Archives pour la catégorie “A la maison”

Poème illustré par une oeuvre de :

Léon Reding
www.bridgemanart.com

Ne dites plus : « L’évier » ! Dites comme en Provence :
« La pile », c’est bien mieux ! L’un de ces mots qui dansent
Au fil parfois obscur de la conversation…
Un vieux mot provençal qui peut sembler abscons…

C’était un grand bassin en pierre de Cassis
Où l’on lavait les plats, assiettes et couverts…
Peut-être même bien les verres à pastis ?
Et puis tous les légumes, les secs et les verts,

Le linge, les marmots… Un évier à tout faire
Et qu’on trouvait surtout chez les gens fortunés ;
Car les autres n’avaient qu’un tian fragile en terre
Qu’on changeait quand il était vraiment ébréché.

Antan on le trouvait surtout dans la souillarde,
Non loin de la cuisine, au coeur bien chaud du mas
Où tout au long du jour de robustes gaillardes
Préparaient le pistou, la daube ou la socca…

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Poème inspiré par  un tableau de  :

Anne Hudry
www.artiste74.com

Comment donc un fouillis peut-il être joli ?
Caché dans ma cuisine, y a-t-il un génie
Doué pour agencer adroitement les choses,
Associer les couleurs, de sorte qu’un vieux rose

Se marie sans problème avec un vert clinquant ?
Sur la table posés en un tas tout branlant,
Des paniers emboîtés à la vaille que vaille,
Une coupe de fruits, des aulx, un vieux chandail

Oublié ce matin… Et couronnant le tout,
Ventru et bien dodu, il y a même un chou !
Un fouillis pas possible et tout en camaïeu,
Risqué par un hasard vraiment très harmonieux.

C’est un joli désordre, avec de beaux objets :
Une nature morte ! Et me vient le projet
D’essayer de la peindre aussi jolie qu’ainsi !
Mais je dois faire appel au génie… du génie !

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Poème illustré par un tableau de   :

Enra Laouenan
www.enra-laouenan.com

Bien qu’on soit en juillet, le petit Thomas songe
A son prochain Noël ! Car peut-être ira-t-il
A Marseille, invité par son copain Cyril
Comme l’année dernière ? Et son rêve le plonge

Au sein de la famille où il était si bien.
La maman de Cyril avait fait des gâteaux
Dégoulinant de miel, à la noix de coco…
Il y avait un chat, il y avait un chien

Qui venaient sans arrêt lui faire des câlins
Pendant que la Mamet racontait des histoires ;
Des petits trucs dorés clignotaient dans le noir,
On s’y était tous mis pour orner le sapin !

Le papa de Cyril avait fait un grand feu
Et les bûches craquaient en chuintant et sifflant.
On avait même bu du vin tout pétillant :
Oui, oui ! Du vrai champagne ! Mais pour lui, juste un peu…

Le petit Thomas pense aussi à ces cadeaux
Offerts par tout le monde à chacun des enfants.
Pour lui une voiture et même un éléphant !
Ceux du prochain Noël seront-ils aussi beaux ?

A moins que les parents de Cyril ne se lassent ?
Cela fera quatre ans qu’ils l’invitent ainsi
Et il craint quelquefois que la famille l’oublie.
Tom a le coeur anxieux car il est de la Ddass !

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Poème illustré par un tableau de :

Jacques Muller
www.jacquesmuller.be/images/peinture

Vite, rentrer à la maison
Quand on est las de tout ce bruit,
Et quand doucettement la nuit
Subreptice prend position

Dans les rues sombres du village !
Rentrer au nid et se lover
Dans le vieux fauteuil tout cassé ;
Ne plus penser qu’à être sage

Et à enfin se reposer !
Marseille est folle et remue trop :
Le tramway, les gens, le métro…
Ca n’arrête pas de bouger,

De crier et de s’agiter :
On en a la tête qui danse !
Nous sommes pourtant en Provence.
Mais même ici l’on est fêlé !

Cette vie est trop trépidante
Et il faut savoir s’arrêter,
Prendre un peu le temps de souffler
Car Marseille bout, trop ardente,

Comme les trop grandes cités.
Allez ! viens, nous allons rentrer
Pour mieux nous désintoxiquer
En retrouvant notre Rousset…

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Abandonné et misérable,
Couleur d’ocre et frangé de sable,
Avec des raies vaguement bleues,
C’est un machin sale et miteux :

En Provence, on l’appelle : « pièce » :
Ou « panosse », et on la délaisse
Pour de plus modernes lingettes
Fraîches, parfumées et coquettes.

