Archives de catégorie : Zooland

Le nuage récalcitrant

nuage

L’aube teinte de roux la montagne qui dort,
Encor tout embrumée au-dessus de l’Ubaye.
Nimbant de ses rayons un marmotton qui baille,
Le soleil ranimé l’encapuchonne d’or,

Le métamorphosant en peluche cuivrée…
Tout est encor très calme, hormis le clapotis
Du torrent qui bondit, et un doux chuchotis
Sourdant étonnamment de l’écume nacrée.

Un soleil pâlichon est posé sur l’Estop
Qui penche son sommet au-dessus du village ;
Il n’y a dans le ciel qu’un tout petit nuage
Qui s’y est accroché depuis deux jours, non-stop,

Et n’en veut point partir. Bien jolie broderie
Que la brise rudoie du matin jusqu’au soir,
Mais qui ne bouge pas, ne paraît point vouloir
Se disperser enfin. Une bizarrerie

Du ciel calme de juin refusant d’effacer
Ce plumet cotonneux qui se croit immuable !
Le temps s’est arrêté. Maudit temps détestable
Qui veut tout abolir, transformer en Passé

Toute chose jolie et qui semble immortelle !
Le nuage figé depuis deux jours entiers
Au-dessus de l’Estrop sous le soleil altier
Veut faire croire à tous que n’est pas éternelle

L’inéluctable course implacable du Temps.
Il est blanc, floconneux, tout rond comme une boule
Ou un agneau dodu. Et le torrent qui roule
Fait bouger son reflet sur le flot froufroutant…

Publié dans La Haute Provence, Le début de l'été, Zooland | Laisser un commentaire

Le monologue du chat

chat-lune-nuit-fb-1-juillet-13

Mon petit cœur de chat est vraiment douloureux :
Le Ciel s’était montré jusqu’ici généreux
Pour moi depuis toujours ; mais depuis cet automne,
Ma vie est fracassée, bousillée par un homme…

Dieu des Chats, que fait-il allongé sur le lit
A gigoter ainsi ? Pourquoi ces petits cris ?
Sont-ils devenus fous ? Et pourquoi ma maîtresse
Dispense-t-elle ainsi tout un tas de caresses

A ce maudit humain ? Je me sens délaissé…
Pourquoi depuis l’été ce grand type empressé
S’en vient-il donc la voir de façon régulière ?
Savez-vous que parfois l’on ferme ma chatière

Pour me laisser dehors ? Je n’y suis plus du tout…
Me comparerait-elle à ces affreux matous
Qui rôdent dans le coin ? Mon adorable ingrate
Aurait-t-elle oublié ? Je lui léchais la patte

Pour la réconforter, quand son maudit mari
La laissant toute seule un beau jour est parti ;
Je savais l’apaiser avec délicatesse,
En petit chat aimant. Maintenant la drôlesse

Semble avoir oublié à quel point je l’aimais,
Ne me caressant plus, non, presque plus jamais ;
Tout au moins pas autant que moi je le souhaite !
Ne serais-je donc plus pour Léa… qu’une bête ?

Publié dans Amours, Zooland | Laisser un commentaire

L’aile du papillon

Pyrèthres

L’aile d’un papillon vient de frôler la joue
Satinée comme un lys d’une belle dormeuse
Assoupie au jardin. L’insecte bleu qui joue
Offre à Angelica agitée et fiévreuse

Un fort joli présent, car il l’a libérée,
En l’effleurant tout doux, d’un pénible sommeil
Hanté de cauchemars. Encor tourneboulée,
Elle quitte en baillant son fauteuil au soleil

Et gagne son bureau pour jouer sur l’ordi.
Assommée par sa sieste et les mains hésitantes,
Elle cherche, elle clique, elle erre et elle écrit,
Sans trop savoir comment, un truc en dilettante ;

Elle dicte au clavier du grand n’importe quoi,
N’importe quelle option sur n’importe quel site,
Tapant sans le vouloir l’adresse d’un… Benoît !
C’est donc un papillon né dans les clématites

Qui s’en vient par hasard de tout redessiner
En deux destins humains… De la danse anarchique
D’un insecte linotte un coup de foudre est né !
Une rencontre issue d’étourderies magiques !

