Archives pour la catégorie “A la maison”

On est le douze juin. On a mis dans la cour
Une bassine d’eau tiédie par le soleil.
Pas trop chaud, pas trop froid : c’est une vraie merveille
Que ce temps idéal dont on oublie toujours

Qu’il est le privilèg(e) de ce doux mois d’été…
Assise dans son bain la petite Lison
Se plaît à barboter avec ses canetons.
Piscine en réduction, baignoire pour bébés,

La bassine lui donne tout autant de joie
Qu’un plus vaste bassin de marbre ou de porphyre.
Le soleil y miroite en paillettes saphir
Et la brise y ondule en froissements de soie.

Germain le canard jaune a coulé tout au fond
De l’eau chaude où patauge la petite fille.
Plus de peur que de mal, ce n’est qu’une broutille :
Il est indestructible, il est tout en nylon !

L’enfant gazouille et rit, égayant le jardin
De ses doux crix d’oiseau. Le soleil la caresse,
La baignant de ses rais d’une infinie tendresse.
Flottant sur la cour rôde une odeur de jasmin.

Comments Pas de commentaire »

Il va vraiment falloir que nous calfeutrions
Le dessous de la porte : un petit vent coulis
S’acharne à pénétrer au coeur de la maison
Par ce point faible au Nord… Une source d’ennuis !

C’est un tout petit vent, pas encor le mistral ;
Un souffle bien léger et encor un peu mou
Qui ondule en douceur sur les herbes du val…
Mais au mois de novembre il faut s’attendre à tout

Car le vent de l’automne a l’âme d’un squatteur :
Dès qu’on ouvre la porte, il se rue au logis,
S’enroule autour de vous et détruit la chaleur
Engrangée patiemment. Oui ! C’est un vrai souci

Que ce maudit voyou qu’est ce sacré mistral !
Il faut s’en protéger en bouchant tous les trous
Par où peut s’immiscer son haleine infernale.
On va faire un boudin en mettant bout à bout

Des pièces bigarrées de tissu provençal
Qu’on va bourrer de thym, de son, de romarin !
Nous voici protégés – et ce n’est pas sans mal !
Le vent peut s’acharner à hululer en vain…

Comments Pas de commentaire »

Il faut bien avouer que c’est une Comtoise,
Même si l’on me dit qu’elle est plutôt aixoise
Puisqu’on l’a toujours vue au coeur de la maison
Y battre imperturbable, en rythme, à l’unisson

De la vie tout autour. Elle est en noyer blond
Patiné et frotté par des générations
De femmes affairées. Son balancier doré
Va et vient son tempo et sans trop se soucier

Du long temps qu’il égrène en malheur, en bonheur…
Son carillon têtu sonne tous les quarts d’heure,
Rendant fous les amis qui n’ont pas l’habitude !
Mais pour nous c’est le chant d’une douce quiétude

Car l’horloge est un coeur qui bat quoi qu’il arrive.
Elle a vu tant d’aïeux partir vers l’autre rive
Qu’elle est le spectateur de la vie familiale,
Comptant le temps qui passe en témoin impartial…

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :

Chardin
(1699-1779)

Tu t’ennuies, Marie-Laure, et il faut t’occuper !
Veux-tu que nous fassions des bulles de savon ?
Prends donc ce gobelet : nous allons préparer
Un ingrédient magique et qui sent vraiment bon

Le propre et le bébé. Il va falloir touiller
La poudre et l’eau tiédie… As-tu bientôt fini ?
Maintenant une paille où tu devras souffler
En pinçant joliment tes lèvres arrondies !

Vois comme il est gracieux, cet essaim irisé
Qui flotte au gré du vent ! Les bulles sont légères
Comme un peu de ciel bleu, comme gouttes de lait
Ou nuages bien ronds descendus sur la Terre !

La plus grosse est partie vers l’Ouest, à Salon :
Pourvu qu’elle ne se fasse pas bousculer
Sur la Base aérienn(e) par l’un de ces avions
Y vrombissant sans cesse, à longueur de journée !

Celle-ci va vers Aix ! Cette autre à Cavaillon !
Si tu souffles plus fort, elle va s’envoler
Jusqu’aux rives du Rhône et le pont d’Avignon,
Emportant au lointain l’âme de tes baisers.

Comments Pas de commentaire »

Il a enfin osé ! Ses trois duvets follets
Sont encor bien trop fins pour qu’il les escagasse,
Mais il n’attend que ça : qu’ils soient assez vivaces
Pour ressembler enfin à des poils avérés.