Notre serpillière noiraude
Se recroqueville penaude
Dans un sombre coin du garage :
Car la chose molle et pas sage

S’y est cachée, vraiment honteuse
D’être tombée amoureuse
Du tout nouvel aspirateur.
Même la panosse a un coeur !

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Une ou deux gousses d’ail : je vous laisse le choix !
Pelez-les, dégermez et passez au hachoir ;
Deux cuillerées de câpre(s) et six filets d’anchois.
Ajoutez deux hectos d’olives vraiment noires ;

Mélangez maintenant avec l’huile d’olive
Achetée l’autre jour au moulin de Maussane ;
Et puis mixez le tout, soyez bien attentive :
Le tout doit être lisse et de couleur havane !

Et le jus d’un citron ? Des herbes de Provence ?
Un peu ! Si vous trouvez le mélange trop fade…
Servez avec du pain à votre convenance :
Et encore bravo pour votre tapenade !

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Poème illustré par :

J.Rajaud
www.lepeintre71.e-monsite.com

Nous avons vendu la maison
Et il va falloir la quitter,
Faire appel à notre raison,
Nous résoudre à l’abandonner

Seule au milieu de son jardin
Et en proie à ses nouveaux maîtres.
Maison-passé, maison-chagrin !
Dis ! Pourrons-nous nous en remettre ?

Maison des anciens jours enfuis
Et qu’on sentait palpiter comme
Une vraie vie ! Souffle béni,
Vie d’autrefois et vie fantôme…

Voici une boîte d’argent
Toute doublée de tissu bleu,
Du velours. Délicatement,
Coeur froissé, larmes dans les yeux,

J’ai pris l’âme de ma maison,
L’y ai ai tendrement enfermée ;
Et le chemin n’est pas bien long
Pour l’emmener à Cadenet !

Ma maison neuve n’en a pas,
Je vais donc lui offrir une âme :
Celle de mon antique mas !
Peu me chaut celui qui me blâme !

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Poème illustré par :

Dubois-Gérard
www.dubois-gerard.com

Je suis exaspéré : je ne peux les jeter !
Ils gagnent peu à peu du terrain et avancent
Très insidieusement; et même la crédence
Va être recouverte avant même l’été !

Car le moindre polar, le plus mauvais bouquin,
Je ne peux l’ignorer ni m’en débarrasser !
Sale virus chronique, autrefois contracté
Quand j’étais encor prof en des temps fort anciens !

Ils sont un peu partout, à peu près alignés,
Serrés à s’étouffer sur la moindre étagère,
Même dans le garage où ils vont de concert
Avec de vieux outils et des chiffons souillés !

Les meubles sont couverts de romans et d’essais,
De traités sentencieux ou bien de dictionnaires…
Ils envahissent tout, il y en a par terre !
Ils vont me rendre fou et je suis submergé !

J’en suis désespéré : je ne devrais plus lire
Et ne plus les traiter avec autant de soin ;
Ne plus en acheter, les broyer, les maudire.
Oui ! Mais ils sont partout… et même au petit coin !

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Fenouil et basilic, sarriette, origan, thym,
Serpolet, estragon, lavande et romarin…
Humez le frais parfum des herbes de Provence :
J’en mets presque partout, frôlant parfois l’outrance !

Ce sont des brins de rien dont je saupoudre tout,
Qui épicent mes plats et rehaussent le goût
De toutes mes salades et de tous mes gratins ;
Cerfeuil et origan, estragon, romarin

Ensoleillent le riz, les pâtes, les potées,
Comme sarriette et thym, fenouil et serpolet
Que je cueille alentour jusqu’à en perdre haleine !
Mais j’ai honte soudain : j’oublie la marjolaine,

Son odeur de soleil, de garrigue embaumée
Par la lumière argent, les excès de l’été !
Une pincée par là, quelques herbes par ci :
Facile d’exalter les saveurs du Midi !

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Poème illustré par :

D.Lauvernet
www.leblog-mines-a-gribouilles.overblog.com

Dans un coin du garage est rangée une échelle ;
Ce dont est convaincue la petite Marion,
C’est qu’on peut y monter bien plus haut que le ciel
Accroché en coupole au dessus de Salon.

Il lui est interdit de trop s’en approcher
Car l’échelle est instable, elle pourrait en choir.
Mais elle rit sous cape et feint d’obtempérer,
Alors que quelquefois elle sort dans le noir

Pour la mieux installer tout au fond du jardin.
Deux, trois mots de magie : gravissant les degrés,
Elle a le coeur qui bat et s’aide de ses mains
Car l’échelle enchantée ne cesse de grimper.

