Archives pour la catégorie “Zooland”

Au-dessus de l’Ubaye vole un aigle royal
Aux contours acérés sur l’horizon tout bleu
Haché par les pics noirs des Alpes provençales.
L’oiseau géant qui plane égratigne les cieux ;
Ses ailes déployées propulsées par la mort
En font un grand planeur que les ailes du vent
Soutiennent par-dessous, au moment où l’aurore
Pose sur les sommets un entrelacs d’argent.
En bas dans la vallée, c’est la vie qui s’éveille :
Un matin de printemps oublieux du danger,
Renaissant lentement sous le premier soleil…
Un lapin étourdi va se faire piéger
Quand un gros marmotton, voyant l’ombre cruelle,
S’évertue à siffler : c’est une débandade !
Pour les oiseaux aussi, qui fuient à tire-d’aile
Oubliant pour un temps leur amoureuse aubade…
L’aigle qui a plongé remonte au haut du ciel,
Mécanique inlassable et faite pour tuer.
Son immense ombre noire est comme une parcelle
De l’implacable loi régissant la vallée…
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Publié par Vette dans Hiver, Zooland

Les hurlements du vent qui secoue l’olivier
Dans le fond du jardin ravivent ma mémoire
Car il beuglait ainsi quand, par un triste soir,
Notre vieux chien Nestor* est mort dans son panier.
Il fait tout aussi froid, et depuis quelques jours
Le mistral déchaîné échevèle la mer.
C’était le même temps, un rude temps d’hiver
Pétrifiant la Provence… Il était presque sourd
Et vieux, tellement vieux… Le canal est gelé
Et l’eau comme un miroir reflète le ciel gris…
Lui, ses yeux étaient bleus ; c’était un vieil husky
Peu fait pour vivre à Aix. A la fin, tout pelé,
Il avait l’air minable, usé d’un vieux tapis.
Il avait souvent froid et se pelotonnait
Comme un chaton frileux près de la cheminée.
On n’a pas oublié… Quand il s’est endormi,
Le mistral fou furieux qui hurlait en dément
Secouait la maison avec un bruit d’enfer.
Alors sa très vieille âme épuisée par l’hiver
S’est laissé emporter par les ailes du vent…
*Pour notre Nestor qui, lui, était un caniche !
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Un chaton minuscule, et si frêle qu’il tient
Comme un joli jouet dans le creux de la main.
Il a vingt-quatre jours et il est si craquant
Qu’on est tout attendri rien qu’en le regardant.
Est-il fille ou garçon ? On ne peut pas le dire !
C’est si petit, tout ça ! Un bébé qui respire
A grands soupirs de chat ! Son souffle est si ténu,
Si fragile et si fort qu’on en est tout ému,
Vraiment bouleversé. Eh bien voilà, chaton…
Il nous va donc falloir te trouver un prénom !
Et te voici lâché dans toute une existence
De quelque vingt années, associé à la danse
Des chattes, des matous ! En attendant ronronne,
Jolie boule de poils ! Que ta mère te donne
Son trop-plein de tendresse avant de te jeter.
Car ainsi va la vie, mon bel ébouriffé…
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Poème illustré par un tableau de :
Christian Guinet
www.peintre-couleur.com
Cigales du silence, avez-vous oublié
Que c’est le pein été et qu’il n’est pas fini ?
Ou êtes-vous passées ? Etes-vous endormies ?
Vous ne criquetez plus depuis la fin juillet !
Nous sommes le six août : on ne vous entend plus !
Vous avez peu chanté, cette année, toutes belles !
Il a fait bien trop frais ; cet été est rebelle
Et bien trop fainéant ! Il faut qu’il se remue
Et nous procure encor quelques jours de chaleur.
Quant au vent, qu’il s’en aille ! Il lui faut réserver
Sa hargne et son ardeur pour le prochain hiver !
Cigales, mes amies, vous aimez la torpeur
De ces jours bien trop chauds qui nous anéantissent
Et sans un souffle d’air, dévalant du ciel bleu.
Ne vous endormez pas, restez encor un peu !
Il me semble en effet que je sens les prémisses
D’un véritable été ! Il serait enfin temps…
Ne partez surtout pas ! Vous allez reconnaître
Ce pays de Provence qui vous y a vu naître…
Et si vous y restiez au moins jusqu’au printemps ?