Angelica, Benoît : tout de suite l’entente
Pour un fort long amour fait de lait et de miel…
L’insecte est reparti les ailes palpitantes,
Jolie fleur azurée voletant dans le ciel.

Après avoir changé la vie de ces deux êtres,
Il s’en est retourné tout au fond du jardin
Pour aller, le pauvret, errer dans les pyrèthres*,
Enivré du parfum des roses et du thym…

*Pyrèthre : fleur naturellement insecticide.

Publié dans Amours, Contes, Le début de l'été, Questions ?, Zooland | Laisser un commentaire

Les maisons gigognes

paysage-campagne-provencale

Il y a deux maisons au cœur de sa maison :
Celle où il est présent, celle où il n’est pas là.
Celle qui est rangée, où règne la raison ;
Et celle où vient un homme avec ce branle-bas

Accompagnant l’amour. Les jours où elle est seule,
Tout est trop bien rangé, et la maison ronronne
Comme un gentil matou. Le confort un peu veule
D’une douce routine, un peu trop monotone…

Et puis quand il arrive, il apporte le feu
De cette agitation tourbillonnant dehors ;
Sorte de mouvement les emportant tous deux,
Réveillant la maison, lui rappelant alors

Que la vie, c’est l’amour et ses bizarreries.
Soudain désordonnée, sa demeure s’éveille,
S’extravagant soudain d’un zeste de folie
Dont même le vieux chat étonné s’émerveille…

Et puis quand il s’en va, la Belle au Bois dormant
Retourne doucement au paisible sommeil
Du train-train quotidien. Un doux ronron charmant,
Même si chaque jour tout est toujours pareil.

Imperturbable et sage, elle attend qu’il revienne,
Chérissant en son cœur la tendre perspective
D’un bien proche retour… Etranges phénomènes,
Ils ne se cherchent point une autre alternative !

Sous la même toiture, il y a deux maisons :
Celle du célibat, celle des amoureux
Qui veulent concilier raison et déraison.
Un curieux compromis, mais qui les rend heureux…

Publié dans A la maison, Amours, Zooland | Laisser un commentaire

L’oiseau couleur de miel

free-as-a-bird-r10151-4

Une ombre lumineuse est passée dans le ciel :
Les ailes d’un oiseau, battement de lumière
Plongeant vers le sol nu où quelques taches claires
Annoncent le printemps. Un oiseau couleur miel…

Frou-frou silencieux, est-ce une tourterelle ?
Un vol illuminé par le soleil nouveau
Dans des nues enfin bleues. Un mouvement tout chaud
Et frémissant de vie. La lumière étincelle

Sur le plumage clair de l’oiseau scintillant :
Est-ce un morceau d’étoile arraché à sa mère,
Un fragment de soleil détaché de son père,
Ces ailes de lumière au cœur du grand ciel blanc ?

Ce flambeau du matin, c’est une tourterelle
Nimbée par le soleil d’un halo argenté.
Puisse ce rêve fou ne jamais s’arrêter,
Ni l’oiseau flamboyant s’enfuir à tire d’aile !

Je vais fermer les yeux pour le garder en moi,
Intact, sauvegardé par ma piètre mémoire
Qui va vite y cueillir cette fort simple histoire,
Poème sans façon pour conter mon émoi :

Une ombre lumineuse est passée dans le ciel :
Les ailes d’un oiseau, battement de lumière
Plongeant vers le sol nu où quelques taches claires
Annoncent le printemps. Un oiseau couleur miel…

Publié dans La Provence au coeur, Printemps, Zooland | Laisser un commentaire

La montagne au matin

peintures-sommets-

La montagne est posée sur un nuage bleu
Car le lit de l’Ubaye est noyé dans la brume.
Les sommets rougeoyants où le soleil s’allume
Paradent dans le ciel comme à la queue leu leu.