Quand elle arrive en haut où la lune l’attend,
Marion est enchantée d’y retrouver son chat.
Elle s’installe alors, lovée dans le croissant,
Son minet ronronnant bien blotti dans ses bras.

Elle n’en redescend que quand l’aube apparaît,
Là-bas du côté d’Aix et de ses côteaux bleus.
Elle a un peu sommeil ; tout doit être rangé
Et il faudrait dormir, ne serait-ce qu’un peu !

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Coeurs de boeuf ou coeurs de pigeon
Ou cerises ? Moi je préfère
Les belles tomates qui ont
Encor le parfum de leur terre.

Jaunes, rouges, orangées,
Ou même vertes ? Ou bien noires ?
Choisis-les bien pour les manger
En salade au dîner, ce soir.

N’enlève surtout pas la peau :
Et les vitamines, peuchère ?
Et coupe-les en gros morceaux
En y ajoutant la lumière

D’un oignon coupé en rondelles.
Ciboulette, estragon, persil,
Quelques cubes de mozzarelle,
Et voilà ! C’est presque fini…

Ah ! N’oublie pas le basilic…
Maintenant de l’huile d’olive
Et du vinaigre balsamique…
Qué gaudinette en perspective !

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Poème illustré par :

Cécile Veilhan
www.louisecie.canalblog.com

Parfois j’aime l’hiver, quand le mistral secoue
Les murs et la toiture à grands coups comme un fou ;
Lovée dans un fauteuil j’aime alors hiberner,
Blottie comme un lapin au fond de mon terrier.

Envie de cocooner à perdre la raison !
Surtout ne plus jamais quitter cette maison
Si douillettement gaie, comme doit l’être un nid !
Attendre patiemment que février s’enfuie !

C’est si bon de sentir que ce toit a une âme,
Immuable et constante et semblable à la flamme
Qui jamais ne s’éteint, ne s’éteindra jamais.
Chaud mazet en hiver, fraîche maison d’été !

Et quand le vent tournoie au-dessus des restanques,
Quand il hurle à la mort dans le creux des calanques
En givrant les grands pins de son souffle glacé,
Je cocoone encor plus et ferme les volets.

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Ta bouche de velours chatoie comme soleil
Et semble plus renflée : c’est l’effet de cette huile
Suintant comme un sang vert de la terre vermeille
Qui pour les oliviers est un terreau fertile

Malgré sa sécheresse et son aspect pierreux.
Car la Provence rend les arbres-rois heureux !
Leurs olives y sont toutes pleines du jus
Qui brille sur tes dents si blanches et pointues.

Peut-être en as-tu mis un peu trop ? Les tomates
Brillent comme une vraie salade de rubis !
L’huile maquille d’or tes lèvres incarnates
Entr’ouvertes toujours sur un joli souris.

C’est une huile d’ici, d’un jaune presque vert,
Piquante juste à point et fruitée comme il faut,
Avec un goût de foin, une pointe d’amer :
Nous l’avons achetée du côté de Velaux.

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Poème inspiré par :

Lionel Spani
www.lionel-spani.com

Derrière la maison il y a un patio.
Qui en eut donc l’idée ? Un vieil ancêtre ibère ?
On en profite bien, surtout par ce temps clair
Où le soleil terni est parfois presque chaud.

Bien enclos dans ses murs nous buvons la lumière
Qui sourd de l’horizon en rayons un peu maigres
Dont nous nous délectons ; nous y prenons un verre
Tout comme à la mi-juin, bien qu’un petit vent aigre

Essaie de s’immiscer dans la cour refermée ;
Mais nous le supportons en nous imaginant
Que d’ici quelque temps ce sera le printemps…
Tiens ! La fontaine est vide ; de vieilles fleurs fanées

Pendouillent tristement : il faudra les couper !
C’est vrai que c’est l’hiver ; et malgré le soleil
Qui rayonne tout doux l’on doit se résigner :
Le retour du printemps n’est pas demain la veille !

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Poème illustré par :

Claude-Max Lochu
www.lochu.com

Dans la chambre d’enfants un cheval
Se dandine encor tout doucement ;
Une monture en bois brinqueballe,
Attendant patiemment que Ronan

Vienne le retrouver, en rêvant
Qu’il est un chevalier d’autrefois.
Bondir au-dessus du Garlaban,
Voir Aubagne des milliers de fois

Plus petit que dans ses plus beaux rêves ?
Ce sera possible un prochain jour
Quand il l’aura chevauché sans trêve
Pour lui montrer tout son grand amour !

En l’espérant Ronan se balance
Arrière-avant : fouette cocher !
Et l’enfant et la bête qui dansent
C’est sûr un beau jour vont s’envoler…

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