Archives pour la catégorie “A la maison”

Poème illustré par : 

Raguz
www.raguz.fr

Chaque matin Bastien s’en va prendre un café
Au Bar du Vieux Platane. Il en profite alors
Pour lire son journal … Quand il se lève inquiet,
Il n’y a plus en lui qu’accidents, drames, mort !

Car c’est comme une drogue ! Il devrait résister,
Tenter de se passer de ces événements
Toujours tragiques, lourds : la synthèse du laid
Qui défigure tout depuis l’aube des temps !

Mais c’est plus fort que lui : il lui faut ses nouvelles
Et son lot journalier de maux et de malheurs.
Car la réalité est très rarement belle
Et à toujours quêter faits heureux et bonheur,

Bastien passe sa vie à chercher l’impossible :
On ne raconte pas le monde s’il va bien !
Un fait n’a d’intérêt que s’il est bien horrible,
En ces temps où le beau en est réduit à rien.

Notre homme n’en a cure, il est journalophage
Et le voyeur en lui ne peut s’en s’empêcher !
Et pour paraître encor beaucoup plus à la page,
Il regarde les « news » le soir à la Télé !

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Nous l’avons acheté il y a des années
Dans un magasin d’Aix, aux entours de Noël.
Les garçons sont partis, les hivers ont passé,
Mais le bon vieux nounours demeure intemporel.

Il est un peu fripé, sa peluche est grisâtre
Et il s’en va souvent faire un tour en machine.
Les années qui ont fui et leur saveur douceâtre
L’ont vraiment délavé et il fait grise mine

Bien qu’il ait peu changé. Il est un peu trop mou,
Son poil jadis usé par d’énormes baisers
Est souple et velouté ; il est encor bien doux
Pour les petites mains des tout nouveaux bébés :

Les enfants des enfants qui comme leurs parents
Le suçotent un peu, et avec tant d’amour
Qu’il le laissent froissé, chiffonné, pantelant.
Mais il est interdit de le jeter un jour !

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Poème illustré par : 

Cecilia Ceballos
http://www.provence-decouverte.fr

Un énorme bouquet sur la table cirée,
Un bouquet uniforme et tout ensoleillé
D’énormes fleurs safran dont j’ignore le nom,
Sûrement un long mot, grandiloquent, abscons !

Pour moi ce sont des fleurs jaunes et flamboyantes
Dans un gros vase bleu dont le ventre bien rond
Rutile sur le bois où les flammes ardentes
Du soleil de l’été ont laissé de grands ronds.

On ne voit que les fleurs et elles sont si belles
Qu’elles effacent tout. Leurs pétales en ailes
En font des oiseaux d’or tout prêts à s’envoler :

Des fleurs-oiseaux groupés en énorme bouquet.
Leur coeur est chocolat, et elles sentent bon
La vanille et l’anis, l’encens et le bonbon.

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Poème illustré par : 

Josette Mercier
www.josettemercier.ch

Vieilles tatanes démodées,
Vieilles godasses tout usées,
Vieilles savates défraîchies,
Vieilles grolles tout avachies

Par tous les chemins de Provence,
J’ai honte quand parfois je pense
A vous flanquer à la poubelle !
Toujours vous fûtes les plus belles

Pour me mener dans la garrigue
Ou m’aider à danser la gigue
Autour des feux de la Saint Jean.

Oh ! La vergougno si je mens :
Mes vieilles pompes éculées,
Je ne vous jetterai jamais !

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Poème illustré par :

Lionel Spani
 www.lionel-spani.com

Sous les combles le linge sèche :
Ca embaume le tissu frais
Qu’en oblique le soleil lèche
De ses rayons bien aiguisés.

Ca sent bon les fleurs, la lessive
Sur le point d’être repassée.
La poussière bleue enjolive
Les lattes blondes du plancher

En voletant dans la lumière
Qui se diffracte en minuscules
Paillettes d’or cache-misère.
C’est du soleil en particules !

Il fait très chaud, et sous le toit
Le grenier est un étouffoir ;
Les tuiles ocres de guingois
Restituent la chaleur du soir.