Un aigle s’est posé sur une roche sombre
Encor nimbée de noir. L’aube fait scintiller
Son plumage sanglant ; et ses yeux désillés
Par le petit matin percent les zones d’ombre

Qui restent accrochées aux versants de la nuit.
La vallée embrumée et grise dort encore,
Toute givrée de froid. La lueur de l’aurore
L’emperle de rosée et l’herbe argentée luit

En petits dards aigus implantés dans le sol.
La montagne au matin lentement s’ensoleille.
Un tout petit oiseau qui doucement s’éveille
Inconscient du danger va prendre son envol…

Publié dans La Haute Provence, Zooland | Laisser un commentaire

Le maître de la nuit

chat-lune-nuit-fb-1-juillet-13

C’est un être d’ailleurs qui ne sort que le soir,
Une ombre souple et sombre ondulant sous la lune.
La lumière chatoie sur son pelage noir,
Alors qu’il s’insinue dans la pénombre brune,

S’extirpant de la cache où il s’était blotti.
Seul depuis sa naissance et prince solitaire
Sans maître, foi ni loi, c’est un chat de la nuit
Dont on se dit parfois qu’il est né de la Terre

Et du Ciel réunis, tel un djinn mystérieux.
Prétendue nonchalance et indolence altière
Lui donnent l’air d’un roi qui n’aurait aucun dieu.
C’est un farfadet noir évitant la lumière.

S’il condescend parfois – il faut bien subsister !
A devoir se nourrir du fond d’une poubelle,
C’est toujours dignement et avec majesté.
Mais sa fourrure sombre est toujours aussi belle,

Quelle que soit la fange où il s’est faufilé.
Il avance tout doux ; sa beauté est extrême ;
Aucun faux mouvement ne peut l’annihiler
Et sous la lune bleue, il est la grâce même.

Publié dans Zooland | Laisser un commentaire

Sonnet d’un soir d’été

port250

Poème illustré par un tableau de :

Claude Gellée, dit « Le Lorrain »
(1600-1682)

La Méditerranée est mouchetée de sang
Par le soleil couchant ; son ultime lumière
Embrase l’onde sombre, et son image altière
S’efface lentement aux confins du Ponant.

La mer s’est embrunie, hormis ces taches rousses
Qui ensanglantent l’eau. Marseille s’adoucit.
En se laissant aller sous le ciel obscurci,
La ville s’assoupit sous la nue calme et douce

Où s’arrondit la lune embrumée d’un halo.
Son image floutée se reflète dans l’eau,
Oscillant sur les flots où tanguent des mouettes.

Un vent paisible et doux souffle sur le Vieux Port,
Le faisant frissonner. Et les pointus* cliquettent
En se cognant l’un l’autre, amarrés bord à bord.

* Barques caractéristiques du Midi

Publié dans Le début de l'été, Le soleil-lion, Marseille, Méditerranée, Zooland | Laisser un commentaire

Le vieux mas et le vent

Mas dans la garrigue

Il est comme un fortin ancré dans la garrigue,
Un vieux mas chavirant au souffle du mistral
Qui tournoie follement en entamant sa gigue,
Donnant au ciel cobalt l’éclat pur du cristal.

Les murs tout de guingois ont des teintes d’automne,
Et la lumière y pose un doux chatoiement roux
Alors que le soleil, tel un grand dahlia jaune,
Se fane à l’horizon du côté de Coudoux

Où s’éteignent les feux de la vie quotidienne.
Le mas est isolé ; on le dirait perdu
Dans la lande pelée aux teintes d’obsidienne ;
De son toit quelquefois un grand vol éperdu

De tout petits oiseaux jaillit comme une trombe
Sans qu’on sache pourquoi ni comment ils sont là :
Eclos au creux des murs ? Le mas, tel une tombe,
Semble pourtant sans vie. Le vent a cappella

Soudain pris de folie hurle son chant de mort
Et heurte à l’huis moisi comme s’il désirait
Entrer à l’intérieur de la maison qui dort.
S’élevant dans le soir comme un temple doré,

Le mas résiste à tout… Le mistral tourbillonne
Tout autour du bastion. Il beugle et il gémit
Bien inutilement : il n’y a plus personne
Dans la vieille bastide avalée par la nuit.

Publié dans A la maison, Chez nous, Cités provençales, La Provence au coeur, Zooland | Laisser un commentaire

Début d’automne en Ubaye

Darlyne

L’air pur est transparent. Quelques nuages stagnent
Au-dessus du Pelat, posés sur la montagne
Comme des fleurs fanées. L’automne est déjà là ;
L’été part en lambeaux. L’on en entend le glas…

Passent dans le ciel bleu des V presque immobiles ;
Mais le lent battement des ailes si fragiles
N’y laisse rien du tout, pas même un seing d’argent.
Septembre est moribond, et le temps bien changeant

Depuis quelque trois jours. Il y a de la neige
Sur le Bric de Rubren : simple liseré beige !
La nuit est parfois froide, et aussi le matin
Juste au lever du jour. Les mélèzes châtains

Mettent de la lumière au flanc gris des collines
Avant de grisailler en perdant leurs épines,
Et ils virent au roux un peu plus chaque jour.
Planant au creux du ciel, il y a un vautour

Tournoyant affamé en quête de charogne.
Il recherche la mort sans aucune vergogne
Et son profil funeste outrage le soleil.
Les monts à l’horizon se teintent de vermeil.

