Archives de catégorie : Zooland

La mer en hiver

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Poème illustré par un tableau de :
Katsushika Hokusaï
(1760-1849)

Est-ce Klein qui ce soir a colorié le ciel
Blafard depuis deux jours – Triste ciel de Provence !
D’un grand bleu d’outremer, à l’éclat si intense
Qu’il éteint peu à peu le discret arc-en-ciel

Posé sur l’horizon par un récent orage ?
La Méditerranée, peinte par Okusaï,
Se jette en galopant à l’assaut du Cap d’Ail,
Et ses flots insensés lancés à l’abordage

S’abattent bruyamment sur les hauts rochers gris.
C’est la mer en hiver, dont les eaux malmenées
Bousculent violemment la plage abandonnée.
Les mouettes là-haut ne sont plus qu’un long cri

Et plongent en hurlant vers les énormes vagues.
C’est la mer en hiver, qui n’a plus rien à voir
Avec cette douceur des longs jours et des soirs
De l’été flamboyant ! Les oiseaux qui divaguent

Dans le vent oscillant se laissent emporter
Au gré du mistral noir qui hérisse leurs plumes.
Le soleil a bondi, et sa lumière allume
Sur les flots en fureur des éclairs irisés.

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L’orage

 

maisonnette

Le ciel lourd est très noir, posé comme un couvercle
Sur le village gris où rien ne bouge plus.
Pas un souffle de vent sous le terrible cercle
Sombre comme la nuit, là-haut, juste au-dessus

Des vieux toits bien serrés les uns contre les autres.
Leurs pans tout biscornus sont secs depuis juillet
Et leurs tuiles roussies. Quelques matous s’y vautrent,
Les seuls à apprécier la touffeur de l’été.

La ligne d’horizon est curieusement claire,
Car autour du couvercle un cerne de ciel bleu
Emet étrangement un halo de lumière.
Mais la nuit vainc le jour, le gomme peu à peu,

Bien que des éclairs blancs lient le ciel à la terre.
Un réseau électrique au rythme grésillant
Strie les nues sans arrêt. Une pluie salutaire
Serait la bienvenue ! Tout le monde l’attend

Sous la coupole noire où stagne la tempête.
On a tous l’impression que l’éther est pesant,
Qu’un glaive est suspendu au-dessus de nos têtes,
Qu’il va bientôt tomber, nous anéantissant.

Le dôme du ciel lourd pèse comme un couvercle
Sur Jausiers accablé. Les oiseaux se sont tus.
L’orage qui grossit peu à peu nous encercle ;
Un éclair a frôlé le haut clocher pointu.

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L’embobineur

chat-curieux

Issu de cet Ailleurs que seuls les chats connaissent,
Il est venu chez moi, tout petit rien du tout
Certainement perdu, un minable matou.
Voulant faire de moi son esclave-maîtresse,

Il a tout fait bientôt pour investir la place :
Il l’avait décidé, je n’y pouvais plus rien !
Et réussissant même à séduire mon chien,
Il a su déployer tant d’atours et de grâce

Qu’il a gagné mon coeur. Bien vite sous le charme,
Je n’ai plus alors su le rejeter dehors.
Car c’est ainsi, un chat : sous un fragile abord,
Un vrai ensorceleur ! Vous n’avez aucune arme

Pour lutter contre lui, contre ses sortilèges.
Il a tous les atouts, c’est un grand séducteur,
Sachant ouvrir pour vous le domaine enchanteur
D’un monde énigmatique, avec tout un cortège

De signes mystérieux, de tendresse donnée
Seulement s’il le veut ! Petit sphinx sibyllin
Et terrible enjôleur, le tout petit félin
M’a mise sous sa coupe et m’a embobinée !

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Le cadeau de Mimi

Chat

Ma maîtresse exagère. Et bien mal m’en a pris
De lui faire un présent ! Car elle vient encore
De remettre dehors la minable souris
Attrapée au jardin près de la mandragore

Pour la lui apporter avec moulte tendresse
Et la mettre à ses pieds avec beaucoup d’amour.
Elle a poussé un cri, et puis – oh, la traîtresse !
M’a reclus au cellier fermé à double tour.

Pas la première fois que je me fais avoir !
Elle a pris un balai pour chasser la bestiole…
Rien qu’en fermant les yeux, il me semble la voir
La pousser dans la cour pour qu’elle batifole

En se foutant de moi, bien loin de mes sévices
Et de ma cruauté. Après, décolérant,
Elle n’y verra plus qu’une sorte de vice
Envers lequel il faut être un peu tolérant,

Et me fera sortir ! Mais j’aurais bien mieux fait
De croquer mon butin ! Ma maîtresse est bizarre,
Qui mange du poulet et de l’agneau de lait
Sans se considérer comme un monstre barbare !

