies
Qui n’auraient jamais dû, jamais, se rencontrer ;
Un instant incroyable et qui m’a fait vibrer…
J’ai alors ressenti la chimérique envie

Que ce moment béni plus jamais ne s’arrête.
Mais les deux ailes bleues ne pouvaient point cesser
De battre trop longtemps. Et l’insecte lassé
S’est enfin envolé vers une autre amourette…

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