Publié dans Automne, La Haute Provence, Zooland | Laisser un commentaire

La complainte du Marseillais muté

Esnard flanerie au panier

Poème illustré par un tableau de :

Josette Esnard

Une affreuse nouvelle, une journée maussade…
Je vais m’évanouir, mon cœur bat la chamade :
Encor abasourdi, je suis tout hébété
Et j’accuse le coup. Je viens d’être muté !

Je dois déménager : je vais quitter ma ville
Et devoir renoncer au petit coin tranquille
Où je vivais tout doux, loin de tout embarras.
Sûr que d’ici deux jours, mon cœur me lâchera

Tant il martèle fort ! Mais je dois m’atteler
Au déménagement… Vieux trucs amoncelés
Depuis des décennies… Mon Dieu, que j’étais bien
Sous mon ciel toujours bleu, avec mon chat, mon chien !

Comment leur expliquer que nous allons partir ?
Notre petit Eden, c’était notre avenir…
Comment envisager une autre perspective ?
Cette ville qu’on dit souvent hyperactive,

Qui sait qu’elle détient quantité de quartiers
Où l’on peut vivre seul, tout aussi isolé
Qu’au fin-fond du maquis  ? C’est dans un vrai village
Que je menais ici une vie de vieux sage,

Un vrai village inclus au centre de Marseille :
Le quartier du Panier… Oh, toutes ces merveilles
Que je ne verrai plus ! Et notre cher accent,
Je ne l’entendrai plus ? Devrai-je vivre sans ?

Sans la mer, le Vieux Port et sans la Canebière ?
Et comment m’éveiller loin de la bonne Mère ?
Un foutu rond-de-cuir m’a condamné à mort
En m’exilant ainsi à Paris, dans le Nord !

Publié dans Marseille, Zooland | Laisser un commentaire

La bête à bon Dieu

Posée sur une fleur, une bête à bon Dieu :
Petite boule rouge et symbole de joie,
Cachant sous son habit les deux ailes de soie
L’aidant à déguerpir des détestables lieux

Qu’on saupoudre à l’envi de mille saletés.
Ta jolie protégée, Seigneur ! est bien mignonne,
Léger rond rutilant posé sur la bignone
Qu’elle ponctue de rouge ! Adieu le DDT…

Dans mon jardin, ma mie, tu es en sûreté.
Tu pourras y croquer les maudites bestioles
Grignotant mes rosiers, dont le goût affriole
Les pucerons du coin, ces gourmands éhontés !

Les sept taches tombées sur ton manteau carmin
Sont des gouttes de nuit jaillies du crépuscule.
Insecte du bon Dieu, fragile et minuscule,
Tu es un talisman au coeur de mon jardin.

Tueur de pucerons, avales-en autant
Que tu peux en manger ! Charmante coccinelle
Jolie comme un bijou, garde fermées tes ailes
Et reste ici chez moi jusqu’à la fin des temps…

Publié dans A la maison, Printemps, Zooland | 2 commentaires

L’écornifleur

Lézard2

Il est entré chez moi sans y être invité,
Petit éclair si vif qu’il m’a fait sursauter :
Un tout petit lézard, minuscule reptile
Fourvoyé par hasard, livré à domicile

Par la curiosité ou la peur de l’hiver !
A-t-il vu la géante avec un tee-shirt vert
Qui se penchait sur lui ? Il s’est enfui si vite
Que je n’ai même pas pu fixer les limites

De mon royaume à moi, de son domaine à lui !
Oh, puisse-t-il – Seigneur ! n’être pas dans mon lit
Où dort déjà mon chat hostile à tout partage !
Je n’ose point ici vous parler du carnage…

Mais non ! Monsieur musarde et mes soucis sont vains :
Vrillant sa longue queue et frétillant du train,
Il court en fouinant, filant de pièce en pièce
Et rendant fou Mimi, qui ignore l’espèce

A laquelle appartient ce bizarre animal
Se contentant , c’est vrai, d’un repas minimal :
Une mite, peut-être, ou une mini-mouche ?
Rien qu’il vienne indûment nous tirer de la bouche !