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Poème illustré par un tableau de :
Vincent Van Gogh
(1853-1890)
Fermez-la ! les cigale(s), car on ne s’entend plus
Ronfloter doucement pendant qu’on se repose
Après le déjeuner ! Marquez donc une pause
A l’heure de la sieste ! Nous sommes tous perclus
D’un grand coup de bambou tant l’été est torride.
Et cricri, et cricri, et cricri, et cricri…
Votre chant monocorde est à crever d’ennui
Et nous use les nerfs de son rythme torpide !
Et pourtant l’on se plaint quand vous n’êtes pas là
Dès le vingt et un juin, le grand jour de l’été !
Que de gémissements si vous nous oubliiez
Et n’acceptiez plus de venir au gala
Offert pour la mi-juin : la fête du Retour…
Mais au bout de deux mois nous en avons assez
De votre crissement ! Ne pourriez-vous changer
Parfois votre tempo au fil de ces longs jours ?
Mais ne vous vexez pas : c’est juste pour la sieste
Qu’on vient vous demander de vous calmer un peu !
Nous sommes malheureux quand vous nous dit(es) : « Adieu » !
Ne soyez pas marries si l’on vous admoneste !
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Publié par Vette dans Zooland

Le sourire du chat, c’est son ronronnement ;
Quant à celui du chien, c’est sa queue qui remue !
Ils nous aiment tous deux à grand coeur que veux-tu,
Mais son attachement est vraiment un penchant
Pour le chien si fleur bleue : un vrai coeur d’artichaut !
Le chat est bien plus fier : c’est lui qui vous choisit
Si vous le méritez ! Quelle moue de mépris
Si vous le décevez ou lui demandez trop ;
Car c’est lui le seigneur, qui décide à pas d’heure
De venir vous trouver pour faire un gros câlin !
Il mène par le nez ces stupides humains
Qui ne comprennent pas que c’est lui le meneur !
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Un bouquet de poissons de toutes les couleurs
Virevolte en valsant autour d’un rocher bleu :
Des bijoux ciselés pour le plaisir des yeux,
Mais que seuls quelques uns ont la fortune et l’heur
De voir ainsi tourner dans un monde enchanté.
Viens avec moi, Phyllis ! Allons donc faire un tour
Là où l’été brûlant n’est plus qu’un demi-jour.
Suis moi et n’aie pas peur car nous allons plonger…
Nous sommes devenus des bulles si légères
Que nous devons lutter pour rester tout au fond.
Ton visage est très pâle et tes yeux sont tout ronds
Derrière le hublot. Devenus des chimères,
Nous flottons, ondoyant comme les algues rouges
Où se faufile et danse un étrange ballet :
A rayures, à pois, bariolés, chamarrés,
Les poissons ballotés par l’eau grise qui bouge
S’abandonnent tout doux. Puis soudain ils s’enfuient
Sans aucune raison pour revenir bientôt ;
Baguenaudant sans but et frôlant notre peau,
Ils sont immatériels : tout juste un friselis
De vie calme et tranquille aux tréfonds de la mer.
Sous nos palmes le sable est comme rayuré
Par des vagues dorées. Le soleil est gommé,
Réduit par l’ombre ocrée à un jeu de lumières.
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Poème illustré par un tableau de :
Inma Abbet
www.inma-abbet.blogspot.com
Vibrisses hérissées, petites bouilles rondes,
Ce sont les plus jolis des hôtes des étangs
Non loin de Piémanson : le poisson y abonde,
Braconné chaque soir, tout frais et tout craquant.
Peu de gens les ont vues ; elles sont peu nombreuses,
Ne sortant que la nuit pour mener leurs affaires.
Croquer une grenouill(e) grassouillette et goûteuse
Ne les rebute point : un excellent dessert
Après un grand festin d’anguille(s) et de crevettes
Qui emplit à craquer leur bedaine dodue !
Pour loutres et loutrons, chaque soir, c’est la fête,
D’autant plus qu’en Camargue on ne les chasse plus.
Mais elles sont bien là : leur long corps effilé
Se faufile parfois le long d’une roubine.
