Archives pour la catégorie “A la maison”

Poème illustré par :
Cécile Veilhan
www.louisecie.canalblog.com
Parfois j’aime l’hiver, quand le mistral secoue
Les murs et la toiture à grands coups comme un fou ;
Lovée dans un fauteuil j’aime alors hiberner,
Blottie comme un lapin au fond de mon terrier.
Envie de cocooner à perdre la raison !
Surtout ne plus jamais quitter cette maison
Si douillettement gaie, comme doit l’être un nid !
Attendre patiemment que février s’enfuie !
C’est si bon de sentir que ce toit a une âme,
Immuable et constante et semblable à la flamme
Qui jamais ne s’éteint, ne s’éteindra jamais.
Chaud mazet en hiver, fraîche maison d’été !
Et quand le vent tournoie au-dessus des restanques,
Quand il hurle à la mort dans le creux des calanques
En givrant les grands pins de son souffle glacé,
Je cocoone encor plus et ferme les volets.
Pas de commentaire »

Ta bouche de velours chatoie comme soleil
Et semble plus renflée : c’est l’effet de cette huile
Suintant comme un sang vert de la terre vermeille
Qui pour les oliviers est un terreau fertile
Malgré sa sécheresse et son aspect pierreux.
Car la Provence rend les arbres-rois heureux !
Leurs olives y sont toutes pleines du jus
Qui brille sur tes dents si blanches et pointues.
Peut-être en as-tu mis un peu trop ? Les tomates
Brillent comme une vraie salade de rubis !
L’huile maquille d’or tes lèvres incarnates
Entr’ouvertes toujours sur un joli souris.
C’est une huile d’ici, d’un jaune presque vert,
Piquante juste à point et fruitée comme il faut,
Avec un goût de foin, une pointe d’amer :
Nous l’avons achetée du côté de Velaux.
Pas de commentaire »

Poème inspiré par :
Lionel Spani
www.lionel-spani.com
Derrière la maison il y a un patio.
Qui en eut donc l’idée ? Un vieil ancêtre ibère ?
On en profite bien, surtout par ce temps clair
Où le soleil terni est parfois presque chaud.
Bien enclos dans ses murs nous buvons la lumière
Qui sourd de l’horizon en rayons un peu maigres
Dont nous nous délectons ; nous y prenons un verre
Tout comme à la mi-juin, bien qu’un petit vent aigre
Essaie de s’immiscer dans la cour refermée ;
Mais nous le supportons en nous imaginant
Que d’ici quelque temps ce sera le printemps…
Tiens ! La fontaine est vide ; de vieilles fleurs fanées
Pendouillent tristement : il faudra les couper !
C’est vrai que c’est l’hiver ; et malgré le soleil
Qui rayonne tout doux l’on doit se résigner :
Le retour du printemps n’est pas demain la veille !
Pas de commentaire »

Poème illustré par :
Claude-Max Lochu
www.lochu.com
Dans la chambre d’enfants un cheval
Se dandine encor tout doucement ;
Une monture en bois brinqueballe,
Attendant patiemment que Ronan
Vienne le retrouver, en rêvant
Qu’il est un chevalier d’autrefois.
Bondir au-dessus du Garlaban,
Voir Aubagne des milliers de fois
Plus petit que dans ses plus beaux rêves ?
Ce sera possible un prochain jour
Quand il l’aura chevauché sans trêve
Pour lui montrer tout son grand amour !
En l’espérant Ronan se balance
Arrière-avant : fouette cocher !
Et l’enfant et la bête qui dansent
C’est sûr un beau jour vont s’envoler…
Pas de commentaire »

Poème illustré par :
Georges Briot
www.georgesbriot.livegalerie.com
La pluie frappe aux carreaux. Nous ronronnons, lovés
Tout au fond d’un fauteuil à lire un bon roman.
L’eau chuinte à longs sanglots, bien régulièrement,
Et les tuiles du mas sont comme vernissées,
Lavées abondamment de toute leur poussière.
L’ondée tombe très droit. Pas un souffle de vent !
Elle strie l’horizon de hachures d’argent
Et le ciel est rayé de longs traits de lumière
Car bien qu’elle soit drue il est encor très pur :
Le temps agit vraiment avec désinvolture !
Dans la maison fermée comme un cocon bien chaud,
Il fait bon, il fait doux ; la pluie bleue qui clapote
Frappe continûment les toits roux de Velaux
Et l’on dirait vraiment que l’averse chuchote.
Pas de commentaire »
Publié par Vette dans A la maison

