Archives pour la catégorie “A la maison”

Marion Warren
http://www.marion-warren.rmc.fr

Le soleil est entré dans la pièce et se tient
Derrière elle au moment où elle se maquille.
Son éclat est très vif et ne lui cache rien
Des atteintes du Temps : elle est partie en vrille,

Cette extrême beauté dont elle était si fière !
Les années ont brouillé l’ovale du visage ;
Sa peau est ravinée par l’excès de lumière
Accentuant ses traits. Et ces rudes ravages,

Stigmates du soleil, du temps et du tabac,
Sont cruels et lui font une piètre figure.
Une existence dure et d’énormes tracas :
C’est fou ce qu’un corps las peut subir et endure !

Mais pourquoi les journées passent-elles si vite ?
Pourquoi devient-on vieux avant d’avoir vécu ?
Pourquoi ne comprend-on quelles sont ses limites
Qu’à l’ultime moment ? Tous ces rêves perdus !

Elle est désabusée et reprend son ouvrage
- Du fond de teint par là et de la crème ici -
Pour tenter d’effacer les énormes outrages
Dont le Temps en passant a maculé sa vie.

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Claude-Max Lochu
www.lochu.com

C’est une chambre bleue au coeur d’un mazet blanc
Où la lumière pleut  par n’importe quel temps ;
Une chambre où la joie fleurit de nuit en nuit,
Une chambre d’amants, une chambre d’amis.

Les draps bleus sont froissés et le printemps y pose
Des flaques de soleil. Il y a quelque chose
De ténu, de subtil qui flotte, un doux parfum :
C’est l’odeur de l’amour. Quelquefois les embruns

Entrant par la croisée y mêlent des relents
De varech et de sable. Et s’il y a du vent,
Il se fait subreptice et fait voler les draps,
Chintant tout doucement aux entours du Roucas.

La lumière y explose en rayonnement bleu,
Mais il n’y fait pas chaud malgré l’été en feu.
C’est une chambre fraîche où un nouvel amour
Narguant le temps qui passe croît jour après jour.

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Claude-Max Lochu
www.lochu.com

Dans un coin du salon du mas Borsalino,
Un piano délabré trône pour la parade.
Il est tout poussiéreux et il sonne un peu faux,
Mais Jean aime y jouer d’un doigt une ballade

Héritée du passé. Ré mi fa, do fa sol…
C’est un air que jouait le Papet Adrien,
Une aubade d’antan et qui parle d’école,
D’un autrefois lointain où le temps n’était rien

Que le déroulement du fil lent des saisons.
Ré mi fa, do fa sol… Les vieilles touches jaunes
S’abaissent en cadence et l’antique chanson
Se déploie dans le ciel emportée par l’automne.

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www.kebekmac.blogspot.com

Nous ne nous méfiions pas et l’infâme mistral
En a tiré profit pour se jeter sur nous ;
Se glissant sous nos pulls et nous glaçant le cou,
Il s’est bien régalé à nous faire du mal

En nous inoculant une superbe grippe :
La A, la B, la X ?… Après tout peu importe !
Ce qui est important c’est ce que l’on supporte :
Du malheureux grippé nous sommes l’archétype

Car depuis nous gisons au fond de notre lit,
Rouge et tout frissonnant malgré la grosse couette
Ressortie de l’armoire. Et notre mal de tête
Gonfle notre cerveau d’un embrouillamini !

Un nez en cataracte, une gorge qui pique,
Une toux effrénée qui va nous mettre à bas
Tant on est secoué du haut jusques en bas.
La grippe est un parcours quelquefois homérique !

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Enora Lanouean
www.enora-lanouenan.com

Une balançoire encor suspendue
Au fond du jardin grince dans le vent ;
Elle est oxydée, elle ne sert plus :
Les enfants partis depuis bien longtemps

Ont tous oublié ces jeux insensés
Où ils s’élançaient pour toucher le ciel.
Maintenant majeurs, sages et sensés,
Ils ont oublié qu’ils eurent des ailes.