Elles sont brun foncé, fines et bien lustrées,
Et jouent dans les roseaux. Puis quand sonnent mâtines,
Elles vont se cacher au creux de leurs terriers
Appelés des catiches par les gens d’ici.
Elles gisent en rond au fin-fond du marais,
Somnolant tout le jour jusqu’au seuil de la nuit…
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Poème illustré par un tableau de :
Véronique Lancien
www.livegalerie.com
On est le dix-huit juin et je lance un appel…
Aux cigales du coin : « Que faites-vous, les belles ?
Je vous aime, c’est vrai ! Mais n’imaginez pas
Que mon amour pour vous vous donne tous les droits !
Un ami de Salon m’a dit que vous étiez
Réveillées depuis hier, et que vous carillonniez
Comme de vraies fadas au fond de son jardin !
J’ai beau bien écouter, je n’entends… que du rien !
Il fait pourtant très chaud, il n’y a pas de vent !
Alors remuez-vous, insectes fainéants !
Sortez de votre trou pour me donner l’aubade
Et vous tairez ainsi toutes mes jérémiades !
On dit que vous chantez à Aix et à Marseille.
Et à Lambesc, alors? Il y a du soleil
A tire-larigot depuis huit jours au moins !
Ne sentez-vous donc pas que vous rendez chagrins
Tous ceux que vous privez de vos joyeux cricris ?
On vous réclame tous, et à cors et à cris !
Cessez donc de vous faire ainsi tirer l’oreille :
Venez vite goûter aux bienfaits du soleil !
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Publié par Vette dans Zooland

Antonin acheta au marché de Coudoux
Un joli porcelet tout rose et tout dodu :
Un tout petit bébé, avec un nez pointu
Comme un nez parisien, bien retroussé du bout.
Tout d’abord le cochon pensa qu’on l’adorait
Car il était traité comme un roi : des patates,
Des choux et de la viande, et des restes de pâtes…
Il n’était pas nourri, non ! Il était gavé.
Il devint plantureux et tout bardé de lard,
Tant qu’on venait le voir de tous les alentours.
L’Antonin le palpait et lui faisait la cour
Avec beaucoup de soin, le couvant du regard…
Un jour que le cochon savourait son bonheur,
Il vit soudain son maître entrer dans son enclos,
Ecumant comme un fou, brandissant un couteau.
Il y avait dans l’air comme un goût de malheur !
Affolé, acculé face à l’infâme brute,
Le porc terrorisé s’élança vers le mur
Où son nez s’écrasa ! Mon Dieu que c’était dur !
Il s’ensuivit alors une terrible lutte…
Mais le cochon gagna et il prit le maquis,
Une épaisse garrigue où il vécut longtemps
Marié à une laie. Mais hélas ! ses enfants
Furent les héritiers de son nez aplati…
Tous les porcs ont depuis cette étrange figure,
A cause d’Antonin et de sa cruauté :
Vouloir ainsi changer un ami en pâté !
Puisse le Ciel un jour punir la forfaiture…
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L’âne Batifolo était vraiment très vieux :
Il n’y voyait plus bien et trébuchait souvent,
Tant et si bien qu’un jour le pauvre clopinant
Tomba au fond d’un puits au mazet Donnadieu.
Il se mit à hennir, à vous rendre fadas !
Son maître, l’Antonin, ne sachant plus que faire,
S’en fut sitôt quérir ses amis et son frère
Pour l’aider à sortir le vieil âne de là.
On réfléchit beaucoup, on se cassa la tête…
Jusqu’à ce qu’on en vienne à un raisonnement :
Enterrer tout vivant l’âne bien trop bruyant,
Alléguant qu’après tout ce n’était qu’une bête !
Et chacun pelleta bientôt de tout son coeur
Sans oser regarder le fruit de son travail.
L’animal s’était tu. Et tous, vaille que vaille,
Bossaient comme des fous pour oublier l’horreur
De ce qui se passait quand soudain, – oh ! mystère !
La tête de la bêt(e) surgit du trou comblé…
Et l’on comprit alors qu’à chaque pelletée,
L’âne se secouait pour enlever la terre
Qui était sur son dos et montait par dessus !