Mais que va-t-il bien faire au creux de ma maison ?
L’adopter ne serait que pure déraison,
D’autant que mon Mimi n’en a aucune envie !
Et je ne connais point la durée d’une vie

De lézard provençal transformé en pacha !
Après tout, l’on verra… J’espère que mon chat
Va le considérer comme son petit frère
En menant avec lui de longs jours solidaires…

Publié dans Contes, Zooland | 3 commentaires

Refuge

SAMSUNG

C’est ici qu’elle est bien, au cœur de sa maison,
Lovée dans son fauteuil. Quand l’ombre qui s’installe
L’enferme sous son dôme, et quand la nuit avale
La campagne alentour en gommant l’horizon,

Elle clôt ses volets en se cadenassant
Pour vite retrouver sa chère solitude ;
Et elle éprouve alors une vraie plénitude
A être seule, enfin, loin d’un monde lassant.

Seule avec son chat Luc et son copain Arnie,
Arnie le poisson rouge, un tiers que le félin
Aimerait bien parfois combler… de gros câlins :
Il vaut mieux éviter… Une étrange harmonie

Règne alors en maîtresse au cœur du vieux mazet.
Ils sont bien tous les trois ! Sérénité parfaite,
Impression d’être ainsi pleinement satisfaite :
Justine en est heureuse et n’en est pas blasée,

Même si ses amis ne la comprennent pas.
Parfois un homme vient, mais il est éphémère
Car Justine est en fait une vraie solitaire.
Sa vie s’écoule ainsi et glisse sur le mas

Sans paraître y laisser une quelconque trace.
La maison est tranquille à l’ombre du grand Ciel,
A l’abri d’un ailleurs bien trop superficiel.
L’on ne s’y soucie point de ces années qui passent…

Publié dans A la maison, Chez nous, Zooland | Laisser un commentaire

Détresse

chatterton

Poème illustré par un fragment de :

« La mort de Chatterton »
Tableau de
Henry Wallis (1856)

Lové comme un fœtus au sein chaud de son lit
Où il gît replié et en chien de fusil,
Jean rêve à son histoire et songe à ses ratages.
Il n’existe ici-bas pas de grand rattrapage ;
Il va donc partir seul sans en faire un tapage.

Sa vie fut un fruit sec, terne fut son destin !
Il lui semble pourtant n’être encor qu’au matin
De ses jours pâlichons tellement monotones :
Du néant grisailleux, des incidents atones…
Dehors le ciel est gris comme un ciel gris d’automne

Pesant sur la maison tout comme sur son âme.
Il n’y a dans sa vie nul ami, nulle femme,
Ni aucune famille. Il est seul ici-bas,
Sauf Anita, parfois, pour de mornes ébats !
Personne dans sa vie si ce n’est Jo, son chat…

Son chat tout près de lui, qui s’insère et s’enroule
Dans le creux de son cou, tel une douce boule,
Pelotonné en rond comme il le fait toujours.
Son chat toujours fidèle et qui, jour après jour,
Lui voue discrètement un silencieux amour.

Jean se sent tout honteux, car il est responsable
Du petit animal, si tendre et si aimable.
Comment pourrait-il donc abandonner ainsi
Ce Jo si innocent et maintenant assis,
Inquiet, sur sa poitrine ? Il est son seul ami…

Ne t’en fais pas, mon chat ! L’on va continuer
Cette vie assommante et sans grand intérêt.
Tout ça n’aura duré que le temps d’un soupir,
On va se délabrer et se sentir vieillir…
Impossible pourtant de te faire souffrir !

Lové comme un fœtus au sein chaud de son lit
Où il gît replié et en chien de fusil,
Jean rêve à son histoire et songe à ses ratages.
Il n’existe pour lui qu’un seul vrai rattrapage,
Il lui faut prolonger cet ennuyeux voyage…

Publié dans Automne, Les gens, Zooland | Laisser un commentaire