Il a tergiversé pour faire le grand saut
Et caché le rasoir au fond de son tiroir ;
Il est un peu honteux, mais nul ne doit savoir
Qu’il désire être un homme ! Il se sent un peu sot

Car, depuis, sa peau cuit et lui fait vraiment mal :
Elle est encor trop tendre ! Si Aude le savait,
Elle rirait de lui… Il voudrait lui prouver
Qu’il est bien devenu un authentique mâle

Et n’est plus un minot ! Mais elle lui fait peur,
Comme ces m’as-tu-vu de filles dans sa classe…
Il ouvre le frigo et met un peu de glace
Sur ses joues irritées, pour calmer ses rougeurs.

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :

Sidney Sinclair
www.sidneysinclair.com

Le bord de la fenêtre attire les regards :
Il est si bien fleuri et ses fleurs sont si drues
Qu’il semble illuminer la froideur de la rue ;
Une bien triste rue où l’été naît très tard

Tant son orientation est néfaste au soleil.
Mais le gros pot ventru semble avoir concentré
Tous les chauds rayons d’or du tout nouvel été.
Ce sont des géraniums, énormes et vermeils,

Bien gavés de terreau , mais aussi de tendresse.
Car les fleurs sont ainsi, aimant par-dessus tout
Qu’on en prenne grand soin. Elles sont comme nous !
Celle qui s’en occupe éprouve de l’ivresse

A les idolâtrer, parfois à la folie :
Juste ce qu’il faut d’eau ; élaguer et pincer ;
Mettre un engrais coûteux ; ôter les fleurs fanées
Et exterminer tout fauteur de maladie :

Elle y passe du temps, les fleurs lui retournant
En beauté et parfum les soins qu’elle leur donne ;
Et dans tout le vieil Aix il n’est vraiment personne
Qui ait des géraniums aussi mirobolants !

Comments Pas de commentaire »

Rien n’est vraiment plus facile
Que de faire ces beignets* !
Préparons-en une pile
Pour notre prochain goûter :

Cinq cents grammes de farine
Et deux cents de sucre roux ;
Cinq gros oeufs de belle mine,
Du beurre un petit peu mou

Et le zeste d’un citron ;
Puis ajoutons-y du lait ;
Tritouillons et mélangeons ;
Laissons le tout reposer…

Ensuite il faut l’aplatir
Pour en faire des lanières
A nouer ; puis faire frire
Ces rubans peu ordinaires

Croustillants et saupoudrés
D’un délectable frisson
De sucre en poudre glacé,
Oh mon Dieu ! Ce que c’est bon…

* Appelés aussi des oreillettes !

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par :

Marc Delage
www.marcdelage.unblog.fr

Il fait tellement chaud qu’on n’a plus d’appétit.
Je vais donc préparer un goûteux papeton
Qu’on mangera demain sur le coup de midi.
Préparé à l’avance, il sera vraiment bon !

Je vais faire dorer dans ma grosse terrine
Deux oignons émincés et de l’ail dégermé ;
Puis j’y ajouterai un kilo d’aubergines,
Des herbes de Provence… Je ferai bouillotter

Le tout une bonne heure. Quand il sera bien froid,
Je le mélangerai avec quatre ou cinq oeufs,
Le remettrai au four une nouvelle fois.
Puis re-longue cuisson sous un tout petit feu…

Le papeton est prêt : mettons-le au frigo
Pour le servir demain, démoulé et tranché
Avec un bon coulis. Oh ! boudiou… Que c’est beau,
Ce rouge avec ce vert ! Goûtez donc, s’il vous plaît…

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :

Jean-Siméon Chardin
(1699-1779)

Tout au fond d’un placard une vieille cocotte
Au fond noirci taché par une vraie patine :
Ustensile immortel greffé à la cuisine !
Depuis moultes années y cuisent, y bouillottent

Des daubes et des plats vous faisant saliver.
Des années ? Mais que dis-je ? Peut-être cent ans !
Ma grand’mère y faisait mijoter tous ces tians
Dont le seul souvenir me rappelle l’été…

Elle est tout imprégnée de l’odeur du Midi :
Senteur inégalée des herbes provençales,
Saveurs délicieuses et fumet sans égal
De ragoûts parfumés par l’ail et le persil !

Une vieille cocotte à ne jamais jeter
Et que je léguerai à ma fille Véronique.
Une vieille cocotte en fonte, si antique
Qu’elle pourrait fort bien finir dans un musée…

Comments Pas de commentaire »

Poème inspiré par un tableau de :

Auguste Renoir
(1841-1919)

Sur ton peigne de  nacre un de tes cheveux roux
Est resté accroché comme un rai de soleil.
Tendre fleur de Provence au visage si doux,
Tu es comme une Alice aux Pays des Merveilles

Tant tu es frêle et fraîche en tes quatorze années !
Ce peigne iridescent te fut un jour légué
Par grand’tante Amélie morte un jour de printemps.
Mais tu as oublié : il y a si longtemps !