Et moi, pour un mulot, tel un croquemitaine,
J’aurai été parqué au fond d’une prison…
Lors d’une autre battue que j’espère prochaine,
Je commettrai mon coup bien loin de la maison !

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Le rescapé

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Illustré par un tableau de :
Virginie Trabaud

Un tout petit oiseau sautille
Dans le jardin tout déplumé.
Minuscule yoyo emplumé,
Il fait ployer une brindille

De son infime poids ailé.
Le ciel pesant, le long hiver
Sans fleurs, sans lumière et… sans vers,
Ne semblent point le perturber !

Il n’a pas faim, non ! Il gazouille,
Vif comme l’air et guilleret,
Auréolé d’un liseré
De lumière au chatoiement rouille.

Joli spectacle, évidemment !
Peut-être bien une mésange,
Ou la miniature d’un ange
Aussi scintillant qu’un diamant

Dans les gais reflets du soleil ?
Soudain je frappe dans mes mains :
Je viens de voir sous le jasmin,
Emergeant de son lourd sommeil,

Ma petite amie carnassière,
La chatte Amour. Elle a senti
Qu’il y avait un étourdi
Non loin de là ! Le pauvre hère

N’a que le temps de s’envoler…
La chatte est restée toute bête,
La gueule bée sur sa défaite.
Quant à l’oiseau, il rigolait…

 

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Le nuage récalcitrant

nuage

L’aube teinte de roux la montagne qui dort,
Encor tout embrumée au-dessus de l’Ubaye.
Nimbant de ses rayons un marmotton qui baille,
Le soleil ranimé l’encapuchonne d’or,

Le métamorphosant en peluche cuivrée…
Tout est encor très calme, hormis le clapotis
Du torrent qui bondit, et un doux chuchotis
Sourdant étonnamment de l’écume nacrée.

Un soleil pâlichon est posé sur l’Estop
Qui penche son sommet au-dessus du village ;
Il n’y a dans le ciel qu’un tout petit nuage
Qui s’y est accroché depuis deux jours, non-stop,

Et n’en veut point partir. Bien jolie broderie
Que la brise rudoie du matin jusqu’au soir,
Mais qui ne bouge pas, ne paraît point vouloir
Se disperser enfin. Une bizarrerie

Du ciel calme de juin refusant d’effacer
Ce plumet cotonneux qui se croit immuable !
Le temps s’est arrêté. Maudit temps détestable
Qui veut tout abolir, transformer en Passé

Toute chose jolie et qui semble immortelle !
Le nuage figé depuis deux jours entiers
Au-dessus de l’Estrop sous le soleil altier
Veut faire croire à tous que n’est pas éternelle

L’inéluctable course implacable du Temps.
Il est blanc, floconneux, tout rond comme une boule
Ou un agneau dodu. Et le torrent qui roule
Fait bouger son reflet sur le flot froufroutant…

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Le monologue du chat

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Mon petit cœur de chat est vraiment douloureux :
Le Ciel s’était montré jusqu’ici généreux
Pour moi depuis toujours ; mais depuis cet automne,
Ma vie est fracassée, bousillée par un homme…

Dieu des Chats, que fait-il allongé sur le lit
A gigoter ainsi ? Pourquoi ces petits cris ?
Sont-ils devenus fous ? Et pourquoi ma maîtresse
Dispense-t-elle ainsi tout un tas de caresses

A ce maudit humain ? Je me sens délaissé…
Pourquoi depuis l’été ce grand type empressé
S’en vient-il donc la voir de façon régulière ?
Savez-vous que parfois l’on ferme ma chatière

Pour me laisser dehors ? Je n’y suis plus du tout…
Me comparerait-elle à ces affreux matous
Qui rôdent dans le coin ? Mon adorable ingrate
Aurait-t-elle oublié ? Je lui léchais la patte

Pour la réconforter, quand son maudit mari
La laissant toute seule un beau jour est parti ;
Je savais l’apaiser avec délicatesse,
En petit chat aimant. Maintenant la drôlesse

Semble avoir oublié à quel point je l’aimais,
Ne me caressant plus, non, presque plus jamais ;
Tout au moins pas autant que moi je le souhaite !
Ne serais-je donc plus pour Léa… qu’une bête ?