Poème inspiré par :
Sophie Corre
www.sophiecorcorre.blogspot.com
Dans le fond du jardin du linge est suspendu
Sur un filin d’acier, filin si bien tendu
Qu’il vibre quelquefois sous l’archet du mistral
Entraînant la lessive en un bal vespéral.
C’est joli comme tout, ces chemises qui dansent
Avec leurs bras flottants qui sont entrés en transes
Dès le tout premier souffle du vent déchaîné
Autour des vêtements : il tente d’arracher
Les petits bouts de bois s’opposant à sa force !
Les pinces tiennent bon, mais le vent fou s’efforce
De les tordre d’un coup et de les expédier
Dans les rosiers fleuris qui parfument l’été.
La lessive résiste : elle en a vu bien d’autres !
Draps, chaussettes, torchons, serviettes, culottes…
Tout virevolte et valse et palpite et tournoie,
Un ballet de tissu sous le ciel qui rougeoie !
C’est la danse insensée des formes, des couleurs ;
On croirait voir baller de gigantesques fleurs
Ou des ailes d’oiseaux attachées à un fil.
C’est la danse inouïe de morceaux de textile !
Pas de commentaire »

Poème inspiré par :
Marion Warren
http://www.marion-warren.rmc.fr
Le soleil est entré dans la pièce et se tient
Derrière elle au moment où elle se maquille.
Son éclat est très vif et ne lui cache rien
Des atteintes du Temps : elle est partie en vrille,
Cette extrême beauté dont elle était si fière !
Les années ont brouillé l’ovale du visage ;
Sa peau est ravinée par l’excès de lumière
Accentuant ses traits. Et ces rudes ravages,
Stigmates du soleil, du temps et du tabac,
Sont cruels et lui font une piètre figure.
Une existence dure et d’énormes tracas :
C’est fou ce qu’un corps las peut subir et endure !
Mais pourquoi les journées passent-elles si vite ?
Pourquoi devient-on vieux avant d’avoir vécu ?
Pourquoi ne comprend-on quelles sont ses limites
Qu’à l’ultime moment ? Tous ces rêves perdus !
Elle est désabusée et reprend son ouvrage
- Du fond de teint par là et de la crème ici -
Pour tenter d’effacer les énormes outrages
Dont le Temps en passant a maculé sa vie.
Pas de commentaire »

Poème inspiré par :
Claude-Max Lochu
www.lochu.com
C’est une chambre bleue au coeur d’un mazet blanc
Où la lumière pleut par n’importe quel temps ;
Une chambre où la joie fleurit de nuit en nuit,
Une chambre d’amants, une chambre d’amis.
Les draps bleus sont froissés et le printemps y pose
Des flaques de soleil. Il y a quelque chose
De ténu, de subtil qui flotte, un doux parfum :
C’est l’odeur de l’amour. Quelquefois les embruns
Entrant par la croisée y mêlent des relents
De varech et de sable. Et s’il y a du vent,
Il se fait subreptice et fait voler les draps,
Chintant tout doucement aux entours du Roucas.
La lumière y explose en rayonnement bleu,
Mais il n’y fait pas chaud malgré l’été en feu.
C’est une chambre fraîche où un nouvel amour
Narguant le temps qui passe croît jour après jour.
Pas de commentaire »
Publié par Vette dans A la maison
Poème illustré par :
Claude-Max Lochu
www.lochu.com
Dans un coin du salon du mas Borsalino,
Un piano délabré trône pour la parade.
Il est tout poussiéreux et il sonne un peu faux,
Mais Jean aime y jouer d’un doigt une ballade
Héritée du passé. Ré mi fa, do fa sol…
C’est un air que jouait le Papet Adrien,
Une aubade d’antan et qui parle d’école,
D’un autrefois lointain où le temps n’était rien
Que le déroulement du fil lent des saisons.
Ré mi fa, do fa sol… Les vieilles touches jaunes
S’abaissent en cadence et l’antique chanson
Se déploie dans le ciel emportée par l’automne.
Pas de commentaire »

