Archives de catégorie : Amours

Triste saison

C’est la saison des jours plus courts,
Des fleurs fanées, des feuilles mortes ;
La saison du vent qui emporte
De pauvres et frêles amours…

C’est la saison des premiers feux
Dans la cheminée qui crépite !
Celle des cœurs las que dépitent
Les affres d’un ultime adieu.

C’est la saison des ciels brumeux,
Et de l’anesthésie bizarre
Qui endort un Midi qu’effare
Bien trop d’épisodes pluvieux.

Saison triste d’après l’été
Quand celle qu’on aime est partie !
Relative contrepartie ?
L’or et le cuivre émiettés

Sur les arbres étincelants,
Dont la beauté stable et si sûre
Nous rappelle que seules durent
Les saisons accrochées au temps.

L’été est passé en courant
Ne nous léguant que la tristesse
De l’abandon. Il ne nous laisse
Qu’un triste automne indifférent,

Indifférent à ces amours
Fanées avant d’être fleuries,
Issues d’espérances taries,
Nées lors d’un juillet bien trop court.

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Ode à Marguerite

Marguerite aujourd’hui ne va pas bien du tout.
Cela ne se voit pas, mais elle est vraiment vieille,
Ce qui l’a fait trahir pas plus tard que la veille
Cette fidèle amie qu’elle emmenait partout

Et qui se fiait sans crainte à la sécurité
Attachée à son nom. La belle Marguerite
Méritait son renom ; elle allait être inscrite
Au Livre des Records pour sa bonne santé

Car malgré les années, jamais aucun ennui,
Jamais un seul pépin ! Toujours fidèle au poste,
Avec malgré les ans une sacrée riposte
A l’usure du temps. Jamais un seul souci !

Toujours fine et racée, elle avait un entrain
Que lui auraient envié pas mal d’autres championnes :
Le brio d’un bolide et l’ardeur d’une lionne
Que le temps voulait vaincre en s’acharnant. En vain…

Mais non loin de Marseille, elle a enfin cédé !
Un grand coup de chaleur l’a soudain envahie,
Et puis elle a fumé. La belle abasourdie
De se sentir si faible a bien dû concéder

Qu’elle avait fait son temps, puisqu’elle a  vingt-trois ans !
La reine des autos a dû rester sur place
A cause de la mort d’un vieux joint de culasse
Au cœur de son moteur sitôt agonisant.

Mais tu ne devrais point te faire du mouron :
L’on va te réparer, très chère Marguerite,
Même à grands coups d’euros, comme tu le mérites !
Et ton beau gros moteur va re-vrombir bien rond…

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L’au revoir à Lucas

Il était vif et gai comme un air de printemps.
Un gentil trublion, un petit chien si tendre
Qu’il captait  votre cœur ; qu’on ne pouvait prétendre
Echapper à son charme et sa grâce, d’autant

Que c’était un charmeur et qu’il savait y faire !
Minuscule coquin qui n’arrêtait jamais
De gambader partout, il savait enflammer
La maison la plus calme avec un bruit d’enfer.

Il était vif et gai comme un chien-libellule,
Essayant d’attraper au ciel un papillon,
Une feuille d’automne, un insecte, un rayon,
Un rien qui voletait, sa balle ou une bulle…

Et puis, devenu vieux, il a désiré voir
Comment était construit l’arrière de la lune.
Il a donc profité d’une chance opportune
Pour monter tout là-haut, après un au revoir

A celle qu’il aimait, sa si chère maîtresse.
Il craint qu’elle ne pleure : ils s’entendaient si bien !
Mais là-haut c’est un rêve, au Paradis des chiens…
Puisse cette pensée adoucir sa tristesse !

Dans le bout de jardin où il aimait courir
Les roses tristement ont pleuré leurs pétales.*
Bien qu’on soit au printemps le soleil est bien pâle…
Comment, un jour si gai, a-t-il donc pu mourir ?*

**Ces vers sont de Denis, qui s’associe au chagrin de Francine.

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Le ventilateur assassiné

Depuis presque trois jours tout là-haut en Ubaye,
La canicule est là et nous allons craquer
Tant la chaleur nous tue ! Tout prêts à suffoquer !
Même le soir venu la chaleur nous assaille

Et nous n’en pouvons plus. La nuit va refroidir
La montagne qui cuit mais , hélas ! notre chambre
Est juste sous le toit et l’on y va souffrir,
Bien qu’on l’ait isolée dès le mois de septembre

Car elle semble un four sous les lauzes des combles.
Nous avons donc acquis un grand ventilateur,
Succédané de vent et buveur de sueur,
Pour rafraîchir nos peaux, nos corps de fond en comble…

Nous avons encor chaud mais c’est bon d’être nus
Blottis l’un contre l’autre. Un frisson, de l’ivresse…
Nous en remercierions l’été d’être venu
Redonner à nos corps un surcroît d’allégresse !