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Après l’avoir longtemps cherchée en tâtonnant,
L’hiver a enfin pu retrouver la Provence ;
Et il a rameuté le gel, le froid, le vent
Qui l’aide autant qu’il peut en hurlant, comme en transes.

Mais peu nous chaut, à nous, dans un bain bien brûlant
Qu’il fasse froid dehors, que le mistral chahute
La porte et les volets, frappant et tapageant,
Et nous sommes polis si nous lui disons : « Zut » !

De l’eau tiède ou bien chaude, et des bulles, des bulles,
Frémissant doucement en chatouillant la peau ;
De l’eau bleuie qui mousse et qui tintinnabule
En montant lentement le long de notre dos.

Mollement allongés, écoutant la Radio
Qui parle du soleil, des oiseaux, des Tropiques,
Nous nous laissons flotter en remettant de l’eau
Dès que le niveau baisse. Et cette heure est magique …

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Une atroce petite vie
Tournicotant dans un bocal,
Essayant d’aller à l’envi
Comme en un horrifique bal

Toujours devant, mais en tournant :
Vais-je enfin attraper ma queue ?
Jamais d’arrêt, tour lancinant
Dans cet objet clair et affreux

Qui m’oblige à toujours tracer
Un cercle fermé, infini.
Je veux de l’eau, mais une eau vraie
Qui coule droit, pas en toupie.

Ils m’ont même appelé André
Car je suis un ami très cher
Et leurs visages déformés
Me sourient derrière le verre.

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Poème illustré par un tableau de :

Toulouse-Lautrec
(1864-1901)

En vacances chez leur grand’mère,
Ils arrivent de Normandie,
L’un de Bayeux, l’autre de Flers.
Ils couchent dans le même lit

Et s’en étonnent sans comprendre
Que le mas est vraiment petit.
Puis peu à peu ils vont apprendre
A mieux connaître le Midi :

La salade à l’huile d’olive,
L’ail, les légumes, les farcis …
Et leur moue est d’autant naïve
Que le vieux Marius leur a dit

Que  leur accent était pointu !
Et ils s’étonnent du mistral,
Du ciel bleu qui n’en finit plus,
Des galéjades provençales

Et des cigales dans les pins,
Et des … Mais on est  fin juillet
Et Mamet les ramène au train.
Par chance c’est un TGV !

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Poème illustré par un tableau de : 

Claude Monet
(1840-1926)

Combien de jours encor allons-nous déjeuner
Sur la terrasse au Sud baignée par le soleil ?
Un miracle vraiment , cet été prolongé
Jusqu’à la mi-octobre ! Chacun s’en émerveille

Et rêve d’un climat toujours aussi bénin :
Pas trop froid, pas trop chaud, mais juste comme il faut.
Les portes sont ouvertes et le soleil repeint
Les murs gris du salon à grands coups de pinceau

Dégouttant de lumière. Anne vient d’apporter
Un gigot et du pain, quelques pommes de terre,
Des grappes de raisin dans le vieux compotier
En antique Moustiers qui vient de sa grand’mère.

Ce repas est un rêve au seuil du grand jardin
Toujours fleuri et chaud sous les pins drus et verts.
Profitons en très fort ! Peut-être que demain
Verra éclore enfin le début de l’hiver ?

Pour le moment, mangeons ! Le soleil est si doux
Que nous avons rentré notre grand parasol
Et la brise n’est plus qu’un modeste frou-frou
Qui chuinte doucement, caresse et caracole.

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Poème illustré par : 

Dubois-Gérard
www.dubois-gerard.com

Dans le cellier du vieil Armand,
Des bouteilles vraiment chenues,
Des bouteilles de très grands crus
Et des petits vins très marrants

Dont les oenophiles plaisantent
Car ils ne sont pas assez chers,
Des petits vins dont l’amarante
A les reflets roux de la terre.

Château Les Valentines au nez presqu’épicé,
Château Ferry-Lacombe à la bouche bien ronde,
Château de Sainte Croix, aérien et léger,
Caves du Roy René et caves de La Londe …

De légers Bandol délicieux,
De charmants Côtes de Provence
Qui vous mettent au fond des yeux
Des paillettes dorées qui dansent.

Des petits vins fous du Midi
Qu’on savoure presqu’en secret,
Yeux fermés, en catimini,
Avec Armand dans son cellier.

