Archives de catégorie : Amours

Le ventilateur assassiné

Depuis presque trois jours, tout là-haut en Ubaye,
La canicule est là et nous allons craquer
Tant la chaleur nous tue ! Tout prêts à suffoquer !
Même le soir venu, la chaleur nous assaille

Et nous n’en pouvons plus. La nuit va refroidir
La montagne qui cuit mais , hélas ! notre chambre
Est juste sous le toit et l’on y va souffrir,
Bien qu’on l’ait isolée dès le mois de septembre,

Car elle semble un four sous les lauzes des combles.
Nous avons donc acquis un grand ventilateur,
Succédané de vent et buveur de sueur,
Pour rafraîchir nos peaux, nos corps, de fond en comble…

Nous avons encor chaud, mais c’est bon d’être nus
Blottis l’un contre l’autre. Un frisson, de l’ivresse…
Nous en remercierions l’été d’être venu
Redonner à nos corps un surcroît d’allégresse !

Bien douces sont tes mains, et j’en oublierais presque
Que dehors c’est l’enfer, que l’air est un brûlot*.
Tiens, tu as renversé le pauvre ventilo !
Oh, que c’est bon, l’amour… Sortir serait grotesque !

Peut importe après tout ces jours de canicule :
Nous brûlerions sans elle ! Et le ventilateur
Ne saurait pas vraiment engourdir notre ardeur,
Nos épidermes joints, nos corps qui s’articulent

En un rythme parfait… Cette étuve estivale,
Excessive en montagne, est devenue désir.
Le ventilo mourant a poussé un soupir.
Canicule en Ubaye ? Canicule idéale…

* je sais que je n’emploie pas ce mot selon sa définition « officielle » ! Mais permettez-moi de lui donner un troisième sens ( brasier ) : ça lui va tellement bien ici ! Et la rime n’est-elle pas parfaite ?

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L’ami-miniature

Un jour, j’ai ramassé dans le fond du jardin
Un minuscule oiseau. Il battait dans ma main
Comme un cœur délicat ; le petit cœur tout chaud
D’une vie bien fragile. Un tout petit moineau

Touchant comme un sanglot, qui n’était plus qu’un souffle.
Un destin sur sa fin, une vie qui s’essouffle
Et qui, sans un soupir, commençait à mourir.
Il fallait tout d’abord tenter de le nourrir !

J’ai mis à détremper du pain frais dans du lait,
Lui ai mis dans le bec : il a tout avalé !
Puis un léger frisson a hérissé ses plumes.
Un souffle qui renaît, la vie qui se rallume…

Je l’ai rentré au chaud, l’ai mis dans une boîte
Pas plus grosse qu’un doigt, jusqu’à ce qu’il s’ébatte
En tentant de tester ses deux esquisses d’ailes.
Je l’ai gardé un temps pour qu’il se remodèle

Un petit corps tout rond, juste un peu plus costaud.
Mais il lui fallait bien s’en retourner là-haut!
Alors je l’ai lâché d’un geste solennel
Pour qu’il rejoigne enfin les confins de son ciel.

Se souvient-il de moi ? S’il revient, je suis sûre
Que mon petit ami – mon ami-miniature !
Me flûtera sitôt une douce chanson ;
Et nous la sifflerons tous deux à l’unisson.

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Tristesse printanière

Le ciel est un peu gris avec des reflets jaunes.
On est au mois d’avril, et tout nous semble atone,
Insipide, engourdi comme un temps finissant :
Renouveau sans éclat aux accents languissants…

Pleuvrait-il en nos coeurs comme il pleut au jardin ?
Le printemps semble mou, sans cet esprit badin
De saison enjouée bariolée de teintes
Polychromes et gaies. Que des couleurs éteintes,

Un hiver attardé ne sachant pas mourir !
Un rayon de soleil ténu comme un soupir ?
Il est déjà fané… De nouveau la tristesse
Vient envahir nos coeurs désemparés que blessent

Les rires d’un passé semblant tout envahir.
On voudrait bien ta main pour pouvoir repartir,
Sentir qu’en d’autres lieux ta vie se renouvelle,
Qu’elle peut de nouveau voler à tire d’ailes…

Mais dans le ciel trop gris courent des reflets jaunes
Et le doux chant des fleurs nous semble monotone,
Tous les ans identique et même un peu lassant…
Un sombre violon grince un air angoissant

Tout au fond de nos âmes. Il faudrait que ta vie
Recommence à frémir…En aurais-tu envie ?
L’on va laisser le Temps ranger son triste archet
Et attendre la fin de ce morne couplet…

A notre Monique

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Mourir au mois d’avril…

Poème illustré par un tableau de :

Eric Espigares
www.eric-espigares.com

Mourir un six avril, n’est-ce point incongru
Alors qu’autour de soi tout explose de vie
Et que la sève monte au coeur des arbres nus,
Alors que le soleil ressuscite à l’envi ?

Mourir à quarante ans au mitan de son temps,
Laisser anéantis tous les vivants qui restent,
Ouvrir au creux des coeurs l’énorme trou béant
D’un chagrin impossible à combler par les gestes

Tendres et impromptus de la tendresse humaine,
N’est-ce point malséant et même inconcevable ?
Laisser au fond des gens cette éternelle peine ?
Pour toi qui es parti est-ce même acceptable ?