Bien douces sont tes mains, et j’en oublierais presque
Que dehors c’est l’enfer, que l’air est un brûlot*.
Tiens, tu as renversé le pauvre ventilo !
Oh, que c’est bon, l’amour… Sortir serait grotesque !

Peu importe après tout ces jours de canicule
Car nous brûlons sans elle ! Et le ventilateur
Ne saurait pas vraiment engourdir notre ardeur,
Nos épidermes joints, nos corps qui s’articulent

En un rythme parfait… Cette étuve estivale,
Excessive en montagne, est devenue désir.
Le ventilo mourant a poussé un soupir.
Canicule en Ubaye ? Canicule idéale…

* je sais que je n’emploie pas ce mot selon sa définition « officielle » ! Mais permettez-moi de lui donner un troisième sens ( brasier ) : ça lui va tellement bien ici ! Et la rime n’est-elle pas parfaite ?

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L’ami-miniature

Un jour, j’ai ramassé dans le fond du jardin
Un minuscule oiseau. Il battait dans ma main
Comme un cœur délicat ; le petit cœur tout chaud
D’une vie bien fragile. Un tout petit moineau

Touchant comme un sanglot, qui n’était plus qu’un souffle.
Un destin sur sa fin, une vie qui s’essouffle
Et qui, sans un soupir, commençait à mourir.
Il fallait tout d’abord tenter de le nourrir !

J’ai mis à détremper du pain frais dans du lait,
Lui ai mis dans le bec : il a tout avalé !
Puis un léger frisson a hérissé ses plumes.
Un souffle qui renaît, la vie qui se rallume…

Je l’ai rentré au chaud, l’ai mis dans une boîte
Pas plus grosse qu’un doigt, jusqu’à ce qu’il s’ébatte
En tentant de tester ses deux esquisses d’ailes.
Je l’ai gardé un temps pour qu’il se remodèle

Un petit corps tout rond, juste un peu plus costaud.
Mais il lui fallait bien s’en retourner là-haut!
Alors je l’ai lâché d’un geste solennel
Pour qu’il rejoigne enfin les confins de son ciel.

Se souvient-il de moi ? S’il revient, je suis sûre
Que mon petit ami – mon ami-miniature !
Me flûtera sitôt une douce chanson ;
Et nous la sifflerons tous deux à l’unisson.

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Tristesse printanière

Le ciel est un peu gris avec des reflets jaunes.
On est au mois d’avril, et tout nous semble atone,
Insipide, engourdi comme un temps finissant :
Renouveau sans éclat aux accents languissants…

Pleuvrait-il en nos coeurs comme il pleut au jardin ?
Le printemps semble mou, sans cet esprit badin
De saison enjouée bariolée de teintes
Polychromes et gaies. Que des couleurs éteintes,

Un hiver attardé ne sachant pas mourir !
Un rayon de soleil ténu comme un soupir ?
Il est déjà fané… De nouveau la tristesse
Vient envahir nos coeurs désemparés que blessent

Les rires d’un passé semblant tout envahir.
On voudrait bien ta main pour pouvoir repartir,
Sentir qu’en d’autres lieux ta vie se renouvelle,
Qu’elle peut de nouveau voler à tire d’ailes…

Mais dans le ciel trop gris courent des reflets jaunes
Et le doux chant des fleurs nous semble monotone,
Tous les ans identique et même un peu lassant…
Un sombre violon grince un air angoissant

Tout au fond de nos âmes. Il faudrait que ta vie
Recommence à frémir…En aurais-tu envie ?
L’on va laisser le Temps ranger son triste archet
Et attendre la fin de ce morne couplet…

A notre Monique

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Mourir au mois d’avril…

Poème illustré par un tableau de :

Eric Espigares
www.eric-espigares.com

Mourir un six avril, n’est-ce point incongru
Alors qu’autour de soi tout explose de vie
Et que la sève monte au coeur des arbres nus,
Alors que le soleil ressuscite à l’envi ?

Mourir à quarante ans au mitan de son temps,
Laisser anéantis tous les vivants qui restent,
Ouvrir au creux des coeurs l’énorme trou béant
D’un chagrin impossible à combler par les gestes

Tendres et impromptus de la tendresse humaine,
N’est-ce point malséant et même inconcevable ?
Laisser au fond des gens cette éternelle peine ?
Pour toi qui es parti est-ce même acceptable ?

Tous les avrils sont doux en Provence, et le vent
Redevient peu à peu cristallin  et léger.
Oui, mais toi tu es mort. Te souviens-tu d’antan
Avant que ton destin n’ait été abrégé ?

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