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J’ai retrouvé chez nous un très vieux téléphone,
Presqu’une antiquité, semblable à un jouet
Délaissé au fin-fond du grenier où résonne
La chanson-nostalgie des objets oubliés.

Il fait partie du temps où le moindre machin
Etait une oeuvre d’art. Le temps où l’artisan
Se fiant à l’acquis travaillait à la main,
Fignolant son travail en prenant tout son temps.

Peut-être industrielle, la trouvaille-merveille
Est cependant très belle avec son timbre rond.
Pour m’amuser un peu, je l’ai mise à l’oreille
Et j’ai bien cru mourir, saisie par l’émotion :

Car venant du Passé j’ai entendu parler
Quelqu’un qui demandait qu’on lui passe Mistral !
Une vraie diablerie car rien n’était branché !
La vieille voix cassée d’un papet Provençal …

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Eh bien oui ! L’on va tout quitter :
Le soleil si tonitruant,
Les fleurs, la mer et les cyprès
Et si souvent, le vent, le vent !

Ce bon vieux et foutu mistral
Qui sait rafraîchir nos étés
Quand assourdis par les cigales,
On a peine à bien siestiner .

La maison n’a plus l’air de rien,
Il n’y a plus que des valises.
Coeur contre coeur on se soutient :
Pourquoi cette énorme bétise ?

Le chagrin nous point sourdement :
Bon sang, mais qu’avons-nous donc fait ?
Puis soudain c’est un hurlement :
On redéfait tous les paquets !

Tant pis si c’est de la folie,
Si notre avenir est là-haut !
Nous restons dans notre Midi.
De la déraison ? Peut nous chaut !

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 Poème illustré par :

Dubois-Gérard
www.dubois-gerard.com

On prononce toujours : ognons.
Ils sont blonds ou blancs, c’est selon !
Rouges parfois, mais c’est plus rare.
Et ce sont de grands frileux car
L’on ne pourrait compter leurs peaux
Tant il y en a sur leur dos.

Mais ne voudraient-ils pas venger
Ce petit i abandonné
Par la prononciation française ?
Toujours est-il qu’ils sont bien aise
D’abondamment faire pleurer
Les braves qui se sont risqué

A les éplucher sans vergogne.
Et peut-être sont-ils en rogne
D’être impudemment dénudés ?
Mais ils peuvent bien rigoler !
Car ici-bas le courage
Fait plus que force ni que rage !

Et qui c’est qui sera mangé ?

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Sur la terrasse un vieux balai
Pour chasser les feuilles d’automne,
Un vieux balai tout effrangé
Avec des poils que capitonne

Un peu de terre du jardin.
Un balai sans grand intérêt,
Chiffe molle et très vieux zinzin
Qu’il nous faudrait vraiment jeter …

Mais ce que tout le monde ignore,
Sauf la vieille Marie Martin,
C’est que ce balai vaut de l’or.
Quand il rentre au petit matin

Il est fourbu d’avoir porté
La sorcière jusqu’en enfer !
Un balai magique et navré
Du sale boulot qu’il doit faire !

Un soir, c’est sûr ! il enverra
La Marie cul par-dessus tête
Juste au-dessus de Carpentras.
Vendredi ? Il fera la fête

Et samedi sera pépère,
Enfin délivré du fardeau
Que lui imposait la sorcière.
Un vieux balai bien comme il faut …

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Faites attention, ne glissez pas,
Je viens de briquer les tomettes !
Mais comment ne sentez-vous pas
Cette odeur de maison en fête ?

Odeur de miel, cire confite :
L’odeur des maisons du Midi
Dont le sol est en terre cuite ;
Ca sent le propre et le biscuit.

Jolis hexagones ocrés,
On les aime, même bien vieilles :
Quand le temps les a patinées,
Elles luisent mieux au soleil

Et c’est bon d’y marcher pieds nus
Quand il fait si chaud en été !
Une sensation bienvenue
Pour qui recherche un sol bien frais !

C’est poli, c’est doux et c’est froid
Et c’est beau comme la Nature.
Mais attention : ne glissez pas !
Si vous tombez, c’est vraiment dur !

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