Le mistral la pousse et la fait danser,
Couiner et sauter et virevolter
Comme si c’était un être vivant.

Une balançoire toujours accrochée
Au fil des années et au fil du temps…
Il faut renoncer aux beaux jours passés !

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Lionel Spani
www.lionel-spani.com

La pendulette sonne et des gouttes de temps
Tombent en cliquetant dans le salon bien clos.
Mais Anne n’en a cure : son livre est palpitant
Et plus rien ne saurait la tirer du chaos

Décrit par Carlotto. Elle en a des frissons
Et oublie que dehors le soleil l’interpelle
Pour l’obliger enfin à quitter la maison,
Mettre le nez  dehors où déjà étincelle

Le tout nouveau printemps enfin ressuscité.
Mais elle est bien chez elle à lire son thriller.
Son gros fauteuil pansu, une tasse de thé  !
La maison garde encor le charme de l’hiver

Quand on est bien chez soi éloigné de tout bruit.
Le beau temps attendra puisqu’on est en Provence !
Et Anne l’envoûtée vient de pousser un cri
Car on vient d’égorger son héros à Florence…

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Dubois-Gérard
www.dubois-gerard.com

Sur la crédence du salon,
Une coupe de fruits bien ronds
Comme des boules de soleil,
Et leur si joli teint vermeil

Luit comme les veines du bois
Ciré une ou deux fois par mois
Par la fofolle du logis.
Peut-être cire-t-elle les fruits ?

Le bol de cristal étincelle,
La maison sent bon la cannelle
Et les fruits fleurent le beau temps ;
Ils sont les vigies du printemps

Dont la lumière luit et mousse.
Leur forme est incurvée et douce ;
Mais pourquoi n’y a-t-il donc jamais
De fruits rectangles ou carrés ?

Leurs couleurs chaudes s’entremêlent
Et s’ils ont l’air d’un pêle-mêle,
Ne vous laissez pas abuser :
Ils sont soigneusement rangés!

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Jean-Paul Courchia
www.courchia.com

On a sorti la grande table
A l’ombre du micocoulier.
La chaleur est très tolérable,
L’endroit nous sied pour déjeuner

Même si l’on est en juillet ;
Et c’est tellement agréable,
L’été est si bon à croquer
Quand le soleil insupportable

Fait des efforts et se tient bien !
Aurait-il enfin du maintien ?
Le mistral qui joue à la brise

Soulève la nappe soyeuse
En coton brodé de cerises.
La vie est vraiment très goûteuse …

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Colonnes ininterrompues
D’une quintessence vitale,
Dans une flûte de cristal
Craquillent les bulles d’un jus

Tout affriolant de bonheur.
Des bulles ambrées qui pétillent,
Vous émoustillant les papilles :
On jurerait qu’on boit des fleurs !

On dit qu’elles cristallibullent.
Enfin … ça, c’est moi qui l’invente !
Peut-être suis-je sur la pente
Des poètes qui manipulent

Avec de beaux mots leurs lecteurs ?
Foin de cela : ma tête tourne
Et mes méninges se détournent
De tout souci et tout malheur !

Petites bulles drôlatiques,
Mais pourquoi donc avoir omis
De naître dans notre Midi ?
Lui aussi danse, clique et  pique …

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Jean-Paul Courchia
http://www.courchia.com

Côte à côte sur la terrasse
Deux chaises longues au soleil.
Plus rien ne va et tout se lasse,
Même l’amour qui s’émerveille

Des souvenirs d’un grand bonheur !
Nous étions bien, main dans la main,
A profiter de la chaleur
D’un fol été sans lendemain.

Allongés au creux des chiliennes,
Les yeux plissés par la lumière,
Nous étions bien. Que s’en revienne
Le temps du rêve et des chimères

Qui mettaient mon coeur en émoi !
Deux chaises longues au soleil,
Inutiles par ce grand froid
Succédant à l’été vermeil !

Tout est fini, c’est inutile
De ressasser cette chanson.
Il nous faudra rentrer en ville
En oubliant que nous étions

Si bien sur ces deux chaises longues,
Main dans la main, les yeux tournés
Vers rien du tout. Sonne le gong
D’une belle histoire ajournée !