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L’aile du papillon

Pyrèthres

L’aile d’un papillon vient de frôler la joue
Satinée comme un lys d’une belle dormeuse
Assoupie au jardin. L’insecte bleu qui joue
Offre à Angelica agitée et fiévreuse

Un fort joli présent, car il l’a libérée,
En l’effleurant tout doux, d’un pénible sommeil
Hanté de cauchemars. Encor tourneboulée,
Elle quitte en baillant son fauteuil au soleil

Et gagne son bureau pour jouer sur l’ordi.
Assommée par sa sieste et les mains hésitantes,
Elle cherche, elle clique, elle erre et elle écrit,
Sans trop savoir comment, un truc en dilettante ;

Elle dicte au clavier du grand n’importe quoi,
N’importe quelle option sur n’importe quel site,
Tapant sans le vouloir l’adresse d’un… Benoît !
C’est donc un papillon né dans les clématites

Qui s’en vient par hasard de tout redessiner
En deux destins humains… De la danse anarchique
D’un insecte linotte un coup de foudre est né !
Une rencontre issue d’étourderies magiques !

Angelica, Benoît : tout de suite l’entente
Pour un fort long amour fait de lait et de miel…
L’insecte est reparti les ailes palpitantes,
Jolie fleur azurée voletant dans le ciel.

Après avoir changé la vie de ces deux êtres,
Il s’en est retourné tout au fond du jardin
Pour aller, le pauvret, errer dans les pyrèthres*,
Enivré du parfum des roses et du thym…

*Pyrèthre : fleur naturellement insecticide.

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Les maisons gigognes

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Il y a deux maisons au cœur de sa maison :
Celle où il est présent, celle où il n’est pas là.
Celle qui est rangée, où règne la raison ;
Et celle où vient un homme avec ce branle-bas

Accompagnant l’amour. Les jours où elle est seule,
Tout est trop bien rangé, et la maison ronronne
Comme un gentil matou. Le confort un peu veule
D’une douce routine, un peu trop monotone…

Et puis quand il arrive, il apporte le feu
De cette agitation tourbillonnant dehors ;
Sorte de mouvement les emportant tous deux,
Réveillant la maison, lui rappelant alors

Que la vie, c’est l’amour et ses bizarreries.
Soudain désordonnée, sa demeure s’éveille,
S’extravagant soudain d’un zeste de folie
Dont même le vieux chat étonné s’émerveille…

Et puis quand il s’en va, la Belle au Bois dormant
Retourne doucement au paisible sommeil
Du train-train quotidien. Un doux ronron charmant,
Même si chaque jour tout est toujours pareil.

Imperturbable et sage, elle attend qu’il revienne,
Chérissant en son cœur la tendre perspective
D’un bien proche retour… Etranges phénomènes,
Ils ne se cherchent point une autre alternative !

Sous la même toiture, il y a deux maisons :
Celle du célibat, celle des amoureux
Qui veulent concilier raison et déraison.
Un curieux compromis, mais qui les rend heureux…

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L’oiseau couleur de miel

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Une ombre lumineuse est passée dans le ciel :
Les ailes d’un oiseau, battement de lumière
Plongeant vers le sol nu où quelques taches claires
Annoncent le printemps. Un oiseau couleur miel…

Frou-frou silencieux, est-ce une tourterelle ?
Un vol illuminé par le soleil nouveau
Dans des nues enfin bleues. Un mouvement tout chaud
Et frémissant de vie. La lumière étincelle

Sur le plumage clair de l’oiseau scintillant :
Est-ce un morceau d’étoile arraché à sa mère,
Un fragment de soleil détaché de son père,
Ces ailes de lumière au cœur du grand ciel blanc ?

Ce flambeau du matin, c’est une tourterelle
Nimbée par le soleil d’un halo argenté.
Puisse ce rêve fou ne jamais s’arrêter,
Ni l’oiseau flamboyant s’enfuir à tire d’aile !

Je vais fermer les yeux pour le garder en moi,
Intact, sauvegardé par ma piètre mémoire
Qui va vite y cueillir cette fort simple histoire,
Poème sans façon pour conter mon émoi :

Une ombre lumineuse est passée dans le ciel :
Les ailes d’un oiseau, battement de lumière
Plongeant vers le sol nu où quelques taches claires
Annoncent le printemps. Un oiseau couleur miel…

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La montagne au matin

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La montagne est posée sur un nuage bleu
Car le lit de l’Ubaye est noyé dans la brume.
Les sommets rougeoyants où le soleil s’allume
Paradent dans le ciel comme à la queue leu leu.