Ce peigne fut son bien ; elle s’en est allée…
Elle aussi était rousse. Et elle fut jolie
Avant que son visage ait les traits chiffonnés
Comme les tiens plus tard, ma charmante Ophélie.

Le cheveu s’entortille entre les dents nacrées
Du vieux peigne précieux : un long cheveu bouclé
Qui crépite et se tord, rouge dans la lumière.
Mais tu en as tant d’autres, jolie écolière !

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :

Denis Gingras
www.dgingras-artist.com

Sur une assiette bleue une tartine blonde
Dégouline d’un miel récolté à Rousset.
C’est un joli tableau que le soleil inonde
De la lumière crue et vive de l’été.

Une guêpe tentée par le nectar gluant
Vient de s’y faire prendre : excès de convoitise
Qui l’englue sur le pain encor frais et craquant !
La bestiole agonise, ivre de gourmandise ;

Une aile bat encor. La pauvre étant à bout,
La pitié me fait fondre et me pousse à l’aider ;
J’essaie de l’attraper doucement par un bout :
Pour me récompenser la garce m’a piquée !

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :

Dubois-Gérard
www.dubois-gerard.com

Il fait chaud, bien trop chaud ! Pour un peu l’on expire !
On ne voudrait que boire… en ne sachant trop quoi !
Quelque chose de frais, de même vraiment froid
Qui flatte votre goût, vous grise et vous chavire.

Mais soyez circonspect : l’alcool et la chaleur
Ne font pas bon ménag(e) ! Soyez donc raisonnable
Et n’improvisez pas un mélange improbable
Qui ajoute l’ivresse honteuse à la torpeur !

Prenez un gros citron tout gorgé de lumière
Et pressez en le jus sans perdre un seul instant :
Un jus acide et frais, vous cisaillant les dents,
Qui vous fait frissonner de sa saveur amère.

Ajoutez-y de l’eau, puis touillez bien le tout ;
Et ensuite du sucre, en poudre pour qu’il fonde.
Oh ! Mon dieu que c’est bon… La jouissance inonde
Votre estomac ravi ; vous êtes presque saoûl !

Comments Pas de commentaire »

 

Poème illustré par un tableau de :

Léon Tombu
(1866-1958)

Sur l’étagère en haut de la bibliothèque,
Dans un cadre doré, une grande photo
Qui met une lueur sur la planche de teck :
Eternellement jeune, éternellement beau,

C’est un adolescent au sourire éclatant
Qui est fort élégant, mais pas mal démodé
Dans son costume noir de premier communiant.
La malice adoucit son allure guindée

Si peu habituelle ; il semble se moquer.
La vieille Magali l’époussette souvent
D’un geste maladroit, le regard embué ;
Pourtant ça s’est passé il y a cinquante ans…

Il y a si longtemps ! Et elle est si âgée
Qu’elle ne peut marcher qu’à minuscules pas.
Mais cela ne fait rien, rien ne peut l’empècher
De l’aller voir là-bas. Elle se forcera

A sortir dans le froid et malgré le mistral !
La photo lui sourit. Il y a si longtemps…
C’était son tout-petit. Il s’appelait Martial :
Un nom lourd à porter pour un si jeune enfant…

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par une oeuvre de :

Christie Bolduc
www.christiebolduc.skyrock.com

Il s’appelle Virgile et vit dans mon jardin,
Pendu au cerisier afin d’en mieux chasser
Tous ces fichus oiseaux. Mais mes efforts sont vains !
Ils ne se lassent pas de piquer, grignoter

Mes cerises percées de mille petits trous !
Dans un grand tourbillon sans cesse ils font ripaille ;
Quand au brave Virgile, on dirait qu’il s’en fout
Et se moque de moi dans sa barbe de paille !

Et puis j’ai tout compris : il est bien trop sympa
Avec sa bonne bouille et son air goguenard.
Les oiseaux insouciants n’en font donc aucun cas,
Ils picorent en paix et ils se font du lard !

Comments Pas de commentaire »

Prenez un petit pain et coupez-le en deux.
Ensuite frottez d’ail. Un peu d’huile d’olive,
Du vinaigre et du sel. Ajoutez-y des oeufs,
Durs, cela va de soi ! Des poivrons, des olives,

Tomates et oignons, filets d’anchois et thon :
Hamburger du Midi, mais mille fois meilleur !
Refermez bien le tout, dites-moi si c’est bon…
Ca tient vraiment au ventre et ça chauffe le coeur !

N’est-ce pas délicieux, ce que vous avalez ?
Ce repas sur le pouce au retour de la plage,
Goûteux, méridional, et… bien équilibré !
Vous voulez saliver ? Regardez cette image…

Comments Pas de commentaire »