Illustration du poème trouvée sur :
www.kebekmac.blogspot.com
Nous ne nous méfiions pas et l’infâme mistral
En a tiré profit pour se jeter sur nous ;
Se glissant sous nos pulls et nous glaçant le cou,
Il s’est bien régalé à nous faire du mal
En nous inoculant une superbe grippe :
La A, la B, la X ?… Après tout peu importe !
Ce qui est important c’est ce que l’on supporte :
Du malheureux grippé nous sommes l’archétype
Car depuis nous gisons au fond de notre lit,
Rouge et tout frissonnant malgré la grosse couette
Ressortie de l’armoire. Et notre mal de tête
Gonfle notre cerveau d’un embrouillamini !
Un nez en cataracte, une gorge qui pique,
Une toux effrénée qui va nous mettre à bas
Tant on est secoué du haut jusques en bas.
La grippe est un parcours quelquefois homérique !
Pas de commentaire »
Publié par Vette dans A la maison

Poème illustré par :
Enora Lanouean
www.enora-lanouenan.com
Une balançoire encor suspendue
Au fond du jardin grince dans le vent ;
Elle est oxydée, elle ne sert plus :
Les enfants partis depuis bien longtemps
Ont tous oublié ces jeux insensés
Où ils s’élançaient pour toucher le ciel.
Maintenant majeurs, sages et sensés,
Ils ont oublié qu’ils eurent des ailes.
Le mistral la pousse et la fait danser,
Couiner et sauter et virevolter
Comme si c’était un être vivant.
Une balançoire toujours accrochée
Au fil des années et au fil du temps…
Il faut renoncer aux beaux jours passés !
Pas de commentaire »
Publié par Vette dans A la maison

Poème illustré par :
Lionel Spani
www.lionel-spani.com
La pendulette sonne et des gouttes de temps
Tombent en cliquetant dans le salon bien clos.
Mais Anne n’en a cure : son livre est palpitant
Et plus rien ne saurait la tirer du chaos
Décrit par Carlotto. Elle en a des frissons
Et oublie que dehors le soleil l’interpelle
Pour l’obliger enfin à quitter la maison,
Mettre le nez dehors où déjà étincelle
Le tout nouveau printemps enfin ressuscité.
Mais elle est bien chez elle à lire son thriller.
Son gros fauteuil pansu, une tasse de thé !
La maison garde encor le charme de l’hiver
Quand on est bien chez soi éloigné de tout bruit.
Le beau temps attendra puisqu’on est en Provence !
Et Anne l’envoûtée vient de pousser un cri
Car on vient d’égorger son héros à Florence…
Pas de commentaire »
Publié par Vette dans A la maison

Poème illustré par :
Dubois-Gérard
www.dubois-gerard.com
Sur la crédence du salon,
Une coupe de fruits bien ronds
Comme des boules de soleil,
Et leur si joli teint vermeil
Luit comme les veines du bois
Ciré une ou deux fois par mois
Par la fofolle du logis.
Peut-être cire-t-elle les fruits ?
Le bol de cristal étincelle,
La maison sent bon la cannelle
Et les fruits fleurent le beau temps ;
Ils sont les vigies du printemps
Dont la lumière luit et mousse.
Leur forme est incurvée et douce ;
Mais pourquoi n’y a-t-il donc jamais
De fruits rectangles ou carrés ?
Leurs couleurs chaudes s’entremêlent
Et s’ils ont l’air d’un pêle-mêle,
Ne vous laissez pas abuser :
Ils sont soigneusement rangés!
Pas de commentaire »

Poème illustré par :
Jean-Paul Courchia
www.courchia.com
On a sorti la grande table
A l’ombre du micocoulier.
La chaleur est très tolérable,
L’endroit nous sied pour déjeuner
Même si l’on est en juillet ;
Et c’est tellement agréable,
L’été est si bon à croquer
Quand le soleil insupportable
Fait des efforts et se tient bien !
Aurait-il enfin du maintien ?
Le mistral qui joue à la brise
Soulève la nappe soyeuse
En coton brodé de cerises.
La vie est vraiment très goûteuse …
Pas de commentaire »
Colonnes ininterrompues
D’une quintessence vitale,
Dans une flûte de cristal
Craquillent les bulles d’un jus
Tout affriolant de bonheur.
Des bulles ambrées qui pétillent,
Vous émoustillant les papilles :
On jurerait qu’on boit des fleurs !
On dit qu’elles cristallibullent.
Enfin … ça, c’est moi qui l’invente !
Peut-être suis-je sur la pente
Des poètes qui manipulent
Avec de beaux mots leurs lecteurs ?
Foin de cela : ma tête tourne
Et mes méninges se détournent
De tout souci et tout malheur !
Petites bulles drôlatiques,
Mais pourquoi donc avoir omis
De naître dans notre Midi ?
Lui aussi danse, clique et pique …
Pas de commentaire »
|