Il snoba les tueurs en passant devant eux,
La lippe méprisante et le port dédaigneux,
Ignorant les « Hourrah » de tous ces malotrus
Qui voulaient l’enterrer avant qu’il ne fût mort.
Et il vécut tout seul non loin de Lourmarin,
Heureux d’avoir quitté le cruel Antonin
Et d’avoir échappé à un coquin de sort …
Vous avez des ennuis ? Alors secouez-vous :
C’est la seule façon de se sortir du trou !
« Güther Martine a ecrit :
J’ ai beaucoup aimé le poème : la tactique de l’ âne…Bravo… »
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Poème illustré par un tableau de :
Paul Collomb
www.galerielaetitia.com/collomb
Quel objet de fierté que mon petit jardin,
Fleuri à la folie, scintillant de couleurs !
Un presque paradis et tout juste un lopin
Explosant sous le ciel en des milliers d’odeurs.
J’y vais tous les matins pour le couver des yeux,
Otant les rameaux morts et arrosant les fleurs :
Heure privilégiée et moment délicieux
Qui me calme et m’apaise en réchauffant mon coeur…
Mercredi le soleil venait de se lever
Quand j’ai cru défaillir : mes jolis pétunias,
Les pétales en berne, étaient déchiquetés,
Comme mes azalées, mes roses, mes zinnias…
Un grand festin de nuit pour d’horribles limaces
Qui s’en étaient gavées ! Et pour mieux me narguer,
Elles m’avaient laissé leur bave dégueulasse
Qui courait sur le mur en sillon argenté !
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Poème illustré par un tableau de :
Philibert-Léon Couturier
(1823-1901)
Terrés dans les sous-sols, ils grouillent par-dessous ;
Ombres grises, furtives, cachées sous la ville
Et menant une vie silencieuse et tranquille
De squatteurs souterrains, de maîtres des égoûts.
On en a vraiment peur : c’est de la répulsion
Que nous éprouvons tous quand ils ont l’impudence
De sortir de leur trou. Mais nous avons la chance
Qu’ils se montrent discrets : ils sont mille millions
A vivre camouflés aux tréfonds de Marseille !
Car que ferions-nous donc si un jour ils voulaient
Profiter du beau temps, du soleil marseillais ?
Ils en auraient le droit : leur race est aussi vieille
Que notre race à nous. Et l’on oublie aussi
Qu’ils sont nos éboueurs, à nettoyer sans trêve
Nos sanies, notre boue… Mais la prochaine grève
Nous fera souvenir de leur nombre infini…
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Voici donc le printemps ! Un vol de moucherons
Danse dans l’air léger du tout nouvel avril.
Un ballet saccadé fait de cent et de mille
Insectes concordants, d’étranges bestions :
Jamais de collisions malgré l’incohérence
De leur vol en zigzags. Ne tournant qu’au carré,
Ne connaissant que l’angle, ils ne savent voler
Qu’en faisant du surplace ; sans aucune ordonnance,
Sans organisation et sans télescopage,
Ils montent, redescendent, remontent en biais,
En long et en travers, sans jamais se heurter :
C’est vraiment du grand art ! Oui, mais pour quel usage ?
Pourquoi ne savent-ils donc pas danser en rond ?
Et pourquoi ce ballet et ce rassemblement
D’insectes biscornus dans l’air chaud et tremblant ?
Le vol des moucherons pose moultes questions…
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Sonnet illustré par une aquarelle de :
Alain
www.villeparisis.canalblog.com
Sous le grand soleil roux vole un papillon blanc :
Une valse indécise et un peu saccadée
Tournoyant dans le ciel sur les ailes du vent,
Rythmée par le beau temps au tempo de l’été.
Il va de-ci, de-là au gré de l’air léger
Vers le plus haut du ciel qui cligne en pétillant,
Puis repart aussitôt comme une fleur ailée
Se posant quelquefois sur un bois de sarment ;
Une fleur-papillon vibrant sur les aigrettes
D’un pissenlit des champs dont la blonde houppette
Palpite comme un coeur dans l’été qui s’éveille !
C’est le frémissement d’un petit corps débile
Posé sur un pétale étoilé de soleil,
Puis l’envol convulsif de quatre ailes fragiles.
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