Tous les avrils sont doux en Provence, et le vent
Redevient peu à peu cristallin  et léger.
Oui, mais toi tu es mort. Te souviens-tu d’antan
Avant que ton destin n’ait été abrégé ?

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Le pilier

Poème illustré par un tableau de :

Rembrandt
(1606-1669)

Le cœur de la maison s’est arrêté de battre
Car ça fait bien longtemps qu’on n’a plus remonté
L’horloge du Papet. Il n’y a plus dans l’âtre
Que des cendres noircies. Et c’est sa volonté

De tout laisser ainsi jusqu’à ce qu’il revienne !
Sans doute une illusion? Guérira-t-il un jour ?
Il est tellement vieux ! L’on prie pour qu’il obtienne
Un peu de ce sursis qu’on espère toujours…

Mais le temps vient à bout de tout, même des chênes,
Effritant leur vieux bois qui semblait éternel.
Il est à l’hôpital, désolé de la peine
Qu’il nous inflige à tous. Notre Papet? Mortel ? .

L’immuable pilier de toute la famille ?
Le mas immémorial penche un peu, comme lui,
Et la treille roussie enserre de ses vrilles
Desséchées par le vent le vieux mur décrépi.

Le Papet n’est plus là. La maison est bien vide
Et ses murs délabrés craquent de toutes parts.
La Mort étend déjà ses longues mains avides
Pour l’emporter ailleurs, ce lointain autre part

Dont il a constamment récusé l’existence.
La Meije à l’horizon pointe son sommet noir
Comme un doigt vers le ciel. Un orage commence
A gronder sourdement dans la touffeur du soir…

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Les filles de Marseille

A Marseille, au printemps, les filles sont jolies,
Qui vont le nez en l’air et tout en balançant
Leur ravissant derrière. Un soleil caressant
Profite tant et plus d’une heureuse embellie

Pour cuivrer leur teint mat de femmes du Midi
Et leur donner l’aplomb de qui se sent très belle.
Au printemps, elles vont, marchant en ribambelles
Dans les rues de la ville où le temps reverdit

Les murets tristounets et le dessous des pierres,
En en faisant jaillir les minuscules brins
D’une herbe fruste et drue, comme faite d’airain.
A Marseille, au printemps, l’incroyable lumière

Régénère la vie des plantes, des Humains ;
Et les filles qui vont en ondulant des hanches,
Parées pour le soleil comme pour un dimanche,
Ne veulent point savoir ce que sera demain.

Elle marchent, c’est tout ! Elles se sentent belles
Sous les rais d’un soleil enfin réanimé.
Avec souvent l’aplomb de qui se sait aimé,
Elles vont à grands pas ; leur petit air rebelle

Désempare pas mal les cacous désoeuvrés
Qui, le corps chaviré, les sifflent au passage…
Mais sans s’aventurer : ils sont devenus sages !
Ne point importuner, oh non ! juste admirer…

A Marseille, au printemps, elles vont triomphantes,
Connaissant leur pouvoir, sûres de leur beauté ;
Et ne supportant plus la moindre privauté,
Elles sont libérées, plus hardies, moins méfiantes

Envers ces malotrus qui, bouffis de désir,
Crachent leur frustration sous de gros mots obscènes.
Mais les filles qui rient n’éprouvent plus de gêne
Face à ces malappris, vaincus sans coup férir…

Elles vont par les rues, elles vont par la plage
Où le soleil ravi caresse doucement
De ses rayons ambrés leur corps encor tout blanc ;
S’en étant, sans scrupule, accordé l’apanage !

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Dormir au bord de l’eau…

Poème illustré par une peinture de :
Immagine Correlata

Dormir au bord de l’eau quand le soleil hardi
Commence à picoter de ses millions d’aiguilles
Une peau blanche encor, quand on se déshabille
Voluptueusement ; supporter à midi

D’être sans vêtements sur la plage encor vide ;
Profiter pleinement de la prime chaleur
Point encor trop ardente et dont on n’a pas peur
Tant elle est attendue ; redécouvrir, avide,

La douceur, la lumière et des jours bien plus longs ;
Attendre de la vie tout un tas de surprises,
Comme celle incongrue de s’être ainsi éprise
D’un parfait étranger, dont les larges yeux blonds

Paraissent contenir tous les plaisirs du monde ;
Se sentir en osmose avec cet inconnu,
Avoir le sentiment de l’avoir reconnu
Et de l’avoir trouvé à des mille à la ronde ;

Jouir de ce bonheur en ne pensant qu’à lui,
Isolée sur la plage encor abandonnée ;
Rêver intensément à cette randonnée
Qu’on va tenter ensemble au long cours de la vie ;

Puis se plonger enfin dans cette eau encor fraîche
N’appartenant qu’à soi dans le petit matin ;
Essuyer en riant le délicat satin
D’une peau dénudée où le mistral assèche

Le sel un peu poisseux déposé par la mer ;
Aimer passionnément cette saison nouvelle
Où de joyeux projets naissent en ribambelle ;
Oublier au plus vite un passé trop amer…

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