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 Raguz
www.raguz.fr

Chaque matin Bastien s’en va prendre un café
Au Bar du Vieux Platane. Il en profite alors
Pour lire son journal … Quand il se lève inquiet,
Il n’y a plus en lui qu’accidents, drames, mort !

Car c’est comme une drogue ! Il devrait résister,
Tenter de se passer de ces événements
Toujours tragiques, lourds : la synthèse du laid
Qui défigure tout depuis l’aube des temps !

Mais c’est plus fort que lui : il lui faut ses nouvelles
Et son lot journalier de maux et de malheurs.
Car la réalité est très rarement belle
Et à toujours quêter faits heureux et bonheur,

Bastien passe sa vie à chercher l’impossible :
On ne raconte pas le monde s’il va bien !
Un fait n’a d’intérêt que s’il est bien horrible,
En ces temps où le beau en est réduit à rien.

Notre homme n’en a cure, il est journalophage
Et le voyeur en lui ne peut s’en s’empêcher !
Et pour paraître encor beaucoup plus à la page,
Il regarde les « news » le soir à la Télé !

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Nous l’avons acheté il y a des années
Dans un magasin d’Aix, aux entours de Noël.
Les garçons sont partis, les hivers ont passé,
Mais le bon vieux nounours demeure intemporel.

Il est un peu fripé, sa peluche est grisâtre
Et il s’en va souvent faire un tour en machine.
Les années qui ont fui et leur saveur douceâtre
L’ont vraiment délavé et il fait grise mine

Bien qu’il ait peu changé. Il est un peu trop mou,
Son poil jadis usé par d’énormes baisers
Est souple et velouté ; il est encor bien doux
Pour les petites mains des tout nouveaux bébés :

Les enfants des enfants qui comme leurs parents
Le suçotent un peu, et avec tant d’amour
Qu’il le laissent froissé, chiffonné, pantelant.
Mais il est interdit de le jeter un jour !

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Cecilia Ceballos
http://www.provence-decouverte.fr

Un énorme bouquet sur la table cirée,
Un bouquet uniforme et tout ensoleillé
D’énormes fleurs safran dont j’ignore le nom,
Sûrement un long mot, grandiloquent, abscons !

Pour moi ce sont des fleurs jaunes et flamboyantes
Dans un gros vase bleu dont le ventre bien rond
Rutile sur le bois où les flammes ardentes
Du soleil de l’été ont laissé de grands ronds.

On ne voit que les fleurs et elles sont si belles
Qu’elles effacent tout. Leurs pétales en ailes
En font des oiseaux d’or tout prêts à s’envoler :

Des fleurs-oiseaux groupés en énorme bouquet.
Leur coeur est chocolat, et elles sentent bon
La vanille et l’anis, l’encens et le bonbon.

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Josette Mercier
www.josettemercier.ch

Vieilles tatanes démodées,
Vieilles godasses tout usées,
Vieilles savates défraîchies,
Vieilles grolles tout avachies

Par tous les chemins de Provence,
J’ai honte quand parfois je pense
A vous flanquer à la poubelle !
Toujours vous fûtes les plus belles

Pour me mener dans la garrigue
Ou m’aider à danser la gigue
Autour des feux de la Saint Jean.

Oh ! La vergougno si je mens :
Mes vieilles pompes éculées,
Je ne vous jetterai jamais !

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 Lionel Spani
www.lionel-spani.com

Sous les combles le linge sèche :
Ca embaume le tissu frais
Qu’en oblique le soleil lèche
De ses rayons bien aiguisés.

Ca sent bon les fleurs, la lessive
Sur le point d’être repassée.
La poussière bleue enjolive
Les lattes blondes du plancher

En voletant dans la lumière
Qui se diffracte en minuscules
Paillettes d’or cache-misère.
C’est du soleil en particules !

Il fait très chaud, et sous le toit
Le grenier est un étouffoir ;
Les tuiles ocres de guingois
Restituent la chaleur du soir.

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