Un aigle s’est posé sur une roche sombre
Encor nimbée de noir. L’aube fait scintiller
Son plumage sanglant ; et ses yeux désillés
Par le petit matin percent les zones d’ombre

Qui restent accrochées aux versants de la nuit.
La vallée embrumée et grise dort encore,
Toute givrée de froid. La lueur de l’aurore
L’emperle de rosée et l’herbe argentée luit

En petits dards aigus implantés dans le sol.
La montagne au matin lentement s’ensoleille.
Un tout petit oiseau qui doucement s’éveille
Inconscient du danger va prendre son envol…

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Le maître de la nuit

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C’est un être d’ailleurs qui ne sort que le soir,
Une ombre souple et sombre ondulant sous la lune.
La lumière chatoie sur son pelage noir,
Alors qu’il s’insinue dans la pénombre brune,

S’extirpant de la cache où il s’était blotti.
Seul depuis sa naissance et prince solitaire
Sans maître, foi ni loi, c’est un chat de la nuit
Dont on se dit parfois qu’il est né de la Terre

Et du Ciel réunis, tel un djinn mystérieux.
Prétendue nonchalance et indolence altière
Lui donnent l’air d’un roi qui n’aurait aucun dieu.
C’est un farfadet noir évitant la lumière.

S’il condescend parfois – il faut bien subsister !
A devoir se nourrir du fond d’une poubelle,
C’est toujours dignement et avec majesté.
Mais sa fourrure sombre est toujours aussi belle,

Quelle que soit la fange où il s’est faufilé.
Il avance tout doux ; sa beauté est extrême ;
Aucun faux mouvement ne peut l’annihiler
Et sous la lune bleue, il est la grâce même.

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Sonnet d’un soir d’été

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Poème illustré par un tableau de :

Claude Gellée, dit « Le Lorrain »
(1600-1682)

La Méditerranée est mouchetée de sang
Par le soleil couchant ; son ultime lumière
Embrase l’onde sombre, et son image altière
S’efface lentement aux confins du Ponant.

La mer s’est embrunie, hormis ces taches rousses
Qui ensanglantent l’eau. Marseille s’adoucit.
En se laissant aller sous le ciel obscurci,
La ville s’assoupit sous la nue calme et douce

Où s’arrondit la lune embrumée d’un halo.
Son image floutée se reflète dans l’eau,
Oscillant sur les flots où tanguent des mouettes.

Un vent paisible et doux souffle sur le Vieux Port,
Le faisant frissonner. Et les pointus* cliquettent
En se cognant l’un l’autre, amarrés bord à bord.

* Barques caractéristiques du Midi

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Le vieux mas et le vent

Mas dans la garrigue

Il est comme un fortin ancré dans la garrigue,
Un vieux mas chavirant au souffle du mistral
Qui tournoie follement en entamant sa gigue,
Donnant au ciel cobalt l’éclat pur du cristal.

Les murs tout de guingois ont des teintes d’automne,
Et la lumière y pose un doux chatoiement roux
Alors que le soleil, tel un grand dahlia jaune,
Se fane à l’horizon du côté de Coudoux

Où s’éteignent les feux de la vie quotidienne.
Le mas est isolé ; on le dirait perdu
Dans la lande pelée aux teintes d’obsidienne ;
De son toit quelquefois un grand vol éperdu

De tout petits oiseaux jaillit comme une trombe
Sans qu’on sache pourquoi ni comment ils sont là :
Eclos au creux des murs ? Le mas, tel une tombe,
Semble pourtant sans vie. Le vent a cappella

Soudain pris de folie hurle son chant de mort
Et heurte à l’huis moisi comme s’il désirait
Entrer à l’intérieur de la maison qui dort.
S’élevant dans le soir comme un temple doré,

Le mas résiste à tout… Le mistral tourbillonne
Tout autour du bastion. Il beugle et il gémit
Bien inutilement : il n’y a plus personne
Dans la vieille bastide avalée par la nuit.

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Début d’automne en Ubaye

Darlyne

L’air pur est transparent. Quelques nuages stagnent
Au-dessus du Pelat, posés sur la montagne
Comme des fleurs fanées. L’automne est déjà là ;
L’été part en lambeaux. L’on en entend le glas…

Passent dans le ciel bleu des V presque immobiles ;
Mais le lent battement des ailes si fragiles
N’y laisse rien du tout, pas même un seing d’argent.
Septembre est moribond, et le temps bien changeant

Depuis quelque trois jours. Il y a de la neige
Sur le Bric de Rubren : simple liseré beige !
La nuit est parfois froide, et aussi le matin
Juste au lever du jour. Les mélèzes châtains

Mettent de la lumière au flanc gris des collines
Avant de grisailler en perdant leurs épines,
Et ils virent au roux un peu plus chaque jour.
Planant au creux du ciel, il y a un vautour

Tournoyant affamé en quête de charogne.
Il recherche la mort sans aucune vergogne
Et son profil funeste outrage le soleil.
Les monts à l’horizon se teintent de vermeil.

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